Des Bermudes à l’Europe: Henri et les orages du 16 septembre 2015

L’année passée, nous avions publié un article s’intitulant « Bertha et les tornades« . Aujourd’hui, c’est Henri et les orages. Le point commun entre les deux dépressions dont nous évoquons ici les noms, c’est leur origine tropicale: ce sont des cyclones tropicaux évoluant dans l’Atlantique qui, en se dirigeant vers l’Europe, perdent leurs caractéristiques tropicales mais véhiculent néanmoins avec eux des masses d’air chaud et bien humide. L’expérience nous apprend que l’arrivée de telles dépressions post-tropicales en Europe est souvent synonyme de grabuge, avec la survenue d’orages et parfois de tornades en série, comme cela fut le cas l’année passée avec Bertha. Ce le fut également cette année avec Henri.
 
Trajectoire de Henri en tant que cyclone tropical, du sud vers le nord.
 

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Les violents orages du 14 juillet 2010 – retour sur un épisode destructeur

Voici quelques temps, je prenais connaissance d’une publication de Kéraunos, institut français spécialisé dans l’étude des orages et des tornades. Ce document proposait une classification standardisée et internationale de la puissance des orages en cinq niveaux (un prochain article pourrait, pourquoi pas, présenter en détail cette classification). M’attardant sur l’échelon 4/5 qui décrit un orage qualifié de violent, je me faisais la réflexion de savoir quel était le dernier grand épisode que l’on puisse qualifier comme tel pour la Belgique. Fouillant un peu dans mes archives, j’ai remis au jour un dossier créé à l’époque par mes soins sur Hydrométéo, relatant les événements du 14 juillet 2010. L’occasion se présente ainsi pour lui apporter de nouveaux éléments et vous le représenter ici.



Analyse de la situation atmosphérique
La carte ci-dessous nous montre la situation synoptique telle qu’elle se présentait à 14h00 ce 14 juillet, juste avant l’arrivée des premiers orages sur notre pays.
 
Le premier élément qui saute aux yeux est la présence d’une dépression plutôt creuse pour la saison sur le sud de l’Irlande. Elle amène un flux d’air très chaud sur nos régions. Deuxièmement, un front froid situé sur l’ouest de la France entraîne la déstabilisation de ces masses d’air: une ligne de creux et une dépression thermique se créent à l’avant de ce front. 

Ces éléments interagissent avec une anomalie de tropopause: il s’agit d’un abaissement abrupt de la limite entre la troposphère et la stratosphère, et qui joue le rôle d’accélérateur sur les orages ou les tempêtes en favorisant de fortes ascendances des masses d’air. Sur les sondages atmosphériques effectués ce jour-là, on note la présence d’un fort cisaillement de vent entre le sol et l’altitude: au sol, les vents viennent de l’est, en altitude, ils viennent du sud. De surcroît, le Jet-Stream, puissant ce jour-là, se trouvait justement axé au-dessus de nos têtes. Et enfin, le fort contraste de températures entre l’avant des orages et l’arrière a parachevé la mise en place d’une situation très critique. L’image ci-dessous l’illustre clairement: alors que l’est de la Belgique fond sous des températures caniculaires, l’ouest du pays et le Nord-Pas-de-Calais baignent dans une ambiance bien rafraîchie. Ainsi, à 15h30, alors qu’on relève 32°C à l’aéroport de Bierset (Liège), les températures ne dépassent pas 19°C à Lille. Entre les deux, une différence de 14°C sur 200 km, là où les plus violents orages sévissent.
 
Les différentes institutions météorologiques ont bien cerné le risque orageux extrême. Météo Belgique a placé la quasi totalité du pays en alerte rouge Orages. C’est la première fois que cette alerte est utilisée. Cela illustre bien le caractère exceptionnel de la situation:
Estofex est un organisme européen spécialisé dans la prévision des phénomènes violents et émet notamment des avertissements concernant les orages selon trois échelons: le premier fait référence à une situation d’ampleur modérée, le second à une situation d’ampleur forte et le troisième à une situation anormalement violente. Or, en ce 14 juillet, Estofex place la Belgique au niveau 3, l’alerte maximale. C’était à ma connaissance la première fois que je voyais nos régions placées sous ce régime. Il y avait donc lieu d’être sur le qui-vive.
 
Déroulement de l’épisode
Les orages concernent déjà le nord de la France en matinée du 14 juillet, mais dans un premier temps assez modérément. C’est seulement sur le temps de midi qu’ils commencent à sérieusement s’organiser en un système convectif de méso-échelle (MCS). Une ligne d’orages très virulents, que Kéraunos qualifiera même de Quasi Linear Convective System (QLCS) se met en place à l’avant du système, et fonce vers la Belgique. Elle prend les caractéristiques d’un Bow Echo (orage en arc), signe d’un orage puissant et organisé. 

A noter que la littérature plus récente (IRM, Belgorage…) qualifie le système de derecho. Ce terme ne remplace pas les autres énoncés ci-dessus, mais leur est complémentaire. 

L’image radar ci-dessous nous montre clairement ce bow echo en train de s’organiser sur le nord de la France à 14h00 (la couleur rouge indique des intensités de pluie très élevées): 
Les orages sont clairement visibles depuis l’espace, sous la forme de grosses boules blanches, comme le montre cette image satellite prise à 14h40. Ces boules blanches correspondent aux enclumes des cumulonimbus qui s’étalent dans le bas de la stratosphère. Le sommet des cumulonimbus culmine à près de 16 km d’altitude, ce qui est remarquablement élevé pour un orage sous nos contrées. Cette hauteur excessive est un autre signe d’orages très organisés: 
A 15h00, c’est un système orageux très entraîné qui se trouve aux portes du Hainaut. La ligne orageuse génère de violents downbursts: une rafale de 146 km/h est mesurée à St Hilaire-sur-Helpe, dans le département du Nord.
 
A 15h30, l’orage s’engouffre sur la Belgique par les régions d’Erquelinnes et de Chimay. Quelques kilomètres plus loin, les villages de Merbes-Ste-Marie et de Peissant subissent un très violent downburst qui arrachent de nombreux arbres et emporte des toits parfois entiers. Plusieurs lignes électriques sont jetées à terre par les rafales. Au vu des dégâts, le vent a pu dépasser localement les 150 km/h. Un phénomène similaire s’abat quelques minutes plus tôt sur le Borinage. Par la suite, c’est tout le Hainaut Oriental et le Brabant Wallon qui plongent dans les ténèbres auxquelles succèdent un déluge de pluie et de vent. En altitude, les éclairs intranuageux sont incessants, mais le car wash qui se déchaîne dilue le clignotement frénétique des décharges. Seuls les radars observent le brasier d’électricité qui entame sa progression à travers la Belgique.
A l’avant de l’orage, le ciel prend des aspects parfois extraordinaires, comme cet arcus multicouches photographié près de Merbes-Ste-Marie justement, quelques minutes avant que le downburst ne s’y déchaîne. Un tel ciel imposant, limite effrayant, est le signe ultime du déchaînement de violence. Ce sont les courants très rapides circulant au sein du système orageux qui sont capables de produire de tels structures. La vue d’un tel ciel doit avertir du danger imminent et de la nécessité de trouver rapidement un abri, surtout si cela se passe en pleine campagne.
A 16h00, la ligne d’orages atteint la région de Charleroi et l’Entre-Sambre-et-Meuse, sans avoir perdu de sa force. C’est au tour du village de Pont-à-Celles de payer un lourd tribu à la tempête. Sur l’A54 toute proche, des dizaines d’arbres sont arrachés et bloquent plusieurs voies de circulation. Plus au sud, sur le R3 et sur l’A 503 entre Charleroi et Marcinelle, des branches et des inondations perturbent la circulation. Le parc de Strepy, près de La Louvière, est méconnaissable. Dans Charleroi même, plusieurs toits sont fortement endommagés. L’anémomètre de la base militaire de Florennes enregistre des vents à 130 km/h.
A 16h30, la ligne orageuse qui se démantèle en orages multicellulaires concerne l’est du Brabant Wallon et la province de Namur. Jodoigne et Ciney sont les villes les plus sérieusement touchées: la première voit une partie du toit de son hall omnisport s’arracher, et l’autre perd le clocher de sa collégiale, qui s’effondre en contrebas. Bruxelles est également touchée, mais moins sévèrement. Bon nombre de tunnels de la capitale seront cependant fermés pour cause d’inondations.
 
 Dégâts à Ottignies:
 
L’orage poursuit sa route: à 17h30, il frappe Liège et sa région. A Bierset, une pointe de vent à 122 km/h est mesurée. Mais c’est plus au sud, vers St-Vith, qu’il se révèle plus intense. A ce moment-là, le système orageux prend une nouvelle forme, celui d’un LEWP (échelons orageux décalés). Il balaie Elsenborn qui enregistre la plus grosse rafale mesurée par un instrument belge: 137 km/h.
A 18h30, la ligne orageuse a quitté la Belgique et se restructure: elle frappe violemment les Pays-Bas et l’Allemagne. En Belgique, l’heure est au bilan. Ci-dessous, la carte des éclairs délivrés par cette offensive. L’IRM a comptabilisé près de 60 000 éclairs. C’est énorme:
Passage de l’orage sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi)
Les photos ci-dessous ont été prises par mes soins au passage de l’orage, et relatent les événements.
15h40: le ciel s’assombrit en direction du sud-ouest, alors que l’air reste encore très lourd et chaud, mais surtout, et c’est ce qui me frappe à ce moment-là, absolument calme. Une très belle illustration du fameux « calme avant la tempête ».
 
15h50: l’orage se rapproche, mais aucun coup de tonnerre n’est entendu. Seuls les radars me renseignent sur la proximité du système orageux. L’ambiance reste absolument calme.
16h00: L’énorme arcus, si typique des orages organisés, apparaît à l’horizon et avance à une vitesse effrayante en roulant sur lui-même. Il ne lui faudra même pas cinq minutes pour arriver au zénith.
Par la suite, le déroulement des événements est semblable à ce que s’est passé à l’échelle de la Belgique. L’arcus est arrivé, accompagné d’un downburst cependant assez modéré comparé à ceux qui frappèrent Ciney, Merbes-Sainte-Marie ou Pont-à-Celles. Il fut précédé d’un grondement impressionnant qui n’était rien d’autre que le bruit généré par les rafales accourant vers ma position. 
 
Durant 20 minutes, une pluie intense soufflée par les bourrasques est tombée sur Montigny-le-Tilleul, tandis qu’au zénith, le ciel clignotait faiblement mais continuellement, témoignant de la puissante activité orageuse se déroulant en altitude, au sein des cumulonimbus. Les seuls éclairs qui se montrèrent eurent lieu dans la partie stratiforme du MCS, après le passage de la zone la plus active. Mon pluviomètre récoltera en tout 20 mm de pluie sur une demi-heure. Plus tard en soirée, le ciel se dégagera, laissant le soleil revenir dans une ambiance très fraîche. Je pus encore observer, aux alentours de 23h00, les éclairs d’un orage modéré et isolé dans l’air froid, se produisant en France.
En fin de compte, ce sont des orages particulièrement violents qui ont traversé le pays ce 14 juillet 2010. Depuis le début de ce siècle, on retrouve peu de phénomènes tout aussi intenses et d’aussi grande étendue. Cette fois-ci, ce fut surtout le vent qui a provoqué des dégâts. 
Quelques vidéos pour terminer:

La première ci-dessous a été prise à Grez-Doiceau, dans le Brabant Wallon:


 

Cette deuxième vidéo a été prise à Jeumont, dans le département du Nord, tout près de la frontière belge:

 

Enfin, une vidéo réalisée par moi même et montrant l’arrivée de l’arcus sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi). Le downburst fut bref et moins important qu’ailleurs dans le pays: ICI


De nouvelles constatations

Une étude menée par l’IRM a démontré que quatre couloirs de très gros dégâts ont concerné la Wallonie (vents supérieurs à 150 km/h):

– Le premier selon un axe Erquelinnes – Pont-à-Celles
– Le second selon un axe Gendron – Ciney – Hamois
– Le troisième au départ de Jodoigne vers la Flandre
– Le quatrième au sud-ouest de Liège, terminant sa course sur la ville.

L’analyse fine des radars à haute résolution a permis de mettre en évidence l’existence de turbulences de la ligne d’orages, allant jusqu’à former des virgules rétrogrades. Ces organisations trahissent l’existence de mésovortex (zones en rotation) au sein de la ligne. Une petite dizaine de ces structures ont été trouvées au sein du MCS. Ces vortex, en interagissant avec un très violent courant en altitude arrivant derrière la ligne et habituel des MCS (Rear Inflow Jet), auraient engendré les terribles rafales descendantes à l’origine des plus gros dégâts, ces rafales se trouvant être les plus fortes à la droite de l’axe du vortex, là où la ligne d’orages est organisée en bow echo. Le bow echo est tout simplement une portion de ligne orageuse poussée en avant par les violents vents qui arrivent derrière.

L’existence de ces vortex a été confirmée pour l’axe Erquelinnes – Pont-à-Celles, pour Liège et pour l’axe Jodoigne – Hamois. Dans le cas de Ciney, la rafale descendante n’était à premier vue pas due à l’un de ces vortex, mais au Rear Inflow Jet particulièrement violent à l’aplomb de cette zone où un bow echo très marqué est visible. Cependant, un vortex a été identifié un peu plus loin, et il est possible que celui-ci ait été en formation près de Ciney. Il s’agit du même vortex que celui qui a concerné Liège par après.

Sources: observations personnelles, Youtube, Infoclimat, IRM, Wetterzentrale, Météo Belgique, Estofex.

Orages des 26 et 27 juillet 2013

Cet article passe en revue l’épisode orageux qu’a connu une grande partie de la Belgique et du nord de la France à la fin juillet au travers de nombreuses cartes et photos de l’évènement.
 
Analyse de la situation atmosphérique
 
L’image ci-dessous, représentant la situation atmosphérique en surface le 27 juillet à 2h00, permet de faire une bonne synthèse des éléments qui ont mené à cette dégradation orageuse.
– Une série de dépressions se promène sur le proche Atlantique
– Un anticyclone s’étire sur l’Europe Centrale
– Entre les deux voyage un air chaud venant du sud, qui vient se heurter à de l’air froid présent sur la Grande Bretagne et le nord-ouest de la France. La limite entre les deux est bien marquée par un front chaud qui tangente la côte belge et les côtes du Nord-Pas-de-Calais
– La ligne noire en travers de la Belgique est une ligne de creux préfrontale. C’est une zone privilégiée de convergence et d’ascendance des masses d’air, et donc de formation des orages. De plus, elle évolue dans des pressions plutôt dépressionnaires, renforçant le caractère orageux et instable de la masse d’air.

– Enfin, nous ajouterons, bien que cela ne soit pas visible sur cette carte, la présence d’un courant Jet assez important au-dessus de l’Europe Occidentale.

 
 
Source: Wetterzentrale.de 
 
 
Déroulement de l’épisode
 
Revenons cependant vingt heures en arrière. C’est en effet le 26 juillet que commence l’offensive orageuse avec l’arrivée d’un orage multicellulaire sur la région de Charleroi tout au matin. Un de nos membres capture quelques coups de foudre en filmant cet orage assez faible à Montigny-le-Tilleul:
 
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Le radar de Météo Services voit très bien cet orage arriver sur le Hainaut Oriental à 6h45 du matin, mais aussi quelques coups de foudre se produisant le long de la frontière entre la province du Luxembourg et la France.
 
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En fin d’après-midi, l’activité reprend avec le développement d’un orage supercellulaire sur le nord du Hainaut, suivi d’ailleurs sur place par nos partenaires de Belgorage. La photo ci-dessous est prise par le collectif dans les environs de Saint-Maur:
 
 
Les radars de précipitations montrent clairement cette supercellule sur la région de Tournai. Notez la petite tache blanche qui témoigne de pluies diluviennes (ici en l’occurrence, plus de 350 mm/heure) :
 
images satellites en temps reel, observation
 
Plus tard, en fin de soirée, c’est une autre supercellule (flèche jaune) très bien organisée qui traverse l’Oise et concerne par après le département des Ardennes en fusionnant avec un complexe orageux multicellulaire (flèche verte). Info Météo avait d’ailleurs, ce soir là, fait part sur sa page facebook de cette impressionnante structure en crochet (appelée « hook echo » dans le jargon météo) typique des puissantes supercellules. Cette morphologie est due à la rotation de l’orage autour d’un axe sur lequel peut prendre naissance les tornades. Le rideau de pluie, entraîné par les vents, s’enroule autour de l’axe en donnant cette structure sur les radars. Cet orage massif fut accompagné de très grosses chutes de grêle et d’une activité électrique très violente. Vers 23h30, il était possible d’observer les flashes des éclairs plein sud depuis la région de Charleroi, alors que l’orage se trouvait à plus de 100 km de distance!
 
 
La résultante de la fusion de ces deux systèmes déclenche une avalanche de grêle sur la région de Bertrix vers 1h00 du matin le 27, où elle s’accumule parfois sur plus de 20 cm! De nombreux arbres sont arrachés par les vents violents accompagnant ces orages. Un autre puissant orage (peut-être une nouvelle supercellule) frappe la région de Virton à 2h45.
 
Alors qu’en fin de nuit, les orages quittent l’Ardenne par l’est, un autre puissant MCC (ou complexe convectif de méso-échelle) s’est constitué entre-temps sur le sud-ouest de la France. Accompagné d’un derecho, il entraîne des vents destructeurs de 170 km/h sur la région de Bordeaux! Puis, à toute vitesse et à pleine puissance, il remonte vers le nord-est en prenant la forme d’un bow echo, traverse l’Ile-de-France à l’aube en foudroyant au passage la Tour Eiffel et se retrouve aux portes de la Belgique en matinée du 27.
 
 
L’immense panache nuageux des cumulonimbus s’écrasant contre la basse stratosphère, à plus de 11 km d’altitude, se voit depuis l’espace. Les satellites météo capturent ainsi cet énorme système orageux de forme vaguement elliptique sur le nord de la France. Les « griffes » nuageuses courbées sur ses bords sont peut-être les signes d’une mise en rotation du système…
 
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En tout début de matinée, c’est une impressionnante ligne orageuse très structurée et à déplacement rapide qui constitue la partie active du MCC. Une telle structure est impressionnante, et est chargée de signes inquiétants: des intensités pluvieuses très élevées comme sud le sud-est du département du Pas-de-Calais, des formes courbées témoignant du choc entre des vents très violents en altitude, et qui peuvent, dans certains cas, se propager jusqu’au sol…
 
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En Belgique, l’orage s’annonce par un spectaculaire arcus, sorte de vague ou de rouleau nuageux tourmenté se formant au choc entre les masses d’air chaud à l’avant de l’orage et celles d’air froid sous les précipitations intenses. Il signe souvent la présence d’un downburst. Ce sera bien le cas ici, mais il sera beaucoup moins violent que celui qui accompagna les orages dévastateurs du 14 juillet 2010. Ci-dessous à Montigny-le-Tilleul, près de Charleroi, photographié par l’un des membres d’Info Météo.
 
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Lors de son entrée en Belgique peu avant 9h00, le système orageux diminue légèrement en puissance. Mais c’est toujours un orage très structuré qui entame sa course à travers le pays. Si les intensités pluvieuses se font un peu moins fortes, l’activité électrique n’en reste pas moins explosive, comme le montre l’image de gauche ci-dessous.
 
 
Sur le Hainaut et la province de Namur, la ligne s’est scindée en deux entités distinctes, peut-être suite aux courants d’air très rapides qui animent le système orageux tout entier. La courbure de la ligne à l’est balaye la région de Charleroi où le downburst emporte le toit d’une clinique à Montignies-sur-Sambre.
 
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Le passage de la partie active du système est impressionnante, avec des rafales de pluie soufflées à l’horizontale, le tout sous le clignotement frénétique des éclairs intranuageux. Ce n’est qu’à l’arrière de cette ligne active que certaines décharges se montreront, soit sous la forme d’éclairs spiders rampant sous les enclumes des cumulonimbus (comme ci-dessous, à Montigny-le-Tilleul), soit sous la forme de puissants coups de foudre explosifs.
 
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Le MCC et son arcus dantesque poursuivent leur ruée à travers la Belgique. Ils arrivent à Seraing…
 
 
En même temps qu’ils s’apprêtent à engloutir la région de Bruxelles (ci-dessous, vu à Uccle). Sa morphologie est particulièrement superbe et bien dessinée, mettant en exergue toute la puissance du système orageux.
A Tongres, ces cyclistes se promènent sous des cieux aux couleurs tout aussi variées qu’apocalyptiques. La superposition de teintes blanches (parfois même verdâtres) au-dessus de l’arcus plombé est également un indice de la dangerosité et de la violence du phénomène.
 
Depuis le ciel, le mouvement de rotation de l’orage tout entier se fait de plus en plus net. Il est particulièrement bien ventilé (de l’air s’en éloigne en altitude). La machine thermodynamique est bien rodée et ses rouages sont bien huilés pour plusieurs heures encore. Un orage qui survit ainsi au lever du soleil sans réellement s’affaiblir est somme toute assez rare. L’autosuffisance et le gigantisme de ce système sont responsables de ce maintien de puissance.
 
C’est une ligne toujours découpée en deux qui atteint la Campine et la Zélande à 8h15 TU (10h15 heure belge). 
 
Il aura fallu moins de deux heures au MCC pour traverser la Belgique de part en part. A l’arrière de celui-ci, on constate les dégâts. Ils sont assez limités, heureusement. Quelques inondations locales sont toutefois à déplorer.
 
Cette superbe animation satellite en fausses couleurs (source: Keraunos) résume toute la vie du système. On le voit brutalement exploser sur l’Aquitaine et le Bordelais, puis remonter à travers la Vendée, le Centre, l’Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais puis la Belgique. Plus la couleur est orangé – brun, plus les sommets nuageux sont froids et donc hauts. On voit ainsi apparaître de petits points bruns qui sont des dômes nuageux dépassant les enclumes, engendrés par des ascendances d’une force inouïe. L’animation ne montre pas la mort du MCC, qui a poursuivi sa route à travers les Pays-Bas. Au début de la séquence, la supercellule et l’orage multicellulaire qui déposent 20 cm de grêle à Bertrix sont bien visibles sur le nord de la France puis le sud de la Belgique.
 
Mesoscale Convective Complex (MCC) sur la France, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013. Derecho de l'Aquitaine aux Pays de la Loire et au Centre.

Alors que l’immense enclume du MCC se retire de la Belgique, le temps devient plus ensoleillé, plus chaud mais surtout plus lourd. Certains paramètres favorables aux orages deviennent inquiétants: Jet Stream en altitude, forte instabilité au sol, direction et vitesse des vents très différentes selon l’altitude… Les modèles prévisionnistes voient (ou plutôt, calculent) l’arrivée d’un nouveau MCS pour la soirée. Celui-ci se forme sur les Pays de la Loire, puis se transforme en une ligne orageuse de type bow echo qui balaie la région de Rouen et du Havre puis le Nord-Pas-de-Calais en début de soirée. Cette ligne fusionne avec un complexe orageux multicellulaire venant de Troyes et de Reims, et entre en Belgique dans la soirée. La ligne est cependant discontinue: certaines zones présentent une faible activité, tandis que d’autres sont au contraire très virulentes. Cela s’observe notamment dans le Hainaut. Alors que la région de Charleroi n’essuie qu’une bonne pluie et quelques éclairs au zénith, la région de Binche et de Mons se retrouve pilonnée sous des vents très violents, de très fortes précipitations et une activité électrique quasi continue. Peu après, la région à l’ouest de Namur est balayée par une section tout aussi violente.

Il semblerait que cette faiblesse ayant concerné une zone allant de Chimay à l’est du Brabant Wallon en passant par Charleroi soit due à la fusion entre la ligne orageuse venant du Nord-Pas-de-Calais et le complexe orageux venant de Reims. En effet, les cartes radar montrent un affaiblissement des précipitations au point de contact entre les deux systèmes, cet affaiblissement subsistant pendant deux heures. Selon toute vraisemblance, cela serait dû à l’interaction entre les vents des deux systèmes. Ceux-ci auraient été orientés de manière à annihiler ou en tout cas sérieusement diminuer les turbulences au point de contact. L’activité orageuse en ce point en serait donc sortie diminuée.

Ci-dessous, peu avant l’impact entre les deux masses orageuses, à 22h15.

 
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Cet affaiblissement se marque très bien sur les radars détecteurs d’éclairs de l’IRM par une zone d’environ 20 à 30 km de large pratiquement dépourvue d’impacts. Les deux systèmes dans leur ensemble présentent une activité électrique un peu moindre que celle délivrée par le MCC du matin.
 
 

L’orage commencera à perdre de sa superbe sur l’est de la Belgique, et finira par évacuer le Royaume en début de nuit.

Les relevés des stations météos mentionnent des rafales de vent jusque 90 km/h. Localement, elles ont pu être plus fortes. La plus grande quantité de pluie a été relevée à Stabroek (près d’Anvers) avec 41 mm. Cela n’a rien d’exceptionnel.

En résumé, ce sont plusieurs vagues orageuses de belle intensité qui ont concerné nos régions. Toutefois, leur violence restent en-deçà de certains événements nettement plus puissants, comme les orages du 14 juillet 2010. Ces derniers peuvent entrer dans l’échelon « Violent » de la classification des orages utilisée par Kéraunos. A l’inverse, et après des analyses approfondies, il apparaît que les orages des 26 et 27 juillet 2013 n’ont pas atteint un niveau aussi élevé, et doivent être placé à l’échelon juste inférieur, celui qui définit un orage « Fort ».

Sources: IRM, Kéraunos, Belgorage, Infoclimat, Wetterzentrale, Facebook.