Les orages d’automne: quand Thor joue les prolongations

Traditionnellement, l’automne est une saison colorée durant laquelle les températures se rafraîchissent et les coups de vent sont fréquents. On ne s’attend pas spécialement à y connaître de forts orages, car dans l’imaginaire du quidam, les orages ne se produisent que quand il fait chaud, et donc en été principalement. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Nous avions déjà montré que des orages étaient possibles en hiver pourvu que de l’air très froid soit présent en altitude et que la dynamique y soit turbulente. Il n’est donc pas illogique d’en avoir aussi en automne. Et lorsque l’on s’intéresse à la récente histoire météorologique de la Belgique, nous constatons que chaque automne nous sert un voire deux épisodes orageux d’envergure, et que parfois, la violence de ces orages les fait rivaliser avec leurs plus puissants collègues estivaux.
 
Dans cet article, nous allons ainsi passer en revue quelques épisodes automnaux mémorables et en tirer quelques causes récurrentes. Nous considérons ici l’automne climatologique qui s’étale du 1er septembre au 30 novembre.
 
Arrivée d’un système orageux (MCS) particulièrement actif sur Liège le 22 octobre 2013 (auteur: Info Meteo).
 

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Octobre 2014 – Quand le vent est au sud…

Quand le vent est aux rires,
Quand le vent est aux blés,
Quand le vent est au Sud,
Ecoutez-le chanter…

Ce couplet de la célèbre chanson Le Plat Pays de Jacques Brel résume parfaitement le mois d’octobre qui vient de se terminer. Ce mois a été constamment dominé par un flux de sud à sud-ouest qui a amené une douceur régulière sur nos régions, tantôt accompagnée d’un temps lumineux, tantôt d’un temps plus sombre. Lorsque le soleil brillait, la météo devenait pratiquement estivale, avec quelques superbes journées tout au long de ce mois.
Les trois premiers jours du mois s’inscrivent dans la poursuite de septembre: agréables, assez lumineux et secs. Le 4, une perturbation gagne nos régions, précédant des courants maritimes un peu plus « frais ». Auparavant, le thermomètre est monté à 22,8°C à Uccle le 3, une température maximale qui se rencontre généralement en juillet et en août.
 
Octobre commence plutôt bien, comme ici à Aywaille en début de soirée du 1er.
 
Du 5 au 17, les courants maritimes dominent nos régions: le ciel se fait sombre, engendrant un déficit d’insolation qui s’accentue au cours de cette période. Des perturbations généralement peu actives défilent, amenant des pluies régulières.
 
Le week-end des 18 et 19, un flux d’air tropical direct atteint l’Europe Occidentale. Le samedi 18 est l’un des plus chauds enregistrés depuis le début des relevés à Bruxelles en 1833. Le thermomètre monte à 24,1°C. La journée est splendide sous un soleil qui brille de l’aube au crépuscule. Le lendemain, le temps se fait un peu plus nuageux, mais les températures atteignent encore 22,5°C.
 
Après-midi dominicale lumineuse à Comblain-au-Pont ce 19 octobre. Auteur: P. Huque.
 
Le 21 octobre, les conditions météorologiques se dégradent: la première tempête de l’automne concerne nos régions. Les rafales dépassent les 90 km/h dans plusieurs stations de l’intérieur des terres et 100 km/h sur les côtes. Quelques dégâts sont signalés et des orages parfois intenses sont observés, notamment sur le centre de la Belgique. La dépression responsable de ce coup de vent est un ancien cyclone tropical nommé Gonzalo et ayant notamment frappé les Bermudes quelques jours plus tôt. 
 
 
La fin du mois se déroule sous un flux maritime apportant quelques faibles perturbations. Les 27 et 28 octobre constitueront toutefois un intermède plus sec et plus lumineux, avec cependant la persistance de brouillards tenaces dans plusieurs régions. Le 31 octobre, par flux tropical, se fera très doux et ensoleillé, avec des températures atteignant 20°C, ce qui est exceptionnel pour la période de l’année.
 
Un mois anormalement doux, normalement pluvieux et anormalement sombre
 
Pour Uccle, le mois finit avec un excédent thermique de +2,5°C, ce qui peut être considéré comme anormalement haut. C’est surtout les températures minimales qui ont été très anormalement élevées.
 
Le déficit pluviométrique, de 16,4 mm, peut être considéré comme normal. A l’inverse, le nombre de jours d’orages a été très anormalement élevé.
 
L’ensoleillement présente un déficit normal (-14h59). Ceci permet de montrer à quel point octobre a été remarquable: l’excédent thermique n’est pas uniquement dû à l’ensoleillement, mais bien à la masse d’air en elle-même, fréquemment d’origine tropicale.
 
L’Atlantic Low, toujours l’Atlantic Low
 
L’ensemble d’octobre a été placé sous le signe du régime de l’Atlantic Low, à l’instar de ce qui est observé depuis plusieurs mois. Les dépressions tendent à prendre place sur l’océan tandis que les anticyclones se cantonnent sur le continent. Ainsi, nos régions se retrouvent placées dans un flux de sud-ouest amenant de la douceur. Selon le fait que les dépressions ou les anticyclones soient les plus proches, cette douceur est accompagnée d’un temps nuageux et/ou pluvieux dans le premier cas, relativement lumineux dans le second. Ce schéma d’organisation des centres d’actions n’a été perturbé qu’à de rares reprises, notamment lors du passage de l’ex-cyclone Gonzalo le 21 octobre.
 
L’Atlantic Low, un régime déjà bien en place en septembre…
 
Un parallèle à faire avec… octobre 2013
 
Finalement, lorsque l’on essaie de tenter une comparaison avec un autre mois, c’est celui d’octobre 2013 qui peut servir de parallèle. Ce mois fut également un mois doux, marqué par des orages et une tempête (Christian) à la fin de celui-ci. En considérant la normale 1981-2010, nous obtenons un excédent thermique de 1,7°C pour ce mois, ce qui est anormalement doux.
 
C’est au niveau de l’ensoleillement que la comparaison est frappante. Tout comme cette année, octobre 2013 s’est caractérisé par un déficit important: le soleil a brillé à raison de 68% de la normale à la station de Fontaine-l’Evêque (Météo Charleroi). Ceci montre clairement que le temps a été régulièrement nuageux mais doux, comme cette année. Au final, la position des centres d’action fut très similaire à cette année, avec également un régime récurrent d’Atlantic Low.
 
 
Plus d’informations sur octobre 2013: analyse climatologique d’octobre 2013
 
 
Retrouvez toutes les photos de ce mois d’octobre et de l’automne ici: Automne 2014

 

La tornade de Braine-le-Comte

Parmi les quelques tornades de bonne intensité qui ont concerné la Belgique durant ces dernières décennies, celle qui concerne Petit-Roeux-lez-Braine et ses environs l’après-midi du 1er octobre 2006 mérite une place dans le palmarès. Elle est de plus un phénomène qui fut fortement médiatisé car photographié et filmé par de multiples témoins sous différents angles de vue. Elle restera assurément une des plus belles tornades qu’ait connu la Belgique.

 

Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.


Situation atmosphérique du jour

Le 1er octobre s’inscrit au sein d’un automne exceptionnellement chaud et sec (voir dossier : automne 2006). Septembre a eu tout d’un mois d’été. Depuis plusieurs jours déjà, les courants maritimes ont gagné nos régions, mais tout en gardant une composante très douce dans les basses couches de l’atmosphère. Plus en altitude, une forte dynamique s’est mise en place. Un fort courant Jet entretient de puissants forçages susceptibles de faire dégénérer les orages les plus costauds. Les différences de direction de vent selon l’altitude, appelées cisaillement, achèvent de rendre la situation critique.

Une supercellule tornadique transite sur le Hainaut

L’orage à la base de la tornade est une supercellule parmi plusieurs autres orages du même type transitant sur la Belgique ce jour. Ainsi, une autre de ces supercellules donnera une brève tornade à Duffel, dans la périphérie d’Anvers.

L’orage supercellulaire responsable de la tornade de Braine-le-Comte transite à travers le Hainaut, puis traverse le Brabant Wallon, le Brabant Flamand et le Limbourg avant d’achever son parcours sur le Limbourg néerlandais. Il est particulièrement bien organisé sur le Hainaut où sa rotation est clairement mise en évidence sur base des radars Doppler, notamment lorsqu’il se trouve au-dessus de la région de Braine-le-Comte vers 18h00.

Source: vinch.be

Un parcours d’une dizaine de kilomètres

La tornade prend naissance au nord-ouest de Soignies, près de la Chaussée de Lessines, au lieu-dit « Cerisiers ». Elle prend une direction nord-est qui lui fait éviter les zones densément bâties. Néanmoins, des fermes se localisent le long de sa trajectoire. Le phénomène en atteint ainsi plusieurs, notamment à la rue de la Corbétière à Petit-Roeulx-lez-Braine où les bâtiments sont gravement endommagés. C’est à ce niveau que la tornade atteint son paroxysme, avec une intensité correspondant à la limite entre les échelons F2 et F3 de l’échelle de Fujita. Le tourbillon oblique régulièrement en direction du nord-est en se dirigeant vers le lieu-dit « Flament » qu’il atteint en se dissipant.

Trajectoire approximative de la tornade. Source: Belgorage.

Une tornade très médiatisée

La tornade de Braine-le-Comte a fait l’objet de multiples photos et vidéos qui ont été reprises dans les médias belges mais aussi internationaux. Le fait que les conditions de visibilité étaient optimales ont permis son observation depuis différents points de vue. Enfin, la force de la tornade a frappé les esprits. Un phénomène de cette puissance est relativement rare en Belgique. Il s’agissait ainsi de l’une des tornades les plus fortes depuis celle de Léglise (province du Luxembourg) en 1982.

La sélection suivante reprend quelques images de cette tornade mémorable. Elles sont présentées dans l’ordre supposé chronologique.

Source: gamerz
Vue depuis Rebecq. Source: N. Hugo via Météo Nature
Source: Weerwoord
 
Source: Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.
 
Les deux dernières photos ci-dessous montrent la dissipation progressive de la tornade.
 
Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.
Source: Vinch2.be

Ci-dessous, quelques vidéos du phénomène.

Extrait du journal télévisé de LCI.
 
Extrait du journal télévisé de la RTBF.

Automne 2006 – Un arrière été extraordinaire

Habituellement, l’automne dans nos régions est une saison assez mitigée où l’on rencontre un peu de tout : dernières belles journées, épisodes pluvieux importants, coups de vent, parfois des tempêtes et de temps en temps les premières neiges. Les longues périodes de beau temps sont assez rares. Pourtant, l’automne 2006 sort complètement des normes: très exceptionnellement chaud et sec, il laisse un souvenir d’un quasi été indien (même si ce terme canadien ne peut être transposé à l’Europe, rappelons-le) avec de la chaleur, un temps lumineux et peu de pluie. Il est à ce point exceptionnel que la probabilité de retour d’un tel événement dépasse les 500 ans! Portrait d’une saison incroyable.
 

 
En prologue, un été extrême à deux facettes
 

Les vacances d’été ont été coupées en deux: un mois de juillet exceptionnellement chaud et sec et un mois d’août frais et très pluvieux, avec de nombreux orages et des cas de tornade. Ainsi, juillet a fini avec un excédent thermique de 5,9°C au-dessus de la moyenne à Uccle. A l’opposé, août présente un déficit normal de -0,5°C, mais ce sont surtout les quantités de pluie (exceptionnellement hautes) et l’insolation (très exceptionnellement basse) qui feront de août un mois d’été complètement raté. Pourtant, l’été marque son grand retour dès les premiers jours de septembre.

 
Un septembre complètement estival
 

Si une situation atmosphérique peut résumer ces trente premiers jours de l’automne météorologique, c’est le blocage oméga. Ce blocage intervient quand un puissant anticyclone se place à l’est de nos régions, nous amenant des courants continentaux à teinte tropicale. Il maintient de plus les dépressions atlantiques à l’écart du continent européen. Cette disposition des centres d’action est restée très stable tout au long du mois.

Schéma résumant le blocage oméga.

A quelques reprises, le centre de l’anticyclone s’est rapproché de la Belgique, nous plaçant dans des courants d’est moins chauds, mais toujours très secs. Les seules incursions maritimes et donc plus humides sont survenues les 3, 19, 22, 23, 24, 29 et 30 septembre. Ces jours, de faibles perturbations ont amené quelques pluies, mais qui ne permettront d’atteindre les normes. Septembre s’achève sur un déficit pluviométrique exceptionnel, avec à peine 9,1 mm de pluie à Uccle. A Fontaine-l’Évêque, il ne tombe que 18,1 mm de pluie pour une moyenne de référence de 66,0 mm.

 
Coucher de soleil en septembre 2006 (source: Météo Belgique).
 

C’est surtout du côté des températures que l’écart se marque: l’excédent thermique, de 3,9°C au-dessus de la moyenne, est très exceptionnel. C’est le mois de septembre le plus chaud enregistré depuis que les observations ont commencé à Bruxelles en 1833. Dans une autre station météo retenue, celle de Fontaine-l’Évêque, l’excédent est un peu moins prononcé, mais reste très important, avec 2,5°C. La moyenne de référence utilisée est différente (1981-2010), expliquant une part de l’écart moins important par rapport à Uccle qui utilisait alors une référence antérieure. Cette même station de Fontaine-l’Évêque montre que ce sont essentiellement les températures maximales qui sont responsables de l’excédent thermique de ce mois. La moyenne mensuelle de ces températures maximales s’établit à 23,4°C, ce qui est 4,3°C au-dessus de la moyenne de référence (1981-2010).

Le 12 septembre, les 30°C sont frôlés à Bruxelles (29,7°C à Neder-Over-Heembeek). La journée du 21 est également chaude avec 27°C. Les températures maximales se maintiennent au-dessus des 20°C tout au long du mois, exception faite de quatre jours entre le 24 et le 28. Seul l’ensoleillement, légèrement supérieur à la moyenne, reste normal. A Fontaine-l’Evêque, l’ensoleillement reste également proche de la moyenne.

 

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

En fin de mois, l’air se déstabilise et des orages concernent notamment le Hainaut et le Brabant Wallon.

Image satellite du 29 septembre à 20h00. La boule blanche sur la frontière franco-belge est un cumulonimbus porteur d’orages. Sur l’Atlantique, l’ex-cyclone tropical Hélène enroule sa spirale nuageuse.
 
Un octobre plus humide mais toujours aussi chaud
 
Le mois d’octobre voit les dépressions atlantiques gagner du terrain sur l’anticyclone. Cependant, le flux d’air est fréquemment orienté au sud-ouest et amène des températures toujours trop élevées. Cette douceur humide est accentuée par l’approche de l’ex-cyclone tropical Hélène qui stationne sur le proche Atlantique. Le 1er octobre, un air doux en basse couche et une très forte dynamique font éclore de multiples supercellules orageuses. Une d’entre elles engendre une brève tornade près d’Anvers. Un autre arrive à maturité près de Braine-le-Comte où elle donne naissance à une forte tornade de F2-F3 qui ravage plusieurs fermes à Petit-Roeulx-lez-Braine.
 
La tornade de Braine-le-Comte vue depuis Enghien (source: L. Mertens).
 

Le mois se termine avec un excédent thermique de 3,7°C, ce qui est très exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 2,2°C par rapport à la moyenne de référence (1981-2010). Contrairement à septembre, ce sont désormais aussi bien les températures maximales que minimales qui contribuent à cet excédent.

C’est surtout durant les quinze derniers jours que l’écart se marque: alors que les températures doivent commencer à décliner avec le raccourcissement du jour, elles restent stables. Le 26 octobre, sous un air maritime tropical, les températures maximales atteignent encore 22°C à Neder-Over-Heembeek. Quelques jours avant, les 23 et 24, la première dépression de tempête de l’automne frappe le nord-ouest de l’Europe, apportant des rafales de vent comprises entre 80 et 100 km/h en Belgique, jusqu’à 140 km/h sur les côtes françaises.

Image satellite du 23 octobre à minuit. La première tempête de l’automne, Xenia, se forme sur l’Atlantique.

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

Le passage de plusieurs perturbations plus actives amènera davantage de pluie qu’en septembre. Le déficit pluviométrique est donc moins important, dans les normes.

 
Novembre toujours très doux, mais aussi très venteux

Les premiers jours du mois de novembre sont nettement plus frais, annonçant peut-être la prochaine arrivée de l’hiver. En effet, le flux a viré au nord et de l’air polaire a atteint nos régions. Il tombe même quelques flocons sur la Haute Belgique, tandis que des averses de grésil et parfois orageuses sont observées à la Toussaint en Basse et Moyenne Belgique. Mais cela ne dure pas. Rapidement, la récurrence des deux précédents mois reprend le dessus: flux de sud-ouest d’origine tropicale faisant décoller les températures et les maintenant à des niveaux exceptionnels. A plusieurs reprises, elles dépassent les 15°C (station de Neder-Over-Heembeek), comme le 16 (17°C) et surtout le 25 (18,6°C) par flux d’air tropical direct. Ce 25, Uccle enregistre un record pour une dernière décade de novembre, avec 18,5°C. Au final, novembre finit avec un excédent thermique de 3,0°C à Uccle, ce qui est exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 1,5°C.La pluviométrie est quant à elle relativement normale : il a en effet plu assez régulièrement au cours de ce mois, les dépressions atlantiques s’approchant très près de nos régions. Certaines d’entre elles entraînent quelques bons coups de vent à la fin du mois, avec des rafales dépassant les 100 km/h à la côte. Les perturbations n’empêcheront cependant pas le soleil de briller en excès, totalisant un nombre d’heure d’ensoleillement anormalement élevé. A Fontaine-l’Évêque, l’astre du jour a brillé 12 heures et 53 minutes de plus que la moyenne de référence (1981-2010).


Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)

Conclusion: un automne extraordinairement doux
 

La température moyenne de cet automne 2006 s’élève à 13,9°C, faisant de lui l’automne le plus chaud enregistré à Uccle depuis le début des mesures en 1833. Il explose ainsi un record vieux de… un an à peine, puisque le millésime 2005 avait affiché une température moyenne de 12,3°C. La probabilité de retour théorique d’un tel événement est supérieure à 500 ans, alors qu’en pratique, il n’a fallu qu’une année pour aligner deux saisons automnales complètement hors normes.

A Fontaine-l’Évêque, l’excédent pour la saison atteint 2°C. La moyenne saisonnière s’établit à 12,6°C par rapport aux 10,6°C de la moyenne de référence (1981-2010).

 
Ce temps doux ne s’arrêtera pas à cet automne. L’hiver 2006-2007 sera également extraordinairement doux et tempétueux. Très peu de jours de gel et de précipitations hivernales seront répertoriés pendant ces trois mois suivants.
 
Source des données: Météo Belgique, Météo Charleroi, documents personnels.

Articles pouvant être utiles:

Les supercellules: La supercellule, le roi des oragesDépressions et anticyclones: Dépressions et anticyclones, les maîtres du Temps

L’altweibersommer, la version européenne de l’été indien: Altweibersommer

Octobre 2013 : grande douceur et disparités pluviométriques

Lorsqu’on demande aux personnes de notre entourage et de notre page Facebook quelles impressions ils ont gardées de ce mois d’octobre, la réponse est bien souvent positive. Beaucoup vous répondent que l’automne ne s’est pas vraiment installé durant ce deuxième mois de la saison des pluies et du vent, mis à part quelques jours. Cette impression est assez correcte, « pour une fois » serait-on tenté de dire, car l’être humain a une mémoire assez sélective concernant la météo et le climat. Cependant, ce dixième mois de l’année a connu des disparités assez importantes suivant les régions, notamment au niveau de la pluviométrie. Il se peut donc que certaines personnes aient ponctuellement gardé un souvenir plus négatif de ces 31 derniers jours qui viennent de s’écouler. Nous aimerions donc revenir en détails sur ce mois aux souvenirs majoritairement positifs, mais aux variations pluviométriques assez importantes.

Douceur (sub)tropicale

Quand on regarde les statistiques uccloises de ce mois d’octobre, version 2013, nous ne pouvons constater qu’une chose : la grande douceur de ce mois. En effet, la moyenne mensuelle fut de 12.8°, soit 1.7° au-dessus des normales 1981-2010, ce qui place octobre 2013 en sixième position derrière 2001 (14,4°), 2006 (14,2°), 2005 (14,1°), 1921 (14.0°) et 1995 (13,7°). Ce mois est donc catalogué comme anormalement doux. Notons que cette anomalie de température se trouve aussi d’une manière équivalente dans les maximales (16.3° contre 14.7°) et minimales (9.5° contre 7.8°). Il n’y a donc pas eu de différences majeures entre le jour et la nuit, comme cela peut parfois arriver. A Uccle, il y eut aussi 5 jours à plus de 20° contre 2.3° pour les normales. 

Le tableau ci-joint de la station de Charleroi nous permet aussi d’apprendre une autre chose :

Octobre est à l’heure actuelle le mois de l’année 2013 avec la 2° plus forte anomalie positive (+1.56°), derrière juillet (+1.74°).

2 journées assez représentatives de cette douceur subtropicale furent celles du 3 et 22 octobre :

Les archives des modèles de prévision numérique montrent très bien cette situation assez atypique pour la saison :

A l’échelle de l’Hémisphère Nord, nous pouvons constater qu’une puissante crête anticyclonique s’est développée sur le continent européen, entraînant un flux de Sud sur l’Europe Occidentale, un flux très doux, voire chaud. Cette tendance à avoir des flux de Sud constitués par des ondulations du courant Jet dans l’Hémisphère Nord se reproduira plusieurs fois durant le mois, ce qui explique en grande partie les températures élevées que nous avons connues.

Par exemple, le 22 octobre, fut un jour particulièrement remarquable, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, les températures, très élevées pour une fin octobre :

A Angleur, on enregistre jusqu’à 24.8°. D’une manière générale, les records décadaires sont approchés, mais jamais battus. Ensuite, cette grande douceur subtropicale s’est développée dans un vaste secteur chaud à l’intérieur duquel s’est formé une ligne de convergence pré-frontale, comme l’indique la carte suivante :

De fait, cette situation est typiquement estivale, mais avec quelques degrés en moins, et son cortège d’instabilité. Il n’empêche, la dynamique fut suffisante pour créer un véritable Mesoscale Convective System (MCS) linéaire qui traversa la Belgique à partir du Hainaut et de la Province de Namur en début de soirée :

Ces précipitations assez intenses permettent de comprendre bien des choses dans les statistiques de ce mois. Les températures élevées pourraient être le résultat d’un ensoleillement optimal. Il n’en fut rien ! Par exemple, la station de Charleroi nous montre une anomalie pour le moins surprenante :

L’insolation enregistrée dans cette station fut de 67.6% de la normale, avec donc un déficit de 1/3 ! Evidemment, ceci n’est qu’une station parmi les autres. Uccle, par exemple, enregistra 109h50min contre 112h38 pour les normales. Ce chiffre est évidemment beaucoup plus « normal » mais il peut paraître étonnant au vu des températures enregistrées.
De même, les précipitations enregistrées à Uccle furent totalement normales avec 77.5mm contre 74.5mm pour les moyennes 1981-2010. Le nombre de jour de précipitations fut de 19 contre 17 pour cette même moyenne. Ce chiffre relativement élevé va clairement de pair avec cette insolation « surprenante ». Nous pouvons donc élaborer une première conclusion : ce mois d’octobre 2013 fut très doux, mais normalement pluvieux et ensoleillé. Les flux de Sud-Ouest, doux mais régulièrement humides, expliquent bien des choses concernant ces « surprises » et permettent de comprendre que des nuages régulièrement porteurs de pluies occultèrent tout aussi régulièrement le soleil.

Disparités pluviométriques

Ces remarques sur la pluviosité nous permettent aussi de parler de leurs disparités. Celles-ci furent réellement importantess d’une région à l’autre. Par exemple, la station de Charleroi n’enregistra que 54mm durant ce mois :

Un peu à l’opposé se situe Coxyde :

La station côtière enregistra donc 151mm durant ce mois d’octobre, soit pas loin de 3 fois plus que la station carolo. Les 4 jours entourés en bleu (du 10 au 13 octobre) expliquent bien des choses. Ces jours-là, une situation atmosphérique assez particulière est en place :

Nous avons affaire à ce que nous pourrions appeler un « blocage inverse », à savoir, qu’au lieu d’avoir un anticyclone de blocage au Nord ou à l’Est de notre pays, nous garantissant un temps sec et doux/chaud, la haute pression se situe à l’Ouest de nos régions, avec une goutte froide descendant du Nord avec son cortège d’air froid d’altitude et d’averses et se fixant au-dessus de nos têtes. Pendant 4 à 5 jours, ce sont donc de copieuses averses qui vont circuler sur notre pays, avec des températures beaucoup trop basses pour la saison. Cependant, ces averses vont essentiellement se cantonner sur l’Ouest de notre royaume, cette archive d’animation radar en atteste nettement pour le 10 octobre. Le 13 octobre, les disparités sont assez éloquentes :

Alors que l’Ouest du pays enregistre des précipitations supérieures à 30mm avec même 41mm à Anvers et Gand, des stations comme Charleroi n’enregistrent que 2mm. On comprend aisément maintenant la grosse différence mensuelle entre Coxyde et Charleroi.

Conclusion

Cela permet aussi de donner une réponse aux personnes qui garderaient un moins bon souvenir de ce mois d’octobre. Ces 4 journées furent effectivement très humides dans l’Ouest et fort fraîches partout. Elles ne doivent en rien occulter la plus grande caractéristique de ce mois, à savoir la grande douceur liée à des courants subtropicaux. Toutefois, cette origine fort méridionale a aussi apporté avec elle bon nombre de nuages qui ont empêché les statistiques d’ensoleillement de s’envoler. Elle a apporté aussi des orages et des tornades qui en ont surpris plus d’un, que ce soit aux Pays-Bas, en France, en Angleterre, et chez nous. Octobre 2013 restera donc un mois surprenant mais globalement inscrit positivement dans la mémoire collective de la population.

 

Altweibersommer ou l’été tardif

L’automne arrive, et avec lui, le vent et la pluie. Les jours deviennent plus courts et plus frais. Pourtant, on peut encore connaître de très belles périodes de temps sec et ensoleillé durant les mois de septembre et d’octobre, voire même jusque la mi-novembre dans certains cas. Voici donc un article sur cet événement très apprécié, appelé à tort « l’été indien », qui n’existe que dans le nord de l’Amérique comme le chantait si bien Dassin. L’expression est toutefois passée un peu faussement dans notre vocabulaire, notamment dans les médias. Les langues européennes sont pourtant particulièrement riches pour exprimer ces quelques jours de temps doux et agréable qui surviennent parfois après des semaines de mauvais temps.

Le graphique ci-dessous, fait maison, vous montre cette richesse linguistique. On y retrouve des nominations venant d’Allemagne, de France, d’Angleterre… mais aussi bien de chez nous.

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