Juin 2016 : un mois très humide … et chaud !

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup plus en Belgique, et plus généralement en Europe Occidentale, durant la dernière semaine de mai, et pendant tout le mois de juin 2016. Cet article n’a pas pour but d’aller forcément à contre-courant de cette constatation, et de venir dire que juin 2016 fut un mois agréable. Par contre, il nous paraît intéressant et fondamental d’expliquer quelques singularités de ce mois plutôt hors-normes en le replaçant dans le cadre plus vaste de la climatologie des mois de juin depuis une soixantaine d’années, et d’ainsi montrer que juin 2016 fut un mois très humide, peu ensoleillé, normal pour les températures, mais en réalité chaud !

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Intense offensive orageuse du 22 au 24 juin 2016

La saison orageuse 2016 est décidément très active, au contraire d’un mois de juin qui n’est pas à la hauteur: bien que les températures moyennes ne soient pas anormales, l’insolation grandement déficitaire et surtout l’excédent pluviométrique exceptionnel font de juin 2016 un mois complètement raté. Seuls les orages sont « à la hauteur », et même bien au-delà. La dégradation qui prend place ce 23 juin s’inscrit donc dans la lignée des autres épisodes orageux qui se succèdent sur nos régions depuis début mai.
 
Pour la première fois de l’année, Info Meteo publie au matin du 23 juin un avis d’orages de niveau D pour la moitié ouest de nos régions. Des orages forts à violents sont donc attendus, constituant une situation particulièrement dangereuse pour les personnes prenant de trop grands risques. Il faut dire que les valeurs des différents paramètres propices aux orages étaient particulièrement élevées.
 

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Orages diluviens de fin mai/début juin : une analyse stratosphérique

L’intense épisode orageux que nous avons vécu en cette fin mai et début juin méritait une première explication et l’équipe d’Info Météo s’est livré au difficile exercice de la pédagogie en environ 4 minutes avec cette vidéo reprenant plusieurs facteurs : El Nino, sa chaleur, et son humidité tropicale d’une part, le réchauffement climatique et la pauvreté de la banquise et de la neige nord-hémisphérique d’autre part.

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5-7 juin 2016: Chaos kéraunique sur la Belgique

Et dire que nous ne sommes qu’au début de la saison orageuse… Une nouvelle fois, le courroux céleste s’est exprimé avec fracas sur bon nombre de régions, moins de trois jours après la fin d’une autre période aux orages réguliers et diluviens. Dans les faits, l’activité orageuse n’a pas réellement cessé depuis près de deux semaines, ce qui en fait l’une des plus longues offensives connues. Voici donc une occasion pour un nouvel article qui détaille l’apothéose de cette période très agitée où les avis d’orages se sont succédés les uns après les autres. Dans un souci de clarté, nous passerons d’abord en revue la situation atmosphérique jour après jour, puis nous nous attarderons sur le déroulement des événements et leurs conséquences.
 

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De Pluviis – Genèse et Histoire d’un déluge

Petite anecdote pour commencer: en écrivant cet article, je cherchais un bon titre pour refléter le caractère remarquable, sinon exceptionnel, de la longue période pluvieuse et orageuse que nous venons de traverser, avec un lot de bizarreries météorologiques conséquent. Je me souvins alors d’un livre écrit voici plusieurs siècles et nommé « De Thermis », soit « A propos des températures » si l’on veut passer du latin au français. Un « De Pluviis » – « A propos des pluies » – m’a dès lors semblé tout à fait à propos comme entame de ce dossier.

Nous sortons donc d’une période très orageuse au cours de laquelle nos régions ont vu défiler une impressionnante série de systèmes météorologiques. La pluie en a été un dénominateur commun, puisque bien présente, et a mené parfois à de graves inondations, notamment en Flandre, dans l’ouest du Hainaut et en Ardenne. Ce mauvais temps est monté en puissance pour culminer avec une première apothéose catastrophique en Flandre le lundi 30 mai, suivie d’une deuxième le jeudi 2 juin dans la région de Nassogne, en Ardenne. Cet article fait office de compte rendu de ces événements et détaille la situation atmosphérique ayant mené à ces orages.

 

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Juin 2015: normal, variable et surprenant

Lorsque nous nous interrogeons sur les aspects climatologiques de ce mois de juin, nous nous rendons compte qu’il a été relativement correct vis-à-vis de la météo que nous sommes en droit d’avoir en cette période de l’année. En effet, les trois paramètres les plus utilisés pour qualifier la climatologie d’un mois (température moyenne et, jours de pluie et pluviométrie) présentent tous des valeurs normales pour la station IRM de Uccle:
 
Température moyenne du mois: 16,5°C (norme 80-10: 16,2°C)
Nombre de jours de pluie: 12 (norme 80-10: 15)
Quantité de pluie: 53,4 mm (norme 80-10: 71,8 mm)
 
L’analyse d’autres stations ne montre pas de grands changements à travers le pays.
 
Le dernier paramètre, même s’il est normal, cache une anomalie: le mois de juin a dans l’ensemble été sec, confirmant un déficit pluviométrique certes léger mais durable depuis janvier. Le tableau ci-dessous montre les relevés faits pour Uccle tout au long du mois. Deux pics de précipitations ont été observés: le 5 juin (orages en soirée) et le 22 juin (passage d’une perturbation active apportant parfois plus de 40 mm de pluie dans l’Entre-Sambre-et-Meuse).
 
Le graphique montre aussi le yoyo thermique ayant caractérisé ce mois: des pics ont été observés le 5 juin (jour de canicule), le 12 juin (chaleur lourde) et le 30 juin (début de la canicule de début juillet). A l’opposé, des jours très frais ont été également observés, comme le 22 juin au passage de la perturbation active.
 
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
 
Par contre, d’autres paramètres présentent des valeurs déviant fortement des normes:
 
-la pression atmosphérique a été très anormalement élevée, avec 1019,7 hPa contre 1016,6 hPa en temps normal;
 
-L’ensoleillement a par contre été anormalement élevé, avec 245,35 heures contre 188,05 heures normalement. Ceci montre que le mois a été plutôt beau dans son ensemble.
 
-la vitesse moyenne du vent a été très exceptionnellement élevée. Les personnes attentives au temps auront remarqué le caractère venteux de ce début d’été, impression ici confirmée par les statistiques;
 
-l’humidité relative moyenne a été très exceptionnellement basse, avec 65 % contre 74% en temps normal.
 
-enfin, le nombre de jours d’orage a été anormalement bas (7 contre 12,5 en temps normal), confirmant par les chiffres un début de saison orageuse particulièrement faible. Seule la journée du 5 juin aura accouché d’une offensive orageuse particulièrement marquée.
 
Si nous regardons la position des centres d’action tout au long de ce mois, nous constatons que nos régions ont été souvent placées sous des conditions anticycloniques, ces anticyclones se plaçant fréquemment au nord, nous ramenant des courants continentaux secs. A plusieurs reprises toutefois, le flux a basculé à l’ouest, parfois même au nord-ouest, apportant de l’air maritime plus humide et des perturbations. Les coups de chaleur du mois sont dus à des orientations brèves du flux au sud-ouest, amenant de courtes bouffées d’air tropical maritime, donc lourdes et orageuses. 
 
 

5 juin 2015: Coup de chaleur et violents orages

Ce 5 juin a été l’occasion de voir s’exprimer le courroux estival pour la première fois, et ce de deux manières:
  • La première par le coup de chaud aussi brutal qu’éphémère enduré par nos régions qui auront vu les thermomètres franchir les 30°C en de nombreux endroits;
  • La seconde par la violente dégradation orageuse survenue en fin d’après-midi et en soirée, celle-ci composant la première grande salve de la saison des orages 2015 qui, jusqu’ici, avait éprouvé quelques difficultés à démarrer.
Cet article fait donc le point sur ces événements au travers de leur chronologie et de l’explication de leurs intensités.
 
Chaleur
 
La carte ci-dessous présente la disposition des fronts à 8h00 le 5 juin. Nos régions sont placées dans un secteur chaud, le triangle dessiné par le front froid sur l’Angleterre et la Bretagne et le front chaud sur la Flandre et l’Allemagne. Ce front chaud est affaibli et n’engendre aucune pluie et très peu de nébulosité. C’est une situation typique en été dans le sens où les fronts chauds ne se font pas vraiment remarquer, au contraire des fronts froids! Le spécimen du jour est actif et précédé d’une ligne de convergence (plume rouge), mais nous y reviendrons dans le chapitre concernant les orages. Toujours est-il que notre pays se retrouve ainsi sous l’emprise d’une bouffée d’air d’origine tropicale.
 
Les températures, déjà très douces à l’aube, s’envolent pour dépasser les 30°C en de nombreux endroits: 34,0°C à Kleine-Brogel, 33,5°C à Gand, 31,7°C à Chièvres, 32,9°C à Bierset, 32,0°C à Gosselies et 31,6°C à Humain. La carte ci-dessous montre les températures relevées à 16h00. La ligne de convergence arrivée sur l’ouest de la Belgique a entraîné une rotation des vents, responsable des températures bien plus fraîches qui sont observées près du littoral.
 
 
Ces fortes chaleurs ont une autre conséquence, celle d’élever considérablement les niveaux d’énergie disponible pour les orages (nommée CAPE dans le jargon météo), et ceux-ci ne vont d’ailleurs pas tarder…
 
Orages
 
La carte ci-dessous est du même type que celle présentée plus haut, mais douze heure plus tard: à 20h00, la ligne de convergence est en travers de la Belgique. Une telle ligne voit, comme son nom l’indique, les vents de basse couche converger vers elle: ils sont du sud à sud-est au devant de la ligne, d’ouest à nord-ouest à l’arrière.
 
 
A l’avant de la ligne, l’air est de plus très chaud, avec des niveaux d’énergie fort élevés, ceux-ci approchant les 2500 J/kg d’air, des valeurs élevées mais non-exceptionnelles. En altitude, le Jet-Stream se plaçant en soirée au-dessus de la Belgique entretient des forçages particulièrement intenses, ceux-ci étant à l’origine d’ascendances forcées de l’air. Les ingrédients pour une dégradation orageuse potentiellement sévère sont en place.
 
Dès la matinée, les premiers orages se forment à l’ouest du Nord-Pas-de-Calais et entrent sur celui-ci sur le temps de midi. Ils présentent immédiatement un caractère soutenu avec des chutes de grêle signalées. Mais c’est réellement à partir de 15h00 que la situation dégénère avec l’apparition de puissantes cellules orageuses sur la Picardie. L’une d’entre elles évolue en une supercellule massive qui entre sur le sud du Nord-Pas-de-Calais vers 16h30. Elle produit jusqu’à 10 000 éclairs en une heure! Pendant ce temps, d’autres orages moins larges mais parfois tout aussi intenses passent sur l’ouest de la Belgique. A Mouscron, des grêlons de plusieurs centimètres de diamètre sont signalés au passage d’une autre supercellule. Un troisième orage de ce type est observé sur la Flandre orientale.
 
 
Grêlons récoltés à Mouscron. Source: Melno Tim Mathéo Loucas.
 
L’explosion de la convection se note particulièrement bien sur les images satellites, comme ici à 16h00:
 
 
Le radar de 17h00 montre déjà une évolution des structures orageuses: d’une supercellule, nous passons progressivement à un axe orageux, avec des formations fraîches au sud-ouest de celui-ci. Le système devient particulièrement venteux puisqu’une rafale de 120 km/h est mesurée à Cambrai.
 
 
Pendant ce temps, l’enclume des cumulonimbus arrivant sur l’ouest de la Wallonie se pare de nombreux mammatus. De nombreuses photos nous sont parvenues de ces formations nuageuses vues à travers tout le Hainaut et le Brabant wallon.
 
Mammatus à Quiévrain. Auteur: R. Flamand.
 
A 18h00, nous retrouvons l’axe orageux entre Bruxelles et l’ouest de Paris. Le Nord-Pas-de-Calais, le Brabant wallon et le Hainaut subissent le défilement de puissantes cellules. Ceci conduit à des accumulations importantes de précipitations. A noter qu’un gustnado (petite tornade se produisant sous le front de rafale d’un orage) a été observé à Steenberg, dans le Brabant flamand.
 
 
Les images thermiques des satellites d’observation météo repèrent des sommets nuageux très froids (jusqu’à -70°C), signe d’orages particulièrement entraînés!
 
 
Deux heures plus tard, la ligne de convergence a à peine progressé d’une cinquantaine de kilomètres vers l’est. L’axe orageux est donc toujours présent en travers de la Belgique et du Nord-Pas-de-Calais. Au long de celui-ci continuent de circuler des orages multicellulaires parfois très intenses. Plus en avant de l’axe, quelques orages sont parvenus à se développer sur le sud-ouest de la province de Namur. L’un d’entre eux, sur l’image ci-dessous près de Florennes (FS) subit un storm splitting, et le moteur droit évoluera ensuite en une supercellule classique que l’on peut suivre sur les radars jusqu’à Liège via Yvoir et Huy. Il n’est pas impossible que l’un ou l’autre orage sur l’axe Erquelinnes – Jodoigne ait également présenté des caractéristiques supercellulaires, mais nous ne pouvons le confirmer.
 
20h10 heure belge.
 
L’image ci-dessous est très parlante: la supercellule a une forme caractéristique alors qu’elle franchit la vallée de la Meuse.
 
21h20 heure belge.
 
La supercellule à son passage sur la région de Amay. Le mesocyclone est particulièrement bien dessiné. Auteur: S. Nottebaert.
 
En soirée, la ligne de convergence progresse plus franchement, en poussant les orages à travers la Belgique. Dans l’ensemble, l’activité ne faiblit pas avec la poursuite d’une violente succession d’éclairs, de fortes pluies et parfois de grêle. Dans l’Entre-Sambre-et-Meuse puis dans le Namurois, les orages sont particulièrement virulents. Il est possible qu’un bow echo se soit organisé à la frontière belgo-française avant de balayer ces régions. Nous assistons ainsi à l’organisation d’un petit MCS entre Bruxelles et le département des Ardennes. A l’ouest de Liège, nous retrouvons la supercellule qui se trouvait près de Florennes une heure et demi plus tôt.
 
21h40 heure belge.
 
En fin de soirée, la ligne de convergence gagne progressivement l’est de la Belgique tandis que l’activité orageuse commence à faiblir après que le MCS ait sévèrement balayé le Namurois et la région de Dinant. Un autre complexe orageux s’organise sur le Grand-Duché du Luxembourg et le sud-est de la Belgique (une nouvelle supercellule y est détectée). A l’arrière, l’une ou l’autre cellule se développent à nouveau, sans atteindre toutefois le niveau des orages de la ligne de convergence. Les orages finissent par s’estomper en début de nuit en s’évacuant vers l’Allemagne.
 
 
En conclusion, cet épisode orageux localement assez costaud constitue la première salve orageuse estivale de l’année 2015. Par endroits, des cumuls de 30 mm de pluie ont été constatés (23 mm à Uccle, 24 mm à Gosselies, 30 mm à Zeebruges), ainsi que de la grêle (notamment du côté de Mouscron). Des inondations ont été signalées dans le Hainaut et dans la région de Bruxelles. Le vent n’a pas été en reste puisqu’il a provoqué quelques dégâts, essentiellement dans les provinces de Hainaut, de Namur et du Brabant wallon ainsi que dans le Nord-Pas-de-Calais où une pointe à 120 km/h a été mesurée à Cambrai.
 
Ci-dessous, la carte des décharges relevées entre le 5 juin 2h00 et le 6 juin 2h00. Peu de régions du centre de la Belgique et de l’est du Nord-Pas-de-Calais ont été épargnées.
 
 
 
Observations effectuées par Info Meteo et chasse à l’orage dans la région de Charleroi
 
Pour l’occasion, deux membres d’Info Meteo ont effectué une chasse à travers la région de Charleroi pour suivre le développement des orages. Nous retraçons brièvement ici le déroulement de cette chasse. Toutes les photos (il y en a beaucoup!) peuvent être consultées dans l’album photo sur facebook dédié à l’événement. 
 
Voyant que les orages concernaient plutôt le centre du Hainaut, nous nous sommes postés au sud-ouest d’Anderlues aux alentours de 18h00, après avoir longtemps erré pour trouver un point de vue acceptable. Cependant, le spectacle est assez décevant; les orages défilent au-delà de Binche et sont très pluvieux, masquant la plupart des coups de foudre. Quelques-uns tombent plus au nord d’une autre cellule du côté de Manage, mais ils sont trop loin et disparates pour être pris en photo. Les ondées passagères ne nous facilitent pas la tâche… Néanmoins, l’ambiance est sympa avec l’évolution de structures nuageuses menaçantes.
 
 
Cette base sombre finira par évoluer à son tour en orage et se diriger vers le Brabant wallon.
 
 
La ligne de convergence ne semble pas progresser, ce qui nous est confirmé par un coup de fil passé à un collègue d’Info Meteo; les orages prennent continuellement le même chemin. Un faible foyer orageux a bien réussi à se développer dans la botte du Hainaut, mais il ne paie guère de mine depuis notre point d’observation.
 
Nous décidons cependant de reculer plus à l’est pour avoir une meilleure vue d’ensemble de l’axe orageux, convaincus que celui-ci va finalement progresser vers l’est. De plus, cela nous rapproche de l’orage de la botte du Hainaut, et nous permettrait d’aller à sa rencontre si ce dernier venait à se renforcer. Sur la route, nous observons le cumulonimbus de cet orage reprendre un peu de consistance, mais cela ne nous incite pas vraiment à l’optimisme.
 
Nous nous postons juste à l’ouest de Gozée vers 19h00, à un point de vue nous permettant une visibilité idéale à 360°. L’air y est lourd et chaud, bien qu’il ne fasse plus que 22°C, ceci confirmant bel et bien que nous sommes toujours du côté chaud de la ligne de convergence. Un nouveau foyer assez costaud est actif à l’ouest, juste au-delà d’Anderlues où nous nous trouvions encore il y a 15 minutes. L’activité électrique est par moment intéressante avec un éclair toutes les 5 à 10 secondes, et de nombreux coups de foudre tombent de cet orage.

 

 

 

 
Alors que nous regardons cet orage se diriger progressivement vers le nord-ouest de l’agglomération de Charleroi, nous remarquons une base sombre se développant juste au-dessus de nous et d’où tombent quelques gouttes. Des roulements de tonnerre étouffés viennent confirmer la naissance d’un nouvel orage – le troisième du jour – au zenith. 
 
 
Ce type de comportement précède l’apparition des chutes de foudre, nous mettant dès lors sur nos gardes. Durant les dix minutes suivantes, l’orage naissant se déplace vers Montigny-le-Tilleul, ce qui réduit le risque de foudroiement proche. Et comme attendus, de brillants coups de foudre tombent des nuées au nord de notre point d’observation, autour d’un rideau de précipitations se déployant en direction du sol.
 
 
Nous voyons alors approcher le quatrième orage du jour, celui-ci arrivant de la frontière française et suivant grosso modo la même trajectoire que le deuxième orage. Son activité électrique est plus hésitante, avec des phases modérées et d’autres où il ne se passe pas grand chose.

 

 
Jeux de lumière à nouveau sympathiques avec la tentative de réapparition du soleil à travers les trouées nuageuses.
 
 
Alors que nous observons cet orage, nous somme surpris par des roulements de tonnerre dans notre dos. A travers les nappes de nuages pérorageux, nous devinons une enclume mais assez mal dessinée. Les roulements se font pourtant insistants et passé 20h00, nous décidons de nous rapprocher de cet orage, le cinquième du jour. Au sud-ouest de Ham-sur-Heure, nous observons de vigoureux bourgeonnements cumuliformes à l’arrière de cet orage. Nous apprendrons plus tard que cet orage était la supercellule naissante qui évoluera sous cette forme jusqu’à Liège en fin de soirée.
 
 
Malgré une activité intéressante marquée par quelques beaux coups de foudre, nous préférons ne pas suivre cet orage, celui-ci s’éloignant de toute façon vers le Namurois. Au sud-ouest, le ciel devient à nouveau ténébreux. Une estimation vite faite nous amène à la conclusion qu’il faut encore reculer vers l’est pour profiter pleinement de ces nouveaux foyers orageux. Nous nous postons juste au nord de Berzée, en surplomb de la vallée de l’Eau d’Heure, d’où nous avons une vue imprenable vers le sud et l’ouest.
 
Les foyers qui arrivent du sud-ouest sont plus costauds que les précédents; la chasse va ainsi crescendo. L’activité électrique est parfois intense avec un éclair toutes les quelques secondes. La nature de cette activité varie avec par moments des successions de chutes de foudre et à d’autres moments une activité électrique essentiellement intranuageuse.
 

 

 

 

 

 

 
Cette ligne d’orages fermée se fait de plus en plus proche, mais nous évite cependant.

 

 

 
En bonne compagnie! Ces vaches ne semblent absolument pas se préoccuper du spectacle son et lumière qui nous est gratuitement offert!

 

 

 

 

 
 
 
Tandis que l’activité de cet orage devient réellement endiablée, notre regard se porte au sud où d’autres éclairs se manifestent. A nos yeux se dévoile progressivement un imposant arcus!
 

 

 

 
Au zénith, un troupeau de mammatus indique que l’orage qui monte du sud-ouest est particulièrement virulent!
 
 
Là il devient franchement temps de partir! L’arcus est tout proche et son arrière scintille d’éclairs. Notre poste d’observation que nous occupons maintenant depuis plus d’une heure devient dangereux, et nous préférons plier bagage. Il est à peine 21h30 et déjà la nuit tombe sur les campagnes de l’Entre-Sambre-et-Meuse!
 
 
Nous trouvons rapidement un abri au centre de Berzée et assistons au passage de l’orage sous la forme de violentes précipitations soufflées par les rafales. L’activité électrique n’est pas en reste avec une succession d’éclairs intranuageux déployant de grandes nappes rosées dans les nuées, et ce toutes les 2 à 3 secondes par moments. La foudre ne manque pas non plus de se manifester puisqu’un éclair tombe à environ 100 mètres de nous!
 
Le gros de l’orage passera en une dizaine de minutes. Après celui-ci, un coup d’oeil à l’horizon sud-ouest nous apprend que c’était le dernier foyer… et le plus costaud! La chasse s’arrête donc ici.
 
Pour terminer, voici la vidéo de la chasse:
 
 
Source des cartes: Blitzortung, KNMI, Keraunos, Meteo France, Infoclimat…

20 juin 2002: Brasier électrique sur la Belgique

Parmi les grands épisodes orageux qui ont concerné la Belgique, nous avons déjà parlé du 14 juillet 2010, de l’explosive année 2011 ou encore, plus récemment, des orages de juin 2014. Ces orages ont été très médiatisés en raison des nombreux dégâts engendrés par le vent, la pluie ou la grêle. 
 
Un peu plus loin dans le temps, il existe un épisode orageux qui est tombé quelque peu dans l’oubli, et dont les annales ne conservent que peu d’informations. Il s’agit cependant de l’un des épisodes orageux les plus électriques qui se soient produits en Belgique durant ces vingt dernières années. Un orage démentiel ayant généré des concentrations en éclairs ahurissantes et dont les régions de Charleroi, de l’est du Brabant Wallon et du Limbourg ont oublié le bombardement des centaines de chutes d’éclairs qu’elles ont subies cette nuit-là. Rarement un orage belge a engendré autant de dégâts dus à l’élément qui définit ce phénomène: la foudre. Dans cet article, nous revenons sur cet épisode orageux exceptionnel, sa longue durée et sa sournoise survenue.
 

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7-10 juin 2014 – Un violent épisode orageux très inhabituel

La Pentecôte 2014 est marquée par des orages violents, plutôt inhabituels. C’est un outbreak de supercellules qui prend place sur la Belgique, avec la survenue d’un grand nombre de ces spécimens en l’espace d’environ 72 heures. Ces orages provoquent énormément de dégâts, ceux-ci se révélant extrêmement coûteux. Retour sur un épisode orageux exceptionnel.

7 juin

 

Ce 7 juin a été marqué par un temps lourd, chaud et humide, avec des maximas proches voire dépassant légèrement les 30°C. Compte tenu de ces conditions, une forte instabilité s’est mise en place dans les basses couches de l’atmosphère, où l’énergie potentielle disponible dépassait allègrement les 2000 J/kg d’air. 

 
Ce temps est dû à la présence d’une profonde dépression pour la saison sur le proche Atlantique, entraînant un appel d’air d’origine tropicale en direction de nos régions. Cet air a pu se charger facilement en humidité en profitant des précipitations tombées les jours précédents. 
 

A la mi-journée du 7, une ligne de convergence (zone de convergence des vents, ceux-ci étant obligés de s’élever à son niveau) a traversé lentement la Belgique. L’inversion a cependant bloqué tout développement orageux, et seuls quelques altocumulus et cumulus aplatis se sont développés à son passage, alors que l’air en basse couche était déjà bien chargé en énergie. Plus à l’ouest, le front froid associés à la dépression sur le proche Atlantique s’est positionné juste à l’ouest du Nord-Pas-de-Calais, où il a pris un caractère de front ondulant (front bloqué dans sa progression dans une masse d’air chaud). Son arrivée, combinée au renforcement de la brise de mer, a créé une pseudo-limite froide qui s’est avancée dans les terres, obligeant l’air chaud à s’élever. Un forçage local s’est ainsi mis en place sur l’extrême nord de la France, déclenchant les premiers orages. Plus au sud-est, une seconde ligne de convergence provoquera un appel d’air chaud en soirée (encore 27°C à 20h00 dans le Hainaut), rognant l’inversion thermique, et donnera naissance à un autre foyer qui concernera le centre de la Belgique plus tard.

Le premier orage, qui peut être qualifié de fort à violent, est apparu vers 18h00 sur l’ouest du Nord-Pas-de-Calais, où il a rapidement pris un caractère très organisé. Ce foyer, isolé, a en effet profité de l’importante énergie potentielle présente sur la zone pour se développer en une supercellule lors de son arrivée en Belgique. Un storm-splitting s’est alors opéré, et la cellule de droite a commencé à dévier légèrement sur la droite du flux général. Les images radars ont dès lors montré un hook echo (crochet au sud-est du système, montrant sa mise en rotation, caractéristique nécessaire pour la désignation de supercellule) persistant pendant près d’une heure, tandis que l’orage transitait à travers la Flandre Occidentale, jusqu’aux environs de Gand.
 
 
 
Vers 19h35, l’orage a montré temporairement une V notch (entaille en V dans les précipitations) sur son flanc nord, montrant clairement une organisation supercellulaire aboutie.
 
 
A son passage, de fortes chutes de grêle sont signalées. A Wingene, en Flandre Occidentale, il tombe des grêlons de 3 à 4 cm de diamètre. Un témoignage parle de grêlons de 6 cm de diamètre.
 
 
Une équipe de Noodweer Benelux a filmé son passage au sein de la supercellule entre Lichtervelde et Wingene:
 
 
Les nombreuses observations sur le terrain ont mis en évidence l’existence d’un nuage mur, marquant un mesocyclone (zone centrale de rotation au sein des supercellules). L’activité électrique, bien que intranuageuse pour une grande part, s’est faite virulente avec plus de 2000 éclairs en une demi-heure.
 
Passé Wingene, la supercellule, alors en phase classique, a opéré une évolution vers le stade HP (high-precipitation), où la pluie devient excessivement intense et étendue. Observé au radar, le hook echo a alors glissé sur le flanc est de la supercellule, tout en entourant le mesocyclone (confirmé par Belgorage sur le terrain). A noter que le V notch se devine encore sur le flanc nord du système.
 
 
Tandis que cet orage passait la frontière hollandaise en reformant une supercellule classique, un nouvel orage est rapidement apparu entre Ath et Mons. Ce foyer a très rapidement adopté un caractère supercellulaire en se dirigeant vers Bruxelles. Cet orage peut aussi être qualifié de fort. A noter qu’un autre orage suivant la cellule flandrienne a pendant un moment présenté aussi un caractère supercellulaire, mais ce de manière trop courte pour le classifier en temps que supercellule certaine.
 
 
Arrivée à Bruxelles, cette supercellule a engendré une violente averse de grêlons de la taille d’une balle de ping-pong, interrompant notamment le match Belgique – Tunisie et provoquant de nombreux dégâts dans la capitale.
 
 
Belgique – Tunisie au stade Roi Baudouin interrompu par les chutes de grêle:
 
 
L’orage bruxellois vu depuis Kortenberg (Brabant Flamand) par le collectif Belgorage:
 
 
Grêlons récoltés à Bruxelles (source: A. Bavay):
 
 
L’orage à 20h30, vu depuis la région de Frasnes-lez-Anvaing (Hainaut) par le collectif Belgorage:
 
Orage supercellulaire s`étendant progressivement en progressant au nord-ouest de Bruxelles-Capitale. Crédit photo : Jean-Yves Frique
 
L’orage a ensuite poursuivi son trajet à travers la Flandre, en maintenant un caractère supercellulaire.
 
Deux (voire trois) orages supercellulaires en quelques heures constituent un phénomène relativement rare en Belgique, bien que pas exceptionnel. Le 25 mai 2009 en soirée, le Nord-Pas-de-Calais a connu plusieurs supercellules simultanées, certaines accompagnées des plus gros grêlons jamais photographiés en France: 12 cm de diamètre!
 

8 juin 

 
L’air est resté très instable ce 8 juin, avec toujours l’afflux d’une masse d’air chaud et humide sur nos régions. En soirée, une zone de forçage due à des noyaux de diffluence du Jet-Stream en altitude a balayé cette masse d’air, déclenchant de nombreux orages, certains d’entre eux supercellulaires. En outre, de l’air maritime s’est propagé depuis le littoral, uniquement dans les basses couches, formant une inversion thermique vers 1000 mètres d’altitude. Un pseudo-front s’est ainsi dessiné en travers du sud de la Belgique, selon une orientation sud-ouest – nord-est, séparant l’air maritime au nord et l’air continental chaud au sud. En soirée, il a agi comme un déclencheur et un rail pour les violents orages qui ont concerné le Condroz et la Fagne – Famenne. Une seconde et légère inversion formée près du sol par rayonnement est responsable d’un maximum de vent nocturne. Ce dernier et le cisaillement observé le long du pseudo-front ont contribué à la virulence des éléments.
 

Mais tôt en matinée, un système orageux très actif a balayé le nord du département des Ardennes puis une bande allant de Gedinne à la région liégeoise. Dans la région de Gedinne notamment, l’orage a pris un caractère supercellulaire. La supercellule s’est ensuite muée en un bow echo qui a traversé l’est du massif ardennais.

Radar de précipitations vers 10h00. Source : Buienradar
Bow Echo sur la province de Liège vers 9h45 (source: Belgorage).
 

Plus tard, en fin d’après-midi, un orage supercellulaire d’une grande violence a balayé le nord-ouest de l’Ile-de-France, les Yvelines et a poursuivi sa course jusque Charleville-Mézières vers 0h15 le 9. A son passage, des grêlons de plus de 5 cm de diamètre et des rafales de vent supérieures à 130 km/h ont été enregistrées.

Orage supercellulaire sévissant dans le département des Ardennes en France et observé depuis la région de Bertrix en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina Verhoeven
Supercellule sur le département des Ardennes vue depuis Bertrix par le collectif Belgorage.
 
Pendant ce temps, une autre supercellule s’est formée sur l’ouest du Nord-Pas-de-Calais et a transité à travers la Flandre Occidentale, de manière assez similaire à celle de la veille. Le hook echo typique était bien visible sur les images radars.
 

En fin de soirée, un axe orageux s’est constitué au nord de la supercellule sur le département des Ardennes, entre Chimay et Dinant. De forts orages ont balayé tour à tour ces régions, certains présentant une très forte activité électrique avec jusqu’à plusieurs éclairs par seconde et par foyer orageux. Ces orages ont parfois présenté des structures très organisées, avec de petits bow echo.

8 juin 23h45 – source: Météo France

En début de nuit du 9, ils ont gagné la rive droite de la Meuse entre Namur/Ciney et Liège où des chutes de grêles de plusieurs centimètres de diamètre (notamment à Marchin et dans la périphérie liégeoise) ont été signalées au passage d’une probable supercellule alors située au sud-est de Namur sur l’image ci-dessous. Ces orages ont ensuite atteint la région de Verviers et le Pays de Herve avant de s’évacuer vers l’Allemagne aux alentours de 2h00 du matin le 9.

9 juin 1h15 – source: Météo France
 
Eclair internuageux et coup de foudre à l’horizon à l’arrière du dernier orage balayant l’Entre-Sambre-et-Meuse en début de nuit du 9 juin. Vu depuis Montigny-le-Tilleul. Source: Info Météo.
 
Plus proche de l’orage, vu depuis Berzée. Source: Info Météo
 

A l’arrière de ces orages, un dernier foyer a explosé sur le Condroz oriental, évoluant en une intense supercellule.

Radar de précipitations vers 02h10. Source : Buienradar
Orage supercellulaire sur le Condroz oriental vers 2h10 (source: Belgorage).
 
Orage supercellulaire ayant provoqué la chute de grêlons de 3-4 cm de diamètre dans la région de Tohogne en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina Verhoeven
Interception de la supercellule sur le Condroz oriental, dans la région de Tohogne, par le collectif Belgorage.
 
Enfin, une dernière supercellule a gagné le département des Ardennes, tandis qu’un nouvel orage concernait l’Entre-Sambre-et-Meuse vers 2h30 – 3h30 du matin le 9. Celui-ci fut toutefois moins intense que ses prédécesseurs quelques heures plus tôt.
 

9 juin

 
A nouveau, la journée du 9 juin voit se maintenir un flux d’air chaud et humide très instable sur nos régions. Des noyaux de diffluence du Jet-Stream organisent les orages, aidés par des dépressions de surface sur le Luxembourg pour l’orage de l’après-midi et de Nevers à l’est de la Belgique pour l’orage de la nuit suivante. En milieu de nuit du 9 au 10 justement, un puissant forçage en entrée droite du Jet balaye la Belgique, organisant le puissant MCS de la nuit. Mais ce sont en réalité trois de ces systèmes qui nous ont concerné hier et cette nuit.
 
Le premier d’entre eux s’est présenté aux portes de l’Entre-Sambre-et-Meuse aux alentours de 10h00 du matin le 9. Bien organisé, il a rapidement balayé cette région avant de poursuivre vers l’est de Bruxelles et Leuven, puis vers l’ouest de la Campine où l’activité électrique s’est révélée particulièrement intense. Les fortes pluies l’accompagnant ont provoqué des inondations locales dans le Brabant Wallon. La Marche Sainte-Rolende de Gerpinnes, près de Charleroi, a du être temporairement interrompue en raison de vents violents qui ont renversé plusieurs arbres.
 
9 juin 10h00 – Source: Météo France.
 
9 juin 10h45 – Source: Météo France
 
Impacts relevés entre 10h10 et 11h10.
 
Arrivée du MCS matinal sur Montigny-le-Tilleul (source: Info Météo).
 
Ciel tourmenté à l’avant du MCS matinal à Montigny-le-Tilleul (Source: Info Météo).
 
A la suite de cet orage, le ciel s’est progressivement dégagé, permettant l’élévation de la température, mais aussi des niveaux d’énergie qui ont flirté avec les 4000 J/kg d’air, des valeurs extrêmement élevées. Vers 17h30, des orages ont pris naissance sur l’Entre-Sambre-et-Meuse et le département des Ardennes, initiés par l’apparition d’une zone de convergence. Ils se sont rapidement soudés entre eux pour former un QLCS ou système convectif quasi linéaire. Celui-ci, large et organisé, a rapidement balayé toute une zone au sud d’une ligne Charleroi – Hasselt. De très fortes rafales de vent et des pluies diluviennes ont accompagné son passage. De nombreux arbres ont été arrachés, notamment en province du Luxembourg où la circulation des trains sur la ligne Bruxelles – Luxembourg a du être interrompue. Les réseaux de détection des éclairs ont enregistré une très violente activité électrique au sein du système. Dans la région de Saint-Hubert, une supercellule s’est greffée au système orageux et a donné des grêlons de 6 cm de diamètre, à l’emplacement d’un point triple formé par l’intersection de la convergence et d’une dry line (front séparant des masses d’air d’humidité différente) issue du pseudofront de la veille au soir.
 
9 juin 18h20 – Source: Météo France
 
9 juin 18h45 – Source: Météo France
 
9 juin 19h40 – Source: Météo France
 
Arcus développé par l`orage probablement supercellulaire sévissant à St-Hubert en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina Verhoeven
Supercellule sur la région de Saint-Hubert, vue depuis Journal, 15 km au nord-est, par le collectif Belgorage.
 
Arrière du système orageux, observé par le collectif Belgorage.
 
Au passage du système sur la province de Liège, un storm-splitting a pu s’opérer, débouchant sur deux supercellules suspectées. Une analyse plus approfondie devra être effectuée pour confirmer cela.
 
Passé 21h00, l’orage s’est évacué en direction de l’Allemagne où il a pris des proportions dantesques en évoluant en un MCV particulièrement dévastateur. Dans l’intervalle, de puissants orages se sont organisés sur l’ouest de la France avant de remonter vers le nord-nord-est, alimenté par un air très doux et à nouveau très instable, avec une forte humidité dans les basses couches de l’atmosphère. Une supercellule donne des grêlons de 10 cm dans l’est de l’Ile-de-France. 
 

10 juin

 
Plus à l’avant encore, quelques orages concernent la région de Lille vers minuit et 1h30. Une ligne de convergence et des cisaillements de vent permettent un renforcement des orages en un MCS, puis en un bow echo, aidés par un forçage en altitude. Ce système balaie alors l’est du Nord-Pas-de-Calais dès 2h30, puis la Wallonie une demi-heure plus tard. Lors de son entrée en Belgique, une ligne orageuse très électrique s’est formée à l’avant de la partie centrale du système, et a généré jusqu’à 4 ou 5 éclairs par seconde sur l’est du Hainaut et l’ouest de la province de Luxembourg. L’orage a ensuite atteint la région bruxelloise aux alentours de 3h45, puis a continué à travers la Flandre avant de quitter la Belgique peu avant 4h30. Au passage du système, de très fortes précipitations ont provoqué plusieurs inondations, tandis que de fortes rafales localisées ont à nouveau endommagé la végétation. De la grêle a également été signalée.
 
10 juin 2h00 – Source: Météo France.
 
10 juin 2h30 – Source: Météo France.
 
10 juin 3h00 – Source: Météo France.
 
10 juin 3h10 – Source: Belgocontrol
 
10 juin 3h35 – Source: Belgocontrol.
 
Formations cumuliformes au-devant de l’orage de la nuit, en avant-plan des décharges électriques intranuageuses, à Montigny-le-Tilleul (source: Info Météo).
 
Spectaculaire cliché du même orage pris par Belgorage depuis Estinnes, environ 15 km à l’ouest de Montigny. Il montre la progression du front orageux précédé de la ligne de cumulus et des striations dans les nuages plus élevés.
C’est donc un épisode particulièrement costaud et inhabituel qui a concerné nos régions. Son caractère remarquable résulte à la fois de la diversité des organisations orageuses observées et la virulence des supercellules observées, mais aussi de l’ensemble des éléments qui ont fait naître ces cellules. A plusieurs reprises pendant ces journées, la configuration de l’atmosphère n’était pas sans rappeler une synoptique à l’américaine, digne de ce qui se rencontre dans la célèbre Tornado Alley.
Pour en savoir plus sur les supercellules: la supercellule, le roi des orages
 
Pour les personnes intéressées, Belgorage a réalisé un volumineux dossier concernant ces orages. Les mécanismes ayant mené à leur formation sont expliqués en détail: Voir ICI
 

Les orages de juin 2012

Retour sur ce mois de juin 2012, frais, humide, mais surtout très orageux. Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’avoir de la chaleur sur de longues durées pour obtenir de puissants phénomènes, et ce alors qu’à première vue, l’atmosphère n’était pas propice à leur développement. Ceci s’est vérifié à plusieurs reprises au cours de ce mois. Seuls les derniers jours verront survenir des orages pleinement estivaux.

7 juin: une tornade (F1 sur l’échelle de Fujita) frappe la région de Tongres, dans le Limbourg, provoquant quelques dégâts. La supercellule ayant engendré cette tornade est également responsable d’un violent downburst (ou rafale descendante) dans la région de Zutendaal. Elle initiera une deuxième tornade dans la région de Montfort, aux Pays-Bas. Ces orages se forment sur un front froid dans un contexte dépressionnaire. A Kampenhout, dans le Brabant Flamand, la température maximale s’élève à 22,1°C. Compte tenu de la présence d’air froid en altitude, il est compréhensible que de l’instabilité se soit développée. Il semble cependant que ce soit en premier lieu la dynamique (courants, forçages, cisaillement de vent) qui ait généré la supercellule.

12 juin: Un déluge de grêle (grêlons de 1 ou 2 cm) frappe Trivières près de La Louvière en fin d’après-midi, sous une cellule orageuse pourtant peu active d’un point de vue électrique. D’autres orages concernent le pays. Ils se forment dans le cœur d’une dépression, par une atmosphère fraîche et humide (les températures ne dépassent pas les 20°C en de nombreux endroits). Une légère instabilité était présente dans les basses couches. Cette fois-ci, la faible dynamique a permis aux quelques cellules s’étant développées de stagner sur les régions concernées par ces dernières.

L’importante quantité de grêle générée par cet orage est cependant énigmatique, dans la mesure où la dynamique générale pouvait difficilement engendrer les courants nécessaires à la formation de la grêle en quantité. Plusieurs hypothèses peuvent être émises: une humidité importante, un air très froid en altitude, une dynamique faible mais suffisante, les courants animant l’intérieur de l’orage…

Un tel orage, bien qu’impressionnant, est qualifié de « modéré » selon la classification utilisée par Kéraunos.

 

18 juin: Au devant d’une dépression et engendré par de puissants forçages, un système convectif de mésoéchelle (MCS) se rue à travers le centre de la Belgique en fin de nuit et en matinée, depuis la botte du Hainaut vers 6h30 jusqu’au Limbourg vers 8h30. Une structure en arc (bow echo) s’est greffée sur le système lors de sa traversée du pays: elle est particulièrement visible sur l’image radar ci-dessous. Les orages sont forts, très électriques, accompagnés de fortes pluies qui provoquent des inondations à Bruxelles notamment, mais aussi un peu partout sur la trajectoire du système. A son passage sur Namur vers 7h00, l’orage délivre un éclair toutes les trois à cinq secondes.

Ce système orageux s’est formé en fin de soirée sur l’ouest de la France, avant de remonter à toute allure vers l’Ile de France, puis vers la Belgique. Il a par la suite continué sa course à travers les Pays-Bas et le nord-ouest de l’Allemagne.

Ce système orageux, bien que prévu, est toutefois apparu comme un événement surprise pour la personne non-avertie, dans la mesure où aucun signe visible n’annonçait son arrivée. Le temps la veille a été normal, mais non estival: une vingtaine de degrés et de belles éclaircies, les cumulus de beau temps parachevant le tableau. Le temps du lendemain, juste après les orages, est identique. Cependant, l’analyse de la situation atmosphérique révèle la présence de nombreux éléments déclencheurs et aggravants. Outre les forçages énoncés ci-dessus, de forts courants d’altitude étaient présents, mais surtout, une langue d’air chaud se trouvait advectée vers la Belgique, dans un secteur chaud (partie d’une perturbation entre le front chaud et le front froid) qui se refermait aux environs de Bruxelles. L’arrivée brutale de cet air chaud s’est notée dans les stations de la Haute Belgique (notamment à Elsenborn), mais plus bas, en Moyenne Belgique, une couche d’air plus frais de quelques dizaines de mètres d’épaisseur se trouvait intercalée en-dessous de l’air chaud. Dès lors, depuis le sol de la Moyenne Belgique, rien ne pouvait annoncer la possibilité d’orages, le traditionnel air chaud et lourd se trouvant juste un peu plus haut dans l’atmosphère. Ceci ne va pas sans rappeler les orages du 22 août 2011 où l’air chaud s’était retrouvé décollé du sol par une couche d’air plus frais.

Le diagramme ci-dessous, présentant l’état de la troposphère dans l’ouest de l’Allemagne le 18 juin à 8h00, illustre la présence d’une inversion. Il faut suivre la ligne de droite pour le comprendre, elle illustre la température de l’air selon l’altitude: celle-ci part d’environ 12°C au sol, monte jusqu’à 21°C aux alentours de 900 mètres d’altitude, puis décroit régulièrement plus on s’élève. Cet air chaud, non ressenti au niveau du sol, se trouvait cependant juste au-dessus, et a en partie alimenté l’orage.

 
Près de la dépression traversant la Belgique, la rotation des vents accompagnant son passage a provoqué temporairement des cisaillements des vents selon l’altitude, ce qui a contribué au maintien de l’orage, et ce alors que l’atmosphère n’était absolument pas instable et propice.

21 juin: A nouveau des orages localement intenses frappent la Belgique dans l’après-midi. Les deux Flandres et la région de Dinant sont particulièrement touchées. Ces orages sont cependant nettement moins violents qu’en France où deux tornades sont signalées.

28 juin: Un vaste orage à caractère supercellulaire traverse le sud du pays en soirée, au niveau de la province du Luxembourg. L’activité électrique et les précipitations y sont très intenses. De fortes rafales de vent brisent de nombreuses branches et arbres. Selon Belgorage présent sur place, cet orage a généré plus d’un coup de foudre par seconde sur les régions de Bertrix, de Bouillon et de Neufchâteau. Un tel orage entre dans la catégorie « fort » de la classification de Kéraunos.
 
 
Eclairs internuageux à l’arrière de la supercellule. Source: Belgorage.
 
A une centaine de kilomètres de là, le Namurois, baignant sous l’enclume de cet énorme orage, voit son ciel devenir d’un jaune-bronze apocalyptique, alors que d’immenses éclairs internuageux sont visibles dans un arrière-fond mauve – noir à l’horizon sud-est.
 
 
A la différence des orages des vingt premiers jours du mois, cette supercellule se forme dans l’air chaud, au niveau d’un creux précédant l’arrivée d’un front froid depuis l’ouest. Il a en effet fait suffocant, avec une température maximale de 31,2°C à Kampenhout. En Ardenne, lieu où l’orage a éclaté, les températures ont été légèrement inférieures à 30°C. Outre la chaleur, la présence de cisaillements de vent selon l’altitude a sans doute aidé l’orage à se développer.

Ce dossier est issu d’un article écrit à l’époque sur Hydrométéo par le même auteur.