Double salve orageuse du 6 juillet 2017

Les orages qui ont concerné la Belgique ce jeudi étaient loin d’être exceptionnels, mais constituent la première vague que l’on peut qualifier de « généralisée » par son étendue. C’est assez tardif. Les trois autres épisodes significatifs survenus fin février, fin mai et mi-juin n’ont concerné qu’une petite partie du pays, bien que générant des orages localement forts. Ce 6 juillet donc, l’épisode peut être qualifié à la fois de fort et de généralisé, même si certaines régions sont passées au travers, comme le montre la carte ci-dessous. Elle reprend les éclairs enregistrés entre le 6 juillet minuit et le 7 juillet à 6h00. Les impacts les plus anciens sont en rouge et les plus récents en jaune.

Activité électrique relevée entre le 6 juillet minuit et le 7 6h00 (source: Lightningmaps).

Côté atmosphère, nous nous trouvions dans une configuration propice aux orages assez classique. Une petite dépression remonte le long des côtes de la Manche, établissant un flux de sud-est chaud en basse couche. Une série de lignes de convergence (en rouge) ont initié les orages. Sur la carte ci-dessous, celle en rouge gras porte les orages du début de l’après-midi, tandis que ceux de la soirée seront engendrés plus tard par celle se trouvant sur la Normandie à ce moment (14h00). En altitude, on notait quelques divergences des courants, favorables aux orages, sans que cela ne soit très soutenu. Ceci a permis d’éviter des orages généralisés d’une grande violence car l’énergie disponible était très élevée.

Analyse atmosphérique à 14h00 le 7 juillet (source: KNMI).

La première salve d’orages est apparue sur la Manche et la Picardie en cours de matinée. Bien que donnant des structures nuageuses spectaculaires par moments, l’intensité est restée relativement contenue, jusque sur l’est du Hainaut où les orages se sont réellement organisés. Leur évolution s’est poursuivie jusqu’à former un bow echo particulièrement venteux sur la province de Liège (ligne d’orages courbée, souvent associée à de fortes bourrasques). Au sein de ce fort système, l’activité électrique était notoire, avec un éclair toutes les quelques secondes, bien que cette activité fut surtout intranuageuse. La foudre s’est en effet peu souvent manifestée, ou alors sous la forme de puissants éclairs. L’un d’entre eux a par ailleurs incendié le toit d’une église du côté de Hélécine. Le vent a porté quelques dégâts aux arbres et a provoqué l’interruption temporaire du festival « Les Ardentes » à Liège. Bierset a par ailleurs enregistré une rafale de 80 km/h au passage du système, mais localement les vents ont pu avoir été plus forts. Ci-dessous, l’évolution de la première salve orageuse de 13h30 à 14h30 (source: Belgocontrol).

La seconde salve est partie de Rouen, en France, sous forme d’une division en deux supercellules. La première s’est dirigée vers le nord-est et a frappé la Flandre occidentale, accompagnée de gros grêlons en début de soirée. La seconde s’est avancée plein est vers le département des Ardennes puis vers le sud de la Belgique et le Luxembourg, accompagnée entretemps d’autres cellules formant un amas orageux. Au départ très violent, l’ensemble s’est quelque peu amenuisé en approchant de nos régions en milieu de soirée. Les plus fortes activités ont été observées du côté de Arlon et du Grand Duché où des cellules se sont réactivées, donnant un éclair toutes les 2 à 3 secondes par moments. A nouveau, la foudre ne s’est manifestée que sporadiquement, bien que quelques puissantes chutes aient été observées dans le sud du massif ardennais. Le vent, bien que présent, est resté mesuré. Les orages ont quitté nos régions en début de nuit. Ci-dessous, la progression de l’amas orageux vers et sur le sud de la Belgique en soirée (source: Meteoservices).

A noter que dans le même temps, une petite cellule orageuse s’est déplacée de Gembloux à Liège, tandis que d’autres, plus intenses, étaient observées dans le nord de la Flandre et surtout aux Pays-Bas. 
 
Côté relevés, seuls les 80 km/h de Bierset sortent du lot. Aucune autre station n’a enregistré de rafales significatives. Les relevés pluviométriques ne montrent pas de valeurs remarquables étant donné la rapidité du déplacement des orages.
 
Observations par Info Meteo
 
Quelques membres de notre équipe ont pu assister aux passages des différents orages, en premier lieu au nord de Namur lors du renforcement de la première salve en début d’après-midi. Précédé d’un arcus, cet orage a donné de forts vents et des précipitations soutenues. L’activité électrique était bien active, avec un éclair toutes les 3 à 4 secondes. Pour autant, ce n’est qu’à l’arrière que la foudre s’est montrée, sous la forme de puissantes décharges.
 
Arrivée de l’orage sur la région de Leuze, au nord de Namur (auteur: Info Meteo).

 

Coup de foudre à l’arrière du système orageux (auteur: Info Meteo)

Plus tard en soirée, nous avons rejoint nos partenaires de Belgorage dans la région de Léglise pour observer le passage de la seconde salve. Plus modérée que celle du début de l’après-midi, elle a néanmoins donné quelques beaux éclairs et deux-trois chutes de foudre assez proches autour de notre point d’observation. L’activité au zénith était fluctuante et peu intense, mais nous pouvions sans problème observer les noyaux durs très actifs qui concernaient alors le Pays d’Arlon et le Luxembourg, ceux-ci donnant des éclairs toutes les quelques secondes.

Coup de foudre sur la région de Léglise (auteur: Info Meteo)

 

Coups de foudre sous une cellule très active sur l’extrême sud de la Belgique (auteur: Info Meteo)

 

Eclairs internuageux au-dessus de la région de Léglise (auteur: Info Meteo)

 

Juillet 2006: le mois où l’omega fit fondre la Belgique

L’été 2003 – et surtout son mois d’août – avait atteint un tel degré d’exceptionnel que l’on n’envisageait pas que cela puisse se reproduire de si tôt. Et pourtant, trois ans plus tard, juillet 2006 décroche le titre du mois estival le plus fou que l’on ait pu voir durant ces dernières décennies. Ces trois décades verront la mise en place et surtout la répétition de placement d’un anticyclone subtropical sur l’Europe, sous une forme connue sous le nom de « blocage Omega » dans le jargon météorologique.
 

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Canicule du début juillet 2015

Il est arrivé fréquemment, depuis le début des années 2000, que le début du mois de juillet soit assez maussade. Par deux fois par contre, il fut très chaud: en 2003 et en 2006. Ces deux années furent marquées par de sévères épisodes de chaleur. C’est également le cas cette année… Il est bien sûr trop tôt pour savoir si d’autres vagues de chaleur vont survenir durant cet été 2015, mais il semble néanmoins que le mois de juillet montre des signaux de nouvelles périodes de temps chaud. En attendant, voici un compte rendu de la canicule de ce début juillet.
 
Une vague de chaleur officielle
 
Tout d’abord, l’épisode que nous avons connu est bien une vague de chaleur officielle. L’IRM définit une vague de chaleur comme une période de cinq jours consécutifs où la température maximale est au moins égale à 25°C. Parmi ces cinq jours, trois d’entre eux doivent présenter des températures maximales au moins égales à 30°C. Ces conditions ont été atteintes le vendredi 3 juillet, deux jours avant la fin de l’épisode.
 
Une situation atmosphérique typique des grandes canicules: le blocage Omega
 
Blocage Omega… Ce terme est loin de faire partie du vocabulaire de la météo basique, et pourtant il est sans équivoque lorsque l’on s’intéresse aux géopotentiels. Pour rappel, le géopotentiel est l’altitude à laquelle une pression donnée est atteinte. En météo, la hauteur des 500 hPa est très importante et donc fréquemment utilisée. La carte ci-dessous datant du 2 juillet à 2h00 représente l’évolution de cette hauteur en fonction du lieu où l’on se trouve.
 
 
Plus l’altitude de la pression 500 hPa est haute, plus les conditions sont anticycloniques, et inversement pour les dépressions. Sur la carte ci-dessus, les couleurs jaune et orange témoignent de hauts géopotentiels, donc anticycloniques, et les couleurs vert et bleu indiquent de bas géopotentiels dépressionnaires. Nous observons donc des dépressions sur l’océan Atlantique, et une grande crête anticyclonique depuis l’Algérie jusqu’en mer du Nord via la Belgique. Sur l’est de l’Europe, on retrouve des pressions relativement moins élevées, que l’on peut assimiler à une dépression. Si nous nous référons aux contrastes de couleurs (limite serrée entre le vert-jaune et l’orange), nous voyons se dessiner une grande vague ayant ses bases juste à l’ouest du Portugal et au niveau de la Grèce, et son sommet sur la Norvège. Cette forme ressemble à un Omega. Nous avons là un anticyclone en Omega, rempli d’air chaud et très robuste, qui bloque les perturbations de l’Atlantique, d’où le terme de blocage Omega.
 
La carte ci-dessous présente les températures observées à 850 hPa, soit environ 1600 mètres. Nous constatons effectivement la présence d’une langue d’air très chaud sur la Belgique, autour de 20-21°C. Si, au niveau du sol, de telles températures ne sont pas impressionnantes, il en va autrement à cette altitude de 1600 mètres où rencontrer de telles valeurs est assez rare. De plus, la règle veut qu’au début de l’été et par temps ensoleillé, la différence entre la température à 850 hPa et celle au sol soit d’environ 17°C, soit un potentiel pour une température de 38°C au sol!
 
 
Mardi 30 juin
 
Ce jour marque le début de la vague de chaleur. Les températures sont cependant modérées, et n’atteigne les 30°C que dans quelques régions du pays: en Campine (30,0 à Kleine-Brogel), au sud de la province de Namur (30,6°C à Dourbes) et à Gand (30,2°C).
 
Mercredi 1er juillet
 
Cette journée est la première réellement caniculaire, avec des valeurs remarquables. Pratiquement toutes les stations du réseau officiel dépassent les 30°C – seul le Mont-Rigi y échappe de peu avec 29,4°C – et certains postes franchissent la barre des 35°C en Flandre et dans le Nord-Pas-de-Calais. On relève ainsi 36,1°C à Gand, 35,5°C à Kleine-Brogel, 35,2°C à Koksijde, 35,1°C à Lille-Lesquin, 34,9°C à Bierset et à Uccle, 34,5°C à Beauvechain, 34,4°C à Dourbes et 34,0°C à Gosselies. Plus au sud, Paris frôle les 40°C avec 39,7°C relevés à l’observatoire de Montsouris.
 
Jeudi 2 juillet
 
D’un point de vue synoptique, cette journée est intéressante à plus d’un titre. Voici ci-dessous l’analyse de surface de 14h00.
 
 
Nous voyons une petite ligne de convergence glisser sur la Belgique (gros trait rouge). A l’ouest de celle-ci, le vent est d’ouest à nord-ouest, tandis qu’à l’est, le vent continue de souffler du sud-est. Ces différences de direction de vent vont être responsables de grandes disparités de température. En effet, le vent d’ouest, rafraîchi par les eaux marines, s’engouffre sur la Belgique derrière la ligne de convergence, empêchant le thermomètre d’exploser. Par contre, l’est de la Belgique reste à l’écart de cet air plus frais, et vit une après-midi torride et invivable avec des températures partout supérieures à 35°C sauf en Ardenne. On relève 38,1°C à Kleine-Brogel, 37,5°C à Bierset, 35,4°C à Buzenol et 35,0°C à Charleville-Mézières, avant que l’air plus frais n’arrive aussi sur ces régions à la suite de la ligne de la convergence.
 
Plus à l’ouest, les températures sont également chaudes, mais moins extrêmes, avec 32,4°C à Florennes, 30,3°C à Uccle et 31,5°C à Ernage. Plus à l’ouest encore, l’influence du vent marin se fait encore davantage sentir avec « seulement » 25,8°C à Ostende. Il existe ainsi une différence de près de 13°C entre la côte et la Campine!
 
A noter que la nuit précédente, la chaleur n’était descendue que très lentement, de telle sorte que le minimum de Bierset ne s’établit qu’à 24,7°C, à un dixième de degré du record pour cette station.
 
En soirée, quelques orages très locaux se développent du côté de Aywaille ainsi que dans le nord du Limbourg.
 
Vendredi 3 juillet
 
A la faveur des restes de l’air marin apporté la veille, la journée est moins chaude dans l’est de la Belgique. Ailleurs, les conditions sont assez similaires, et c’est la Lorraine belge et le département des Ardennes qui délivrent les plus hautes valeurs. On relève 34,5°C à Charleville-Mézières, 33,7°C à Buzenol, 32,9°C à Kleine-Brogel, 32,0°C à Bierset, 31,8°C à Chièvres, 31,7°C à Uccle et 30,9°C à Gosselies. 
 
Samedi 4 juillet
 
La nuit du 3 au 4 juillet tombe sur un record, celui de la température minimale la plus haute jamais enregistrée à Uccle depuis le début des mesures en 1833: le thermomètre n’y est pas descendu en-dessous de 24,5°C, soit une valeur conforme (voire légèrement supérieure) aux normes de saison des températures… maximales! Le précédent record datait du 18 juin 2002 avec 23,9°C.
 
La journée en elle-même est à nouveau très chaude avec 32,0°C à Chièvres, 34,2°C à Dourbes, 32,1°C à Dourbes, 34,4°C à Buzenol, 34,5°C à Bierset et 36,2°C à Kleine-Brogel. Ces valeurs sont atteintes alors que de nombreux nuages et quelques averses furent observés ce jour, empêchant le thermomètre de grimper davantage et de pulvériser le record de température maximale absolue en Belgique. Cette même journée sans nuages aurait vu les températures maximales avoisiner les 40°C…
 
Dimanche 5 juillet
 
Pour ce dernier jour de la vague de chaleur, le ciel est très nuageux et le temps est orageux. Les températures maximales s’établissent autour de 28-30°C pour les plus hautes valeurs. En fin d’après-midi, de violents orages éclatent sur la province de Liège, déversant des grêlons jusqu’à 6 cm de diamètre dans les régions de Battice et de Verviers. De nombreux dégâts sont signalés dans cette partie du pays.
 
Conclusion
 
Il s’agit d’une vague de chaleur marquante à plusieurs titres. Le premier est que des températures de 36-38°C sont rares dans nos contrées. Le second est l’incroyable potentiel thermique de ces journées: si la nébulosité n’avait pas été présente, empêchant l’explosion du mercure, les températures auraient pu écraser le record de la plus haute température et atteindre le seuil des 40°C, du jamais vu chez nous. Enfin, le dernier réside dans le nouveau record établi pour les températures minimales les plus hautes à Uccle, à 24,5°C.
 
 

Chronique d’un mois de juillet pourri

 
 
Commençons par un brin de sarcasme et la destruction d’une idée reçue. En effet, au soir du 9 juillet, Uccle venait d’enregistrer une maximale de 15,8° et une pluviosité de 36,5mm. Du matin au soir, la pluie tomba sans s’arrêter sur le centre du pays. D’une manière générale, la première décade laissa un mauvais souvenir avec environ 43h d’ensoleillement et des températures trop basses.
 
 

D’aucuns commença alors à parler « d’été pourri », expression largement relayée par la presse, alors que le mois de juin fut loin d’être pourri et que devait encore arriver la deuxième moitié de l’été. Au vu des tendances à long terme sorties mi-juillet, Info Météo comme d’autres collectifs météorologiques surent rapidement que la situation allait rapidement se régulariser d’ici la fin du mois. Et, de fait, interrogés par nos soins sur notre page FB, nos membres répondirent d’une manière assez unanime que ce mois de juillet leur laissa une bonne impression, certes avec quelques souvenirs pluvieux, mais sans trop d’excès.
Comme nous allons pouvoir le constater, ce ressenti est relativement proche de la réalité des chiffres, mais il nous a paru intéressant de rédiger cet article pour analyser ce mois malgré tout un peu particulier. Les chiffres globaux nous montrent effectivement des moyennes qui s’écartent des normales pour certains paramètres, mais sans tomber dans des excès gigantesques. Ils trahissent néanmoins des variations relativement importantes entre certaines périodes et une synoptique assez inhabituelle.
 
Des températures excédentaires et variables
 
La température moyenne de ce mois de juillet 2014 fut donc de 19.3°, soit 0.9° au-dessus des normes 1981-2010. Cela est donc catégorisé comme mois « normal » par l’IRM. Cependant, les températures ont connu quelques variations durant ce mois, comme l’atteste ce tableau récapitulatif :
 
Celui-ci montre à quel point l’expression « d’été pourri » utilisé par certains médias est ridicule. Les premiers jours du mois furent dans les normes et c’est seulement du 9 au 12 que les températures ont franchement fléchi. Mais ce n’était que pour mieux repartir et celles-ci augmentèrent de 15° en 6 jours (du 12 au 18). Ensuite, plus aucun jour de juillet n’enregistra des maximales en-dessous de 20°.  Juillet 2014 compte 26 jours avec des températures d’au moins 20° (normales : 22.6) et 13 jours d’été (températures d’au moins 25°, normales : 9.7). 18 jours ont enregistré 23°, soit la normale saisonnière d’un juillet classique. Sur le plan thermique, un mois donc assez chaud avec des variations dignes du climat belge qui souffle le frais et le chaud. Certains semblent l’oublier. 
Un autre détail intéressant montre que les températures minimales sont catégorisées comme « anormales » car ayant atteint 15.5° au lieu de 14.0° de norme. En revanche, les maximales sont de 23.4° au lieu de 23.0°. Cela tend à montrer que les nuages furent suffisamment nombreux durant les nuits pour empêcher la radiation et conserver plus de chaleur que d’habitude.
 
Un ensoleillement légèrement déficitaire
 
Bien que la quantité de soleil reçue par Uccle fut catégorisée comme « normale »(193h47min au lieu de 200h42min), il est bon de s’arrêter un moment sur ce léger déficit. D’abord, il permet d’expliquer le paramètres précédent, à savoir une couverture nuageuse plus importante qui permit des températures minimales anormalement élevées et des maximales très proches des normes.
Ensuite, on observera que du 8 au 12 juillet inclus, soit durant 5 jours entiers, le soleil ne se montra absolument pas. D’autres journées furent très pauvres en soleil, comme le 5 juillet (40 min), le 15 juillet (34 min), le 21 juillet (23 min), et le 29 juillet (3 min). Au contraire, d’autres journées furent pleines de soleil, comme le 2 juillet (12h26min), le 3 juillet (plus de 15h !), le 16 juillet (12h28min), le 17 juillet (12h03min), le 18 juillet (14h29min), le 23 juillet (11h27min), le 24 juillet (11h51min), et le 31 juillet (13h17min). Cela montre qu’à côté des journées très grises, d’autres furent très ensoleillées pour arriver finalement à un quasi-équilibre. 
 
Une pluviosité très capricieuse
 
C’est certainement dans la quantité de pluies qu’il faut se plonger (sans faire de mauvais jeu de mots) car c’est au final ce paramètre qui s’écarte le plus des normes. Il est tombé 117.2mm contre 73.5 de normales. Il s’agit donc d’une déviation de plus de 50%. Ceci étant dit, il faut faire 2 grandes remarques. D’abord, ces précipitations sont tombées sur 16 jours (normales : 14.3), ce qui reste catalogué comme « normal » au contraire de la quantité qui est « anormale ». Si on va plus loin, on peut constater qu’il est tombé 105mm sur 7 jours, soit 90% du total mensuel durant un nombre réduit de journées (la moitié d’un mois de juillet normal). On peut donc en conclure que les précipitations, bien qu’assez importantes, ont été concentrées sur quelques jours, comme ce fut d’ailleurs aussi le cas en juin. Pour confirmer tout ceci, nous avons plusieurs séries de temps sec, du 1er au 4 juillet, du 14 au 19 juillet, et du 23 au 27 juillet. Ceci explique sans doute en grande partie le souvenir assez positif de nos lecteurs face à ce mois. 
Un autre point qu’il faut noter est que, malgré la quantité assez importante de pluies, juillet 2014 ne finit absolument pas dans le haut du classement des mois les plus pluvieux depuis 1833, puisqu’il se positionne 29°, loin derrière le record de 1942 avec 196mm de pluies. 
Ces 2 remarques nous permettent donc de relativiser et accentuent encore ce sentiment positif concernant ce 2° mois de l’été 2014. On notera aussi que les précipitations, souvent orageuses, sont évidemment inégalement réparties sur le territoire. A titre d’info, on signalera les 256.7 mm tombés au Mont-Rigi durant ces 31 jours.
 
Une synoptique particulière
 
Tous ces chiffres nous permettent d’arriver progressivement à une conclusion : malgré une pluviosité assez importante et un ensoleillement légèrement déficitaire, les températures furent excédentaires. Le graphique suivant, réalisé par Olivier, montre un élément particulièrement intéressant :
 
 

 

 
Sur l’axe des X se trouve l’ensoleillement et sur celui des Y on trouve la température. La taille de la boule dépend de la quantité de précipitations. D’après ce graphique, on en déduit que plus l’ensoleillement est déficitaire et la pluviosité est excédentaire, plus la température doit être basse. Jusque là, rien d’anormal. L’aspect intéressant de ce graphique est que la boule de juillet 2014 ressort assez nettement vers le haut (donc dans l’axe des températures) malgré un ensoleillement très moyen et une pluviosité relativement importante. Si on va plus loin, et qu’on applique une régression statistique, juillet 2014 auraît du enregistrer avec la pluviosité et l’ensoleillement observés une température de 16.6°. Or, il n’en fut rien puisque ce fut 19.3°.
On peut donc lire cette conclusion sous un autre angle que celui de la normalité du mois par rapport aux moyennes. En réalité, par rapport à la situation observée, ce mois de juillet 2014 serait très anormal, voire exceptionnel. Cela est dû en réalité à une synoptique toute aussi particulière :

Pendant ce mois a longtemps régné une anomalie de haute pression sur la Scandinavie alors que le Sud de l’Europe a enregistré une anomalie de basse pression. Ceci se traduit par des anomalies de température positives sur une grande partie Nord de l’Europe avec des températures caniculaires sur la Suède et des incendies dans le pays nordique :

Cette synoptique qui a provoqué chez nous un léger excédent thermique fut accompagné d’un vent majoritairement orienté au Nord-Nord-Ouest !
Inévitablement, ces dépressions ont apporté instabilité et humidité qui ont parfois débordé et stagné sur nos régions pendant plusieurs jours. Notre pays se situant néanmoins dans le côté chaud de ces dépressions, nous avons donc enregistré un mois assez chaud mais périodiquement très humide avec d’importants totaux et des débordements nuageux qui ont empêché le soleil de briller plus qu’il ne le devrait.

12 juillet 1888 – Le jour où il neigea en plein été

Il y a quelques mois, au coeur d’un printemps plutôt frais, de la neige tombait sur les Hautes-Fagnes la nuit du 23 au 24 mai, sous des températures tout juste inférieures à 0°C. Des averses hivernales donnaient ainsi lieu à une accumulation de 4 cm au matin du 24 au Signal de Botrange. Bien que cela frappe l’imaginaire, ce coup hivernal n’est qu’anormal en termes de statistiques (ce qui est déjà pas mal, me direz-vous). Il a parfois neigé plus tard que cela, en juin. Et une fois en 180 ans d’observations météo en Belgique, fait très exceptionnel, de la neige tenant au sol a été signalée en juillet. Cet article revient sur cette offensive hivernale complètement hors saison.
 

Il faut avant tout recadrer les choses dans leur contexte: cette année 1888 ne laissera pas un souvenir impérissable aux amateurs de beau temps, loin de là. C’est une année humide et froide, pourrie par excellence: un hiver qui n’en finit pas et s’éternise jusqu’en avril, un léger mieux en mai, un mois de juin commencé prometteur (27°C à Uccle le 3 juin) mais qui se poursuit en dents de scie, et qui est surtout très orageux.


Les deux mois d’été commencent sous un ciel on-ne-peut-plus-moche. Le 1er juillet annonce la couleur pour le reste de la période: 12°C à Uccle au meilleur de la journée, et un soleil qui ne brillera que dix minutes. Lorsque l’on prend la peine de regarder les réanalyses des modèles pour ce 1er juillet 1888 à 2h00, les signes typiques d’un mauvais été sont bien présents:

 
Une série de dépressions (marquées par des petits « T ») se promène sur l’Atlantique, les Iles britanniques, la mer du Nord et la Scandinavie, et les pressions sont légèrement dépressionnaires sur la Belgique (+/- 1012 hPa). L’orientation des isobares (les lignes d’égale pression) montre un courant d’ouest sur nos régions, donc très humide suite à l’origine océanique de ce courant. A environ 5,5 km d’altitude, ce n’est guère mieux. A cette époque, des gammes de couleur orange foncé (donc plutôt des hautes pressions) ont plus pour habitude de se trouver au-dessus de nous. Ici ce n’est pas le cas: en altitude, les pressions sont aussi plutôt basses, bien que cela ne soit pas exceptionnel non plus. Le temps résultant est frais, humide, couvert et pluvieux. Les éclaircies se font très rares.
 
La température de l’air vers 1500 mètres n’est guère plus réjouissante: environ 6°C au-dessus du centre du pays. En connaissant le gradient de température vertical dans des conditions sombres et humides, les 12°C observés à Uccle s’en trouvent confortés.
 
 

Après un léger mieux d’une petite semaine (et encore, tout est relatif…), le froid va faire son retour avec fracas sur la Belgique. La situation du 9 juillet à 2h00 montre clairement la mise en place des éléments au nord de nos régions:

 
9 juillet – 2h00

La Belgique se trouve dans un ciel de traîne à l’arrière d’un premier front froid, et donc sous un temps frais et humide. Au nord de l’Ecosse, une nouvelle dépression s’annonce. Nous avons représenté approximativement son front froid afin de mieux cerner ce qu’il va se passer par la suite. L’anticyclone des Açores campe sur ses quartiers d’été pourri, c’est-à-dire… aux Açores. Pourtant, il sera intéressant de remarquer son évolution les jours suivants.

 
10 juillet – 2h00

Vingt-quatre heures plus tard, la dépression en elle-même a peu progressé. Le 10 juillet à 2h00, elle se trouve en mer du Nord. Sa puissance n’a pratiquement pas changé puisque la pression en son centre se trouve toujours entre 1000 et 1005 hPa. Le front froid associé a quand à lui progressé sur la Grande-Bretagne. Mais ce qui est très intéressant, c’est la dorsale anticyclonique (la tôle ondulée verte) qui s’est brutalement formée entre l’anticyclone des Açores et le Groenland. Le résultat est impressionnant: un brusque appel d’air se produit aux hautes latitudes, et c’est un toboggan d’air polaire qui se met en place vers l’Europe Occidentale.

La carte des températures à 850 hPa (ci-dessous), soit plus ou moins 1550 mètres, montre le déboulé d’air froid qui pointe sur le sud de l’Angleterre.

 
10 juillet – 2h00

Le 11 juillet à 2h00, le front froid, suivi de l’air polaire, vient de traverser la Belgique. A son passage, les températures ont diminué de plusieurs degrés. En début d’après-midi, à Bruxelles, on relève 11°C. Cela est déjà fort frais. Mais en altitude, c’est de l’air glacial pour la saison qui stagne. Et cette masse est présente au-dessus du pays depuis que le front froid est passé. Mais une virgule d’air encore plus froid atteint bientôt la Belgique. A 1500 mètres, il ne fait plus qu’environ 3°C, et nul doute qu’il gèle un peu plus haut.

11 juillet – 2h00

Bruxelles, comme nous le disions, baigne donc dans un air froid: 11°C à peine, le tout sous un ciel très nuageux à couvert et sous une pluie continue. Un temps abominable. Mais sans crier gare, de brutales averses atteignent la capitale vers 16h00, et font chuter la température à 5°C! Ce qu’on pense être une ligne de creux sur laquelle se sont structurés des grains, traverse le pays du nord au sud. La force des précipitations associées entraînent l’air froid qui stagnait en altitude en direction du sol. Cette avalanche d’air froid s’enregistre sur toutes les stations météo alors en service, y compris à basse altitude: 7°C à Veurne et 6°C à Arlon par exemple.

Plus au sud, à Chimay, le refroidissement est si brutal que des flocons de neige viennent se mêler aux averses de pluie. Plus phénoménal encore: à la Baraque Michel, dans les Hautes-Fagnes, le thermomètre s’effondre à 1°C à peine, sous des averses de neige fondante! Ces averses deviendront même par la suite de neige tout court, conduisant à une accumulation qui atteindra 2 cm le lendemain 12 juillet, établissant le record de neige tenant au sol la plus tardive qui soit en Belgique. On signalera aussi, ce 12 juillet, de la neige à Dison (Verviers), à Spa et à Malmedy, mais sous forme fondante. Néanmoins, cela reste exceptionnel.

 Le Soir (Michel Tonneau)
 
Voici ce que les témoins de l’époque auraient pu immortaliser si l’appareil photo numérique avait déjà existé. Il s’agit en fait d’une photo des chutes de neige de la fin mai 2013. Source: Le Soir.

La carte du 12 juillet à 2h00 montre clairement la persistance d’air froid à 1500 mètres (et sans doute encore plus froid au-dessus). Cet air ne peut se réchauffer de manière significative en descendant vers le sol puisque l’air froid apporté par les premières averses de l’après-midi de la veille est toujours présent.

12 juillet – 2h00
 

Le reste du mois de juillet, à l’image de l’été, sera frais et humide. Sur tout le mois, la plus haute température mesurée à Uccle fut 22°C, le 25 juillet. Plus jamais un jour d’été ne sera aussi froid et « neigeux » que ce 12 juillet 1888.

Comme on peut le voir, une telle situation a nécessité un concours de circonstances pratiquement impossible à mettre en place en même temps: air polaire direct, une grosse ligne d’averses, un temps frais déjà au départ, des dépressions ayant un comportement typique de celui des étés pourris… Tout cela illustre bien le caractère très exceptionnel de cette situation.

Petite note: les cartes présentées sont des réanalyses de la situation atmosphérique effectuée par des modèles sur base des observations au sol. Leur précision n’est pas parfaite, mais elles constituent une bonne base pour comprendre le comportement de l’atmosphère à des époques aussi lointaines.

Sources: Forum Météo Belgique, Belgorage, Wetterzentrale, Le Soir.

 
 
 

Les violents orages du 14 juillet 2010 – retour sur un épisode destructeur

Voici quelques temps, je prenais connaissance d’une publication de Kéraunos, institut français spécialisé dans l’étude des orages et des tornades. Ce document proposait une classification standardisée et internationale de la puissance des orages en cinq niveaux (un prochain article pourrait, pourquoi pas, présenter en détail cette classification). M’attardant sur l’échelon 4/5 qui décrit un orage qualifié de violent, je me faisais la réflexion de savoir quel était le dernier grand épisode que l’on puisse qualifier comme tel pour la Belgique. Fouillant un peu dans mes archives, j’ai remis au jour un dossier créé à l’époque par mes soins sur Hydrométéo, relatant les événements du 14 juillet 2010. L’occasion se présente ainsi pour lui apporter de nouveaux éléments et vous le représenter ici.



Analyse de la situation atmosphérique
La carte ci-dessous nous montre la situation synoptique telle qu’elle se présentait à 14h00 ce 14 juillet, juste avant l’arrivée des premiers orages sur notre pays.
 
Le premier élément qui saute aux yeux est la présence d’une dépression plutôt creuse pour la saison sur le sud de l’Irlande. Elle amène un flux d’air très chaud sur nos régions. Deuxièmement, un front froid situé sur l’ouest de la France entraîne la déstabilisation de ces masses d’air: une ligne de creux et une dépression thermique se créent à l’avant de ce front. 

Ces éléments interagissent avec une anomalie de tropopause: il s’agit d’un abaissement abrupt de la limite entre la troposphère et la stratosphère, et qui joue le rôle d’accélérateur sur les orages ou les tempêtes en favorisant de fortes ascendances des masses d’air. Sur les sondages atmosphériques effectués ce jour-là, on note la présence d’un fort cisaillement de vent entre le sol et l’altitude: au sol, les vents viennent de l’est, en altitude, ils viennent du sud. De surcroît, le Jet-Stream, puissant ce jour-là, se trouvait justement axé au-dessus de nos têtes. Et enfin, le fort contraste de températures entre l’avant des orages et l’arrière a parachevé la mise en place d’une situation très critique. L’image ci-dessous l’illustre clairement: alors que l’est de la Belgique fond sous des températures caniculaires, l’ouest du pays et le Nord-Pas-de-Calais baignent dans une ambiance bien rafraîchie. Ainsi, à 15h30, alors qu’on relève 32°C à l’aéroport de Bierset (Liège), les températures ne dépassent pas 19°C à Lille. Entre les deux, une différence de 14°C sur 200 km, là où les plus violents orages sévissent.
 
Les différentes institutions météorologiques ont bien cerné le risque orageux extrême. Météo Belgique a placé la quasi totalité du pays en alerte rouge Orages. C’est la première fois que cette alerte est utilisée. Cela illustre bien le caractère exceptionnel de la situation:
Estofex est un organisme européen spécialisé dans la prévision des phénomènes violents et émet notamment des avertissements concernant les orages selon trois échelons: le premier fait référence à une situation d’ampleur modérée, le second à une situation d’ampleur forte et le troisième à une situation anormalement violente. Or, en ce 14 juillet, Estofex place la Belgique au niveau 3, l’alerte maximale. C’était à ma connaissance la première fois que je voyais nos régions placées sous ce régime. Il y avait donc lieu d’être sur le qui-vive.
 
Déroulement de l’épisode
Les orages concernent déjà le nord de la France en matinée du 14 juillet, mais dans un premier temps assez modérément. C’est seulement sur le temps de midi qu’ils commencent à sérieusement s’organiser en un système convectif de méso-échelle (MCS). Une ligne d’orages très virulents, que Kéraunos qualifiera même de Quasi Linear Convective System (QLCS) se met en place à l’avant du système, et fonce vers la Belgique. Elle prend les caractéristiques d’un Bow Echo (orage en arc), signe d’un orage puissant et organisé. 

A noter que la littérature plus récente (IRM, Belgorage…) qualifie le système de derecho. Ce terme ne remplace pas les autres énoncés ci-dessus, mais leur est complémentaire. 

L’image radar ci-dessous nous montre clairement ce bow echo en train de s’organiser sur le nord de la France à 14h00 (la couleur rouge indique des intensités de pluie très élevées): 
Les orages sont clairement visibles depuis l’espace, sous la forme de grosses boules blanches, comme le montre cette image satellite prise à 14h40. Ces boules blanches correspondent aux enclumes des cumulonimbus qui s’étalent dans le bas de la stratosphère. Le sommet des cumulonimbus culmine à près de 16 km d’altitude, ce qui est remarquablement élevé pour un orage sous nos contrées. Cette hauteur excessive est un autre signe d’orages très organisés: 
A 15h00, c’est un système orageux très entraîné qui se trouve aux portes du Hainaut. La ligne orageuse génère de violents downbursts: une rafale de 146 km/h est mesurée à St Hilaire-sur-Helpe, dans le département du Nord.
 
A 15h30, l’orage s’engouffre sur la Belgique par les régions d’Erquelinnes et de Chimay. Quelques kilomètres plus loin, les villages de Merbes-Ste-Marie et de Peissant subissent un très violent downburst qui arrachent de nombreux arbres et emporte des toits parfois entiers. Plusieurs lignes électriques sont jetées à terre par les rafales. Au vu des dégâts, le vent a pu dépasser localement les 150 km/h. Un phénomène similaire s’abat quelques minutes plus tôt sur le Borinage. Par la suite, c’est tout le Hainaut Oriental et le Brabant Wallon qui plongent dans les ténèbres auxquelles succèdent un déluge de pluie et de vent. En altitude, les éclairs intranuageux sont incessants, mais le car wash qui se déchaîne dilue le clignotement frénétique des décharges. Seuls les radars observent le brasier d’électricité qui entame sa progression à travers la Belgique.
A l’avant de l’orage, le ciel prend des aspects parfois extraordinaires, comme cet arcus multicouches photographié près de Merbes-Ste-Marie justement, quelques minutes avant que le downburst ne s’y déchaîne. Un tel ciel imposant, limite effrayant, est le signe ultime du déchaînement de violence. Ce sont les courants très rapides circulant au sein du système orageux qui sont capables de produire de tels structures. La vue d’un tel ciel doit avertir du danger imminent et de la nécessité de trouver rapidement un abri, surtout si cela se passe en pleine campagne.
A 16h00, la ligne d’orages atteint la région de Charleroi et l’Entre-Sambre-et-Meuse, sans avoir perdu de sa force. C’est au tour du village de Pont-à-Celles de payer un lourd tribu à la tempête. Sur l’A54 toute proche, des dizaines d’arbres sont arrachés et bloquent plusieurs voies de circulation. Plus au sud, sur le R3 et sur l’A 503 entre Charleroi et Marcinelle, des branches et des inondations perturbent la circulation. Le parc de Strepy, près de La Louvière, est méconnaissable. Dans Charleroi même, plusieurs toits sont fortement endommagés. L’anémomètre de la base militaire de Florennes enregistre des vents à 130 km/h.
A 16h30, la ligne orageuse qui se démantèle en orages multicellulaires concerne l’est du Brabant Wallon et la province de Namur. Jodoigne et Ciney sont les villes les plus sérieusement touchées: la première voit une partie du toit de son hall omnisport s’arracher, et l’autre perd le clocher de sa collégiale, qui s’effondre en contrebas. Bruxelles est également touchée, mais moins sévèrement. Bon nombre de tunnels de la capitale seront cependant fermés pour cause d’inondations.
 
 Dégâts à Ottignies:
 
L’orage poursuit sa route: à 17h30, il frappe Liège et sa région. A Bierset, une pointe de vent à 122 km/h est mesurée. Mais c’est plus au sud, vers St-Vith, qu’il se révèle plus intense. A ce moment-là, le système orageux prend une nouvelle forme, celui d’un LEWP (échelons orageux décalés). Il balaie Elsenborn qui enregistre la plus grosse rafale mesurée par un instrument belge: 137 km/h.
A 18h30, la ligne orageuse a quitté la Belgique et se restructure: elle frappe violemment les Pays-Bas et l’Allemagne. En Belgique, l’heure est au bilan. Ci-dessous, la carte des éclairs délivrés par cette offensive. L’IRM a comptabilisé près de 60 000 éclairs. C’est énorme:
Passage de l’orage sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi)
Les photos ci-dessous ont été prises par mes soins au passage de l’orage, et relatent les événements.
15h40: le ciel s’assombrit en direction du sud-ouest, alors que l’air reste encore très lourd et chaud, mais surtout, et c’est ce qui me frappe à ce moment-là, absolument calme. Une très belle illustration du fameux « calme avant la tempête ».
 
15h50: l’orage se rapproche, mais aucun coup de tonnerre n’est entendu. Seuls les radars me renseignent sur la proximité du système orageux. L’ambiance reste absolument calme.
16h00: L’énorme arcus, si typique des orages organisés, apparaît à l’horizon et avance à une vitesse effrayante en roulant sur lui-même. Il ne lui faudra même pas cinq minutes pour arriver au zénith.
Par la suite, le déroulement des événements est semblable à ce que s’est passé à l’échelle de la Belgique. L’arcus est arrivé, accompagné d’un downburst cependant assez modéré comparé à ceux qui frappèrent Ciney, Merbes-Sainte-Marie ou Pont-à-Celles. Il fut précédé d’un grondement impressionnant qui n’était rien d’autre que le bruit généré par les rafales accourant vers ma position. 
 
Durant 20 minutes, une pluie intense soufflée par les bourrasques est tombée sur Montigny-le-Tilleul, tandis qu’au zénith, le ciel clignotait faiblement mais continuellement, témoignant de la puissante activité orageuse se déroulant en altitude, au sein des cumulonimbus. Les seuls éclairs qui se montrèrent eurent lieu dans la partie stratiforme du MCS, après le passage de la zone la plus active. Mon pluviomètre récoltera en tout 20 mm de pluie sur une demi-heure. Plus tard en soirée, le ciel se dégagera, laissant le soleil revenir dans une ambiance très fraîche. Je pus encore observer, aux alentours de 23h00, les éclairs d’un orage modéré et isolé dans l’air froid, se produisant en France.
En fin de compte, ce sont des orages particulièrement violents qui ont traversé le pays ce 14 juillet 2010. Depuis le début de ce siècle, on retrouve peu de phénomènes tout aussi intenses et d’aussi grande étendue. Cette fois-ci, ce fut surtout le vent qui a provoqué des dégâts. 
Quelques vidéos pour terminer:

La première ci-dessous a été prise à Grez-Doiceau, dans le Brabant Wallon:


 

Cette deuxième vidéo a été prise à Jeumont, dans le département du Nord, tout près de la frontière belge:

 

Enfin, une vidéo réalisée par moi même et montrant l’arrivée de l’arcus sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi). Le downburst fut bref et moins important qu’ailleurs dans le pays: ICI


De nouvelles constatations

Une étude menée par l’IRM a démontré que quatre couloirs de très gros dégâts ont concerné la Wallonie (vents supérieurs à 150 km/h):

– Le premier selon un axe Erquelinnes – Pont-à-Celles
– Le second selon un axe Gendron – Ciney – Hamois
– Le troisième au départ de Jodoigne vers la Flandre
– Le quatrième au sud-ouest de Liège, terminant sa course sur la ville.

L’analyse fine des radars à haute résolution a permis de mettre en évidence l’existence de turbulences de la ligne d’orages, allant jusqu’à former des virgules rétrogrades. Ces organisations trahissent l’existence de mésovortex (zones en rotation) au sein de la ligne. Une petite dizaine de ces structures ont été trouvées au sein du MCS. Ces vortex, en interagissant avec un très violent courant en altitude arrivant derrière la ligne et habituel des MCS (Rear Inflow Jet), auraient engendré les terribles rafales descendantes à l’origine des plus gros dégâts, ces rafales se trouvant être les plus fortes à la droite de l’axe du vortex, là où la ligne d’orages est organisée en bow echo. Le bow echo est tout simplement une portion de ligne orageuse poussée en avant par les violents vents qui arrivent derrière.

L’existence de ces vortex a été confirmée pour l’axe Erquelinnes – Pont-à-Celles, pour Liège et pour l’axe Jodoigne – Hamois. Dans le cas de Ciney, la rafale descendante n’était à premier vue pas due à l’un de ces vortex, mais au Rear Inflow Jet particulièrement violent à l’aplomb de cette zone où un bow echo très marqué est visible. Cependant, un vortex a été identifié un peu plus loin, et il est possible que celui-ci ait été en formation près de Ciney. Il s’agit du même vortex que celui qui a concerné Liège par après.

Sources: observations personnelles, Youtube, Infoclimat, IRM, Wetterzentrale, Météo Belgique, Estofex.

Orages des 26 et 27 juillet 2013

Cet article passe en revue l’épisode orageux qu’a connu une grande partie de la Belgique et du nord de la France à la fin juillet au travers de nombreuses cartes et photos de l’évènement.
 
Analyse de la situation atmosphérique
 
L’image ci-dessous, représentant la situation atmosphérique en surface le 27 juillet à 2h00, permet de faire une bonne synthèse des éléments qui ont mené à cette dégradation orageuse.
– Une série de dépressions se promène sur le proche Atlantique
– Un anticyclone s’étire sur l’Europe Centrale
– Entre les deux voyage un air chaud venant du sud, qui vient se heurter à de l’air froid présent sur la Grande Bretagne et le nord-ouest de la France. La limite entre les deux est bien marquée par un front chaud qui tangente la côte belge et les côtes du Nord-Pas-de-Calais
– La ligne noire en travers de la Belgique est une ligne de creux préfrontale. C’est une zone privilégiée de convergence et d’ascendance des masses d’air, et donc de formation des orages. De plus, elle évolue dans des pressions plutôt dépressionnaires, renforçant le caractère orageux et instable de la masse d’air.

– Enfin, nous ajouterons, bien que cela ne soit pas visible sur cette carte, la présence d’un courant Jet assez important au-dessus de l’Europe Occidentale.

 
 
Source: Wetterzentrale.de 
 
 
Déroulement de l’épisode
 
Revenons cependant vingt heures en arrière. C’est en effet le 26 juillet que commence l’offensive orageuse avec l’arrivée d’un orage multicellulaire sur la région de Charleroi tout au matin. Un de nos membres capture quelques coups de foudre en filmant cet orage assez faible à Montigny-le-Tilleul:
 
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Le radar de Météo Services voit très bien cet orage arriver sur le Hainaut Oriental à 6h45 du matin, mais aussi quelques coups de foudre se produisant le long de la frontière entre la province du Luxembourg et la France.
 
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En fin d’après-midi, l’activité reprend avec le développement d’un orage supercellulaire sur le nord du Hainaut, suivi d’ailleurs sur place par nos partenaires de Belgorage. La photo ci-dessous est prise par le collectif dans les environs de Saint-Maur:
 
 
Les radars de précipitations montrent clairement cette supercellule sur la région de Tournai. Notez la petite tache blanche qui témoigne de pluies diluviennes (ici en l’occurrence, plus de 350 mm/heure) :
 
images satellites en temps reel, observation
 
Plus tard, en fin de soirée, c’est une autre supercellule (flèche jaune) très bien organisée qui traverse l’Oise et concerne par après le département des Ardennes en fusionnant avec un complexe orageux multicellulaire (flèche verte). Info Météo avait d’ailleurs, ce soir là, fait part sur sa page facebook de cette impressionnante structure en crochet (appelée « hook echo » dans le jargon météo) typique des puissantes supercellules. Cette morphologie est due à la rotation de l’orage autour d’un axe sur lequel peut prendre naissance les tornades. Le rideau de pluie, entraîné par les vents, s’enroule autour de l’axe en donnant cette structure sur les radars. Cet orage massif fut accompagné de très grosses chutes de grêle et d’une activité électrique très violente. Vers 23h30, il était possible d’observer les flashes des éclairs plein sud depuis la région de Charleroi, alors que l’orage se trouvait à plus de 100 km de distance!
 
 
La résultante de la fusion de ces deux systèmes déclenche une avalanche de grêle sur la région de Bertrix vers 1h00 du matin le 27, où elle s’accumule parfois sur plus de 20 cm! De nombreux arbres sont arrachés par les vents violents accompagnant ces orages. Un autre puissant orage (peut-être une nouvelle supercellule) frappe la région de Virton à 2h45.
 
Alors qu’en fin de nuit, les orages quittent l’Ardenne par l’est, un autre puissant MCC (ou complexe convectif de méso-échelle) s’est constitué entre-temps sur le sud-ouest de la France. Accompagné d’un derecho, il entraîne des vents destructeurs de 170 km/h sur la région de Bordeaux! Puis, à toute vitesse et à pleine puissance, il remonte vers le nord-est en prenant la forme d’un bow echo, traverse l’Ile-de-France à l’aube en foudroyant au passage la Tour Eiffel et se retrouve aux portes de la Belgique en matinée du 27.
 
 
L’immense panache nuageux des cumulonimbus s’écrasant contre la basse stratosphère, à plus de 11 km d’altitude, se voit depuis l’espace. Les satellites météo capturent ainsi cet énorme système orageux de forme vaguement elliptique sur le nord de la France. Les « griffes » nuageuses courbées sur ses bords sont peut-être les signes d’une mise en rotation du système…
 
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En tout début de matinée, c’est une impressionnante ligne orageuse très structurée et à déplacement rapide qui constitue la partie active du MCC. Une telle structure est impressionnante, et est chargée de signes inquiétants: des intensités pluvieuses très élevées comme sud le sud-est du département du Pas-de-Calais, des formes courbées témoignant du choc entre des vents très violents en altitude, et qui peuvent, dans certains cas, se propager jusqu’au sol…
 
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En Belgique, l’orage s’annonce par un spectaculaire arcus, sorte de vague ou de rouleau nuageux tourmenté se formant au choc entre les masses d’air chaud à l’avant de l’orage et celles d’air froid sous les précipitations intenses. Il signe souvent la présence d’un downburst. Ce sera bien le cas ici, mais il sera beaucoup moins violent que celui qui accompagna les orages dévastateurs du 14 juillet 2010. Ci-dessous à Montigny-le-Tilleul, près de Charleroi, photographié par l’un des membres d’Info Météo.
 
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Lors de son entrée en Belgique peu avant 9h00, le système orageux diminue légèrement en puissance. Mais c’est toujours un orage très structuré qui entame sa course à travers le pays. Si les intensités pluvieuses se font un peu moins fortes, l’activité électrique n’en reste pas moins explosive, comme le montre l’image de gauche ci-dessous.
 
 
Sur le Hainaut et la province de Namur, la ligne s’est scindée en deux entités distinctes, peut-être suite aux courants d’air très rapides qui animent le système orageux tout entier. La courbure de la ligne à l’est balaye la région de Charleroi où le downburst emporte le toit d’une clinique à Montignies-sur-Sambre.
 
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Le passage de la partie active du système est impressionnante, avec des rafales de pluie soufflées à l’horizontale, le tout sous le clignotement frénétique des éclairs intranuageux. Ce n’est qu’à l’arrière de cette ligne active que certaines décharges se montreront, soit sous la forme d’éclairs spiders rampant sous les enclumes des cumulonimbus (comme ci-dessous, à Montigny-le-Tilleul), soit sous la forme de puissants coups de foudre explosifs.
 
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Le MCC et son arcus dantesque poursuivent leur ruée à travers la Belgique. Ils arrivent à Seraing…
 
 
En même temps qu’ils s’apprêtent à engloutir la région de Bruxelles (ci-dessous, vu à Uccle). Sa morphologie est particulièrement superbe et bien dessinée, mettant en exergue toute la puissance du système orageux.
A Tongres, ces cyclistes se promènent sous des cieux aux couleurs tout aussi variées qu’apocalyptiques. La superposition de teintes blanches (parfois même verdâtres) au-dessus de l’arcus plombé est également un indice de la dangerosité et de la violence du phénomène.
 
Depuis le ciel, le mouvement de rotation de l’orage tout entier se fait de plus en plus net. Il est particulièrement bien ventilé (de l’air s’en éloigne en altitude). La machine thermodynamique est bien rodée et ses rouages sont bien huilés pour plusieurs heures encore. Un orage qui survit ainsi au lever du soleil sans réellement s’affaiblir est somme toute assez rare. L’autosuffisance et le gigantisme de ce système sont responsables de ce maintien de puissance.
 
C’est une ligne toujours découpée en deux qui atteint la Campine et la Zélande à 8h15 TU (10h15 heure belge). 
 
Il aura fallu moins de deux heures au MCC pour traverser la Belgique de part en part. A l’arrière de celui-ci, on constate les dégâts. Ils sont assez limités, heureusement. Quelques inondations locales sont toutefois à déplorer.
 
Cette superbe animation satellite en fausses couleurs (source: Keraunos) résume toute la vie du système. On le voit brutalement exploser sur l’Aquitaine et le Bordelais, puis remonter à travers la Vendée, le Centre, l’Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais puis la Belgique. Plus la couleur est orangé – brun, plus les sommets nuageux sont froids et donc hauts. On voit ainsi apparaître de petits points bruns qui sont des dômes nuageux dépassant les enclumes, engendrés par des ascendances d’une force inouïe. L’animation ne montre pas la mort du MCC, qui a poursuivi sa route à travers les Pays-Bas. Au début de la séquence, la supercellule et l’orage multicellulaire qui déposent 20 cm de grêle à Bertrix sont bien visibles sur le nord de la France puis le sud de la Belgique.
 
Mesoscale Convective Complex (MCC) sur la France, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013. Derecho de l'Aquitaine aux Pays de la Loire et au Centre.

Alors que l’immense enclume du MCC se retire de la Belgique, le temps devient plus ensoleillé, plus chaud mais surtout plus lourd. Certains paramètres favorables aux orages deviennent inquiétants: Jet Stream en altitude, forte instabilité au sol, direction et vitesse des vents très différentes selon l’altitude… Les modèles prévisionnistes voient (ou plutôt, calculent) l’arrivée d’un nouveau MCS pour la soirée. Celui-ci se forme sur les Pays de la Loire, puis se transforme en une ligne orageuse de type bow echo qui balaie la région de Rouen et du Havre puis le Nord-Pas-de-Calais en début de soirée. Cette ligne fusionne avec un complexe orageux multicellulaire venant de Troyes et de Reims, et entre en Belgique dans la soirée. La ligne est cependant discontinue: certaines zones présentent une faible activité, tandis que d’autres sont au contraire très virulentes. Cela s’observe notamment dans le Hainaut. Alors que la région de Charleroi n’essuie qu’une bonne pluie et quelques éclairs au zénith, la région de Binche et de Mons se retrouve pilonnée sous des vents très violents, de très fortes précipitations et une activité électrique quasi continue. Peu après, la région à l’ouest de Namur est balayée par une section tout aussi violente.

Il semblerait que cette faiblesse ayant concerné une zone allant de Chimay à l’est du Brabant Wallon en passant par Charleroi soit due à la fusion entre la ligne orageuse venant du Nord-Pas-de-Calais et le complexe orageux venant de Reims. En effet, les cartes radar montrent un affaiblissement des précipitations au point de contact entre les deux systèmes, cet affaiblissement subsistant pendant deux heures. Selon toute vraisemblance, cela serait dû à l’interaction entre les vents des deux systèmes. Ceux-ci auraient été orientés de manière à annihiler ou en tout cas sérieusement diminuer les turbulences au point de contact. L’activité orageuse en ce point en serait donc sortie diminuée.

Ci-dessous, peu avant l’impact entre les deux masses orageuses, à 22h15.

 
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Cet affaiblissement se marque très bien sur les radars détecteurs d’éclairs de l’IRM par une zone d’environ 20 à 30 km de large pratiquement dépourvue d’impacts. Les deux systèmes dans leur ensemble présentent une activité électrique un peu moindre que celle délivrée par le MCC du matin.
 
 

L’orage commencera à perdre de sa superbe sur l’est de la Belgique, et finira par évacuer le Royaume en début de nuit.

Les relevés des stations météos mentionnent des rafales de vent jusque 90 km/h. Localement, elles ont pu être plus fortes. La plus grande quantité de pluie a été relevée à Stabroek (près d’Anvers) avec 41 mm. Cela n’a rien d’exceptionnel.

En résumé, ce sont plusieurs vagues orageuses de belle intensité qui ont concerné nos régions. Toutefois, leur violence restent en-deçà de certains événements nettement plus puissants, comme les orages du 14 juillet 2010. Ces derniers peuvent entrer dans l’échelon « Violent » de la classification des orages utilisée par Kéraunos. A l’inverse, et après des analyses approfondies, il apparaît que les orages des 26 et 27 juillet 2013 n’ont pas atteint un niveau aussi élevé, et doivent être placé à l’échelon juste inférieur, celui qui définit un orage « Fort ».

Sources: IRM, Kéraunos, Belgorage, Infoclimat, Wetterzentrale, Facebook.