Evénements 2018 – Janvier à avril

 

Retrouvez ici tous les événements météorologiques s’étant produits en Belgique entre janvier et mars 2018. Les autres périodes peuvent être atteintes via les liens à la droite de cet article ou dans la rubrique « Faits météo en Belgique ».

3 janvier – tempête Eleanor

En soirée du 2 janvier, la dépression Eleanor se creuse sur l’Irlande y apportant des rafales de plus de 140-150 km/h. Le lendemain 3 janvier, elle se trouve en mer du Nord. Son front froid très violent balaie la Belgique en deuxième partie de nuit, engendrant une véritable tempête. On relève 101 km/h à Chièvres, 105 km/h à Ernage, 112 km/h à Uccle, 115 km/h à Humain, 116 km/h à Zeebrugge et 126 km/h à Florennes. Des coupures de courant sont signalées tandis que de nombreuses chutes d’arbres et des dégâts aux toitures sont enregistrés dans de nombreuses régions. En matinée, le vent reste très présent (rafales de 70 à 90 km/h), tandis qu’un orage modéré est observé en province de Liège. Dans le nord de la France, on relève 147 km/h à Cambrai, 135 km/h au Cap Gris Nez. Aux Pays-Bas, des rafales de 140 km/h sont enregistrées sur les côtes zélandaises.

 
La tempête Eleanor au petit matin du 3 janvier (source: Wokingham Weather).
 

Dans le même temps, les cours d’eau du sud de la Wallonie sont en crue par endroits, en réponse aux précipitations abondantes tombant depuis plusieurs semaines.

 
Le 4 janvier, un nouvel épisode venteux, cependant moins intense, concerne la Belgique, au passage de la dépression Christine. Les rafales sont généralement comprises entre 70 et 80 km/h, mais une pointe de 94 km/h est observée à Florennes. 
 
En soirée du 16 janvier et la nuit suivante, de multiples giboulées (grésil et neige) sont observées au-dessus de 150 mètres, parfois accompagnées d’une faible activité orageuse. La neige accroche temporairement sous les averses, plus durablement dans l’est de l’Ardenne. Ces giboulées sont également observées le 17 janvier.
 
Averse de neige en début de nuit du 16 au 17 janvier sur les hauteurs de Namur (auteur: Info Meteo).

 

18 janvier – tempête David le matin et orages en soirée
 
En fin de nuit et en matinée, une dépression de tempête se creuse en traversant la mer du Nord, elle est nommée David par Meteo France. Aux Pays-Bas, les rafales atteignent 140 km/h sur les côtes. En Flandre, on relève 119 km/h à Deurne, 112 km/h à Zeebrugge et 90 km/h à Zaventem. En Wallonie, les rafales atteignent 101 km/h au Mont Rigi, 97 km/h à Ernage et Gosselies et 94 km/h à Humain. Dans le nord de la France, les rafales atteignent 120 km/h à Lille et 136 km/h au Cap Gris-Nez. La tempête frappe ensuite le nord de l’Allemagne avec des pointes à 120 km/h en plaine. Une personne décède dans le Brabant wallon suite à la chute d’un arbre.
 
La tempête David vers 11h00 le 18 janvier, alors centrée sur les Pays-Bas (source: Wokingham Weather).
 
En soirée, à la faveur d’une branche puissante de Jet-stream et d’un creux au-dessus de la Belgique, une ligne d’orages se forme sur la côte – une maison est incendiée par la foudre – puis traverse tout le pays jusqu’en province de Liège en prenant la forme d’un bow echo. Les orages sont modérés sur la Flandre et Bruxelles, donnant des chutes de grêle parfois importantes et pas mal de vent (une rafale de 76 km/h est mesurée à Uccle au passage du système). En Wallonie, l’activité électrique est plus sporadique. Des foyers orageux plus isolés sont signalés du côté de Bastogne.
 
Activité électrique observée en soirée du 18 janvier et la nuit suivante (source: Lightningmaps).

 

Au milieu de l’hiver climatologique, le nombre remarquablement faible de gelées depuis le début de la saison pose question. 
 
Le 20 janvier, il neige en Ardenne et temporairement un peu plus bas (jusque 200 mètres d’altitude). La couche de neige dépasse 10 cm au-dessus de 500 mètres. 
 
Quelques jours plus tard, c’est un coup de douceur qui concerne notre pays, en lien avec l’arrivée d’air d’origine tropicale maritime. Les maximales du 24 janvier sont remarquablement élevées: 13,4°C à Beauvechain, 13,1°C à Chièvres, 12,9°C à Uccle, 12,4°C à Bierset, 12,0°C à Gosselies… 
 
Après un décembre extraordinairement sombre, l’ensoleillement est à nouveau exceptionnellement bas pour ce mois de janvier. A cela s’ajoute une douceur persistante qui le fait sortir des normes.
 
Bilan pour Uccle (source: RTBF, données de l’IRM).

 

La Chandeleur est par contre, comme le dit l’adage, une période charnière: l’Hiver (re)prend enfin vigueur, et de la neige est observée les 1er et 2 février en Ardenne, avec localement plus de 10 cm d’acumulation. Le Condroz et le sud de la Hesbaye blanchissent légèrement à la faveur des plus fortes averses poussées dans un flux de nord-ouest à nord. Les jours suivants restent froids mais parfois beaux.

Coucher de soleil sur les Hautes-Fagne le 5 février (auteur: A. Papapanayotou).

 

Le 6 février, un front chaud se coince sur le sud du pays. Une zone neigeuse subsiste pendant toute la journée le long du sillon Sambre-et-Meuse, donnant de 5 à 10 cm de neige (7-8 cm dans l’est du Namurois par exemple) sous des températures négatives tout au long de la journée. La nuit suivante, les températures descendent localement jusqu’à -5°C. 
 
Le front bloqué sur la Wallonie (source: IRM).
 
 

La nuit du 7 au 8 février est froide. Au petit matin, on relève -16,1°C à Elsenborn, -10,4°C à Dourbes, -9,9°C au Mont-Rigi, -9,1°C à Humain et à Florennes.

Le 9 février au soir et la nuit suivante, une nouvelle perturbation apporte quelques centimètres de neige, essentiellement au sud du sillon Sambre-et-Meuse.

En fin de nuit et en début de matinée du 16 février, le verglas consécutif à la mise en gel de l’eau tombée la veille pose des problèmes par endroits.

24 février au 1er mars – vague de froid

Entretemps, début février, le vortex polaire a éclaté dans la stratosphère. En l’espace de deux semaines, ses effets se communiquent à la troposphère et le temps se refroidit nettement à partir du 24 février, avec l’établissement d’un puissant anticyclone sur le nord de l’Europe et un flux d’est continental bien froid sur nos régions. Les minimales tombent sous -10°C à plusieurs reprises en Ardenne, une ou deux fois sur le centre du pays et selon les stations. C’est le 28 février qu’il fait le plus froid en de nombreuses stations du pays, avec des minimales de -14 à -18°C en Ardenne.

 
 
Le 26 février, une zone neigeuse inattendue se déplace du Limbourg au Hainaut sur un couloir étroit: il tombe entre 5 et 10 cm de neige sur la Hesbaye alors que Bruxelles et Namur sont épargnés.
 
Situation du 28 février au soir. On note l’énorme front chaud annonciateur du redoux sur la Méditerranée (source: KNMI).

 

Le mois de février qui se termine marque une rupture complète avec décembre et janvier: très anormalement ensoleillé, anormalement sec et anormalement froid. Le soleil aura en effet été le roi de la météo belge durant ce mois.

Le 2 mars, le redoux atteint la Belgique sous la forme d’un front chaud. L’air devient plus doux en altitude, surplombant de l’air toujours bien froid dans les basses couches. Des pluies verglaçantes gagnent ainsi la Belgique depuis la frontière française en matinée, causant des embarras de circulation. Par la suite, un front froid rejoint le front chaud sur notre pays, formant ainsi une occlusion et refermant de fait le secteur chaud. L’air redevient progressivement froid à tous les étages, et la pluie verglaçante se change en granules de glace puis en neige dans l’après-midi, menant à une accumulation de quelques centimètres.

Schéma illustrant la situation particulière de ce 2 mars (auteur: Info Meteo).

 

Dans les jours qui suivent, la douceur marque le début du printemps météorologique. A la faveur d’un flux de sud au-devant d’un front froid qui ondule sur la France et la mer du Nord, un orage fort pluvieux mais peu actif électriquement se déplace du Hainaut jusqu’à la Zélande la nuit du 10 au 11 mars. Quelques inondations locales sont signalées en Wallonie picarde. Le 11 mars, les maximales atteignent les 15°C en de nombreuses régions.

Du 18 au 21 mars, alors qu’il faisait bien doux les jours précédents, le temps redevient remarquablement froid, avec de temps en temps un peu de neige. La nuit du 19 au 20, il fait -9,2°C à Elsenborn. Le 20 au matin, il ne tombe qu’un centimètre de poudreuse grand maximum sur la province de Liège, mais ça suffit à générer pas mal de problèmes de circulation.

Le mois de mars qui s’achève a été un peu plus frais que la normale (à la limite de l’anormalité).

Le 8 avril est très chaud pour la saison. On relève 24,0°C à Uccle et à Gosselies.

Le 14 avril, des orages modérés éclatent sur la région lilloise et le Brabant wallon. Sur la province brabançonne, on observe quelques chutes de grêle.

A partir du 18 avril, la chaleur fait son retour. Le 19, on frôle les 30°C par endroits – il fait 28,1°C à Uccle. Le 22 avril, plusieurs foyers orageux faibles à modérés sont observés ça et là. Pour plus d’information, voire l’article de notre partenaire Belgorage.

29 avril – Première dégradation orageuse d’envergure

La situation météo du dimanche 29 avril est particulière. Un thalweg d’altitude sur l’ouest de la France guide une dépression de surface en creusement vers nos régions. Son secteur chaud lèche à peine l’est du pays; sur le centre cette masse d’air chaud est décollée du sol par une pellicule d’air maritime frais où souffle un vent de nord à nord-est. Ainsi dans le Namurois, le temps avant les orages était relativement frais, très humide, avec de la brume par endroits (maximales autour de 15°C à Namur). Le cisaillement des vents est de plus bien marqué, tandis qu’une convergence très nette se dessine le long du pseudofront chaud (représenté sur la carte par une plume rouge), au devant du noyau dépressionnaire. Ainsi, ce sont surtout ces éléments dynamiques forçant l’ascension des masses d’air qui ont expliqué l’intensité des orages (surtout sur le centre du pays), et ce alors que l’instabilité est restée modérée. C’est une situation typique de pointe d’air chaud, comme nous l’avions expliqué récemment.

Carte des fronts du 29 avril 20h00 (source: KNMI).

Ce pseudofront est le siège d’un premier orage modéré sur la province de Namur en fin d’après-midi. Puis en début de soirée, un puissant système orageux arrive de France par la pointe de Givet et fonce jusque l’est de la Flandre via le Namurois et l’est du Brabant wallon. L’activité électrique est impressionnante sur fond de ciel livide (jusqu’à un éclair toutes les 2 à 3 secondes) et de très fortes rafales sont localement observées. Ce système hybride présente les caractéristiques d’un echo en arc mais aussi une possible supercellule en son sein. Cette cellule particulière déclenche une tornade qui se déplace entre Dion (Beauraing) et Crupet (Assesse), atteignant une force F2-F3 près de Waulsort. Côté français, l’écho en arc a engendré d’énormes dégâts entre Aube et Ardennes (source: Kéraunos).

Evolution du système orageux sur le Namurois de 20h15 à 20h45 (source: Kachelmann).

En soirée, d’autres forts orages multicellulaires remontent du sud au nord sous la forme d’un rail de foyers à travers l’est de la province de Liège, le Luxembourg et l’ouest de l’Allemagne. Des grêlons de 2 à 3 cm sont observés localement sous ces cellules. Dans l’ensemble, cette dégradation d’ampleur est assez précoce pour la saison.

Les précipitations récoltées sur 24 heures sont localement remarquables (et pas uniquement dues aux orages du soir): entre le 29 8h00 et le 30 8h00, on relève 47 mm à Schaffen, 40 mm à Wartet (source: Info Meteo), 39 mm à Spa et 38 mm à Ernage. Aucune rafale de vent de plus de 90 km/h n’a été mesurée sur le réseau officiel, toutefois des dégâts portés aux bâtiments et à la végétation laissent penser que cette vitesse a été largement dépassée localement sur les communes de Beauraing, Hastière, Onhaye, Dinant, Yvoir et Assesse.

Lien vers l’article de Belgorage à ce sujet: ICI

Le lendemain 30 avril, le temps est d’abord calme, puis devient pluvieux et très frais dans l’après-midi (6°C sur le Namurois vers 18h00). Le vent se fait très présent avec des rafales jusqu’à 80 km/h localement.

Le mois d’avril a été très anormalement chaud, affichant un excédent thermique de +3,1°C à Uccle.

 

Pluies verglaçantes du 7 janvier 2017

Il n’a donc pas fallu attendre bien longtemps pour que 2017 nous expédie fissa son premier grand événement météorologique, sous la forme d’un épisode neigeo-pluvieux verglaçant particulièrement contraignant. Dans cet article, nous faisons rapidement le point sur le mécanisme et le déroulé des événements.

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Episode neigeux du 15 janvier 2016

Ce 15 janvier 2016, le général Hiver s’est rappelé au souvenir des Wallons de manière brutale. Après des semaines de douceur, un épisode hivernal de grande envergure a concerné une bonne partie de l’est de la Wallonie, provoquant d’énormes embarras de circulation et privant d’électricité une vingtaine de communes de Hesbaye et du Condroz.

Les premiers frimas ont pris place le 13 janvier en Hautes-Fagnes, mais surtout le 14 janvier avec un avertissement sans grands frais de la part d’un front froid lié à une dépression sur la Mer du Nord. Ce front froid a apporté plusieurs centimètres de neige au sud du sillon Sambre-et-Meuse, plus sporadiquement en Hesbaye (voir les chroniques de l’année 2016).

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Offensive hivernale du 24 janvier 2015

Ce samedi 24 janvier a été marqué par la deuxième offensive sérieuse de cet hiver 2014-2015. La première remontait au 27 décembre et avait essentiellement concerné une large bande centrale de la Belgique: ainsi, l’axe Bruxelles – Charleroi – Couvin avait reçu jusqu’à 15 cm de neige localement, tandis que l’est du pays était davantage épargné. Cette fois-ci, ce sont justement les provinces de Namur, de Liège et du Luxembourg qui ont vu tomber les plus grandes quantités de neige. De plus, dans le cas présent, des intermèdes de pluie verglaçante sont survenus, rendant la situation très délicate. Cet article revient sur la prévision de l’événement, la complexité de la situation atmosphérique et le déroulement de l’épisode.
 
Situation atmosphérique
 
Le 23 janvier, la veille de l’épisode, nous sommes situés dans une masse d’air hybride, teintée d’origines à la fois maritimes et continentales, le tout porté par un flux mou faisant stagner cet air sur nos régions. En cette journée du 23 justement, les températures restent négatives en de nombreux endroits. Ceci va avoir une importance particulière, puisque c’est sur cet air froid caractérisé par des températures négatives que va venir buter la perturbation.
 
Analyse de surface à 13h00 le 23 janvier.
 
Dans l’après-midi du 23 janvier, la dorsale anticyclonique qui recouvrait l’Europe Occidentale s’affaiblit rapidement face à la perturbation traversant les Iles britanniques. Le secteur chaud (le triangle formé par le front froid et le front chaud et dont le sommet se trouve entre l’Irlande et le Royaume-Uni) est encore suffisamment ouvert pour véhiculer de l’air doux en altitude. Cet air, avec une température légèrement positive vers 1000 mètres, peut donc autoriser la formation de précipitations liquides tombant sur des sols bien gelés. La menace des pluies verglaçantes se fait donc bien présente. 
 
La carte ci-dessous montre les températures à 850 hPa, vers 1500 mètres donc, et ce à 1h00 le 24 janvier. Le secteur chaud de la perturbation est alors bien visible avec une  vague d’air à température positive (couleur verte) se situant aux portes de la Belgique. Ceci, combiné aux températures positives à faible altitude sur la Mer du Nord ne pose à priori pas de problème.
 
Températures à 850 hPa à 1h00 le 24 janvier.
 
Il en va tout autrement au-dessus des terres… En effet, l’air froid de basse couche, déjà présent en cours de journée du 23, est resté stable. En d’autres termes, il gèle sur la Belgique, le Nord-Pas-de-Calais et le département des Ardennes, alors qu’une langue d’air à température positive vers 1000 mètres d’altitude s’apprête à traverser ces régions. Le résultat est donc assez simple: de la pluie ou de la neige fondante gorgée d’eau tombant sur un sol à température négative, entraînant sa mise en gel…
 
Cependant, un autre facteur doit être pris en compte. Comme le montre la carte ci-dessous, similaire à la précédente mais pour 13h00 cette fois, la langue d’air doux a disparu, et nos régions se retrouvent ainsi avec un air bien froid à tous les étages. Dans cette situation, c’est de la neige qui doit tomber.
 
                                           Températures à 850 hPa à 13h00 le 24 janvier.
 
La situation est donc compliquée: le risque de pluie verglaçante va se réduire au fur et à mesure de l’avancée de la perturbation dans les terres. Les modèles peinent alors à savoir où, rendant la prévision très délicate…
 
Analyse de surface à 13h00 le 24 janvier: la perturbation achève de traverser la Belgique, le secteur chaud ayant disparu.
 
 
Prévisions de l’événement
 
L’avis de neige/verglas réalisé par Info Météo fut complexe à établir, compte tenu justement de cette transition de la pluie verglaçante vers la neige seule et des incertitudes des modélisations. L’avis proposait quatre scénarios, un pour chacune des quatre parties du territoire ainsi découpé.
 
Avis lancé par Info Météo au soir du 23 janvier.
 
En résumé, la moitié est de la Belgique devait s’attendre à de la neige, parfois en bonne quantité (Haute Belgique), mais avec un intermède de pluie verglaçante, le tout dans un schéma assez complexe. La moitié ouest de la Belgique, le Nord-Pas-de-Calais et le département des Ardennes devaient s’attendre à peu de neige et surtout de la pluie verglaçante.
 
En parallèle, signalons que l’IRM et Météo France avaient sorti l’alerte orange pour les territoires placés sous leurs prérogatives. Il fallait donc s’attendre à une situation assez sérieuse et à pas mal d’embarras sur les voies de communication.
 
Déroulement de l’événement
 
La perturbation est entrée sur nos régions dans la nuit du 23 au 24. Sur l’extrême ouest de la Belgique et du Nord-Pas-de-Calais, les précipitations ont été essentiellement liquides, tombant sur des sols non-gelés sauf localement. 
 
 
En s’avançant dans les terres, les précipitations ont rencontré de l’air de plus en plus froid, avec des températures négatives dans les basses couches de la troposphère. Ainsi, les pluies sont devenues verglaçantes, en premier lieu sur l’ouest du Hainaut, la Flandre Orientale et la province d’Anvers.
 
 
En même temps que le verglas se formait sur le centre de la Belgique et l’est du Nord-Pas-de-Calais à la faveur de la langue d’air doux vers 1000 mètres d’altitude, de l’air plus froid déboulait à l’arrière de cette langue et englobait la partie arrière de la perturbation. Dans cette partie, les précipitations sont dès lors devenues solides, menant à la formation de neige qui tenait au sol à l’est d’une ligne Gand – Péruwelz. Au fur et à mesure que l’on se dirigeait vers l’est, la neige tenait d’autant mieux au sol, accrochant sur les sols gelés où la pluie avait parfois au préalable déposé une couche de glace. Sur le centre de la Belgique, ce cocktail a été responsable d’importants désordres sur le réseau routier. A noter que des orages sont observés dans cette perturbation, en raison de l’importante dynamique générant un front très turbulent.
 
 
Plus tard, sur l’est de la Belgique et le département des Ardennes, la langue d’air doux a été pratiquement résorbée, de telle sorte que l’intermède de pluie verglaçante s’est réduit avant de disparaître. C’est donc essentiellement de la neige qui est tombée sur ces régions.
 
L’image radar de 8h00 montre très bien la séparation de la perturbation en deux fronts occlus. Tandis que le premier amène un peu de pluie verglaçante mais surtout de la neige sur l’est de la Belgique, le deuxième, situé dans l’air froid, génère de nouvelles chutes de neige sur le centre du pays et l’est du Nord-Pas-de-Calais.
 
 
A partir de 10h00, la neige a commencé à se retirer du centre du pays, tandis que le massif ardennais recevait encore de fortes intensités. Derrière la perturbation, le flux virant à l’ouest a ramené sur le pays un air bien plus doux que celui qui se trouvait à l’avant de la perturbation, provoquant le dégel et menant à un rapide retour à la normale sur le réseau routier.
 
 
Vers midi, la perturbation a fini par gagner l’Allemagne et le Luxembourg, menant à un retour au calme en Belgique.
 
 
 
Observations
 
Compte tenu de la présence et de la durée des pluies verglaçantes, les épaisseurs de neige ont été irrégulières. Sur le réseau officiel, les quantités suivantes ont été relevées:
 
10 cm de neige à Bierset (Liège)
9 cm au Mont-Rigi (Waimes)
8 cm à Humain (Marche-en-Famenne)
7 cm à Florennes
 
Walhain sous la neige. Auteur: S. Brux.
 
D’une manière générale, des épaisseurs de plus de 10 cm ont été observées en provinces de Namur, de Liège et de Luxembourg. Localement, la couche de neige a pu atteindre 15 cm. Le Hainaut, le Brabant Wallon et Bruxelles ont connu des hauteurs de neige plus modestes, allant du saupoudrage à environ 7-8 cm.
 
La neige est tombée également à Namur. Auteur: L. Lili.
 
Plus à l’ouest, la neige n’aura été qu’éphémère, à la fois en raison de l’importance des pluies verglaçantes, mais aussi à cause de l’arrivée rapide du dégel à la fin de la perturbation. Ces pluies verglaçantes ont été réellement dangereuses dans la région de Bruxelles et le Brabant Wallon où une belle couche de glace s’est parfois déposée sur les chaussées.
 
Abondante couche de neige à Seraing. Auteur: M. Di Salvo.
 
 
 
Phasage des précipitations et observations post-événement

 
Signalons aussi quelques observations intéressantes pendant et après l’épisode. Durant le passage de la perturbation hivernale au nord de Ottignies, plusieurs phases ont pu être détectées, malgré l’obscurité.
 
1) A partir de 5h00, de la pluie verglaçante qui se matérialisait plutôt par des granules de glace, avec un bruit métallique très caractéristique, très différent du bruit sourd de la simple pluie ou du silence de la chute de neige. 30 minutes d’avant-garde du front où les précipitations étaient relativement faibles.
 
2) De 5h30 à 6h30, un premier corps modéré à intense du front provoque une chute de neige brutale avec un paysage qui blanchit presque instantanément. Parfois, des granules de glace se mélangeaient encore à la neige, ce qui donnait un mélange très particulier sans qu’il n’y ait fonte.
 
3) De 6h30 à 7h30, une zone de précipitations plus faibles envahit le Brabant Wallon, avec de nouveau des granules de glace très majoritaires. La couche blanche augmente peu en épaisseur.
 
De 7h30 à 9h00, le deuxième corps de la perturbation apporta plusieurs centimètres de neige avec un paysage chaque minute plus blanc qui apparut à la lumière du jour se levant. Une ambiance très grise-blanche emplit la province centrale, avec un éclair et un coup de tonnerre en prime.

 
A chaque corps modéré à intense, les précipitations furent donc neigeuses alors que les corps faibles furent de granules de glace. Notons que la pluie verglaçante purement liquide et se congélant au sol ne fut a priori jamais observée, ce qui montra que la couche de températures négatives au niveau du sol fut suffisamment épaisse pour recongeler la pluie formée dans les couches moyennes, à l’opposé de régions situées plus à l’Ouest. La forme neigeuse des précipitations dans les corps plus intenses démontra aussi que l’intensité permit un refroidissement de la masse d’air par absorption de la chaleur.
 
Vidéo réalisée par Info Météo au lever du jour, à la fin de la perturbation.
 
 
Le lendemain, dimanche 25 janvier, un déplacement depuis Ottignies vers Bruxelles, Louvain, et Liège nous permit de faire d’autres observations intéressantes. Alors que le paysage était encore partiellement blanc en Brabant-Wallon malgré les températures positives durant l’après-midi du samedi, la neige avait presque complètement disparu dans la capitale et sur le tronçon vers Louvain. A la sortie de la ville flamande, le paysage commença à s’enneiger sans que la couche ne soit vraiment uniforme et parfaitement blanche. A partir de Landen-Waremme, les choses changèrent assez radicalement avec un paysage totalement hivernal. Dans la descente vers le centre de Liège, celui-ci changea peu malgré l’altitude plus basse et l’activité urbaine.
 
Nous pouvons conclure de ce déplacement que la couche de neige, moins épaisse à Bruxelles que dans le Brabant, avait déjà eu le temps de fondre. En effet, la capitale s’était trouvé dans une zone moins favorable à de la neige de longue durée, et reçut effectivement environ 3 centimètres de neige au lieu du double dans le Brabant. La neige avait donc pu fondre. Au-delà de Louvain, le secteur chaud s’était déjà plus refermé et permit donc à un paysage nettement plus hivernal de subsister en Hesbaye par rapport au Brabant-Wallon. Enfin, notons que même le centre de Liège était encore hivernal malgré une altitude plus basse, preuve que ce n’était pas la température des basses couches qui avaient été déterminantes, mais celle des couches moyennes, plus froides vers l’Est que dans le centre.
 
Retour sur la prévision et explications à micro-échelle
 
Nous avions affaire à une situation complexe qui a rendu la prévision extrêmement difficile. Ceci était dû à la présence de l’air doux en altitude mais dont l’importance se réduisait au fur et à mesure des heures. Il était dès lors relativement délicat de déterminer quelles zones allaient être concernées par la neige, par la pluie verglaçante ou par les deux phénomènes. 
 
Les observations montrent que la zone concernée par la neige a été plus étendue que prévue. La zone en bleu foncé aurait dû être davantage étendue vers l’ouest, jusqu’à une ligne Erquelinnes – Tubize. La zone en blanc aurait également dû englober le sud-est de la province de Namur ainsi que la province de Liège. En effet, dans ces régions, très peu ou pas de pluie verglaçante a été constatée. Ceci s’explique par le fait que le secteur chaud de la perturbation s’est refermé plus tôt que prévu par les modèles, et donc que la langue de températures positives vers 1000 mètres a complètement disparu une fois celle-ci arrivée sur l’est du pays. Néanmoins, malgré ces imprécisions, la prévision s’est révélée être satisfaisante au regard de la complexité de la situation.
 
Conclusions
 
Cette deuxième offensive sérieuse de l’hiver 2014-2015 aura donc été un épisode surprenant, mais d’assez courte durée. La situation atmosphérique qui lui a été associée était également intéressante à plus d’un titre, et très représentative des épisodes que nous connaissons cet hiver, à savoir une situation claire pour la Haute Belgique, mais borderline pour la Basse et Moyenne Belgique étant donné l’intervention d’air doux en altitude. 
 
Sources: Infoclimat, KNMI, Met Office, Météo Services.
 

Kyrill, la dernière grande tempête

En date de rédaction de cet article, Kyrill, parfois francisé en Cyril, est la dernière grande tempête à avoir frappé nos régions, accompagnée de rafales généralisées à plus de 100 km/h le 18 janvier 2007. Elle s’est exercée sur une vaste superficie, concernant une grande partie de l’Europe du nord. Elle survient au cœur d’un hiver très doux et tempétueux au cours duquel nos régions auront été soumises pratiquement sans relâche à un puissant flux d’ouest maritime.
Kyrill vient de très loin. Sur l’est du Canada, la dépression était déjà pleinement formée, donnant de forts vents sur ces régions. Sortant du continent américain au soir du 16 janvier, elle se retrouve dopée par le Jet Stream et un fort contraste de température qui accentuent son creusement. Le 17 janvier à 1h00, la pression au centre du système est de 982 hPa.
 
17 janvier 1h00.
 
Kyrill au matin du 17 janvier. L’encoche nette pointant en direction de l’Irlande est le signe que la dépression est en interaction avec le courant Jet, et se renforce.
 
La tempête se creuse jusqu’à descendre à 967 hPa le 18 janvier à 1h00. A l’aplomb de la tempête, l’anomalie de tropopause (enfoncement d’air stratosphérique dans la troposphère) forme une véritable marche de plusieurs kilomètres de haut, signe d’une dépression extrêmement bien organisée.
 
Comme le montre la carte ci-dessous, les isobares se resserrent entre le cœur de la dépression et l’anticyclone des Açores décalé sur le sud-ouest de l’Europe et le proche Atlantique. Ainsi s’organise un champ de vents de plus en plus virulents, premièrement dans le secteur chaud de la dépression (entre le front chaud et le front froid). L’écrasement du champ de vent entre les deux centres d’actions que sont la dépression Kyrill et l’anticyclone des Açores a aussi pour conséquence d’allonger le temps de défilement des vents forts. Ainsi, pour la Belgique, l’épisode tempétueux va durer plus de douze heures.
 
18 janvier 1h00
 
18 janvier 1h00
 
Tôt le matin du 18 janvier, le centre de Kyrill atteint l’Irlande. Si le nord de l’île reste relativement peu affecté compte tenu de sa position au centre de la dépression, le sud est quant à lui secoué par de très fortes rafales (140 km/h à Dublin) et une très forte houle qui vient s’écraser sur les côtes. L’image ci-dessous, prise à 7h00, montre le centre de la dépression juste à l’ouest-nord-ouest de l’Irlande.
 
18 janvier 7h00
 
Dans la matinée, Kyrill traverse le Royaume-Uni par le sud de l’Ecosse, et se retrouve en mer du Nord vers midi. Le sud de l’Angleterre et le nord de la France sont alors balayé par de puissantes rafales. Si, dans le secteur chaud, l’écoulement de l’air est laminaire et donc relativement constant (bien que déjà très fort), le front froid est au contraire très turbulent, dopé par une puissante dynamique d’altitude. Le Jet-Stream, très rapide, est responsable d’une importante agitation de l’air, agitation qui se répercute jusqu’au sol sous la forme de brutales et très fortes bourrasques. Côté anglais, on relève 124 km/h à Londres, 130 km/h à Conningsby, 135 km/h à Crosby et 160 km/h à The Needles, sur la côte sud. En France, le vent atteint 126 km/h à Lille, 137 km/h à Lillers, 144 km/h à Boulogne et 151 km/h au Cap Gris Nez avec un vent moyen supérieur à 100 km/h.
 
18 janvier fin de matinée
 
18 janvier peu après midi : le centre de Kyrill gagne la Mer du Nord.
 
Dans l’après-midi, le front froid traverse la Belgique et les Pays-Bas. Les plus fortes rafales atteignent 119 km/h à Ostende, 107 km/h à Uccle, 122 km/h à Charleroi, 130 km/h à Spa, 112 km/h à Bierset, 122 km/h à Rotterdam, 130 km/h à Amsterdam. L’animation ci-dessous montre la prévision de la progression des vents à 850 hPa, soit environ 1500 mètres. Des vents moyens jusqu’à 150 km/h sont modélisés à cette altitude. Dans l’après-midi, ces flux se retrouvent à l’aplomb du Benelux.
 
 
En début de soirée, le centre de Kyrill traverse le Danemark. C’est désormais l’Allemagne qui écope des vents les plus violents avec des rafales atteignant 118 km/h à Aachen, 142 km/h à Dusseldorf et 125 km/h à Berlin. Le front froid, très puissant, abrite des tornades (certaines F3) qui provoquent des dégâts spectaculaires. A l’arrière, ce même front froid a terminé de traverser la Belgique, mais le courant Jet soufflant a près de 350 km/h, désormais à l’aplomb du Benelux, continue d’entretenir de violentes bourrasques sur le Royaume. L’image ci-dessous illustre la situation pour 19h00. Le rond blanc indique la position des vents les plus forts.
 
 
Sur l’Allemagne, le front froid est en interaction avec le Jet-Stream, ce qui explique son caractère très violent. Une situation à laquelle la Belgique a échappé de peu, sans quoi les dégâts y auraient été plus importants encore.
 
Sur l’image ci-dessous, le courant Jet se signale sous la forme de traînées nuageuses en forme de parabole courant depuis l’Atlantique vers la Belgique via l’Irlande.
 
18 janvier 21h00
 
En cours de soirée, la République Tchèque et la Pologne essuient à leur tour de très fortes rafales, avec 130 km/h à Prague et 136 km/h à Wroclaw. Passé minuit le 19 janvier, Kyrill gagne la Russie et commence à faiblir : progressivement, le gradient de pression se relâche, entraînant une diminution de la vitesse des vents.
 
19 janvier 1h00
 
Kyrill est donc l’une de ces grandes tempêtes qui marquent l’histoire de la météorologie européenne. En Belgique, elle est la plus forte tempête depuis Jeanett le 27 octobre 2002, dont la puissance fut relativement similaire. Kyrill reste néanmoins en deçà des plus violentes dépressions telles celles survenues en janvier et février 1990.
 
Depuis lors, de nombreux coups de vents se sont produits en Belgique, certains d’entre eux approchant la force de Kyrill. Nous pouvons citer Emma début mars 2008 ou encore Andrea début janvier 2012 dont les plus fortes rafales en Belgique ont dépassé les 120 km/h. Mais aucune d’entre elles n’a égalé la force et l’étendue de Kyrill. En attendant la prochaine… 
 
 

1989 – 1990 – L’hiver des tempêtes

Certains d’entre vous s’en souviennent, d’autres non. En janvier et février 1990, l’Europe Occidentale – et donc la Belgique – voient défiler une exceptionnelle série de tempêtes, certaines d’une force inouïe. C’est au passage de l’une d’entre elles que fut fixé le record de la plus grande vitesse de vent jamais atteinte en Belgique. Nous vous proposons, au cours de cet article, de revenir sur ces sinistres événements.

 
Une circulation d’ouest à pleine puissance
 
Lorsque l’on prend la peine de regarder les cartes de la situation atmosphérique durant ces mois de janvier et de février 1990, on se rend compte qu’elle sont pratiquement toutes semblables. Voici par exemple celle du 25 janvier 1990 à 1h00 heure belge (0h00 heure universelle), alors que la première tempête s’apprête à ravager l’Europe de l’ouest.
 
 
A peu de choses près, les mêmes éléments sont présents pendant plus de trente jours:
 
– Un vortex polaire vaste et puissant (couleurs froides), baladeur sur l’Europe du Nord. Il marque des dépressions dynamiques très organisées. Sa présence n’est pas anormale, mais cet hiver-là, il se développait sous une version débridée et au comportement assez aléatoire.
– Un anticyclone des Açores complètement écrasé à des latitudes subtropicales: sa forme oblongue en témoigne. Il est complètement repoussé au large de l’Afrique par les dépressions consommatrices d’espaces plus au nord.
– Entre les deux, les isobares (lignes d’égale pression, en blanc), sont resserrées: elles indiquent un régime de vent rapide d’ouest. Au contact entre le vortex et l’anticyclone des Açores souffle un très puissant Jet-Stream, rectiligne et « tempêtogène ». 
 
La persistance de ces éléments explique la survenue de plusieurs tempêtes de grande intensité. Habituellement, ces conditions ne sont pleinement rencontrées que pendant quelques jours consécutifs. La longévité de cet épisode est dès lors assez remarquable.
 
25 janvier 1990 – Daria envoie l’anémomètre de Beauvechain à 169 km/h.
 
A partir du 24 janvier, dans le cocktail détaillé ci-dessus et fraîchement mis en place, une petite dépression nommée Daria fonce sur l’Atlantique d’ouest en est, et explose alors qu’elle s’approche de l’Europe. Le 25 janvier en deuxième partie de nuit, c’est une tempête pleinement formée, à 975 hPa et en creusement rapide, qui atterrit sur l’Irlande. Les images satellites de l’époque (ici tirées d’un bulletin de la BBC) montrent clairement la structure nuageuse de la tempête au fil des heures:
 
 
 
 
A 13h00 heure belge, la dépression est en plein sur le Royaume-Uni. Des rafales de plus de 160, voire 170 km/h balaient tout le sud de l’Angleterre et le nord de la France. En Belgique, le vent se lève… La pression au centre du système est incroyablement basse: 953 hPa.
 
 
Derrière le centre dépressionnaire, le front occlus se trouve pris dans la violente circulation atmosphérique, et se transforme en un back-bent occlusion, un front occlus de retour, très instable et turbulent. Ce front va allonger la durée de la tempête, et se révéler être aussi puissant que le front froid. Front froid qui entre par ailleurs en Belgique vers 14h00, alors que le vent y souffle déjà très fort.
 
 
Daria entre sur la mer du Nord en milieu d’après-midi.
 
A 16h00, le cœur de la dépression passe sur Édimbourg qui enregistre la pression minimale absolue de toute la durée de vie de la tempête: 949 hPa. C’est un véritable ouragan des régions tempérées qui entre sur la mer du Nord, où le vent atteint l’échelon 12 et maximal de l’échelle de Beaufort.
 
Plus au sud, dans l’après-midi puis en pleine heure de pointe vespérale, le duo formé du front froid et du fameux front back-bent occlusion entame sa progression à travers la Belgique et déclenche la « tempête du siècle » belge. A leur passage, les rafales de vent explosent, et sont aussi fortes sur les terres qu’à la côte: 136 km/h à Gosselies, 139 km/h à Bierset, 145 km/h à Ostende, 152 km/h à Saint-Hubert, 160 km/h à Uccle, 167 km/h à Koksijde et un époustouflant 169 km/h à Beauvechain à l’est de Bruxelles. A Lommel, on suspecte une tornade. Le terrifiant passage du front occlus de retour se note aussi dans les températures: à Spa, on passe de 9,5 à 8°C en moins d’une minute.
 
Des portions entières de forêts sont dévastées, l’Ardenne paie ainsi un lourd tribu à la tempête. La forêt de Soignes en sort défigurée. Des toits entiers décollent, les réseaux de transports et d’électricité sont mis hors service, piégeant des milliers de navetteurs sur leur lieu de travail. Le relais RTBF d’Anlier se brise à mi-hauteur, privant toute la province de Luxembourg de télévision. Les côtes françaises exposées à l’ouest se prennent les pires bourrasques: dans le Pas-de-Calais, on mesure 178 km/h au cap Gris-Nez. Une centaine de personnes à travers toute l’Europe (une dizaine en Belgique) perdra la vie au passage de cette tempête qui part ensuite se fracasser sur la Scandinavie et le Danemark la nuit du 25 au 26.
 
Une tempête tellement impressionnante que, dans son édition du lendemain, Le Soir parodie la célèbre chanson de Jacques Brel:
 
«Avec des cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne où des diables en pierre décrochent les nuages, avec le vent d’ouest, écoutez-le vouloir…
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler, avec le vent du nord, écoutez-le craquer…»
Hier, c’était bien plus plus fort que d’habitude sur une bonne partie du plat pays, Jacques. Le vent soufflait en brusques rafales d’ouest, du sud-ouest. Il giflait les gens, leur bridait les yeux, les décoiffait, gonflait leurs impers, dénouait leurs écharpes, déséquilibrait leurs pas. Il a fait tomber le clocher de Rhode, arraché des toits, déchiré les câbleries de trois caténaires entre Bruges et Gand, entre Jette et Denderleeuw, entre Hal et Braine-le-Comte. Dans la ville et tout autour, l’électricité manquait par à-coups, plongeant les bureaux dans l’obscurité sous un ciel bousculé, plombé, qui charriait dans le bleu ses nuages aux bords argentés.
Les trains qu’on attendait d’Ostende, de Gand, d’Alost, de Mons, La Louvière, Binche, de Charleroi n’arrivaient plus au Midi, plus au Nord. Même entre les gares de Bruxelles cela circulait difficilement. Les tableaux des horaires étaient constellés de rouge, annonçant des retards généralisés. Les navetteurs de Flandre et de Wallonie faisaient la file devant les téléphones. On entendait dehors le vent siffler, mugir. On attendait sur les marches des perrons avec un sand-wich et une cannette de bière.
A Bruxelles, place de Brouckère, devant le centre administratif, le vent avait replié des panneaux indicateurs et arraché une grande enseigne. Trois policiers tenaient quand même debout, réglant la circulation au carrefour balayé par des sacs de plastique ballonnés comme des montgolfières folles. Une vieille carpette a quitté sa poubelle et traversé le boulevard comme une plie emportée dans une mer déchaînée.
Au bois de la Cambre, au parc Royal, au square Ambiorix et ailleurs des arbres sont tombés, ont paralysé des lignes de trams. Les grandes avenues et les boulevards de ceinture étaient embouteillés comme aux plus beaux soirs. Les voitures, pare-chocs contre pare-chocs, se dandinaient sur leurs suspensions et encaissaient des tourbillons de brindilles et de papiers gras.
On l’écoutait tenir, vouloir, craquer, le pays…

28 janvier – Un clone moins puissant
 
Trois jours après « l’ouragan », une deuxième tempête emprunte le même chemin, de l’Irlande à la Norvège, et engendre de violentes rafales sur la Belgique: 111 km/h à Middelkerke, 100 à Beauvechain. Elle a tout pour ressembler à Daria: même trajectoire, même front occlus de retour… mais cette dépression est heureusement nettement moins importante, avec une pression centrale de 975 hPa.
 
3 février 1990 – un « rat de Manche » dévaste le nord de la France
 
Rat de Manche, ou Kanaalrat en néerlandais, désigne de petites mais virulentes dépressions qui naissent et explosent sur la Manche avant de dévaster l’Europe du Nord-Ouest. Un tel Kanaalrat au doux nom de Herta prend naissance dans la nuit du 2 au 3 février, et annonce la troisième tempête de cet épisode. La pression au centre du système n’est pas particulièrement basse, mais elle chute rapidement: de 1003 hPa le 2 février à 18h00, on passe à 985 hPa le 3 février à 6h00, au moment où la dépression se trouve sur la pointe de la Bretagne. Un gradient de pression très resserré déclenche un couloir de vents violents sur à peine 200 km de large. L’image satellite de 12h00 montre la signature nuageuse caractéristique des tempêtes en intensification rapide.
 
 
En début d’après-midi, des rafales de 140 à 150 km/h balaie l’Ile-de-France. En fin d’après-midi, le centre de la tempête se trouve sur la côte belge. Celle-ci, dans « l’oeil », ne connait qu’un vent modéré (à peine une pointe à 93 km/h à Middelkerke), alors qu’au même moment, le massif ardennais se fait défigurer par des rafales à 130 km/h (131 km/h à Saint-Hubert). Juste après, la province de Liège est touchée avec des pointes à 122 km/h à Bierset.
 
 
Carte des pressions le 3 février à midi. La tempête se trouve à l’est de Cherbourg, et les vents les plus violentes s’organisent juste au sud-ouest de son centre, là où les différences de pression sont extrêmes. Source: Météo Paris.
 
7 – 8 février – Grand vent et douceur remarquable
 
Une nouvelle profonde dépression passe au nord de la Belgique, et entraîne un brutal afflux d’air doux. Alors que le vent dépasse 100 km/h, les thermomètres enregistrent des valeurs de 15°C en pleine nuit hivernale. Au nord, les dégâts sont assez limités, et on relève 113 km/h à Middelkerke. L’Ardenne à l’inverse est durement frappée avec 130 km/h relevés à Saint Hubert aux premières heures du 8.
 
Du 11 au 14 février – Tempêtes de longue durée
 
A nouveau, de puissantes dépressions traversent le Royaume-Uni ou stationnent entre celui-ci et l’Islande. En quatre jours, ce sont trois tempêtes qui concernent la Belgique. Les intensités sont cependant assez limitées, avec des rafales à peine supérieures à 100 km/h. La Grande-Bretagne est plus sévèrement frappée.
 
Du 14 au 26 février – Coup de chaleur en plein hiver
 
L’anticyclone des Açores reprend ses droits, offrant au pays un peu de répit. Le temps est pratiquement estival alors que des courants d’origine tropicale nous atteignent. Situation exceptionnelle: le 24, on mesure 20°C en province de Liège!
 
26 février – Vivian débarque
 
Le 25 février à 1h00, une large dépression creusée à 985 hPa quitte le continent américain par Terre-Neuve et fonce sur l’Atlantique. La tourmente va signer son grand retour sur l’Europe.
 
 
A l’instar des tempêtes précédentes, son interaction avec le Jet-Stream la fait exploser et s’intensifier avant son atterrissage sur les îles Britanniques la nuit suivante. Le centre traverse l’Ecosse et finit par atteindre son paroxysme en Mer du Nord à la mi-journée, avec une pression centrale sous 950 hPa. 
 
 
L’image satellite, au même moment, montre l’impressionnant tourbillon nuageux faire rage au-dessus de l’Europe du nord-ouest.
 
 
Une nouvelle fois, le champ de vent qui s’organise au sud de ce centre est vaste et puissant. Des rafales de plus de 150 km/h sont mesurées en de nombreux endroits d’Europe occidentale. Très souvent, les vents les plus violents surviennent au passage du front froid. Chez nous, c’est la province de Liège qui déguste les plus fortes bourrasques avec 159 km/h enregistré à Bierset. Ailleurs, on relève 140 km/h à Zaventem, 139 km/h à Koksijde, 137 km/h à Middelkerke, 124 km/h à Chièvres et 117 km/h à Beauvechain. Des orages accompagnés de grêle sont observé à de très nombreux endroits et renforcent l’impression de tempête. Quatre personnes perdent la vie en Belgique. Les dégâts sont énormes et similaires à ceux provoqués par le passage de Daria fin janvier: portions de forêts complètement couchées, toitures arrachées, réseaux d’électricité gravement endommagé… Les vents poussent les eaux d’une Manche déchaînée à l’assaut des côtes françaises entre le Havre et Dunkerque. Certaines villes côtières sont submergées. Au Cap de la Hève, près du Havre, on relève 167 km/h.
 
Le lendemain 27 février, un ciel de traîne très actif poursuit l’offensive tempétueuse, avec des rafales dépassant régulièrement les 100 km/h.
 
28 février – Wiebke ferme la marche
 
Alors que l’Europe se remet à peine de Vivian, une nouvelle dépression se creuse et se rue à travers l’Atlantique, en direction d’un énorme champ dépressionnaire sur la Scandinavie, formé notamment des restes de la tempête précédente. Wiebke traverse les îles Britanniques dans la journée du 28, et se retrouve en Mer du Nord la nuit suivante. Si les pressions sont moins impressionnantes en son centre (970 – 975 hPa), le gradient de pression entre celui-ci et les anticyclones plus au sud est très resserré. L’image satellite de 22h00 témoigne de cette moindre organisation. Au contraire des grandes virgules nuageuses dessinées par Daria et Vivian, Wiebke a davantage la forme d’un gros tas de masses nuageuses déstructuré. 
 
 
Des vents très violentes balaient la France, le Benelux et l’Allemagne, avec chez nous, des pointes jusqu’à 151 km/h à Bierset et 144 km/h à Chièvres. On relève aussi 133 km/h à Saint Hubert, 130 km/h à Zaventem et 126 km/h à Middelkerke. Cette dernière tempête achève de ravager les forêts qui ne l’étaient pas encore, et démolit encore un peu plus de toits. Cette fois, la Wallonie écope davantage que la Flandre.
 
L’énorme champ dépressionnaire scandinave absorbe Wiebke dans la journée du 1er mars, alors qu’à l’arrière, le vent atteint encore 135 km/h à Bierset et 122 km/h à Saint Hubert et 120 km/h à Florennes. A son arrière, l’anticyclone des Acores étire une dorsale vers le nord, coupant enfin le flux d’ouest tempétueux braqué sur l’Europe depuis plus d’un mois. A cette occasion, on observera la seule neige de tout cet hiver exceptionnellement doux et venteux.
 
Sources: Météo Belgique, Met Office, KNMI, Meteoman.webplaza.eu, Wetterzentrale, Belgorage, Météo Paris, Technische Universiteit Eindhoven.