L’Islande : paradis des hivernophiles

Terre de glace, d’air frais et pur, de feu et de volcans, l’Islande est sans aucun doute le pays des amateurs de nature sauvage et sans limite… C’est avec plaisir que je me suis rendu dans ces contrées lointaines et que j’écris aujourd’hui ce billet essentiellement axé sur le climat et la météo locale particulièrement sauvage de ce pays, à l’image de ses paysages ! 

On ne va pas en Islande pour chercher la chaleur et le beau temps fixe pendant des semaines certes. Mais pour ceux qui étaient en manque de soleil après les semaines de grisaille que l’hiver belge peut fournir, ce n’est pas une mauvaise solution non plus ! En effet, les crêtes anticycloniques et dépressions se succèdent dans l’Atlantique nord et puisque l’Islande se trouve en plein milieu de celui-ci, au niveau du cercle polaire arctique, c’est l’endroit rêvé pour observer différents éléments se déchaîner. Cependant après la pluie (ou la neige) vient le beau temps, c’est bien connu et l’Islande n’échappe pas à cet adage. C’est d’ailleurs plus vrai encore dans ce pays où les anticyclones ne restent pas coincés pendant une semaine entière dans une position défavorable. Cela évite la formation de nuages bas persistants comme chez nous en novembre/décembre. Tout ça pour dire que le soleil fait partie intégrante de la vie des Islandais et que si jamais il n’est pas au rendez-vous, attendez quelques minutes ou une journée tout au plus et il se montrera. 

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Chaleur hivernale en Asie Centrale : impacts sur l’enneigement et perspectives estivales

Dans la continuité de l’année 2015 record, des nombreux records battus en Europe du Sud-Est et ailleurs, et de la banquise minimale record enregistrée en janvier, plusieurs pays d’Asie Centrale ont eux aussi battu leur record mensuel durant le deuxième mois de l’année 2016. Nous replacerons ces records dans le contexte général avec une analyse de la situation à l’échelle continentale, de la situation de l’enneigement eurasiatique en cette fin d’hiver, et son possible impact sur l’été boréal.

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1978-1979: brutale offensive du Général Hiver

 

Cet article est repris de R. Vilmos, collaborateur de Belgorage, avec son aimable autorisation. Seules les cartes ont été ajoutées par Info Météo.
 
L’hiver 1978-1979, l’un des grands hivers du siècle dernier, a surtout été caractérisé par son arrivée brutale. À ma connaissance, seule la vague de froid de 1956 a également connu une arrivée aussi brutale.

 

Voici la chronique, jour après jour, de l’arrivée de cet hiver. Cette fois-ci, je vous donnerai comme températures les relevés synoptiques, de 3 heures en trois heures, qui sont plus parlants pour suivre l’évolution pas à pas. J’exprimerai les heures d’observation en heure belge (GMT + 1).

 

 

 

29 décembre 1978

 

 
Depuis plusieurs jours déjà, le temps est particulièrement doux et il en est ainsi aujourd’hui aussi. La nuit dernière, des vents forts ont fait monter la température jusqu’à 12°C. Maintenant, le vent du sud-ouest a quelque peu faibli et la température oscille entre 10 et 11°C. Il fait humide, mais il ne pleut plus. Le ciel est couvert de stratocumulus, doublés de cumulus et de fracto-cumulus. Quelques rares éclaircies. Quand le timide soleil de décembre apparaît, on a une véritable sensation de printemps. La nuit suivante, les averses nous reviennent en force.
 
Une dépression oblongue s’étend du sud-ouest de l’Irlande à la Pologne en passant juste au nord de nos régions. De nombreuses perturbations ondulent dans notre voisinage. Les hautes pressions se trouvent très bas en latitude, sur le sud de la Méditerranée. Un puissant courant perturbé, plus méridional que d’habitude mais bien orienté vers nos régions, apporte l’air typiquement doux de l’Atlantique (au niveau 850 mb, la température est encore de 5°C). Pourtant en regardant plus au nord, il se passe bien des choses. En effet, un anticyclone sur les îles Spitsbergen avec une dorsale sur la Scandinavie commande un important flux d’est-nord-est avec de l’air très froid qui descend jusqu’à la latitude de 54° environ. Une énorme zone de convergence sépare l’air doux de l’air froid et se situe juste au nord de nos régions. Et elle descend lentement…


Info Météo a retracé avec un maximum de précision les fronts tels qu’ils devaient se positionner à l’époque. Pour autant, ces positionnements sont affectés d’une certaine incertitude compte tenu du peu d’informations à leur sujet. La première carte ci-dessus montre la situation le 29 décembre à une heure, avec un front chaud au nord de la Belgique marquant la limite entre l’air chaud et l’air froid qui se tient en embuscade sur la Mer du Nord.


Températures : 1h = 12°C; 4h = 12°C; 7h = 10°C; 10h = 10°C; 13h = 11°C; 16h = 11°C; 19h = 9°C; 22h = 9°C
Précipitations : 6,7 mm
Insolation : 0h05
Neige au sol = 0 cm 
 
30 décembre 1978
 
Le matin, le vent a tourné à l’ouest, il fait un peu plus frais et on note de petites averses sous des cumulus et des stratocumulus. Un petit front froid vient sans doute de passer (on ne voit encore absolument rien de celui qui va suivre). Pour le moment, la température est de 7°C et elle se stabilise à ce niveau pendant une bonne partie de la matinée. Toujours ce petit vent d’ouest et toujours ces petites averses en provenance des cumulus et des stratocumulus. Vers midi, le vent tourne au nord et la température se met soudain à baisser très fort. Il pleut toujours par intermittence, mais le plafond des nuages se fait fort bas. De la brume et des stratus se forment dans la mince couche d’air froid qui nous envahit, les sommets des grands immeubles deviennent invisibles. En début d’après-midi, le thermomètre descend en-dessous de 0°C, mais le verglas ne se forme pas, le sol est encore trop chaud. Quelques flocons, néanmoins, donnent de-ci, de-là, un peu de blancheur. Plus tard, l’air devient plus turbulent, les stratus se déchirent mais le ciel reste couvert, pourtant il ne tombe toujours rien. Le vent a tourné au nord-est, le soir est tombé et il gèle maintenant à pierre fendre. Le ciel est toujours couvert et tous les espoirs sont permis. Pourtant, rien ne se passe…
 
La dépression oblongue est désormais centrée sur nos régions. Au sud, toujours les courants doux atlantiques ; au nord, les courants d’est à nord-est très froids. La ligne de convergence est toute proche, et traverse le pays durant l’après-midi. Au niveau 850 mb, au-dessus de l’air froid, la température reste assez élevée (1°C en début de journée).



L’image ci-dessus montre la situation le 30 à 1h00. Le premier front froid vient de passer. Le front occlus de la dépression se fait heurter par l’air glacial arrivant du nord. Il va se changer en un puissant front froid de retour qui traverse la Belgique dans l’après-midi, comme le montre l’image ci-dessous recomposant la situation vers 13h00.

 

Températures : 1h = 9°C; 4h = 8°C; 7h = 7°C; 10h = 7°C; 13h = 2°C; 16h = -1°C; 19h = -2°C; 22h = -4°C
Précipitations : 16,1 mm
Insolation : 0h00
Neige au sol = traces le soir 
 
31 décembre 1978
 
Vers minuit enfin, la neige se met à tomber, une neige toute fine mais abondante qui, poussée par un fort vent de nord-est, forme aussitôt des congères. Le matin, on n’observe certes que 14 cm de neige en plat, mais les congères sont énormes. Le ciel reste très nuageux, l’air froid gagne en épaisseur et des cumulus d’instabilité se forment, avec encore quelques flocons. Le temps est glacial : -11°C en matinée. L’après-midi, après une temporairement remontée des températures jusqu’à -10°C (max. = -10,0°C), il recommence à refaire plus froid, jusqu’à -13°C en début de soirée. Les cumulus se dissipent à nouveau. On observe des cirrus, des altocumulus puis un épais altostratus avec quelques cumulus fractus, et de nouvelles petites chutes de neige. La nuit, le ciel se dégage soudain et on s’attend à -20°C. Pourtant, paradoxalement, la température remonte, sans doute en raison d’un effet de compression de l’air à la suite du tassement.
 
La zone de convergence est désormais au sud de nos régions. La dépression, toujours oblongue, passe à présent au sud des Iles Britanniques, sur le nord de la France et s’étend jusqu’au centre de l’Allemagne. La majeure partie de la France et le sud de l’Allemagne sont toujours soumis aux courants atlantiques doux tandis que le froid est déjà très intense chez nous. L’anticyclone principal est toujours centré sur la Scandinavie. La température au niveau 850 mb était encore de -3°C la nuit précédente, pour arriver à -14°C la nuit suivante.
 
Températures : 1h = -7°C; 4h = -8°C; 7h = -10°C; 10h = -11°C; 13h = -10°C; 16h = -12°C; 19h = -13°C; 22h = -12°C
Précipitations : 0,7 mm
Insolation : 0h25
Neige au sol = 14 cm
 
Carte du 31 décembre montrant le puissant front froid ayant traversé la Belgique la veille et générateur du blizzard. Les courants sibériens (en bleu) déboulent par derrière.
 
1er janvier 1979
 
En fin de compte, la température minimale n’atteindra « que » -13,9°C. Le temps est splendide. Ciel serein le matin, garni de quelques altocumulus et cirrus l’après-midi. Le vent est devenu faible et souffle de directions variées. La neige est bien blanche, elle s’est un tout petit peu tassée et atteint une épaisseur de 13 cm En soirée, le ciel redevient nuageux, avec de nombreux altocumulus. Que va-t-il se passer ?
 
La dépression s’est décalée vers l’Autriche et l’air froid descend de plus en plus loin vers le sud. Un anticyclone reste centré sur la Scandinavie tandis qu’une dépression très lointaine, au nord-est de la Finlande, continue de renforcer le froid sur le continent en raison de coulées d’air arctique.
 
Températures : 1h = -11°C; 4h = -9°C; 7h = -10°C; 10h = -11°C; 13h = -8°C; 16h = -7°C; 19h = -10°C; 22h = -9°C
Précipitations : 0,0 mm
Insolation : 6h10
Neige au sol = 13 cm
 
2 janvier 1979
 
Le matin, on observe des stratus. Il fait -10°C. La neige est toujours aussi belle. Le vent a tourné au secteur sud et se met à souffler de plus en plus fort. Les stratus évoluent en nimbostratus et il recommence à neiger. En même temps, la température remonte rapidement, dépasse même le 0°C (max. = 0,9°C). Au secours ! Puis soudain, le vent vire au nord et se met à souffler fort. On assiste à une véritable tempête de neige. Une dépression vient de passer. La quantité de neige n’est pas énorme, mais avec les congères et le chasse-neige, ça reste quand même impressionnant !
 
L’anticyclone froid scandinave est descendu sur la France tandis qu’un second noyau est en train de se reformer sur l’ouest de la Scandinavie. Entre les deux, à peine visible sur la carte de la Wetterzentrale (mais mieux visible sur d’autres cartes), un petite dépression, avec sa perturbation frontale, est en train de traverser rapidement la Mer du Nord pour arriver droit sur nous. À l’est de chez nous, la pression baisse sur l’ensemble du continent, ce qui favorise également le flux en provenance du nord. La température au niveau 850 mb est très basse : -15°C.
 
Températures : 1h = -10°C; 4h = -11°C; 7h = -10°C; 10h = -7°C; 13h = -5°C; 16h = 0°C; 19h = -3°C; 22h = -6°C
Précipitations : 2,5 mm
Insolation : 0h00
Neige au sol = 13 cm
 
3 janvier 1979
 
Après une nouvelle nuit glacée, sereine en dehors de quelques bancs de brouillard, le ciel devient peu à peu plus nuageux, avec des cirrus, des altocumulus et des cumulus. En après-midi, ces altocumulus deviennent très denses et couvrent pratiquement tout le ciel. Le vent s’oriente à nouveau au sud mais cette fois-ci, le gel persiste. En soirée, le ciel se dégage à nouveau. La neige, toujours aussi belle, se tasse un peu.
 
L’anticyclone froid s’est à présent décalé vers le sud de la France tandis que le deuxième noyau reste sur l’ouest de la Scandinavie. Un vaste complexe dépressionnaire s’est installé sur le continent, de la Baltique à la Grèce et s’étend à l’est jusqu’au-delà de Moscou. La température au niveau 850mb continue à tourner autour des -15°C.
 
Températures : 1h = -7°C; 4h = -10°C; 7h = -11°C; 10h = -9°C; 13h = -3°C; 16h = -4°C; 19h = -5°C; 22h = -6°C
Précipitations : 0,0 mm
Insolation : 5h15
Neige au sol = 12 cm 
 
4 janvier 1979
 
Le vent se réoriente à l’est et souffle de façon soutenue. Le froid persiste donc. Le ciel, quant à lui, est voilé avec d’épais cirrus et des cirrostratus, ainsi que quelques bancs d’altocumulus. Le vent comme les nuages indiquent que les perturbations ne sont pas loin, mais elles ne nous atteignent pas. La neige se tasse encore un peu.
 
L’anticyclone, toujours scindé en deux, a une partie sur la Suisse tandis que l’autre partie est remontée vers le nord de la Scandinavie. De nombreuses dépressions, tant à l’ouest qu’à l’est de cette dorsale, donne une issue incertaine au temps sur nos régions. Au niveau 850 mb, il fait -12°C en ce moment.
 
Températures : 1h = -6°C; 4h = -6°C; 7h = -6°C; 10h = -5°C; 13h = -3°C; 16h = -5°C; 19h = -7°C; 22h = -7°C
Précipitations : 0,0 mm
Insolation : 2h20
Neige au sol = 10 cm
 
5 janvier 1979
 
Le vent reste orienté à l’est et le temps se refroidit à nouveau fortement. La température maximale ne dépasse plus -7,6°C. Le ciel est nuageux, avec d’abord des cirrus et quelques altocumulus, puis des cirrus et des cirrostratus. De la brume se forme en fin de soirée.
 
L’anticyclone sur la Scandinavie tient bon et, associé à des basses pressions continentales, est garant pour la persistance de l’hiver. Toutefois, une dépression sur le Golfe de Gascogne reste à surveiller. La température au niveau 850 mb remonte aussi un peu, elle est de -8°C.
 
Températures : 1h = -7°C; 4h = -8°C; 7h = -10°C; 10h = -10°C; 13h = -8°C; 16h = ?; 19h = ?; 22h = -9°C
Précipitations : 0,0 mm
Insolation : 2h55
Neige au sol = 10 cm 
 
6 janvier 1979
 
Splendide journée hivernale. Il fait très froid (min. : -13,1°C/max. : -5,8°C) mais on ne le sent pas. Le vent est tombé et le soleil semble presque chaud quand on y expose le visage. Quelques rares altocumulus et cirrus garnissent le ciel. La neige, avec ses 10 cm, n’a rien perdu de son charme. En soirée cependant, un vent de sud-sud-ouest se fait davantage sentir. Le temps va à nouveau changer.
 
La dépression sur le Golfe de Gascogne a disparu. L’anticyclone scandinave est en train de se lier avec l’anticyclone des Açores. Cette fois-ci, c’est une autre dépression, très vaste et centrée au nord de l’Islande, qu’il faut surveiller. Celle-ci risque de pousser toute la dorsale vers le sud-est, nous mettant ainsi dans les courant de sud-ouest (ce qui a effectivement commené en soirée). La température au niveau 850 mb poursuit également son ascension, on n’est plus qu’à -7°C.
 
Températures : 1h = -10°C; 4h = -11°C; 7h = -13°C; 10h = -11°C; 13h = -7°C; 16h = -7°C; 19h = -9°C; 22h = -9°C
Précipitations : 0,0 mm
Insolation : 6h45
Neige au sol = 10 cm
 
7 janvier 1979
 
Le ciel est resté serein toute la nuit mais paradoxalement, il fait moins froid, à peine -8°C le matin. Le vent souffle toujours de sud à sud-ouest, de façon modérée. En journée, de nombreux altocumulus envahissent le ciel, ainsi que des cirrus. En après-midi, ces altocumulus présentent des aspects lenticulaires, témoins d’air tropical en altitude. Au niveau du sol, la température s’approche dangereusement du 0°C aussi, le dépasse même de quelques dixièmes de degrés (max. : 0,3°C). L’hiver va-t-il se terminer aussi vite et aussi lamentablement qu’en 1973 ? En effet, dans la nuit, la pluie se met à tomber… (Température à 850 mb montant même à +2°C). 
 
La dorsale anticyclonique s’est réellement déplacée (en moyenne) vers le sud-est tandis que la dépression a développé un second noyau entre l’Islande et la Scandinavie. Les courants atlantiques gagnent du terrain.
 
Températures : 1h = -9°C; 4h = -8°C; 7h = -8°C; 10h = -6°C; 13h = -2°C; 16h = -0°C; 19h = -1°C; 22h = -1°C
Précipitations : 3,1 mm
Insolation : 2h50
Neige au sol = 10 cm
 
8 janvier 1979
 
L’hiver prend un tout autre visage, mais il est loin d’être terminé. L’un des plus terribles verglas de l’histoire de Bruxelles s’est formé et persistera pendant des jours. La pluie et la neige fondante tombent abondamment. 3,1 mm la nuit et encore 10 mm par après ! La température de l’air dépasse légèrement le 0°C mais le sol reste bien gelé. Au niveau 850 mb, la température redescend un petit peu, mais reste élevée pour le niveau : de +2°C à -1°C.
 
Les courants atlantiques ont vraiment gagné. Anticyclones au sud et dépressions au nord. Mais c’est sans compter sur la résistance de la couche d’air froid pelliculaire !


 
Températures : je ne dispose hélas plus du détail des observations synoptiques de l’époque après le 7 janvier. Je sais toutefois que les températures oscilleront entre -1°C et +2°C au cours des trois jours suivants.
Précipitations : 10,0 mm
Insolation : 0h00
Neige au sol = 7 cm
 
9 janvier 1979
 
Toujours des pluies et du verglas. Il tombe encore 3 mm, sous un ciel restant absolument couvert. La neige, recouverte d’une couche de glace, crisse curieusement quand on marche dessus. On dirait de la soie.
 
Le noyau principal de la dépression s’est décalé vers le nord de la Scandinavie. Un noyau secondaire, au sud de l’Islande, maintient cependant des courants de sud-ouest, soutenus par un anticyclone situé sur les Balkans. Heureusement que la couche d’air froid près du sol se maintient, car même au niveau 850 mb, il ne gèle que faiblement (-2°C).
 
Précipitations : 3,1 mm
Insolation : 0h00
Neige au sol = 6 cm
 
10 janvier 1979
 
Encore 8,9 mm d’eau ! Et toujours pas de dégel véritable ! On ne peut toujours rien faire contre le verglas !
 
Un vaste complexe dépressionnaire s’étend à présent du sud de l’Islande au nord de la Scandinavie, avec un noyau détaché sur l’Italie. L’anticyclone des Açores est bien présent… sur les Açores. Tout indique un temps doux et très perturbé, pourtant les pluies verglaçantes continuent ! À noter aussi la baisse des températures au niveau 850 mb (-7°C), ce qui témoigne que l’ensemble de la masse d’air n’est pas si doux que cela.
 
Précipitations : 8,9 mm
Insolation : 0h00
Neige au sol = 6 cm
 
Épilogue
 
Le dégel ne réussira pas. À partir du 11, les dépressions se replacent bien pour ramener de l’air polaire. Le 13, la couche de neige atteint à nouveau 11 cm puis, après une offensive d’air polaire direct (avec -9°C au niveau 850 mb), cette couche atteindra 19 cm le 14. Cette neige persistera jusqu’au 1er février, ce qui fait une série ininterrompue de 33 jours. Si on ajoute à cela les jours de neige fondante (jusqu’au 7 février), on obtient même une série de 39 jours. Et plusieurs vagues de neige, certes plus modestes, succéderont encore à cette vague de froid entre le 14 et le 26 février !
 
Sources
 
IRM pour les données à Uccle
Wetterzentrale pour les situations atmosphériques et les températures à 850 mb
Journal « Le Monde » de l’époque pour d’autres cartes atmosphériques
Notes personnelles

novembre 1973: un épisode neigeux précoce et exceptionnel

 

Cet article est repris de R. Vilmos, collaborateur de Belgorage, avec son aimable autorisation. Seules les cartes, photos et quelques commentaires ont été ajoutées par Info Météo.
 
Introduction

 

Dès le 26, nos régions furent soumises à des courants polaires directs extrêmement froids, qui circulaient sur une Mer du Nord dont les eaux étaient encore à 10°C environ. Avec des températures de l’air de l’ordre de –8°C vers 1400 mètres d’altitude (niveau 850 hPa), l’air situé juste au-dessus de la mer ne pouvait pas être plus chaud que 5 ou 6°C. Ce contraste entre l’air et l’eau a généré beaucoup de turbulence, et des gradients proches de l’instabilité absolue jusqu’à des altitudes de 2000 mètres parfois. Il en a résulté aussi des vents très forts de nord-ouest, soufflant en tempête au littoral les 26, 27 et 29 novembre.

 

 

 

Pourtant, de telles conditions d’instabilité idéale ne génèrent pas toujours un nombre incroyable d’averses. Même si de nombreux cumulus ont bourgeonné au-dessus de la mer, se transformant régulièrement en cumulonimbus accompagnés d’averses de pluie, de neige ou de grésil, rien d’exceptionnel n’a pu être signalé le long de la côte, ni au large.

 

 
Le vrai moteur des averses, cette fois-ci, ne s’est enclenché qu’à quelques dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, grâce à un ralentissement et une déviation du courant atmosphérique dans les basses couches en raison du frottement. Ceci a été la cause de discontinuités, formant de petites zones de convergence qui étaient autant de « triggers » pour l’enclenchement d’une forte convection. De plus, l’air légèrement plus froid à l’intérieur des terres a permis aux averses de tomber entièrement sous forme de neige, et le faible dégel subsistant en journée entre les averses ne laissait pas le temps à la couverture neigeuse de fondre de façon significative.
 
L’épisode neigeux de 1973 peut donc, sans conteste, être qualifié de majeur, pour ne pas dire d’exceptionnel en de très nombreuses régions. À Uccle, les 34 cm relevés le 28 novembre au soir égalent le record des 29 et 30 novembre 1925. Dans l’absolu (tous mois confondus) seul le 11 février 1902 au soir, la couche de neige était encore (un rien) plus épaisse, avec 35 cm.
 
En Ardenne, la couche de neige a atteint 81 cm le 28 au signal de Botrange, ce qui constitue probablement l’enneigement le plus important jamais observé dans les Hautes Fagnes durant un mois de novembre. En février et en mars cependant, le mètre de neige y a déjà été dépassé à plusieurs reprises, avec 115 cm au Signal de Botrange le 9 février 1953, et 105 cm, respectivement, au signal de Botrange le 11 février 1952, à Mont-Rigi le 5 mars 1988 et au Centre Nature de Botrange le 8 mars 1988. Officieusement, on parle même de 130 cm dans les Hautes Fagnes le 19 février 1969.
 
Voyons maintenant, au jour le jour, comment s’est déroulée cette mémorable offensive neigeuse de 1973.
 
Analyse de la situation au jour le jour
 
 
21 novembre 1973
 
Le 21 du mois, rien n’annonce encore la venue de la neige. Que du contraire. Un anticyclone sur l’Allemagne, soutenu par une belle crête en altitude, nous vaut un temps beau et doux pour la saison, avec de rares cirrus et, temporairement, du brouillard local en matinée. Le vent souffle de sud-est et les températures maximales se situent entre 7 et 9°C en Basse et Moyenne Belgique, et entre 5 et 7°C en Haute Belgique, après une nuit qui a connu quelques petites gelées.
 
En altitude, on observait vers midi une inversion de subsidence vers 1500 mètres, avec des températures passant de 1°C à 1000 mètres et 4°C à 1500 mètres. Le niveau de cette inversion baisse peu à peu au fil des heures, tandis que l’air s’échauffe en altitude.
 
 
22 novembre 1973
 
Le déplacement de l’anticyclone vers le sud-est de l’Europe est responsable d’une arrivée massive d’air chaud qui, toutefois, ne parviendra pas à s’imposer tout à fait dans les basses couches en raison d’une inversion persistante. Une profonde dépression s’est creusée entre-temps sur le milieu de la Norvège, mais n’a encore aucune influence sur la météo de nos régions.
 
En effet, le temps est encore beau malgré un ciel plus voilé, avec des cirrus, quelques cirrostratus et des cirrocumulus isolés. On y voit aussi des altocumulus, dont un petit nombre sont des espèces lenticularis et floccus, ainsi que des stratocumulus à base élevée.
 
Les températures maximales en Basse et Moyenne Belgique, avec des valeurs comprises entre 7 à 9°C, sont similaires à celles de la veille. Sur les hauts plateaux de l’est, par contre, le thermomètre affiche 10 voire 11°C.
 
Le sondage d’Uccle de midi révèle également l’existence de cette couche d’air chaud, avec une température de 10°C entre 600 et 1100 mètres. La nuit d’après, il fera même 12°C à 700 mètres.
 
Anticyclone et léger flux de sud sur la Belgique: un océan de douceur…
 
 
23 novembre 1973
 
La formation d’une nouvelle cellule anticyclonique au sud-ouest de l’Irlande, et sa fusion avec l’anticyclone au sud-est de l’Europe, place notre pays sous l’influence de courants maritimes plus humides sous l’égide d’un vent de sud-ouest. En altitude, un courant d’ouest-nord-ouest se met petit à petit en place, sans grande influence, encore, sur le temps de nos régions. Une dépression sur la Finlande prend pendant ce temps des allures de monstre. Mais là non plus, nous ne ressentons encore aucune conséquence.
 
Le temps restera donc plutôt calme sur nos régions, mais très désagréable avec des brouillards et des stratus très persistants, distillant de temps à autres de petites bruines. Seul le littoral en sera quelque peu épargné, grâce à un vent plus fort, mais le ciel y restera couvert de stratocumulus. Les températures maximales se situeront entre 9 et 10°C au littoral et sur l’ouest du pays, et autours de 4°C en Haute Belgique et entre 7 et 8°C ailleurs.
 
Le sondage d’Uccle de midi mettra en évidence une épaisse couche d’air humide, avec une faible décroissance au-dessus du sol, puis une inversion de 700 à 1200 mètres.
 
 
24 novembre 1973
 
Un très puissant courant d’altitude, d’ouest-nord-ouest, se décale lentement vers le sud pour s’approcher de plus en plus de notre pays. Il est commandé par une crête en formation sur l’Atlantique et la persistance d’un gigantesque creux sur la Scandinavie, matérialisé au sol par une profonde dépression quasi-stationnaire.
 
Notre pays, encore sous influence anticyclonique en matinée, voit le gradient barométrique augmenter également dans les basses couches, avec des vents devenant forts au littoral l’après-midi et le soir, atteignant même temporairement la force de tempête.
 
Le temps est particulièrement désagréable en ce jour, surtout à l’intérieur du pays où, malgré un vent se renforçant, le brouillard d’advection a beaucoup de mal à se dissiper, avec des stratus bas très persistants. Les températures, en journée, restent coincées entre 6 et 7°C avant de s’élever en soirée jusqu’à 10°C. À ce moment, les stratus se transformeront en stratocumulus avec un peu de pluie.
 
Au littoral, en raison du vent très fort, l’évolution des stratus en stratocumulus se fait plus rapidement avec, là, des températures de 10 à 11°C tout au long de la journée. En mer, la température monte même jusqu’à 12°C.
 
Cette masse d’air doux refroidie par le bas sur le continent est bien mise en évidence par le sondage d’Uccle de midi. Celui de minuit, par contre, révèle le passage d’un front froid masqué (dans l’air froid à l’arrière du front, les toutes basses couches sont plus chaudes que dans la masse d’air qui a précédé).
 
Le Jet-Stream, se déplaçant grosso-modo le long de la ligne noire séparant les hautes pressions (couleurs chaudes) et les basses pressions (couleurs froides) commence à descendre vers nos régions.
 
 
25 novembre 1973
 
Il s’agit d’une journée de transition, où nous passons progressivement vers le côté froid de la circulation atmosphérique. La nuit, les températures atteignaient encore 8°C au centre du pays, pour tomber à 4°C le matin et timidement remonter vers 7°C l’après-midi. Le vent de nord-ouest reste fort au littoral, mais faiblit à l’intérieur des terres, en s’orientant à l’ouest, voire au sud-ouest.
Somme toutes, le temps est encore assez calme, avec des stratocumulus et des cumulus en quantités variables, ainsi que des altocumulus, des cirrus et des cirrostratus. Quelques belles éclaircies sont observées en début d’après-midi.
 
La température en altitude a déjà fort baissé entre-temps, avec des valeurs de –5°C seulement à midi à 1460 mètres (niveau 850 hPa).
 
 
26 novembre 1973
 
La neige est là ! Ce n’est encore qu’une fine couche, mais la neige est là ! Et il continue à neiger ! Dommage qu’il ne gèle pas encore vraiment, et que le sol soit encore trop chaud pour que la neige puisse tenir valablement !
 
La dépression sur l’est de la Scandinavie s’est encore creusée, tant en surface qu’en altitude, et s’est décalée vers le nord-ouest de la Russie. Au même moment, la crête s’est amplifiée sur l’océan, pour remonter jusqu’à l’Islande et le sud du Groenland. Entre les deux, les courants polaires directs ont dorénavant bel et bien atteint nos régions, avec des températures au niveau 850 hPa (1460 mètres d’altitude) de –7°C, et de –18°C au niveau 700 hPa (2950 mètres). Au niveau 500 hPa (5360 mètres), on frise déjà les –40°C.
 
Il n’est donc pas étonnant qu’on assiste à une alternance de cumulonimbus accompagnés d’averses de neige et de timides éclaircies, avec cumulus, stratocumulus et nuages fractus de mauvais temps (rendant d’ailleurs les cumulonimbus invisibles de loin). De temps en temps, l’on peut entrevoir aussi des cirrus et des altocumulus (parfois cumulogenitus).
 
De l’activité orageuse a été observée à Zaventem en fin d’après-midi. Un « orage de neige » en quelque sorte.
 
Au littoral, les averses (de pluie et de neige) sont moins fréquentes. On note principalement un nombre important de cumulus, et quelques stratocumulus.
 
Le vent de nord-ouest, en contrepartie, y est particulièrement fort (tempête) tout au long de la journée. À l’intérieur, il est nettement plus faible, quoique irrégulier, et souffle plutôt d’ouest. Les températures maximales, quant à elles, se situent entre 4 et 5°C à l’ouest du pays, et entre 1 et 3°C au centre, les gelées permanentes se cantonnant aux hauteurs ardennaises.
 
Les courants polaires directs envahissent nos régions depuis la mer du Nord.
 
 
27 novembre 1973
 
Il a neigé très fort la nuit. Cette fois-ci, c’est la bonne ! Tout est blanc ! On observe déjà 9 cm le matin à Uccle ! Le total des précipitations, entre 19 heures la veille et 7 heures ce matin s’élève à 16 mm. Et ça continue ! Les averses de neige se succèdent les unes après les autres, gros cumulonimbus cachés, dans les intervalles, par nuages fractus de mauvais temps, ainsi que des stratocumulus doublés de cumulus. Quelques rares éclaircies, 25 minutes de soleil à Uccle. Et quand il neige, c’est tellement fort que la visibilité se réduit comme par temps de brouillard. Et parfois, on devine aussi le soleil derrière un rideau de neige. La température, alors, grappille quelques degrés et dépasse le 0°C. Mais pas longtemps. La neige n’a absolument pas le temps de fondre. Le soir, la couche atteindra 23 cm !
 
À Zaventem, on notera même pas mal d’activité orageuse l’après-midi et le soir. Ce sera le cas aussi à Anvers, où un orage a été signalé le matin aussi. De façon plus isolée, des manifestations orageuses ont été également signalées à Sinsin (province de Namur).
 
La dépression, toujours située sur le nord-ouest de la Russie (URSS à l’époque) et sur l’extrême est de la Finlande, associé à un long anticyclone du Groenland au Golfe de Gascogne, se scindant en deux, continue à nous envoyer des courants polaires de la plus pure espèce. Voyez les températures en altitude à midi : -9°C au niveau 850 hPa (1480 mètres), -20°C au niveau 700 hPa (2950 mètres) et –40°C au niveau 500 hPa (5350 mètres). C’est très rare, à ce dernier niveau, d’enregistrer des températures aussi basses, surtout au mois de novembre.
 
En outre, vers 10000 mètres, on observe un fort jet-stream de nord-nord-ouest, de 109 nœuds.
Au littoral par contre, il ne gèle toujours pas, avec 2°C la nuit et 4°C le jour à Middelkerke. Et il n’y a même pas d’averses ! Juste une quantité variable de cumulus, et une très bonne visibilité. La tempête de nord-ouest n’y est pas étrangère. Celle-ci ne faiblira qu’en soirée, alors que des stratocumulus s’ajouteront aux cumulus.
 
En mer, le vent souffle tout aussi fort, mais la nébulosité est plus faible encore, avec des températures oscillant entre 3 et 5°C. Sur les plateaux ardennais, en contrepartie, il ne dégèle plus depuis deux jours.
 
 
28 novembre 1973
 
Une nouvelle fois, il a beaucoup neigé la nuit (et du tonnerre a été entendu à Anvers). À Uccle, la couche atteint maintenant 33 cm ! Puis, lors de faibles averses en matinée, la couche augmentera encore d’un centimètre pour égaler le record de 1925. Ailleurs dans le pays, la situation est non moins exceptionnelle. On note 40 cm à Beauvechain et Gembloux, et 81 cm à Botrange ! Seule la côte est toujours privée de neige. Là, il faudra attendre la nuit pour observer, très temporairement, un peu de neige.
 
La dépression, située entre la Finlande et le nord-ouest de la Russie, ne bouge toujours pas de façon significative, et reste très marquée, surtout en altitude. La partie sud de l’anticyclone scindé s’affaisse quelque peu vers l’Espagne et le Portugal, tandis qu’un creux, associé à la dépression précitée, finit par former deux noyaux secondaires dont l’un passera tout juste au sud-ouest par rapport à notre pays.
 
Il s’ensuit une rotation du vent en soirée et la nuit suivante, qui s’orientera au sud-ouest et au sud, localement même au sud-est puis au nord-est, avant de revenir au nord puis au nord-ouest. Ceci aura une conséquence, comme nous verrons, sur le temps au littoral.
 
Mais décrivons d’abord le temps au centre du pays. Là, après quelques averses de neige résiduelles, le temps devient sec avec quelques éclaircies, une quantité variable de cumulus et de stratocumulus, ainsi que quelques bancs d’altocumulus, et des cirrus. Le soir, les éclaircies deviennent temporairement plus nombreuses, avant l’arrivée de nouvelles chutes de neige.
Il a fait plus froid, avec des maxima ne dépassant guère 1°C.
 
Au littoral, le vent souffle d’abord de nord-ouest en faiblissant, puis s’oriente graduellement au sud-ouest. Dans un premier temps, c’est toujours l’absence de gel, avec une nébulosité variable de cumulus formés en mer, et quelques stratocumulus dont certains sont cumulogenitus.
Le soir pourtant, alors que le vent vient de plus en plus du secteur sud, le froid finit par gagner le littoral, avec du gel et de faibles chutes de neige. Mais en deuxième partie de nuit déjà (donc le lendemain), le vent tourne au sud-est, puis au nord-est et au nord, et l’air maritime revient jusqu’à la côte, avec comme conséquence un dégel immédiat.
 
En altitude, l’air reste très froid dans les moyennes couches, avec –9°C au niveau 850 hPa (1490 mètres) et –18°C au niveau 700 hPa (2970 mètres). Mais dans les plus hautes couches, l’air est devenu sensiblement moins froid, tandis qu’apparaît, vers 10300 mètres, un jet-stream de nord particulièrement puissant, de l’ordre de 134 nœuds. La nuit suivante, ce réchauffement se transmettra même temporairement aux moyennes couches.
 
La dépression scandinave commence à faiblir, et avec elle, le flux polaire qui commence à ralentir…
 
 
29 novembre 1973
 
En dépit de nouvelles chutes de neige, l’épaisse couche au sol s’est quelque peu tassée la nuit, avec 29 cm au matin. Jusqu’au soir, elle diminuera encore quelque peu, pour arriver à 27 cm.
Il s’agit d’une très belle journée d’hiver, en dépit des stratocumulus en matinée, donnant encore un peu de neige. Mais l’après-midi, il fait franchement beau et presque doux, avec 4°C, du soleil et un tapis de neige épais et intact. Quelques cumulus aussi, ainsi que des bancs de stratocumulus et d’altocumulus, qui n’enlèvent rien au plaisir.
 
Le soir, le ciel se dégage tout à fait et il fait rapidement très froid, avec –3 à –4°C vers minuit. Aux endroits exposés, le thermomètre descend même jusqu’à –6°C.
 
Les températures un peu moins froides dans les moyennes couches, et beaucoup moins froides dans les hautes couches expliquent cette amélioration du temps. Au littoral par contre, des cumulonimbus isolés se sont formés tout au long de la journée, avec quelques faibles averses et un vent à nouveau très fort (atteignant même le stade de tempête).
 
Le patron atmosphérique général, après l’évacuation de la petite dépression qui était passée au sud-ouest de notre pays, est redevenu à peu près ce qu’il était avant.
 
 
30 novembre 1973
 
La situation atmosphérique, surtout en altitude, reste très favorable à la poursuite des courants polaires sur nos régions. En plus, on a observé, la nuit précédente, un jet-stream de nord-nord-ouest extrêmement puissant, avec une vitesse de 143 nœuds à 10450 mètres d’altitude.
 
Le matin, le ciel est à nouveau très nuageux, avec quelques chutes de neige, voire des averses. En matinée, on observe une quantité variable de stratocumulus, parfois accompagnés de cumulus, et surmontés de nombreux altocumulus. L’après-midi, on observe des éclaircies, avec cumulus, stratocumulus, altocumulus et cirrus. Le soir, des averses de neige se reforment.
 
Malgré tout, la couche de neige continue à diminuer lentement, passant de 26 cm le matin à 24 cm le soir.
 
Le vent, quant à lui, souffle principalement d’ouest à sud-ouest à l’intérieur des terre, parfois encore de manière assez forte. Au littoral, le vent est plus fort encore et souffle de nord-ouest. Là, toujours pas d’espoir de neige digne de ce nom. La température reste obstinément positive et les quelques averses qui tombent sont sous forme de pluie. Sinon, le temps est plutôt beau, avec des cumulus dont quelques uns, seulement, se transforment en cumulonimbus. En dehors de cela, on note encore quelques cirrus.
 
 
1er décembre 1973
 
Les températures en altitude redescendent à nouveau très fort, avec –10°C au niveau 850 hPa (1430 mètres) et –18°C au niveau 700 hPa (2910 mètres). Mais l’air est plus sec, le vent devient variable et les averses se font plus rares. En contrepartie, il fait brumeux, avec un ciel tout à fait serein en matinée, et davantage de nuages l’après-midi, des altocumulus et des stratocumulus, et des cumulus qui parviennent à se développer encore pour donner de petites averses de neige en soirée. La nuit précédente, on avait déjà observé des chutes de neige, de telle manière que la couche de neige, à Uccle, est revenue à 25 cm.
 
À Botrange, la couche atteint toujours 81 cm, ce qui est très rare en décembre. Comme déjà mentionné plus haut, les plus hautes couches neigeuses ardennaises ont surtout été mesurées dans la deuxième partie de l’hiver.
 
Les températures sont beaucoup plus froides aussi au plancher des vaches. À l’exception d’une mince bande littorale, les températures maximales ne dépassent plus nulle part les 0°C, avec des valeurs de –1 à –4°C au centre du pays, et de l’ordre de –6°C en Ardenne. Au littoral, il fait encore temporairement 1 à 2°C en soirée.
 
La matinée a été particulièrement froide dans les éclaircies, avec –9°C à 10 heures à Zaventem. À Brustem, où le minimum a été de –15°C, il faisait encore –14°C à 10 heures, sous un épais brouillard givrant. Le même type de brouillard givrant a valu –7°C à Middelkerke tandis qu’à quelques centaines de mètres de la côte, au bout de l’estacade d’Ostende, la température était de –1°C en l’absence de brouillard. Plus loin encore au large, ni gel, ni brouillard, mais une visibilité particulièrement bonne au-dessus d’une eau encore à 9°C.
 
Le patron atmosphérique, en altitude, maintient un important creux au-dessus de la Scandinavie et de l’Europe de l’Est, et une crête tout aussi importante sur l’Océan, s’étendant jusqu’à l’Islande. Un autre creux, situé entre le Canada et le Groenland, en fait clairement une situation de blocage Oméga. Mais cet Oméga présente des signes de faiblesse.
 
Au sol, la situation barique est quelque peu confuse à l’ouest de deux dépressions situées à l’est et au nord-est de l’Europe. Mais dès la nuit, un anticyclone maritime se développera clairement en direction de nos régions.

Deulin (Hotton) enneigé ce 1er décembre 1973. Auteur: P. Demoulin.
 
2 décembre 1973
 
La venue de l’anticyclone fait stagner l’air polaire sur nos régions, avec comme conséquence un très important refroidissement nocturne. Il fait glacial ! Le vent s’est calmé, du brouillard s’est formé en de nombreux endroits et la température à Uccle est descendue jusqu’à -9°C le matin. Ailleurs, la température est descendue plus bas encore, en-dessous de –10°C en de nombreux endroits, même à Middelkerke où une valeur de –11°C a été enregistrée.
 
Ce froid n’ira pas très loin en mer. Déjà Ostende, au bout de l’estacade du port, n’est descendue plus qu’à –4°C. À 50 km au large, plus le moindre gel, avec 2°C comme température la plus basse (toujours au-dessus d’une eau à 9°C), le tout avec une visibilité excellente.
 
Sur le territoire belge, par contre, le brouillard a été fort répandu, avec des situations très variables d’un endroit à l’autre. À Zaventem, par exemple, le brouillard ne se dissipera à aucun moment de la journée, avec en plus constamment 8 octas de stratus très bas.
 
À Uccle, le soleil parviendra à se montrer 35 minutes lors d’une dissipation partielle du brouillard, et l’éclaircie sera même suffisante pour laisser apparaître des cirrus.
 
À Charleroi, le temps sera même beau en après-midi, avec 3 heures 40 de soleil, quelques cirrus et de rares cumulus fractus. Là, la température maximale montera à –3°C, tandis qu’elle restera coincée à –6, voire –7°C en région bruxelloise.
 
Le sondage d’Uccle montre bien l’inversion sous laquelle s’est formée le brouillard. Mais cela n’empêche pas la masse d’air d’être très froid, même au-dessus de l’inversion. Au plus chaud, il fait –4°C à 380 mètres d’altitude. Au niveau 850 hPa (1420 mètres), il fait –11°C, et –20°C au niveau 700 hPa (2990 mètres).
 
La nuit d’après, le brouillard se dissipe quelque peu en de nombreux endroits, et sous un ciel (presque) serein et au-dessus de l’épaisse couverture de neige (26 cm à Uccle et 81 cm à Botrange), le froid devient rapidement extrême. À 22 heures, on note déjà –10°C à Zaventem, -13°C à Spa et à Botrange, et –14°C à Sinsin. Plus tard dans la nuit, les températures remonteront à nouveau avec l’arrivée de nuages, non sans avoir donné auparavant quelques minima tout à fait extrêmes, comme –16°C à Brustem et à Virton, -18°C à Sinsin et –22°C à Rochefort. Pour certains de ces endroits, c’étaient sûrement les températures les plus froides, pour la première décade de décembre, depuis… 1879 !
 
Malgré tout, l’hiver est sur le point de mourir. Le creux à l’est et au nord-est de l’Europe est en train de s’étioler tandis que la crête à l’ouest s’avance de plus en plus vers nos régions, avec une arrivée massive d’air doux maritime.
 
 
3 décembre 1973
 
La température en altitude remonte très rapidement, avec déjà 0°C vers 660 mètres à midi. Mais dans les basses couches, le froid résistera encore un peu, et se livrera son dernier combat.
Au centre du pays, les températures resteront négatives jusque dans l’après-midi, sous des stratus, stratocumulus et nuages fractus de mauvais temps, et encore quelques chutes de neige. En cours d’après-midi, la neige se transformera en bruine, localement verglaçante, tandis que les températures atteindront 1°C. Plus tard en soirée, elles monteront encore un peu. Sous un vent fort de sud-ouest, l’impression de froid persistera pourtant.
 
La couche de neige, encore intacte, comporte 24 cm à Uccle et toujours 81 cm à Botrange. Mais cela ne durera plus.
 
À la côte, sous la pluie, la bruine et les stratus fractus, le dégel intervient encore plus rapidement, avec des températures montant jusqu’à 7°C en fin de soirée. Au large, cette température atteindra même 9°C.
 
En Ardenne, le froid tiendra un peu plus longtemps, mais devra également s’avouer vaincu devant le dégel.
 
En effet, le creux responsable de cette si belle offensive hivernale est moribond. À l’ouest, plus rien d’hivernal sur les cartes météorologiques. Une dépression entre l’Islande et la Norvège, associée à un anticyclone au sud-ouest de l’Irlande nous amèneront une circulation désormais (presque) parfaitement zonale.
 
Le flux est désormais maritime, piloté par un anticyclone près de la Bretagne qui amène de la douceur en altitude. Près du sol, le froid fait un peu de résistance. L’épisode neigeux va prendre fin…
 
 
4 décembre 1973
 
Et voilà que l’épisode hivernal se termine pour de bon, lamentablement, comme si souvent chez nous et ce, avant toutes les festivités de décembre, Saint-Nicolas, Noël et Nouvel An. Le ciel est désespérément couvert de nimbostratus, avec pluie et bruine. Le dégel sera complet et la neige, encore belle le matin (17 cm à Uccle), se met à fondre rapidement. Sur certaines pelouses, elle est néanmoins assez coriace. Le soir, on notera 12 cm.
 
Très temporairement, une nouvelle et profonde dépression se formant sur la Scandinavie fera renaître l’espoir. Mais l’anticyclone atlantique restera cette fois-ci au sud-ouest de l’Irlande, et l’hiver ne reviendra plus.
 
Les derniers restes de neige, par ailleurs, disparaîtront partout dans le pays le 7 décembre.
 
 
Conclusion
 
Même si la suite de l’hiver, c’est-à-dire l’essentiel de l’hiver 1973-1974, a été doux et dépourvu de chutes de neige significatives en plaine, il n’en reste pas moins que l’épisode neigeux de novembre et décembre garde à tout point de vue son caractère exceptionnel et mémorable. Passons maintenant à la question que de nombreuses personnes se posent : est-ce encore possible aujourd’hui, malgré le réchauffement climatique ?
 
Oui. Des événements récents l’attestent. Une invasion d’air polaire direct au début du mois de décembre 1998, avec une couche de 20 cm à Uccle les 6 et 7, et des températures similaires à celles de 1973, en est la preuve. Si la situation atmosphérique avait perduré un peu plus longtemps, cela aurait pu être une réédition de 1973.
 
En 2005 par contre, la situation a été différente. Une goutte froide en altitude, située quasi pile sur nos régions, a provoqué des chutes de neige donnant une couche de 21 cm à Uccle le matin du 26 novembre. Au sol, cela s’est traduit par une dépression sur le nord des Pays-Bas, autour de laquelle s’est littéralement enroulée une occlusion. Celle-ci a été responsable des importantes chutes de neige de la nuit précédente, provenant d’un nimbostratus avec cumulonimbus enclavés, donnant même de l’orage. Avec l’intensité des précipitations, la température s’est maintenue un long moment à des valeurs proches de 0°C au centre du pays. Mais par après, en raison de l’absence d’un apport d’air froid significatif, les températures dans l’air humide stagnant sur nos régions ont rapidement repris des valeurs positives, de 1 à 2°C dans un premier temps, puis de 3 à 4°C le lendemain. De ce fait, l’épisode neigeux a été de courte durée.
 
Mais là encore, une situation atmosphérique un rien différente aurait pu produire un enneigement mémorable. 
 
 
Sources
 
IRM
– Bulletins mensuels climatologiques
– Bulletins mensuels synoptiques
– Sondages d’Uccle réalisés par ballon sonde
KNMI
– Données météorologique de la station marine de Noord Hinder
Wetterzentrale
– NCEP Reanalysis

2009 – 2010 : un hiver, trois vagues de froid

L’hiver 2009 – 2010 est un hiver qui entre dans les annales pour avoir offert à la Belgique trois vagues de froid. Pourtant, il a fallu le temps qu’il démarre: novembre, très doux et venteux, n’a laissé à aucun moment entrevoir l’arrivée du froid. Il faut attendre la mi-décembre pour que le général Hiver fasse son entrée sur le pays. Le 14 décembre, un anticyclone a grossi sur la Scandinavie et envoie de l’air sibérien en direction de l’Europe Occidentale. 
Au matin du 15 décembre, s’il ne fait « que » -7,7°C à Montigny-le-Tilleul, Brûly, au sud de Couvin, enregistre un cinglant -11,2°C. Le lendemain, un peu de nébulosité empêche les thermomètres de descendre fort bas. En contrepartie, quelques averses de neige sont observées en provinces de Namur et de Liège.
 
Le 17 décembre, il fait un peu moins froid. La première offensive neigeuse réelle fait son apparition. Une dépression creusée à 1000 hPa descend du nord et passe juste à l’ouest de la Belgique. Son front occlus traverse lentement l’ouest du pays, ralentit et stationne sur le centre avant de repartir vers l’ouest. Ainsi, si on relève environ 10 cm de neige dans la région de Bruxelles et 5 cm à Namur, il ne neige pas du tout à Liège. Cet épisode survient en pleine heure de pointe vespérale, engendrant 513 km de bouchons.
 
17/12/2009 – 19h00.
 
Le théâtre de Namur le soir du 17 décembre.
 
En début de nuit du 18 décembre, la perturbation gagne progressivement la France, et de l’air froid déboule derrière elle. Les températures minimales restent cependant raisonnables, autour de -5°C.
 
Le 19, les effets de l’air sibérien qui gagne à nouveau le pays se font pleinement sentir. La nuit est polaire, avec -20,3°C à Elsenborn, -15,6°C à Melin (Brabant Wallon), -13,2°C à Montigny-le-Tilleul et -10,8°C à Uccle. La journée sera également froide : à Elsenborn, le thermomètre ne remontera pas au-dessus de -15°C.
 
Températures relevées à midi le 19 décembre.
 
Le 20 décembre, une perturbation précédant des courants maritimes polaires atteint la Belgique et traverse le pays du nord-ouest au sud-est. Accompagnée de rafales de vent, elle dépose jusqu’à 10 cm de neige, ceux-ci venant s’additionner à la couche préexistante consécutive à l’épisode de la soirée du 17. On mesure ainsi 13 cm de neige à Montigny-le-Tilleul. Au nord du sillon Sambre-et-Meuse, la perturbation entraîne un dégel temporaire avant le retour de courants plus froids.
 

Le matin du 21 décembre, on relève -7,6°C à Montigny-le-Tilleul, mais le dégel – définitif cette fois – survient en cours de journée. En soirée, une faible perturbation apporte 1 ou 2 cm de neige supplémentaires avant que tout ne disparaisse dans les jours suivants. Pourtant, ce retour des courants maritimes doux ne dure pas longtemps. Une fois le Nouvel An passé, la Belgique replonge dans le froid.

Le 3 janvier, il tombe 10 cm de neige en région bruxelloise. La nuit suivante, les températures descendent très bas : on relève -11,2°C à Montigny-le-Tilleul, -12,7°C au Signal de Botrange et -13,4°C à Brûly.

Le 6 janvier, une perturbation atteint le Belgique en fin d’après-midi. Il neige légèrement durant la soirée. Le ciel se dégage ensuite, et les températures plongent au petit matin du 7 janvier: -11,7°C à Montigny-le-Tilleul, -12,5°C à Melin. Le Royaume-Uni est frappé par l’une des plus fortes vagues de froid de son histoire et reçoit une trentaine de centimètres de neige.

 
Le matin du 7 janvier à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 9 janvier, une nouvelle perturbation traverse nos régions. L’est de la Belgique reçoit environ 10 cm de neige. La vague de froid prend fin le 13 janvier, avec un dégel généralisé.
 
L’hiver revient à partir du 25 janvier, et les conditions vont devenir sensationnelles à la fin du mois : le 30 janvier, une dépression très creuse est centrée sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, et un front occlus bien organisé descend de mer du Nord. Les provinces de Liège et de Luxembourg reçoivent 30 cm de neige, provoquant la fermeture de l’autoroute E25 en y bloquant environ 700 véhicules. Les autres régions sont relativement épargnées : il ne tombe « que » 5 cm de neige à Charleroi.
 
30 janvier 2010 1h00.
 
Le lendemain, on mesure jusqu’à 56 cm de neige dans les Hautes Fagnes.
Les Hautes Fagnes croulent sous la neige ce 31 janvier. Source: Météo Belgique.
 
Le 3 février, il neige à nouveau au sud du sillon Sambre-et-Meuse. A force d’épisodes, la couche de neige dépasse les 70 cm dans les Hautes Fagnes.
 
Les jours suivants, le temps se radoucit, mais pas pour longtemps. Le 10 février, une faible perturbation neigeuse concerne le pays en matinée, essentiellement à l’ouest d’une ligne Beauraing – Hasselt. Bien que les quantités de neige déposées soient limitées, elles sont suffisantes pour semer une pagaille monstre sur le réseau routier qui comptabilise 920 km de bouchons.
 

Le temps reste froid les jours suivants, et la neige concerne la Wallonie une dernière fois le 21 février, avec une accumulation de quelques centimètres.

                                            
 Le lac de l’Eau d’Heure le 13 février.
La fin du mois se fait douce, pluvieuse et surtout venteuse. Le 28 février, la tempête Xynthia frappe une bonne moitié sud-est de la Belgique avec des rafales proches des 100 km/h (rafale maximale : 107 km/h à Ernage, près de Gembloux). Quelques heures plus tôt, elle touche durement les côtes atlantiques françaises où elle provoque une marée de tempête meurtrière en Vendée et en Charente-Maritime.
 
Animation satellite montrant Xynthia traversant l’Europe Occidentale. Source: Eumetsat.

D’un point de vue climatologique

Au final, c’est un hiver froid qui s’est produit sur la Belgique, avec fréquemment des températures minimales sous les -10°C.

Décembre 2009 est un mois légèrement plus froid que la normale 1971-2000, avec un déficit de -1,2°C à Uccle.

Janvier 2010 est exceptionnellement froid, avec un déficit thermique de -3,0°C à Uccle.

Février 2010 est également un mois froid, avec un déficit thermique de -1,0°C.

Source des informations : données personnelles, Météo Belgique, Wetterzentrale.

2012 – 2013, un hiver sans fin

 

 

Après décembre 2010 (voir article ici: Lien), l’hiver 2012-2013 est également une période bien neigeuse. Mais c’est surtout la longue durée de cette dernière qui va marquer les esprits, avec d’importants épisodes hivernaux jusque fin mars. Dans cet article, nous repassons en revue les grands moments de cette saison.

Un début lent mais très ponctuel
 
En fait, le Général Hiver débarque en Belgique pile à l’heure du début de l’hiver météorologique, le 1er décembre. L’image ci-dessous le montre : un vague flux de nord froid – mais pas trop – commence à se mettre en place sur nos régions, après plusieurs semaines de flux maritime d’ouest. Ce jour, une première petite perturbation descend du nord et apporte de la neige. Les températures un peu trop douces l’empêchent d’accrocher en Basse et en Moyenne Belgique, si ce n’est temporairement. En Haute Belgique par contre, elle s’accumule jusqu’à former le lendemain une couche de 5 cm à Libramont et de 10 cm en Hautes-Fagnes.
Situation le 1er décembre à 1h00 heure locale. 
 
Le 3 décembre, le flux tourne à l’ouest et une perturbation venant de l’Atlantique se heurte à l’air froid présent sur nos régions. Résultat, il neige pendant plusieurs heures en matinée, rendant la circulation routière particulièrement difficile. Cette neige est ensuite remplacée par de la pluie, accompagnée d’une remontée des températures. Mais à l’arrière de la perturbation, le flux vire de nouveau au nord-ouest.

Le 5 décembre, de nouvelles averses de neige parcourent la Belgique, du nord-ouest au sud-est. Une nouvelle fois, l’accumulation de quelques centimètres qui se forme en Basse et Moyenne Belgique n’est que temporaire. Seule la Haute Belgique voit la neige persister et former une bonne couche. Cette situation se répète le 6 décembre.
 
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Le Sart-Tilman (Liège) sous une forte averse de neige le matin du 6 décembre.
 
Le 7 décembre, une dépression creusée à 995 hPa descend de mer du Nord et traverse la Belgique. Elle s’accompagne d’une perturbation qui donne des chutes de neige faibles à modérées sous un vent soufflant en rafales (60 à 80 km/h). Elle concerne d’abord l’ouest du pays en fin de nuit, le centre en début et milieu de matinée et l’est dès midi. Les accumulations sont comprises entre 0 et 10 cm selon les régions. Il tombe par exemple 3 à 5 cm le long du Sillon Sambre-et-Meuse, 4 à 5 cm en région bruxelloise et environ 10 cm en Haute Belgique. Dans les Hautes-Fagnes, cette neige tombe sur la couche issue des précédents épisodes, portant l’accumulation à 30 cm.
 
                          
Situation le 7 décembre à 1h00 heure belge.
 
La semaine qui suit, le temps reste froid suite à l’influence de masses d’air polaire. Certaines nuits, les températures minimales plongent sous les -10°C dans l’est de la Belgique. On observe également quelques averses de neige ça et là, donnant une petite accumulation. 
 
Un intermède doux et humide long de plusieurs semaines
 
Le 13 décembre, l’air doux revient en force, engendrant dans un premier temps quelques pluies verglaçantes de faible intensité. Leur impact est dès lors limité. L’air doux va nous concerner pendant plusieurs semaines. Ainsi, Noël se déroule sous un temps absolument pas hivernal. Durant cette période, nos régions sont soumises à des courants maritimes subtropicaux amenant des températures élevées pour la saison. Sur le coup de minuit le 25 décembre, il fait 11°C à Montigny-le-Tilleul. Les pluies abondantes entraînent des situations parfois critiques sur le réseau hydrographique. Ainsi, le village de Londerzeel (Brabant Flamand) est partiellement inondé.
 
Le retour en force de la neige et du froid
 
A partir du 11 janvier, la masse d’air change. De l’air polaire continental envahit nos régions. Il amène avec lui quelques chutes de neige le 12. Le 14 et le 15 et de manière assez analogue au 7 décembre, une dépression arrive du nord et passe sur l’ouest de la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais. La majeure partie de nos régions reste à l’est de celle-ci, et donc dans l’air froid. Le front occlus de la dépression dépose plusieurs centimètres de neige. L’accumulation la plus épaisse est relevée à Florennes avec 13 cm, de laquelle il faut retrancher les 5 cm présents avant l’arrivée de la perturbation.
 
Situation le 15 janvier à 1h00 heure belge.
 
La nuit du 15 au 16 janvier est glaciale, avec des températures sous les -10°C en de nombreux endroits, y compris à la côte : -11,3°C à Middelkerke, -11,9°C à Ernage, -12,0°C à Zaventem, -12,8°C à Chièvres.
 
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Vue du Benelux et du nord de la France sous la neige au matin du 16 janvier.
 
Paysage enneigé le 16 janvier à Limal (Brabant Wallon).
 
Le 20 janvier, le flux d’air continental concernant nos régions est heurté par de l’air maritime arrivant de France, à la faveur d’une dépression s’y trouvant. Le front occlus séparant les deux masses d’air stationne sur la Belgique et donne des chutes de neige pendant plusieurs heures entre le milieu de la nuit et le début de l’après-midi. Il tombe ainsi entre 3 et 6 cm de neige selon les régions.
 
Situation le 20 janvier à 1h00 heure belge.
 
Lever de soleil hivernal au matin du 22 janvier à Sautin, dans la Botte du Hainaut (Source: Météo Belgique)
 
Bois sous la neige le 23 janvier à Limal (Brabant Wallon).
 
Retour temporaire de la douceur
 
La fin janvier connait le passage de perturbations très actives, accompagnées de pluies importantes et de fortes rafales de vent. Les températures dépassent allègrement les 10°C, y compris la nuit.
 
A la Chandeleur, l’hiver… reprend vigueur
 
Après cet intermède doux, le flux vire à nouveau au nord, et des masses d’air polaire atteignent la Belgique à la suite d’une dépression passant le 5. La nuit précédente, le front de la dépression engendre des rafales destructrices en Flandre Occidentale. Il tombe quelques centimètres de neige (4 cm de neige relevés à Namur en fin d’après-midi). La nuit du 5 au 6, les averses de neige se poursuivent, ajoutant quelques centimètres supplémentaires. 
 
Situation le 6 février à 1h00 heure belge.
 
Le 7, le flux d’air polaire est toujours bien présent et continue de déverser des averses de neige sur la Belgique. Elles sont parfois très intenses (2 cm de neige en quelques minutes) et accompagnées d’orages. Cette situation se poursuit la nuit suivante et le lendemain, avant de s’estomper le 9 février. L’accumulation totale de neige atteint alors les 30 cm en Hautes-Fagnes.
 
Défilement des averses hivernales sur la Belgique au soir du 7 février (19h20). Source: IRM.
 
Le Sart-Tilman (Liège) au matin du 8 février, sous environ 8 cm de neige.
 
Spa sous la neige le 9 février.
 
Le 14 février, une perturbation atlantique vient se heurter à l’air froid stationnant sur l’Europe Occidentale. Il pleut sur des sols gelés, ce qui provoque la formation de verglas. La circulation sur les réseaux ferroviaires et routiers devient difficile.
 
La fin du mois de février reste froide, avec de fréquentes gelées et averses de neige. Le 24, un retour d’occlusion repris dans un flux d’air continental en provenance de la Sibérie provoque de nouvelles chutes de neige. Elles sont cependant assez légères, ne déposant que 1 à 4 cm de poudreuse selon les régions.
 
Début mars: l’arrivée du printemps…
 
Durant les premiers jours de mars, la situation change du tout au tout: de l’air chaud atteint la Belgique, et amène les premières belles journées de l’année 2013. Le 5 mars est le plus chaud depuis le début des observations à Bruxelles en 1833: on relève 17,5°C comme température maximale dans l’après-midi. Cette douceur se poursuit les jours suivant dans un contexte plus humide. Le printemps semble s’être installé définitivement. Cependant, plus au nord, l’air sibérien commence une nouvelle fois à bousculer l’air doux. Un important conflit marqué par un front très organisé se dessine alors…
 
Avant le retour fracassant de la neige et du froid
 
La nuit du 9 au 10 mars, ce front descendant du nord arrive en Belgique, poussé par l’air continental polaire. Les températures s’effondrent d’une dizaine de degrés en quelques heures, et la pluie qui avait commencé à tomber en soirée est rapidement remplacée par de la neige au-dessus de 150 mètres. Quelques centimètres se déposent au passage de la perturbation.
 
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Situation le 10 mars à 1h00 heure belge. L’immense conflit entre les deux masses d’air antagonistes se marque par un double front qui court depuis la Russie jusqu’à l’Atlantique. Au nord, l’air sibérien, au sud, l’air doux.
 
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Légère couche de neige au matin du 10 mars à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 11 mars, le front s’arrête sur le nord de la France, bloqué par l’air doux. Le contraste de températures est saisissant: alors que les deux tiers sud de l’Hexagone sont au printemps, le nord de celui-ci et la Belgique replongent en plein hiver. Sur 150 km, la différence de températures est parfois de 10°C. Cette différence est encore plus importante en altitude. Ainsi, à 850 hPa (+/- 1550 mètres), il fait -11°C au-dessus de la côte sud des Iles britanniques et +1°C au-dessus du Mont-Saint-Michel. Au nord du front, la neige tombe en rafales de nord-est, rendant le ressenti particulièrement désagréable.
 
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Différence de températures au sol le 11 mars à midi.
 
En parallèle, une dépression nommée Xaver arrive de l’Atlantique et vient se heurter à la limite stationnant sur le nord de la France. Elle renforce ainsi le contraste de températures mais aussi l’activité de la perturbation. Une offensive neigeuse de longue durée se déclenche en soirée du 11 mars et va concerner le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et une partie de l’Allemagne pendant près de vingt-quatre heures. C’est l’épisode neigeux le plus important de l’hiver en beaucoup de régions. En prévision de cet événement, l’IRM émet une alerte rouge pour la Wallonie.
 
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Situation le 12 mars à 7h00 heure belge.
 
La neige est soufflée par le vent d’est à nord-est, ce qui engendre la formation d’importantes congères. Les températures enregistrées en matinée sont de plus fort basses, comprises entre -3 et -6°C. Il n’en faut pas plus pour bloquer les réseaux de transports: de nombreuses lignes du TEC ne sont pas desservies, tandis que beaucoup de trains sont retardés ou supprimés. L’aéroport de Liège-Bierset est fermé à tout trafic. A l’heure de pointe matinale, on compte 1600 km d’embouteillages à travers toute la Belgique. A 10h00 le 12 mars, hors congères qui atteignent parfois le demi-mètre, on mesure 13 cm de neige à l’aéroport de Charleroi. A la côte, l’air brutalement aspiré vers la dépression Xaver transitant alors sur la France déclenche un épisode tempétueux: les rafales atteignent 100 km/h le long du littoral. Dans les terres, les plus fortes rafales sont comprises entre 60 et 80 km/h.
 
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Image radar de la perturbation le 12 mars à 10h00 (source: IRM).
 
C’est en France que l’on retrouve les images les plus spectaculaires, avec par exemple 20 cm de neige dans les rues de Amiens:
 
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Dans le département du Nord, c’est la tempête de neige:
 
(Source: Météo Paris).
 

Dans l’après-midi, la perturbation commence à s’affaiblir et ne concerne plus que la Haute Belgique. Là où la neige s’arrête de tomber, les épaisseurs de neige (desquelles il faut retrancher la couche initialement présente) établissent parfois des records pour un mois de mars, comme les 13 cm mesurés à Uccle sur le site de l’IRM. On mesure également 8 cm de neige à Bierset, 13 cm en périphérie de Namur, 15 cm à l’aéroport de Charleroi. Localement, hors congères, la couche de neige frôle parfois les 20 cm d’épaisseur. Néanmoins, ces épaisseurs auraient pu être encore plus importantes si le vent n’avait pas soufflé la neige.

Limal sous la neige en soirée du 12 mars.

Au soir, le ciel se dégage et les températures entament une chute vertigineuse. C’est la nuit la plus froide de l’hiver, avec -17,1°C relevés à Ciney au matin du 13. Ailleurs, le thermomètre affiche également des valeurs bien basses: -15,9°C à Melin (Brabant Wallon), -15,6°C à Namur, -14,3°C à Mons, -14,0°C à Cour-sur-Heure (Hainaut), -13,9°C à Montigny-le-Tilleul, -11,8°C à Bierset, -10,1°C à Uccle et à l’aéroport de Charleroi. A Lille, la valeur de -10,5°C enregistrée constitue un record pour un mois de mars. Il en va de même à Charleville-Mézières avec -14°C.

Wanfercée-Baulet au matin du 13 mars (Source: Météo Belgique).

Le 15 mars, il fait parfois encore plus froid au petit matin, avec -17,9°C relevés dans les Hautes-Fagnes. Cependant, l’air doux gagne progressivement nos régions, et le dégel s’amorce…

Le 24 mars, une dernière offensive neigeuse concerne la Belgique. On relève 5 cm d’accumulation à Montigny-le-Tilleul. Dans le sud de la Belgique, une langue d’air doux s’intercale en altitude, et entraîne la formation de pluie qui tombe sur des sols gelés (-4°C à Libramont), formant du verglas. La situation est préoccupante, mais pas catastrophique.

Il faudra encore deux semaines avant que l’hiver ne lâche complètement prise. Le 7 avril au matin, on relève encore -5°C à Montigny-le-Tilleul. De l’air doux envahira nos régions les jours suivants, et déjà le 12 avril, des orages se produiront.

Et au niveau climatologique?

Si nous prenons en compte les relevés effectués à Uccle, nous constatons que:

– décembre a été un peu plus doux que la moyenne, tout ceci restant normal. Les frimas du début du mois ont été largement compensés par l’importante douceur de la fin de ces trente-et-un jours ;

– janvier a été plus froid que la normale, avec un déficit de 1,2°C. Le nombre de jours de neige fut de plus assez élevé avec 13 jours, contre 4,2 en temps normal ;

– février a été anormalement plus froid que la normale, avec un déficit de 2,3°C ;

– mais c’est surtout le mois de mars qu’il faut marquer d’une pierre blanche. Avec un déficit de 3,8°C, il est un mois très exceptionnellement froid. Il faut remonter à mars 1962 pour retrouver une similitude. Ceci montre bien à quel point l’hiver s’est éternisé dans nos régions. Le fait que les températures minimales aient réussi à plonger sous les -10 voire les -15°C au milieu du mois est tout à fait remarquable.

Écarts aux températures moyennes (référence 1981-2010) pour le mois de mars 2013 (Source: Météo Belgique).

Pourquoi un hiver si long?
 
Il est toujours délicat de chercher une cause à une déviation de la météo par rapport à la normale. Néanmoins, dans le cas présent, un phénomène survenu dans la stratosphère a probablement facilité la mise en place récurrente des courants polaires et continentaux. Le vortex polaire stratosphérique, pleinement formé, a subi en janvier 2013 un Sudden Stratospheric Warming (SSW). Ce terme barbare exprime simplement que l’air contenu à l’intérieur du vortex polaire s’est brutalement réchauffé en l’espace de quelques jours. Ceci diminue le contraste thermique avec l’air extérieur au vortex. Suite à cela, les courants atmosphériques circulant de manière cyclonique autour du vortex se sont affaiblis. Celui-ci a été déséquilibré et s’est déplacé hors de sa position polaire en direction de l’Europe, tandis que la circulation des vents stratosphériques a été fortement perturbée. A la mi-janvier, le SSW a fini par faire éclater le vortex en deux lobes, l’un d’entre eux s’établissant sur l’Europe Occidentale et l’Atlantique. Ces événements se sont répercutés sur le vortex polaire troposphérique qui, à son tour, a éclaté, s’effondrant à plusieurs reprises en direction de l’Europe. L’ensemble de ces éléments a modifié l’orientation du flux, celui-ci s’établissant fréquemment au nord ou à l’est, amenant de l’air froid, et donc un hiver particulièrement rigoureux. Ce phénomène s’est fortement renforcé en février et en mars, coïncidant avec les périodes les plus hivernales.
 
Ces phénomènes de déstabilisation du vortex polaire ne sont pas exceptionnels, mais ils sont capables, comme vu ici, de modifier le climat pendant plusieurs semaines ou mois.