Evénements 2018 – Janvier à avril

 

Retrouvez ici tous les événements météorologiques s’étant produits en Belgique entre janvier et mars 2018. Les autres périodes peuvent être atteintes via les liens à la droite de cet article ou dans la rubrique « Faits météo en Belgique ».

3 janvier – tempête Eleanor

En soirée du 2 janvier, la dépression Eleanor se creuse sur l’Irlande y apportant des rafales de plus de 140-150 km/h. Le lendemain 3 janvier, elle se trouve en mer du Nord. Son front froid très violent balaie la Belgique en deuxième partie de nuit, engendrant une véritable tempête. On relève 101 km/h à Chièvres, 105 km/h à Ernage, 112 km/h à Uccle, 115 km/h à Humain, 116 km/h à Zeebrugge et 126 km/h à Florennes. Des coupures de courant sont signalées tandis que de nombreuses chutes d’arbres et des dégâts aux toitures sont enregistrés dans de nombreuses régions. En matinée, le vent reste très présent (rafales de 70 à 90 km/h), tandis qu’un orage modéré est observé en province de Liège. Dans le nord de la France, on relève 147 km/h à Cambrai, 135 km/h au Cap Gris Nez. Aux Pays-Bas, des rafales de 140 km/h sont enregistrées sur les côtes zélandaises.

 
La tempête Eleanor au petit matin du 3 janvier (source: Wokingham Weather).
 

Dans le même temps, les cours d’eau du sud de la Wallonie sont en crue par endroits, en réponse aux précipitations abondantes tombant depuis plusieurs semaines.

 
Le 4 janvier, un nouvel épisode venteux, cependant moins intense, concerne la Belgique, au passage de la dépression Christine. Les rafales sont généralement comprises entre 70 et 80 km/h, mais une pointe de 94 km/h est observée à Florennes. 
 
En soirée du 16 janvier et la nuit suivante, de multiples giboulées (grésil et neige) sont observées au-dessus de 150 mètres, parfois accompagnées d’une faible activité orageuse. La neige accroche temporairement sous les averses, plus durablement dans l’est de l’Ardenne. Ces giboulées sont également observées le 17 janvier.
 
Averse de neige en début de nuit du 16 au 17 janvier sur les hauteurs de Namur (auteur: Info Meteo).

 

18 janvier – tempête David le matin et orages en soirée
 
En fin de nuit et en matinée, une dépression de tempête se creuse en traversant la mer du Nord, elle est nommée David par Meteo France. Aux Pays-Bas, les rafales atteignent 140 km/h sur les côtes. En Flandre, on relève 119 km/h à Deurne, 112 km/h à Zeebrugge et 90 km/h à Zaventem. En Wallonie, les rafales atteignent 101 km/h au Mont Rigi, 97 km/h à Ernage et Gosselies et 94 km/h à Humain. Dans le nord de la France, les rafales atteignent 120 km/h à Lille et 136 km/h au Cap Gris-Nez. La tempête frappe ensuite le nord de l’Allemagne avec des pointes à 120 km/h en plaine. Une personne décède dans le Brabant wallon suite à la chute d’un arbre.
 
La tempête David vers 11h00 le 18 janvier, alors centrée sur les Pays-Bas (source: Wokingham Weather).
 
En soirée, à la faveur d’une branche puissante de Jet-stream et d’un creux au-dessus de la Belgique, une ligne d’orages se forme sur la côte – une maison est incendiée par la foudre – puis traverse tout le pays jusqu’en province de Liège en prenant la forme d’un bow echo. Les orages sont modérés sur la Flandre et Bruxelles, donnant des chutes de grêle parfois importantes et pas mal de vent (une rafale de 76 km/h est mesurée à Uccle au passage du système). En Wallonie, l’activité électrique est plus sporadique. Des foyers orageux plus isolés sont signalés du côté de Bastogne.
 
Activité électrique observée en soirée du 18 janvier et la nuit suivante (source: Lightningmaps).

 

Au milieu de l’hiver climatologique, le nombre remarquablement faible de gelées depuis le début de la saison pose question. 
 
Le 20 janvier, il neige en Ardenne et temporairement un peu plus bas (jusque 200 mètres d’altitude). La couche de neige dépasse 10 cm au-dessus de 500 mètres. 
 
Quelques jours plus tard, c’est un coup de douceur qui concerne notre pays, en lien avec l’arrivée d’air d’origine tropicale maritime. Les maximales du 24 janvier sont remarquablement élevées: 13,4°C à Beauvechain, 13,1°C à Chièvres, 12,9°C à Uccle, 12,4°C à Bierset, 12,0°C à Gosselies… 
 
Après un décembre extraordinairement sombre, l’ensoleillement est à nouveau exceptionnellement bas pour ce mois de janvier. A cela s’ajoute une douceur persistante qui le fait sortir des normes.
 
Bilan pour Uccle (source: RTBF, données de l’IRM).

 

La Chandeleur est par contre, comme le dit l’adage, une période charnière: l’Hiver (re)prend enfin vigueur, et de la neige est observée les 1er et 2 février en Ardenne, avec localement plus de 10 cm d’acumulation. Le Condroz et le sud de la Hesbaye blanchissent légèrement à la faveur des plus fortes averses poussées dans un flux de nord-ouest à nord. Les jours suivants restent froids mais parfois beaux.

Coucher de soleil sur les Hautes-Fagne le 5 février (auteur: A. Papapanayotou).

 

Le 6 février, un front chaud se coince sur le sud du pays. Une zone neigeuse subsiste pendant toute la journée le long du sillon Sambre-et-Meuse, donnant de 5 à 10 cm de neige (7-8 cm dans l’est du Namurois par exemple) sous des températures négatives tout au long de la journée. La nuit suivante, les températures descendent localement jusqu’à -5°C. 
 
Le front bloqué sur la Wallonie (source: IRM).
 
 

La nuit du 7 au 8 février est froide. Au petit matin, on relève -16,1°C à Elsenborn, -10,4°C à Dourbes, -9,9°C au Mont-Rigi, -9,1°C à Humain et à Florennes.

Le 9 février au soir et la nuit suivante, une nouvelle perturbation apporte quelques centimètres de neige, essentiellement au sud du sillon Sambre-et-Meuse.

En fin de nuit et en début de matinée du 16 février, le verglas consécutif à la mise en gel de l’eau tombée la veille pose des problèmes par endroits.

24 février au 1er mars – vague de froid

Entretemps, début février, le vortex polaire a éclaté dans la stratosphère. En l’espace de deux semaines, ses effets se communiquent à la troposphère et le temps se refroidit nettement à partir du 24 février, avec l’établissement d’un puissant anticyclone sur le nord de l’Europe et un flux d’est continental bien froid sur nos régions. Les minimales tombent sous -10°C à plusieurs reprises en Ardenne, une ou deux fois sur le centre du pays et selon les stations. C’est le 28 février qu’il fait le plus froid en de nombreuses stations du pays, avec des minimales de -14 à -18°C en Ardenne.

 
 
Le 26 février, une zone neigeuse inattendue se déplace du Limbourg au Hainaut sur un couloir étroit: il tombe entre 5 et 10 cm de neige sur la Hesbaye alors que Bruxelles et Namur sont épargnés.
 
Situation du 28 février au soir. On note l’énorme front chaud annonciateur du redoux sur la Méditerranée (source: KNMI).

 

Le mois de février qui se termine marque une rupture complète avec décembre et janvier: très anormalement ensoleillé, anormalement sec et anormalement froid. Le soleil aura en effet été le roi de la météo belge durant ce mois.

Le 2 mars, le redoux atteint la Belgique sous la forme d’un front chaud. L’air devient plus doux en altitude, surplombant de l’air toujours bien froid dans les basses couches. Des pluies verglaçantes gagnent ainsi la Belgique depuis la frontière française en matinée, causant des embarras de circulation. Par la suite, un front froid rejoint le front chaud sur notre pays, formant ainsi une occlusion et refermant de fait le secteur chaud. L’air redevient progressivement froid à tous les étages, et la pluie verglaçante se change en granules de glace puis en neige dans l’après-midi, menant à une accumulation de quelques centimètres.

Schéma illustrant la situation particulière de ce 2 mars (auteur: Info Meteo).

 

Dans les jours qui suivent, la douceur marque le début du printemps météorologique. A la faveur d’un flux de sud au-devant d’un front froid qui ondule sur la France et la mer du Nord, un orage fort pluvieux mais peu actif électriquement se déplace du Hainaut jusqu’à la Zélande la nuit du 10 au 11 mars. Quelques inondations locales sont signalées en Wallonie picarde. Le 11 mars, les maximales atteignent les 15°C en de nombreuses régions.

Du 18 au 21 mars, alors qu’il faisait bien doux les jours précédents, le temps redevient remarquablement froid, avec de temps en temps un peu de neige. La nuit du 19 au 20, il fait -9,2°C à Elsenborn. Le 20 au matin, il ne tombe qu’un centimètre de poudreuse grand maximum sur la province de Liège, mais ça suffit à générer pas mal de problèmes de circulation.

Le mois de mars qui s’achève a été un peu plus frais que la normale (à la limite de l’anormalité).

Le 8 avril est très chaud pour la saison. On relève 24,0°C à Uccle et à Gosselies.

Le 14 avril, des orages modérés éclatent sur la région lilloise et le Brabant wallon. Sur la province brabançonne, on observe quelques chutes de grêle.

A partir du 18 avril, la chaleur fait son retour. Le 19, on frôle les 30°C par endroits – il fait 28,1°C à Uccle. Le 22 avril, plusieurs foyers orageux faibles à modérés sont observés ça et là. Pour plus d’information, voire l’article de notre partenaire Belgorage.

29 avril – Première dégradation orageuse d’envergure

La situation météo du dimanche 29 avril est particulière. Un thalweg d’altitude sur l’ouest de la France guide une dépression de surface en creusement vers nos régions. Son secteur chaud lèche à peine l’est du pays; sur le centre cette masse d’air chaud est décollée du sol par une pellicule d’air maritime frais où souffle un vent de nord à nord-est. Ainsi dans le Namurois, le temps avant les orages était relativement frais, très humide, avec de la brume par endroits (maximales autour de 15°C à Namur). Le cisaillement des vents est de plus bien marqué, tandis qu’une convergence très nette se dessine le long du pseudofront chaud (représenté sur la carte par une plume rouge), au devant du noyau dépressionnaire. Ainsi, ce sont surtout ces éléments dynamiques forçant l’ascension des masses d’air qui ont expliqué l’intensité des orages (surtout sur le centre du pays), et ce alors que l’instabilité est restée modérée. C’est une situation typique de pointe d’air chaud, comme nous l’avions expliqué récemment.

Carte des fronts du 29 avril 20h00 (source: KNMI).

Ce pseudofront est le siège d’un premier orage modéré sur la province de Namur en fin d’après-midi. Puis en début de soirée, un puissant système orageux arrive de France par la pointe de Givet et fonce jusque l’est de la Flandre via le Namurois et l’est du Brabant wallon. L’activité électrique est impressionnante sur fond de ciel livide (jusqu’à un éclair toutes les 2 à 3 secondes) et de très fortes rafales sont localement observées. Ce système hybride présente les caractéristiques d’un echo en arc mais aussi une possible supercellule en son sein. Cette cellule particulière déclenche une tornade qui se déplace entre Dion (Beauraing) et Crupet (Assesse), atteignant une force F2-F3 près de Waulsort. Côté français, l’écho en arc a engendré d’énormes dégâts entre Aube et Ardennes (source: Kéraunos).

Evolution du système orageux sur le Namurois de 20h15 à 20h45 (source: Kachelmann).

En soirée, d’autres forts orages multicellulaires remontent du sud au nord sous la forme d’un rail de foyers à travers l’est de la province de Liège, le Luxembourg et l’ouest de l’Allemagne. Des grêlons de 2 à 3 cm sont observés localement sous ces cellules. Dans l’ensemble, cette dégradation d’ampleur est assez précoce pour la saison.

Les précipitations récoltées sur 24 heures sont localement remarquables (et pas uniquement dues aux orages du soir): entre le 29 8h00 et le 30 8h00, on relève 47 mm à Schaffen, 40 mm à Wartet (source: Info Meteo), 39 mm à Spa et 38 mm à Ernage. Aucune rafale de vent de plus de 90 km/h n’a été mesurée sur le réseau officiel, toutefois des dégâts portés aux bâtiments et à la végétation laissent penser que cette vitesse a été largement dépassée localement sur les communes de Beauraing, Hastière, Onhaye, Dinant, Yvoir et Assesse.

Lien vers l’article de Belgorage à ce sujet: ICI

Le lendemain 30 avril, le temps est d’abord calme, puis devient pluvieux et très frais dans l’après-midi (6°C sur le Namurois vers 18h00). Le vent se fait très présent avec des rafales jusqu’à 80 km/h localement.

Le mois d’avril a été très anormalement chaud, affichant un excédent thermique de +3,1°C à Uccle.

 

L’Islande : paradis des hivernophiles

Terre de glace, d’air frais et pur, de feu et de volcans, l’Islande est sans aucun doute le pays des amateurs de nature sauvage et sans limite… C’est avec plaisir que je me suis rendu dans ces contrées lointaines et que j’écris aujourd’hui ce billet essentiellement axé sur le climat et la météo locale particulièrement sauvage de ce pays, à l’image de ses paysages ! 

On ne va pas en Islande pour chercher la chaleur et le beau temps fixe pendant des semaines certes. Mais pour ceux qui étaient en manque de soleil après les semaines de grisaille que l’hiver belge peut fournir, ce n’est pas une mauvaise solution non plus ! En effet, les crêtes anticycloniques et dépressions se succèdent dans l’Atlantique nord et puisque l’Islande se trouve en plein milieu de celui-ci, au niveau du cercle polaire arctique, c’est l’endroit rêvé pour observer différents éléments se déchaîner. Cependant après la pluie (ou la neige) vient le beau temps, c’est bien connu et l’Islande n’échappe pas à cet adage. C’est d’ailleurs plus vrai encore dans ce pays où les anticyclones ne restent pas coincés pendant une semaine entière dans une position défavorable. Cela évite la formation de nuages bas persistants comme chez nous en novembre/décembre. Tout ça pour dire que le soleil fait partie intégrante de la vie des Islandais et que si jamais il n’est pas au rendez-vous, attendez quelques minutes ou une journée tout au plus et il se montrera. 

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Chroniques météo de 1991 à 2000

 
Retrouvez ici les grandes dates de la météorologie belge de 1991 à 2000.
 
Année 1991

Février 1991 est marqué par une vague de froid. Elle dure du 3 au 15 février et voit les températures passer sous les -10°C certaines nuits. Le 7 février, on mesure -15°C à Reims, -13,1°C à Uccle, -12,3°C à Middelkerke et -20,8°C à Libramont. Cette vague de froid est liée à l’émergence début février d’un puissant anticyclone sur la Scandinavie. Une goutte froide se déplace sur le flanc sud de cet anticyclone et se stabilise sur nos régions, donnant des chutes de neige importantes pendant plusieurs jours. Le 8 février, la neige provoque pas mal d’embarras de circulation sur le Brabant wallon. La nuit du 10 au 11 février, c’est au tour des provinces de Namur et de Luxembourg de recevoir une dizaine de centimètres de neige. On mesure 17 cm de neige à Uccle le 14 février à la faveur d’un conflit entre l’air continental et l’air maritime polaire arrivant. Le 15 février, le redoux s’accompagne de vents forts, de neige puis de pluie qui provoquent de gros problèmes de circulation. Des congères de deux mètres sont observées dans le Brabant wallon.

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Des orages estivaux « sans chaleur »: comment est-ce possible?

17 juin 2012 en fin d’après-midi, quelque part dans un train entre Charleroi et Namur.

« Alors, prêt pour l’examen d’AGERU* de demain?

– Ouaip, ça devrait aller. Dans l’ensemble, je maîtrise. Mais je pense rebosser un peu ça ce soir. En plus, il y a un risque d’orages, donc ça me tiendra éveillé.

– …un risque d’orages? Mouais c’est vrai que je l’ai entendu à la radio, mais ce serait quand même surprenant!

– Bah avec cette dépression qui remonte, on ne sait jamais… »

 
Coup d’œil à moitié convaincu par la fenêtre du train. Quelques altocumulus aplatis garnissent le bleu du ciel. Ambiance assez fraîche et légère pour une journée de juin, une vingtaine de degrés au meilleur de l’après-midi. Absolument pas pré-orageux. 

 

« Enfin on verra. Peut-être des orages faibles à modérés… »

 
Fin de soirée. Cours rangé, prêt pour demain. Bon, voyons ces orages… Il y a bien quelques foyers sur l’ouest de la France, bien loin. Bon, laissons la fenêtre ouverte, on verra bien…
 

6h55. Grondement sourd parmi les rêves. Le tonnerre sans doute… le tonnerre!? Réveil brutal. Il pleut dans le kot. Deuxième grondement. Ca gronde même en continu. La tête par la fenêtre, le ciel gris-beige scintille. Un grand éclair zigzague au-dessus des toits de Namur. Les nuées filent à une vitesse réellement dantesque. C’est déjà en train de se terminer. Coup d’oeil au radar: un grand système orageux, MCS dans le jargon météo, est en train de traverser le pays. Un peu plus tard, la radio énumère les dégâts et les inondations sur les chaussées. Le temps est redevenu léger, le même qu’hier…

*Analyse et gestion des espaces ruraux et urbains (cours de troisième bac de Géographie aux FUNDP)

 

Ces propos ont été tenus et vécus par l’auteur de cet article, qui à l’époque n’avait pas encore fait le tour de toute la mécanique atmosphérique et de ses multiples rouages. Comme d’autres encore aujourd’hui lorsque ce cas de figure se reproduit, il s’était alors interrogé sur le pourquoi de ces orages, et surtout, sur un élément qu’il croyait clé et qui manquait alors à l’appel: où est passé l’habituelle chaleur lourde annonciatrice? ». Ceci montre à quel point, dans l’imaginaire commun, un orage se précède de chaleur. Or, et spécialement en Belgique, c’est loin d’être toujours le cas.

On vous a déjà parlé d’orages d’hiver ou d’orages de traîne en été, soit des orages où la chaleur n’est pas réellement présente. Et encore, la chaleur est une question relative: dans un cas classique de traîne ou d’hiver, on peut parler de « chaleur » près du sol avec 5, 10 ou 15°C lorsqu’on se retrouve avec des températures glaciales en altitude, du genre -30 ou -40°C. Bien que ça arrive, ces orages sont rarement violents.

Ensuite, il y a les orages d’été qu’on dira « typiques »: ceux qui surviennent lorsqu’un front ou une ligne de convergence vient buter contre une masse d’air chaud et humide, génératrice d’une atmosphère moite qui nous fait dire que « ca va finir par craquer ».

Et puis, il y a la situation exposée dans la petite narration introductive, à savoir de violents orages, souvent nocturnes ou très matinaux, qui ne s’annoncent pas par cette chaleur lourde. Dans les meilleurs cas, on a un air léger, assez frais et un assez beau temps le jour qui précède, et ce même type de temps le jour qui suit, comme ce fut le cas pour l’offensive du 18 juin 2012. Parfois, il arrive même qu’il fasse bien plus chaud après les orages, alors que le temps de la veille était tout à fait quelconque. Ces orages sont particulièrement sournois pour la personne non avertie (comprenez, celle qui ne passe pas son temps à regarder les radars) car ils se produisent alors que rien ne semblait indiquer leur survenue.

Dans un premier temps, nous allons passer en revue quelques situations orageuses qui ne se sont pas annoncées par de la chaleur, le tout accompagné d’une analyse la plus précise possible de la situation atmosphérique qui les a engendrés, puis nous en tirerons quelques points communs.

 

Arrivée tardive du secteur chaud: quand il s’agit simplement d’une question de timing

A noter qu’on peut aussi parler de configuration de coin d’air chaud, tant la région qui connait cette situation se retrouve à l’étroit entre le front chaud et le front froid.

Rappelons d’abord que le secteur chaud est le triangle formé entre le front chaud et le front froid.

Schéma d’une situation classique de secteur chaud.

Ce cas de figure d’arrivée tardive du secteur chaud est relativement simple à comprendre et arrive régulièrement. Il s’agit de l’arrivée du secteur chaud instable d’une perturbation deux à trois heures maximum avant l’orage, et dont on a à peine le temps de sentir les effets. La situation du 18 mai 2006 à 1h00 illustre assez bien cela. Sur la carte ci-dessous, on voit un secteur chaud occuper la Belgique. On voit que le front chaud vient de traverser la Belgique, en cours de soirée du 17 mai. A l’heure de l’analyse, c’est une ligne de convergence qui concerne le pays, sur laquelle prennent place les orages parfois intenses observés cette nuit-là.

Situation atmosphérique de surface à 1h00 le 18 mai 2006 (source: KNMI).

Pour observer le passage des différents éléments, faire appel aux observations météorologiques des stations officielles est intéressant. Voici les relevés pour Charleroi les 17 et 18 mai. Attention que le sens temporel va du bas vers le haut, et exprimé en temps universel. Il faut donc rajouter deux heures pour avoir l’heure d’été belge. A 23h00 TU (donc 1h00 localement), on observe le vent tourner progressivement de l’est-sud-est au sud, tandis que la température connait une petite hausse. C’est l’arrivée du front chaud. A 0h00 TU (2h00 locales), la température affiche donc plus de 17°C, ce qui est relativement doux pour une nuit de la mi-mai. Avant cela, la journée a été assez douce pour la saison, avec une maximale de 21,1°C. Le temps a oscillé entre éclaircies et ciel couvert, avec même quelques ondées dans le courant de la soirée. Rien qui semble annoncer les orages, puisque nous sommes à ce moment-là dans de l’air maritime. L’air plus chaud arrive en cours de nuit avec le front chaud, « rafraîchi » par l’heure tardive, suivi à peine quelques heures plus tard par la ligne de convergence et les orages qu’elle porte. Le front froid passe quant à lui en tout début de matinée.

Relevés météorologiques de la station de Gosselies les 17 et 18 mai. Cliquez sur l’image pour l’agrandir (source: Ogimet).

Ce genre de situation est donc une première manière qu’a la météo de dissimuler l’air chaud et humide que l’on peut rencontrer avant les orages. Avec une arrivée tardive en soirée ou en cours de nuit, l’air chaud ne donne pas d’après-midi « lourde ».

A noter que, plus on se dirige vers le coin du secteur chaud, plus on évolue vers une situation de pointe d’air chaud ou de point triple. Nous parlerons de ces configurations plus loin.

Schéma d’une arrivée tardive du secteur chaud.

La situation ondulante: jeu (parfois) dangereux

Cette configuration, que l’on peut aussi définir comme une situation de front ondulant, apparaît lorsqu’un front vient onduler sur nos régions ou près de celles-ci. Seules quelques situations ondulantes ne donnent pas de chaleur avant les orages.

Il convient ici de (re)préciser ce qu’on entend par front ondulant. En météo, un front est dit ondulant lorsque celui-ci ne progresse pas vraiment, et semble stagner sur la région sur laquelle il se trouve. Puisque les mouvements des masses d’air sont lents de part et d’autre du front, il est difficile d’identifier quelles sections sont à caractère de front froid et quelles sections sont à caractère de front chaud. Dès lors, les cartes météorologiques tendent à les représenter comme une succession de petits fronts chauds et froids alignés.

Le front ondulant, d’où le nom de la situation, se présente en travers ou très près de la région concernée. Ce front se déplace en crabe, donc parallèlement à son orientation, de telle sorte qu’il ne progresse ni ne régresse pratiquement pas. Cependant, ce front peut être déstabilisé, avec la présence de plusieurs ondes dépressionnaires, voire de dépressions, dont la taille est relativement petite (de l’ordre de la centaine de kilomètres) et qui ne sont pas toujours représentées sur les cartes des fronts classiques. C’est pourquoi il faut souvent mener une analyse à « mésoéchelle » (=échelle moyenne), d’où le fait que l’on parle parfois de mésodépressions pour caractériser les petits noyaux de basse pression qui se promènent le long du front. On observe un vent au sol de sud à sud-ouest lorsque le front se trouve un peu au nord ou au nord-ouest de la région concernée. Lorsque le front se trouve au sud ou au sud-est, on observe un vent au sol d’est ou de nord-est.

Schéma représentant une situation ondulante « classique ».

Le front peut ainsi être « sage » dans un premier temps, apportant un ciel bouché et même de la pluie, avec une température qui ne s’élève pas, restant autour de 20-22°C. Cependant, une certaine lourdeur de l’air peut mettre la puce à l’oreille. En effet, un air chargé en humidité, même peu chaud, peut être un carburant très puissant pour l’alimentation des orages. Ceux-ci peuvent venir à la faveur d’une mésodépression ou encore d’une ligne de convergence des vents de surface, et peuvent être très violents.

Lorsque le front ondulant est orienté grosso modo ouest-est (voire sud-ouest – nord-est dans certains cas particuliers) en travers de nos régions et en défilant vers l’est, il s’accompagne d’autant plus d’humidité qu’il est passé sur la Manche avant d’atteindre nos régions. On peut ainsi parler de situation ondulante de Manche, ou encore de front ondulant de Manche. Par dessus, on trouve souvent une branche de Jet-stream particulièrement active, elle aussi orientée ouest-est ou sud-ouest – nord-est. La virulence de cette branche est responsable du danger que peut représenter une configuration pareille qui peut être à la base d’orages peu étendus mais extrêmement violents, comme ce fut le cas le 3 août 2008 avec la tornade de Hautmont, près de la frontière franco-belge.

Cette date est d’ailleurs prise en exemple pour décrire cette configuration. L’analyse au sol du 3 août à 20h00 (voir carte ci-dessous) montre donc un front qui ondule sur la Manche et le nord de la Belgique. Ce front a circulé en crabe sur nos régions toute la journée, donnant un ciel chargé avec peu d’éclaircies et une série de pluies régulières ou d’averses parfois déjà orageuses. Le vent a soufflé de sud-ouest tout au long de la journée. Côté températures, on note des maximales peu élevées (21,9°C à Charleroi, 22,7°C à Bierset, mais avec une ambiance assez lourde) et, par ailleurs, la température ne varie pas réellement tout au long de l’après-midi et de la soirée. Au niveau de la Manche justement, on distingue une petite ondulation, marquant une mesodépression. Pour autant, on ne peut pas réellement parler d’une situation de secteur chaud. L’ensemble est ici bien plus petit que la disposition que l’on peut trouver avec cette autre situation.

Cette petite ondulation va traverser nos régions en soirée. Ainsi, à 23h00, elle est centrée du côté de Quiévrain, alors que quelques kilomètres au sud-est, la tornade vient d’achever ses ravages à Hautmont et Maubeuge.

Ce que la carte ne montre pas, c’est que la langue d’air qui circule juste au sud du front, donc au niveau de Hautmont mais aussi de la Wallonie, est d’origine maritime tropicale. La chaleur est ici cachée par l’importante humidité de l’air, puisqu’une masse d’air très humide contient en quelque sorte plus d’énergie pour les orages qu’une masse d’air plus sèche à la même température. En ce 3 août 2008 donc, seule une certaine lourdeur de l’air aura éventuellement intrigué les observateurs attentifs.

Analyse de surface du 3 août 2008 à 20h00 (source: KNMI).

A noter que, la même année, le 10 juillet a vu se produire de forts orages très pluvieux dans la région de Charleroi notamment. Ces orages ont également été engendrés par une situation ondulante originaire de la Manche, à la fin d’une journée grise et légèrement pluvieuse, le tout sous des températures maximales peu estivales (21,1°C à Gosselies, 21,8°C à Bierset). 

La situation du front ondulant incliné: le comportement sournois des « pentes frontales »

Une première chose qui peut être dite dès ici est que ce genre de configuration de l’atmosphère est fréquent en Belgique et à la base d’un bon nombre d’épisodes orageux violents survenus depuis le début de ce siècle. A la base, on peut l’assimiler à une situation de front ondulant un peu particulière. En anglais, on parle de « tilted front » pour décrire cette situation, ce qui peut être traduit en français par « front incliné ».

En fait, il est ici nécessaire d’évoquer ce qu’on appelle la « pente frontale ». Le front que l’on dessine sur les cartes météos n’est jamais que la base de cette pente frontale, soit son contact avec le sol (la trace du front). Or, plus on s’élève, plus on a tendance à trouver cette limite entre froid et chaud en décalé de la trace. L’air chaud a tendance à se retrouver par dessus l’air froid. Dès lors, dans un front ondulant classique et lorsqu’on effectue une coupe, on se retrouve avec une situation semblable à ceci:

Coupe à travers un front ondulant « classique ».

Dans certains cas, et particulièrement lorsque le front ondulant stationne dans nos parages, la pente peut devenir très inclinée, pratiquement plate. Dans ces cas-là, on se retrouve avec une trace du front au sol qui peut être très éloignée de la position frontale en altitude. Chez nous, on a ainsi observé des décalages de plus de 200 km. Dès lors, la situation de front ondulant incliné ressemble à peu près à ceci:

Coupe à travers un front ondulant incliné.

 

14 juin 2003


Cet épisode remonte, mais illustre parfaitement toute la surprise que peuvent générer des orages ne s’annonçant pas par de la chaleur. Les jours précédents ont en effet connu un temps certes agréable pour une mi-juin, mais sans chaleur excessive. Ainsi, si on prend les maximales du 13 juin, on note 24,3°C à Charleroi, 24,9°C à Uccle ou 23,9°C à Bierset. Comme cela arrive souvent, la Lorraine belge connait des températures plus élevées.

L’analyse de la situation en surface du 14 juin 2003 à 8h00 locales montre un front ondulant qui, depuis la veille, stationne au sud de la Belgique. On remarque aussi la présence d’un faible mais vaste anticyclone au nord de nos régions. Cet anticyclone est important car il permet à l’air maritime de s’infiltrer dans les basses couches jusqu’au niveau du massif ardennais. De fait, pendant vingt-quatre heures, le vent s’est maintenu de nord-nord-est à est-nord-est dans la plupart des stations officielles au nord de l’Ardenne, à quelques hiatus temporels près. Enfin, autre chose et non des moindres, la présence d’un creux d’altitude (trait bleu gras) qui approche nos régions par l’ouest. Ce petit creux va servir de détonateur pour générer les orages du jour.

Analyse de surface du 14 juin 2003 à 8h00 locales (source: KNMI).

L’analyse de quelques sondages atmosphériques révèle des choses très intéressantes. Celui de Trappes, près de Paris, ne montre rien d’anormal, avec cependant la confirmation que toute l’épaisseur de la troposphère est conforme avec ce qu’on peut attendre dans une masse d’air tropical continentale; Trappes est en effet au sud du front. Celui d’Essen, dans le nord-ouest de l’Allemagne, montre les caractéristiques d’une masse d’air maritime, même si une petite influence de l’air chaud en altitude est noté vers 2100 mètres d’altitude. Essen est en effet au nord du front, et en altitude, son influence commence à se faire sentir.

Celui d’Idar-Oberstein (sud-ouest de l’Allemagne) montre par contre que l’arrivée progressive d’air doux donne un véritable mille-feuille, avec un premier maximum vers 700 mètres d’altitude: à 2h00, on note 17,2°C, et à 8h00, il y fait 18,2°C. A 8h00 toujours, on trouve un second maximum autour de 480 mètres (16,2°C) et troisième maximum vers 1700 mètres, avec 13,8°C, alors que l’air est légèrement plus frais en-dessous. A noter que cette valeur de 13,8°C est particulièrement élevée à une telle altitude, même en juin. C’est là que réside l’aspect de « chaleur cachée »: une température de 14°C à cette altitude, dans une atmosphère normale, trouverait un équivalent d’une trentaine de degrés au niveau du sol. Or, au niveau du sol justement, l’air est plus frais, autour de 13°C vers 8h00.

Compte tenu de la localisation de ces sondages et de leurs résultats, on peut penser que la structure de l’air au niveau de la Wallonie – concernée par les orages – est assez semblable à celle observée à Idar-Oberstein. On y trouve d’abord de l’air frais près du sol, avec un vent de nord-est à est, avec une température de 16-17°C. Quelques centaines de mètres plus haut, le vent tourne progressivement au sud, puis à l’ouest encore plus haut, et l’air garde la même température, voire s’élève légèrement, alors qu’elle devrait au contraire commencer à baisser. Relativement et en tenant compte de la décroissance qui devrait être observée, la température est donc plus élevée quelques centaines de mètres plus haut qu’au niveau du sol. Toutefois, cette configuration est loin d’être la plus prononcée.

Le système orageux qui concerne violemment nos régions ce matin-là a eu une durée de vie importante: plus d’une vingtaine d’heures! Cela lui permet de se déplacer de son lieu de naissance en Manche au nord de la Bretagne jusqu’au niveau de la Hongrie. Grosso modo, ce système orageux (MCS dans le jargon) s’est déplacé sur le nord du front ondulant, là où il a rencontré tout au long de son trajet des conditions semblables à celles observées en Belgique.

Accumulation de l’activité électrique le 14 juin 2003 (source: Wetterzentrale).

Au niveau de nos régions, ça donne à peu près ça. La résolution du radar est loin d’être optimale, mais on y décèle un semblant de ligne de plus fortes intensités courbée dans la partie avant de l’ensemble. Il se pourrait qu’il s’agisse d’un écho en arc, ou encore d’un LEWP (structure en vagues), des structures orageuses reconnues pour leur grand potentiel venteux.

Animation radar de la journée du 14 juin 2003 (source: KNMI).

 

8 juin 2014

Cette date présente sans doute la plus belle situation de front incliné de ces dernières années. Tout d’abord, un front ondulant se place sur le nord-ouest de nos régions, grosso modo parallèlement à la côte. Pourtant, ce qui saute aux yeux lorsque l’on regarde les relevés des stations officielles à l’intérieur des terres, c’est qu’on constate que le vent au sol s’est maintenu au nord ou au nord-est tout au long de la journée. Côté températures, on note des maximales autour de 26°C. C’est estival, mais pas non plus extrême. Sur la Lorraine belge, il fait cependant plus de 30°C, avec un vent de sud-ouest. En d’autres termes, il existe une pellicule d’air maritime près du sol qui se propage jusqu’au massif ardennais, surplombée par de l’air sec et relativement plus chaud. A la limite sud de la pellicule maritime, sur le massif ardennais donc, on trouve un pseudofront ondulant, avec un vent de nord-est au nord de cette limite, et un vent de sud-ouest au sud. Au-dessus de tout cela, le vent souffle de secteur sud-ouest en altitude. C’est à proximité de ce pseudofront que se développent de violents orages en soirée et en cours de nuit suivante. Ils défileront ainsi de Philippeville au sud de Liège via Ciney, donnant par endroits de fortes chutes de grêle. Voir le dossier sur ces orages: 7-10 juin 2014: un épisode orageux très inhabituel

Il est à noter qu’avec le refroidissement nocturne classique de l’air près du sol, front et pseudofront n’étaient plus identifiables au niveau du sol. Par contre, dès les premières centaines de mètres d’altitude, ces structures réapparaissaient très clairement.

Situation en surface le 8 juin 2014 à 20h00 (source: KNMI).

En résumé, la situation du front incliné se caractérise par une couche d’air relativement plus chaud en altitude (comprendre par là que l’air est bien plus chaud que ce qu’on devrait trouver à cette altitude), et une mince pellicule d’air maritime plus « frais » et humide près de sol, en général entre 0 et 1000 mètres d’altitude. En journée, la base de cette couche peut toutefois fortement se réchauffer. Ainsi, l’orage du Pukkelpop le 18 août 2011 a été engendré, entre autres, par une situation de front incliné avec une base de la pellicule d’air maritime fortement réchauffée. La nuit, cette base peut se refroidir, parfois assez fortement, compliquant encore plus la structure verticale de la troposphère, et pouvant rendre l’identification des structures très difficiles durant les heures nocturnes.

Le vent a également un comportement très particulier avec l’altitude. Près du sol, dans la pellicule d’air maritime, il souffle de nord-ouest, de nord, de nord-est ou d’est. Au-dessus, dans l’air chaud, il souffle de sud, de sud-ouest ou d’ouest. Ceci engendre des cisaillements de vent extrêmement importants qui ne font que renforcer les cellules orageuses. Ce schéma est valable si le front principal est un peu au nord ou au nord-ouest de nos régions. S’il est au sud, on retrouvera un vent au sol venant grosso modo de l’ouest.

Cette configuration est liée à la présence de pressions plus faibles sur le continent ouest-européen et de pressions plus anticycloniques sur la mer du Nord. Dans les cas les plus rodés, on a même un unique petit anticyclone de faible épaisseur, dit anticyclone thermique, sur la Mer du Nord et qui pousse l’air maritime sous l’air chaud, en direction de l’intérieur des terres.

Cette interface pellicule maritime – couche d’air chaud et sec par dessus est un facteur aggravant d’une situation orageuse. Il y a ici un phénomène d’inversion qui coince toute tentative de convection dans la basse couche humide. Le ciel reste donc assez clair tant que cette inversion tient, avec juste quelques petits cumulus ou altocumulus aplatis qui ne semblent rien annoncer de terrible. Toutefois, si la pellicule d’air maritime finit par chauffer fortement ou si un forçage comme un front, une dépression ou une ligne de convergence des vents se met en place, la force engendrée par les tentatives d’ascension de l’air de la pellicule maritime peut devenir telle que cette seule force finit par rompre l’inversion. Dès ce moment, l’air peut s’élever librement sur des kilomètres d’altitude au droit de cette rupture, engendrant d’énormes cumulonimbus très vigoureux, responsables d’orages tout aussi violents.

Dans l’ensemble, il semble que cette situation de front incliné se produise assez régulièrement en Belgique.

Schéma d’une situation de front ondulant incliné.

La situation de la pointe d’air chaud: quand la surprise est (quasi) totale

A noter que nous pourrions aussi parler d’orages d’onde dépressionnaire, de tête d’onde… Il n’y a pas réellement de terme tout trouvé, mais le concept de pointe d’air chaud nous semblait plutôt adéquat pour illustrer le plus clairement possible ce mécanisme. Signalons que la situation « de pointe » est plus rare que celle du front incliné, car le placement des différents éléments doit ici être d’une précision quasi chirurgicale. Cette situation est par ailleurs une des plus difficile à prévoir, mais a été à la base de quelques uns des plus violents épisodes orageux nous ayant concerné depuis le début de ce siècle.

 

20 juin 2002: un cas d’école


Cet épisode est très particulier car l’auteur de ce dossier l’a vécu et en garde un souvenir très vif. Alors enfant et presque angoissé par la violence et la durée de l’orage qui éclatait cette nuit-là, il en avait oublié par la suite le caractère sournois, la journée de la veille ayant été très quelconque météorologiquement parlant (température maximale de 22,6°C à Charleroi le 19). Par contre, une canicule avait opéré pendant quelques jours, jusqu’au 18. Cet épisode orageux reste pour l’auteur, encore aujourd’hui, l’un des plus violents qu’il ait vécu.

A noter que nous avions réalisé un article sur ces orages voici deux ans: 20 juin 2002: brasier électrique sur la Belgique

Il est donc intéressant de noter que le 18 juin, malgré une forte chaleur et l’arrivée d’un front froid, n’a vu que très peu d’orages se produire. Il faudra donc attendre 36 heures avant que ce soit le cas, mais à ce moment, la chaleur n’était plus là, ou tout du moins avait-elle été dissimulée à nos yeux…

L’analyse de surface ci-dessous est réalisée par l’IRM pour le 20 juin à 2h00. On y voit un front chaud et un front froid dessinant un large secteur chaud, avec une pointe alors située sur la région parisienne, mais se rapprochant rapidement de notre pays: d’ailleurs, le front chaud en travers du pays montre que l’invasion a déjà commencé à cette heure, en même temps que les premiers orages. La pointe se retrouvera peu après sur notre pays, marquant alors une dépression en cours de creusement, ce qui a probablement renforcé la dynamique atmosphérique. Il faut donc comprendre que le 19, nous étions dans de l’air maritime humide, et que nous sommes à nouveau retrouvé dans cet air dès la matinée du 20. Entre les deux, un passage bref et inaperçu de l’air tropical en altitude, à la base d’orages violents qui eux sont loin d’être passés incognito.

La carte ne le montre pas précisément, mais les masses sont un peu plus anticycloniques sur la Mer du Nord, ce qui engendre un faible vent de nord-est dans les basses couches au niveau de nos régions, permettant à l’air maritime d’entrer loin à l’intérieur des terres.

Analyse de surface le 20 juin 2002 à 2h00 (Source: IRM).

A nouveau, l’étude de quelques sondages atmosphériques nous montre l’ampleur de la machinerie. C’est le sondage d’Idar-Oberstein, dans l’ouest de l’Allemagne, qui est le plus parlant. Si on note une température assez classique dans les plus basses couches, c’est surtout la présence d’une température de 19,2°C à 886 hPa (1213 mètres) qui saute aux yeux. Une telle température à cette altitude en juin, c’est énorme. On devrait plutôt y trouver des températures de 12-13°C. En d’autres termes, on a une langue d’air relativement bien plus chaude que l’air en dessous, cette langue n’étant rien d’autre que la masse d’air pointue du secteur chaud en-dessous de laquelle se trouve Idar-Oberstein à cette heure. On notera, marquée par la ligne bleue, une décroissance très rapide de la température avec l’altitude, matérialisant une instabilité très forte dans les couches moyennes de la troposphère.

Températures relevées par le sondage de Idar-Obrestein de 2h00 le 20 juin 2002 (source: University of Wyoming).

De plus, cette langue d’air chaud n’est pas identifiable douze heures plus tôt. Vers 1200 mètres, on note une température autour de 16°C vers 14h00 le 19. En soi, c’est déjà assez élevé, mais moins que les 19°C qui seront mesurés douze heures plus tard.

Le sondage d’Essen, dans le nord-ouest de l’Allemagne, est effectué lui aussi à 2h00. Cette station est par ailleurs sur la trajectoire des orages qui l’atteindront dans quelques heures. La langue d’air chaud est moins prononcée, le secteur chaud atteignant seulement la région à ce moment-là. De plus, cette station voit passer la pointe plus tard, donc la limite entre air chaud et air froid. Et c’est un troisième sondage, celui de Herstmonceux (sud-est de l’Angleterre) qui permet de comprendre à quelle point cette zone de conflit est importante. Cette station reste pleinement dans l’air maritime à tous les étages, la langue d’air chaud ne l’atteignant pas. A 2h00 le 20 juin, il n’y fait que 7,2°C à 1200 mètres. Pour rappel, Idar, elle dans la langue d’air chaud, mesure au même moment 19,2°C à cette même altitude.

Il est intéressant de voir à quel point les stations officielles belges n’enregistrent absolument pas le passage de cette langue d’air relativement très chaud. Après avoir graduellement baissé en début de nuit, la température se stabilise autour de 16-17°C juste avant les orages et ce dans la plupart des stations. Le vent au sol souffle faiblement de nord-est, aidé par le faible anticyclone sur la Mer du Nord. Pendant ce temps, l’air chaud envahit nos régions plus haut, et servira de pompe à carburant aux cellules orageuses. A ce niveau et plus haut, le vent tourne au sud puis au sud-ouest, produisant des cisaillements de vent extrêmes, permettant aux cellules de se maintenir et de se renforcer. On a donc une superposition entre une pellicule d’air maritime près du sol et de l’air tropical continental juste au-dessus.

Et le résultat est explosif!

Animation radar du 20 juin 2002 (source: KNMI).

Au tout début de l’image radar ci-dessus, on voit un premier système quitter la Belgique par l’est en tangentant le Grand-Duché de Luxembourg. Ce premier système orageux vient de traverser tout le massif ardennais entre 22h00 et 1h00 en donnant environ 11 000 éclairs détectés par le système SAFIR de l’IRM.

Vers 2h00, on voit une deuxième zone orageuse entrer sur l’Entre-Sambre-et-Meuse et y exploser littéralement, se transformant rapidement en un énorme amas orageux qui concerne une grande part de la Belgique. Ce système ira jusqu’à donner plus de 200 éclairs par minutes, notamment entre Charleroi et Chimay. Par succession de cellules orageuses, il tiendra éveillé de nombreux habitants du centre du pays pendant plusieurs heures, s’achevant au petit matin. Les dégâts dus à la foudre sont particulièrement nombreux dans la région de Charleroi, et des inondations sont signalées en de nombreux endroits du territoire.

Et la suite de la journée se déroulera sous un temps grisonnant, avec peu d’éclaircies, quelques bruines et une température maximale de 18,3°C à Charleroi. A peine quatre de moins que la veille…

 

18 juin 2012: le cas « pedigree »


C’est sans doute le cas le plus « pur » de ces dernières années, et pour preuve, cet épisode a réussi à faire douter et surprendre votre serviteur sur sa survenue 🙂 (voir la petite histoire tout au début). Pour ce cas, nous nous basons sur l’analyse réalisée par Belgorage qui a, à l’époque, réalisé un excellent dossier sur ces orages.

L’analyse de surface du 18 juin à 6h00 TU (8h00 locales) montre une configuration classique de la pointe d’air chaud. Une onde dépressionnaire se trouve en plein sur notre pays, avec son secteur chaud très ouvert à l’est et délimité par le triangle front chaud – front froid. A noter que, pour en revenir à notre remarque terminologique du tout début de ce chapitre, on ne peut plus réellement parler d’une onde dépressionnaire, mais bien d’une dépression à part entière, celle-ci étant clairement marquée et identifiée par les champs de pression (le L sur la carte).

Pour terminer cette observation rigoureuse, on signalera que, dans le cas du 18 juin 2012, il n’y a pas eu d’intervention d’anticyclone en Mer du Nord pour pousser l’air maritime dans les terres. Cet air était de facto déjà présent sur nos régions le 17 juin, et s’y est maintenu jusqu’à l’arrivée de la dépression, celle-ci reprenant le rôle de l’anticyclone en maintenant le vent près du sol de nord-est à est sur la Belgique.

Situation en surface le 18 juin 2012 à 8h00.

La veille, le 17 juin, le temps est loin d’être franchement estival. Nous sommes à l’arrière d’un front froid qui a amené de l’air polaire maritime sur nos régions. C’est au long de ce même front, bien plus au sud, que commence à se créer l’onde dépressionnaire qui va amener les orages du lendemain matin. De fréquents passages nuageux sont observables entre quelques périodes de ciel bleu. Les températures maximales tournent autour d’une vingtaine de degrés (20,2°C à Gosselies, 20,0°C à Bierset, 17,2°C à Saint-Hubert…).

Une seule station officielle enregistre le chambardement thermique dont la Belgique est le siège au cours de la nuit suivante. Elsenborn a commencé à se rafraîchir assez fortement en début de nuit, de manière assez classique dans de l’air polaire maritime. A 5h00, on y observe une température de 7,4°C. A 8h00, il y fait 16,9°C, soit une élévation très rapide de la chaleur que le seul lever du jour ne peut expliquer. Il s’agit simplement de l’arrivée du secteur chaud que seule des stations élevées comme Elsenborn peuvent enregistrer. A noter que, pour être rigoureux, on ne peut pas réellement parler de situation de pointe à Elsenborn, mais plutôt d’arrivée tardive du secteur chaud.

Par contre, pour les stations du centre du pays, nous sommes bien en situation de pointe: le vent se maintient au nord-est ou à l’est jusqu’à l’arrivée des orages et la température ne remonte pas avant ceux-ci, se maintenant autour de 13-14°C. On peut donc une nouvelle fois se dire que l’air chaud du secteur chaud plane à quelques centaines de mètres au-dessus du centre de la Belgique, mais que l’épaisseur en-dessous reste dans une fine pellicule d’air maritime. Ceci est confirmé par les sondages atmosphériques des régions voisines qui montrent clairement l’existence d’une pointe d’air très doux à quelques centaines de mètres du sol, large à l’est de nos régions et se terminant sur la Belgique. Son extrémité s’enfonce contre de l’air franchement froid à la même altitude, donnant un contraste thermique particulièrement violent au-dessus de notre pays, mais du sol, nous n’en percevons absolument rien.

Le sondage d’Idar-Oberstein (ouest de l’Allemagne) est très clair à ce niveau, avec de l’air à plus de 20°C vers 900 mètres d’altitude, ce qui est franchement chaud pour cette altitude. Au sol, il ne fait que 12°C. Ce sondage est effectué vers 8h00. A cette heure-là, le système orageux achève de traverser la Belgique et gagne les Pays-Bas.

Sondage d’Idar-Oberstein à 8h00 le 18 juin 2012 (source: University of Wyoming).

Le système orageux qui a concerné la Belgique ce matin-là peut être qualifié de système orageux (MCS) avec écho en arc (bow echo). Il s’agit d’un grand ensemble orageux qui comporte, en son sein, une ligne orageuse très intense et arquée. Cette structure est connue pour son potentiel très venteux, et ce potentiel sera concrétisé ce 18 juin 2012. De nombreux dégâts dus au vent sont signalés, en plus de fortes précipitations et d’une d’activité électrique très soutenue. Le système mettra à peine un peu plus de deux heures à traverser le pays, entre 6 et 8h00.

L’imposant MCS sur la Belgique vers 7h15 le 18 juin 2012. L’echo en arc est très visible sur son flanc est et gagne alors la province de Liège (source: Infoclimat).

Quelques heures plus tard, la Belgique retrouve à nouveau son air maritime polaire, avec un temps mitigé et des maximales inférieures à 20°C dans bon nombre de stations officielles.

 

19 juillet 2015: la version avec un peu de chaleur avant


Les orages que l’on a observé la nuit du 18 au 19 juillet 2015 n’ont pas été très violents. Il manquait un peu de dynamisme en plus pour rendre l’offensive réellement intense. Toutefois, de forts orages ont concerné une petite partie de la province de Luxembourg cette nuit-là, le tout accompagné de pluies non-orageuses parfois abondantes.

Un peu à l’instar de la situation du 20 juin 2002, le passage d’un front froid la nuit du 17 au 18 juin a mis fin à une période de fortes chaleurs. Cependant, ce front est passé en silence, ne s’accompagnant que de quelques nuages. Seules les températures chutent à son passage. Le 18, nous sommes ainsi dans de l’air maritime, mais qui se dénature près du sol en raison d’un assez bon ensoleillement. Les maximales tournent ainsi autour des 25°C. C’est relativement chaud, mais pas extrême non plus.

Cet exemple du 19 juillet 2015 est justement choisi pour montrer que la situation de pointe peut quand même présenter de l’air assez chaud à son avant. Cependant, dans le secteur chaud, l’air est réellement caniculaire, avec des maximales de plus de 30°C enregistrées en France notamment le 18. La nuit suivante donc, la pointe d’air chaud atteint le sud-est de la Belgique, avec une petite dépression en son sein. A la vue de la carte ci-dessous, on pourrait penser de prime abord à une situation de point triple (voir plus loin). Toutefois, le fait que le noyau dépressionnaire soit situé à la pointe du secteur chaud et que le vent soit resté de nord à est pendant plusieurs heures avant les orages dans la plupart des stations officielles permet de cerner que nous sommes bien en présence d’une situation de pointe d’air chaud.

On notera que l’anticyclone de Mer du Nord est plutôt situé sur l’Allemagne, mais son association avec la petite dépression alors sur la France favorise l’établissement d’un flux de nord à nord-est dans les basses couches dès le début de soirée.

Situation en surface le 19 juillet 2015 à 2h00. La pointe d’air chaud se trouve encore près de Paris à cette heure (source: KNMI).

Le sondage de Trappes, près de Paris, montre le passage de l’air chaud à plusieurs centaines de mètres du sol, même si ce passage n’est qu’assez peu prononcé. Ce phénomène s’entrevoit aussi à Essen (nord-ouest de l’Allemagne), avec une remontée de quelques degrés en cours de nuit vers 1000 et 1500 mètres d’altitude.

Les orages qui concernent nos régions cette nuit-là sont donc peu étendus, mais ça ne les empêche pas d’être très électriques par endroits, notamment en province du Luxembourg en fin de nuit. 

Impacts relevés au cours de la nuit du 18 au 19 juillet 2015 (source: Lightningmaps).

A titre d’information, cette situation s’est aussi observée le 25 juin 2008.

Donc, dans la situation de la pointe d’air chaud, on retrouve l’extrémité d’un secteur chaud sur nos régions, marqué par une dépression plus ou moins importante. Dans les basses couches, l’air reste « frais », avec un vent au sol soufflant de nord-ouest, de nord, de nord-est ou d’est. Vers 1-2 km, l’air est plus chaud au-dessus et sur la droite de la dépression, avec un vent de sud, de sud-ouest ou d’ouest. Sur la gauche de la dépression, l’air est froid à ces mêmes 1-2 km. Nous avons donc un important contraste de températures en altitude, dont on ne perçoit rien au sol. La chaleur est donc absente des basses couches, étant rejetée un peu plus haut dans la troposphère, et se résumant grosso modo à une langue coincée entre le front chaud et le front froid.

On notera que, dans ce genre de situation, les orages les plus violents tendent à se placer un peu au devant de la tête d’onde/de la dépression naissante. Cela donne alors parfois l’impression qu’ils sont engendrés par le front chaud, alors que ce n’est pas réellement le cas. Il s’agit juste de l’endroit où l’air chaud afflue vers les orages et là où les cisaillements de vent sont les mieux organisés. De même, cette zone juste derrière le front chaud et à proximité de la dépression est souvent le siège de diffluences en altitude, ce qui entraîne un appel d’air depuis les basses altitudes pouvant entretenir la convection, même si le système voyage dans un environnement de moins en moins instable avec l’avancée de la nuit. Ceci explique pourquoi les grands systèmes orageux bien portants ont tendance à nous concerner la nuit ou en matinée.

Schéma d’une situation de pointe d’air chaud.

Schéma d’un situation de pointe d’air chaud avec front occlus.

L’advection chaude d’Allemagne: un cas particulier

Cette situation requiert un placement des fronts très particulier. Ils sont liés au positionnement d’une dépression sur l’ouest de l’Allemagne ou le Luxembourg, avec un anticyclone loin au nord de nos régions. Cette situation amène de l’air continental chaud à s’engouffrer, en triangle, à travers de l’air maritime bien humide et plus frais. Ainsi, les orages se développent à la pointe de cette arrivée d’air chaud, et avancent en général d’est en ouest ou du nord-est au sud-ouest, de telle sorte que l’observateur voit arriver des orages alors que l’air est loin d’être chaud. Cet air chaud se trouve en réalité derrière. Cette situation peut présenter les caractéristiques d’une situation d’arrivée tardive du secteur chaud, de front ondulant incliné, de pointe d’air chaud ou plusieurs d’entre elles à la fois.

1er juin 2016

Les conditions atmosphériques qui ont été observées ce jour-là sont très particulières. L’auteur de cet article, parti observer les orages avec un membre de Belgorage, l’a particulièrement bien expérimenté. Postée du côté de Landen, notre petite équipe baignait dans un air humide, complètement couvert et de surcroît brumeux, avec une température de 15°C et un vent d’ouest. Là où cela devient très inhabituel, c’est que les orages descendaient progressivement de la Campine, et ne se trouvaient qu’à une dizaine de kilomètres au nord. De ces orages, on ne pouvait entendre que le tonnerre, alors que la brume nous empêchait de voir quoique ce soit en-dehors d’une zone un peu plus sombre au nord. L’équipe percevait alors le côté quelque peu sensationnel de cette situation. Pour mieux la comprendre, il est d’abord utile de regarder aux analyses de surface.

Situation en surface le 1er juin 2016 à 14h00 (source: KNMI)

Un front chaud s’est enfoncé depuis le nord vers la Wallonie, et est responsable du temps couvert que nous connaissons, accompagné de bruines ou de faibles pluies. Pourtant, même après son passage tel que représenté sur la carte, l’air reste très frais et le vent continue à souffler d’ouest. En réalité, la pente de ce front chaud est peu prononcée, presque plate. Elle n’atteint le sol qu’au niveau de la frontière avec les Pays-Bas, de telle sorte que la Flandre et le nord de la Wallonie baignent dans une mince couche d’air maritime très frais, surplombée par de l’air chaud. Le sondage de Beauvechain réalisé à ce moment le montre à merveille, avec de l’air à 14°C au sol, surplombé par de l’air à presque 17°C 500 mètres plus haut. Cela n’a pas l’air très important dans l’absolu, mais en relatif, trouver de l’air à 17°C à cette altitude devrait avoir comme correspondance de l’air à 19-20°C au sol. De plus, le vent d’ouest au sol tourne rapidement au nord quelques centaines de mètres plus haut, puis à l’est à partir de 5 km d’altitude. Ceci donne des cisaillements particulièrement prononcés qui peuvent maintenir, voire renforcer les orages.

Ces orages ont été plutôt mesurés, sauf en début de soirée où certains d’entre eux ont été particulièrement électriques sur l’est de la Campine.

Le point triple

Il s’agit d’une situation d’arrivée tardive du secteur chaud poussée à l’extrême. La région qui connait cette configuration ne voit absolument rien de l’air chaud qui alimente les orages, celui-ci ne faisant que tangenter cette région. Elle se retrouve ainsi à la jonction entre le front chaud, le front froid et le front occlus, avec le centre dépressionnaire passant un peu au nord, au nord-ouest ou à l’ouest. Contrairement à la situation de pointe, le vent reste orienté au sud, au sud-ouest ou à l’ouest avant les orages. Pour autant, cette configuration peut être particulièrement propice aux orages parfois violents car elle accumule l’air chaud arrivant du secteur chaud et une convergence des vents de surface au droit du point triple.

Schéma d’une situation de point triple.

…et des situations hybrides

Dans certains cas, l’identification d’une situation claire peut devenir très compliquée, plusieurs schémas se succédant au cours d’un même épisode orageux. C’est notamment ce qui s’est passé la nuit du 22 au 23 août 2011, qui est reprise ici comme exemple.

Un premier front froid traverse nos régions la nuit du 21 au 22, mettant fin à un épisode de chaleur. Pourtant, peu d’orages se sont manifestés à son passage. Une situation de déjà vu…

Rapidement cependant, le front rebrousse chemin, et retraverse la Belgique en direction du nord, sous la forme d’un front chaud cette fois. Une nouvelle dépression se forme ainsi dans le sud-ouest de la France. Pour la Belgique, nous pourrions penser à une situation de secteur chaud classique. Pour autant, deux éléments nous montrent que ce n’est pas le cas:

  • Premièrement, les températures maximales qui sont observées l’après-midi du 22 août ne sont pas celles que nous devrions retrouver dans de l’air maritime tropical. On note ainsi 21,6°C à Gosselies, avec un temps nébuleux et même quelques faibles pluies par moments. Même chose à Bierset, avec 21,1°C. Même sur le sud-est du pays, qui profite de davantage de soleil, les températures ne sont pas très élevées (25,8°C à Saint-Hubert).
  • Deuxièmement, nous aurions du avoir un vent de sud-est au sol. Or, c’est un vent de nord à nord-est qui s’établit dans la plupart des stations officielles. 

Ainsi, on semble avoir une pellicule d’air maritime dans les basses couches, et de l’air plus chaud par dessus. Cette situation est clairement identifiée à Essen (ouest de l’Allemagne) vers 2h00 du matin, avec une invasion d’air chaud à quelques centaines de mètres au-dessus du sol, et sur environ un kilomètre d’épaisseur. On retrouve ainsi une température de 17°C à 1500 mètres, ce qui est très chaud à cette altitude. Il y faisait plus frais douze heures plus tôt, lors du précédent sondage. Le conflit est également très violent à cette altitude. En effet, au-dessus du sud-est de l’Angleterre, il ne fait que 9°C à 1500 mètres. Mais de ce conflit, l’observateur n’en perçoit rien depuis le sol.

Ces différents éléments permettent clairement d’identifier une situation de front incliné au-dessus de la Belgique dans l’après-midi du 22 et en début de nuit du 22 au 23.

Situation en surface le 23 août 2011 à 2h00 (source: KNMI).

Pour autant, l’analyse de 2h00 le 23 août permet de montrer que la dépression s’est mise en route vers nos régions, en refermant progressivement le secteur chaud. Sa pointe passera par ailleurs assez loin à l’ouest de nos régions. Pour autant, cet air chaud n’est toujours pas visible en basses couches, où le vent reste de nord à est selon les régions. Nous sommes donc en présence d’une situation devenue hybride, mêlant les caractéristiques d’une situation de pointe, de front incliné et de secteur chaud.

A noter que cette situation finira d’ailleurs par évoluer en secteur chaud classique avant le passage du front froid vers midi le 23, avec une rotation des vents au sud-ouest en début de matinée, accompagnée d’une remontée rapide des températures.

En attendant, cette nuit-là, ce ne sont pas moins de cinq systèmes orageux (MCS) qui concerneront notre pays éveillé, parfois pendant une grande partie de la nuit. Ces orages seront par endroits violents, notamment au sud de Charleroi où des inondations seront observées.

Image radar de 23h00 le 22 août 2011. Le premeir MCS atteint le Hainaut et Namur. D’autres suivront en cours de nuit (source: Meteoservices).

Nous avons déjà réalisé un article décrivant l’année orageuse 2011, avec un long passage sur cet épisode des 22 et 23 août: 2011, une année orageuse explosive

A noter qu’une situation également hybride a été observée quelques jours plus tôt, le 18 août. Ce jour-là, le Pukkelpop s’était retrouvé sur la trajectoire des orages, avec des conséquences bien plus dramatiques.

Parmi les autres situations hybrides, citons celle du 29 mai 2008 qui a donné lieu aux orages diluviens qui ont inondé Liège, plus particulièrement Tilff, Ougrée et le Sart-Tilman.

Synthèse 

Comment différencier ces situations?

  • Pour la pointe et le front incliné, le vent au sol se maintient entre le nord-ouest et l’est-nord-est jusqu’à l’arrivée des orages. Il n’y a pas de remontée des températures à l’arrivée du front chaud (dans le cas où l’un de ceux-ci traverse le pays). L’air chaud envahit nos régions au-dessus de la pellicule d’air frais qui campe dans les premières centaines de mètres au-dessus du sol (ou l’air frais pelliculaire envahit nos régions par le nord ou le nord-est et passe sous la langue d’air chaud). Pour la situation d’arrivée tardive du secteur chaud, on note, à la station, une remontée des températures (ou tout du moins, une rupture dans la chute nocturne habituelle), avec une rotation des vents au sud ou au sud-ouest. 
  • Bien que ce ne soit pas un gage de différenciation absolue, une situation de front incliné ou de pointe d’air chaud présente un front stationnaire ou une tête d’onde en travers de notre pays. Mais il convient ici de rappeler la difficulté de définir le tracé des fronts dans ces situations où la pente de contact entre les masses d’air est très peu inclinée.
  • Il existe un continuum entre ces situations. Ainsi, il arrive régulièrement que le centre de la Belgique connaisse une situation de front incliné ou de pointe d’air chaud, alors que le sud-est connaît une arrivée tardive du secteur chaud plus classique (exemple du 18 juin 2012). 
  • La distinction entre situation de front incliné et situation de pointe peut ne pas être très claire. Pour le premier cas, il faut garder à l’esprit que le front qui nous concerne doit être parfaitement stationnaire et libre de toute dépression à la base d’une frontogenèse. Dit autrement, on ne doit pas pouvoir identifier un secteur chaud, donc la formation d’un triangle par le front chaud et le front froid. Si c’est le cas, c’est une situation de pointe. De plus, on peut observer, au cours d’une même période orageuse, une évolution de la situation de front incliné vers la situation de pointe. Ce fut notamment le cas des 22 et 23 août 2011.
  • Une autre manière de tenter une distinction entre la situation de pointe et la situation d’arrivée tardive du secteur chaud est la position de la dépression par rapport aux fronts, notamment lorsque l’occlusion est formée. Si la dépression passant sur nos régions reste près de la tête du secteur chaud, là où front froid, front chaud et front occlus se rejoignent, on sera dans une situation de pointe. Si cette dépression se trouve au centre de l’enroulement de l’occlusion et passe ainsi à l’ouest ou au nord de nos régions, on sera plutôt dans une situation d’arrivée tardive du secteur chaud, même si la pointe de ce secteur chaud passe sur nos régions. Cette différence est liée aux vents en surface. Dans le second cas, on aura plutôt des vents de sud ou de sud-ouest en lien avec la dépression passant à l’ouest. Nous ne sommes plus à ce moment-là dans une situation de pointe (ou de front incliné) qui doit voir se maintenir des vents de nord à est. Toutefois, et même si nous n’avons pas d’exemple en tête, il doit exister une situation intermédiaire assez difficile à classer et hybride.
  • Une autre hypothèse serait que les situations de pointe engendreraient plus facilement de grands systèmes orageux multicellulaires (amas orageux comme le 20 juin 2002, MCS avec arc en écho comme le 18 juin 2012). Les situations de front incliné seraient aptes à générer aussi bien des MCS que des orages isolés très violents, de type supercellulaire. Toutefois, cette répartition est une supposition, et il serait nécessaire de passer davantage d’épisodes en revue pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. 

Entre « front incliné », « pointes » et « hybrides », des déterminants communs

  • Comme évoqué dans un premier temps, le premier dénominateur commun est le maintien d’un fine pellicule d’air plus « frais » dans les basses couches de l’atmosphère, avec un vent faible soufflant de nord, de nord-est ou d’est.
  • Le rôle de « l’anticyclone thermique de Mer du Nord ». Ce petit anticyclone, parfois à peine discernable, est un anticyclone de basse couche, peu épais et d’une dimension de quelques dizaines à quelques centaines de kilomètres. Il se forme au contact des eaux fraîches de la Mer du Nord, à quelques distances des côtes belges ou hollandaises. C’est en partie grâce à lui que s’établit la fine pellicule fraîche évoquée au point précédent, ce petit anticyclone poussant en effet les vents maritimes de nord à nord-est à l’intérieur des terres, jusqu’au massif ardennais dans le meilleur des cas. A noter que, dans certains cas, ce petit anticyclone thermique peut être remplacé par un « vrai » anticyclone ou encore une crête ou un col anticyclonique qui se trouve un peu par hasard sur la Mer du Nord. Toutefois, les effets sont pratiquement similaires, avec à nouveau de l’air maritime rentrant dans les basses couches par flux de nord, de nord-est ou d’est. L’absence d’un tel anticyclone peut être compensée par des pressions plus basses sur le continent ouest-européen, qui ont pour effet d’attirer vers elles l’air maritime de mer du Nord dans les basses couches.
  • Comme vu à travers la revue des différentes situations, la « fraîcheur » des basses couches est parfois toute relative. La base de cette pellicule d’air maritime peut être bien réchauffée l’après-midi par l’ensoleillement. Une température au sol s’élevant jusqu’à 26 ou 27°C n’est pas impossible, surtout en situation de front incliné. Peut-on encore parler de fraîcheur? La réponse semble non. Les situations de pointe et de front incliné ne sont donc pas forcément génératrices de fraîcheur avant de forts orages de sud-ouest, mais il semble que cette dernière évolution « fraîcheur puis orages venant du sud-ouest » soit engendrée en grande partie par ces situations de pointe et de front incliné.
  • Plus haut, un flux de sud à sud-ouest, plus rarement d’ouest, dicté par la présence de dépressions bien actives à l’ouest ou au nord-ouest de nos régions, sur le proche Atlantique, et d’une crête anticyclonique d’altitude sur l’Europe centrale. Ce flux d’altitude est en général assez rapide.
  • Il est à noter que, la nuit, le refroidissement classique de l’air près du sol peut renforcer le phénomène de dissimulation de la chaleur. Il se forme ainsi une couche de quelques dizaines de mètres à partir du sol où l’air peut-être frais et complètement calme. Cette pellicule peut être difficile à déloger, même en cas d’arrivée du secteur chaud d’une situation de pointe. On voit alors la température augmenter à 200 ou 300 mètres d’altitude alors que sous l’inversion nocturne, la température de la pellicule d’air près du sol ne varie que très peu.

…mais la dissimulation de la chaleur est plus efficace en cas de situation de pointe

D’après la revue des nombreux épisodes orageux que nous avons investigué, il semble que les situations de pointe d’air chaud soient bien plus propices à cacher réellement la chaleur aux individus que la situation de front incliné. En effet, la pointe d’air chaud étant au fond du secteur chaud d’une dépression (donc dans le triangle formé entre le front chaud et le front froid), son avant et son après sont composés d’air maritime, parfois à tendance polaire, donc bien frais. Toutefois, si le flux en surface est mou et que l’air maritime a tendance à stagner, ce dernier peut avoir tendance à se réchauffer près du sol, affichant une température de 24 à 25°C en milieu d’après-midi. On dit que cet air se dénature. C’est ce qui s’est notamment passé le 24 juin 2008, avant l’épisode orageux prenant place la nuit suivante.

C’est dans le cas des épisodes les mieux rodés, quand la pointe passe en plein sur nous, que la dissimulation de la chaleur est superbement bien exécutée. En fait, la chaleur est bien là, mais à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Il faut cependant comprendra cela à travers le relativisme de la décroissance normale de la température en fonction de l’altitude. Il faut savoir que, grosso modo, pour avoir 30°C au niveau du sol, on compte sur une température de 15°C vers 1500 mètres. Dès lors, avoir à cette altitude des températures de 16, 17 voire 18°C à cette altitude alors que c’est aussi la température observée au niveau du sol, c’est tout simplement dire qu’il fait frais au sol, mais caniculaire en altitude. Le quidam ne perçoit rien de la chaleur, pourtant elle est bien là, à plusieurs centaines de mètres au-dessus de sa tête.

Par contre, la situation de front incliné est moins propice à bien dissimuler la chaleur en basse couche. En effet, et même si le flux de surface se maintient au nord ou au nord-est, l’ensoleillement peut finir, comme on l’a vu, par en échauffer suffisamment la base pour qu’elle atteigne des températures suffisamment estivales dans les premiers mètres du sol (jusqu’à 27, voire localement 28°C). C’est ce qu’il s’est passé le 8 juin 2014: malgré le maintien du flux de nord-est, la pellicule d’air maritime humide a finalement gagné une température de 26 à 27°C. Idem lors de l’orage du Pukkelpop. Toutefois, l’air restait encore plus chaud à quelques centaines de mètres d’altitude, de sorte que la situation de front incliné restait assez bien identifiable.

Conclusion

Enfin, nous terminerons par ce point: ces situations de pointe et de front incliné doivent sans doute exister ailleurs que chez nous, mais la géographie même de nos régions rend ces mécanismes si « performants »: la Mer du Nord est garante du réservoir de fraîcheur maritime qui peut, avec un flux bien placé ou l’anticyclone thermique de mer du Nord, se vider sur nos régions, renvoyant l’air chaud de sud-ouest plus en altitude. Toutefois, à l’échelle de l’Europe occidentale, nous pressentons que ce genre de mécanisme peut se mettre en place sur une bande de 200 à 300 km de large courant de l’ouest de la France au nord-ouest de l’Allemagne, via les Pays-Bas et la Belgique, avec un maximum d’efficacité entre les Hauts-de-France et le nord des Pays-Bas. Ceci expliquerait, en partie, pourquoi ces régions sont particulièrement soumises aux violents orages étendus de sud-ouest.

Episodes neigeux et froid de la fin décembre

La fin de l’année 2014 est marquée par la première offensive sérieuse de cet hiver version 2014-2015. Celle-ci va apporter de la neige, du froid et pas mal d’embarras. Ce dossier fait l’analyse complète de cet événement et retrace heure après heure son déroulement.

Pour certaines régions, il s’agit de la première neige véritable depuis près de deux ans, lorsque le blizzard de la mi-mars avait clôturé un hiver 2012 – 2013 exceptionnel.

Les bois d’Halanzy sous la neige. Auteur: A. Parmentier


25 décembre

Le jour de Noël est marqué par « l’avant-garde » de l’offensive neigeuse, avec les premières averses de neige annoncées pour la soirée et la nuit suivante, ainsi qu’au matin du 26. Quelques centimètres d’accumulation sont attendus, ce qui justifie l’émission d’un premier avis de neige par Info Météo en fin d’après-midi du 25.

 

 
Un petit creux (trait bleu en gras) repris dans le flux polaire maritime est responsable de ces averses. Il descend du nord au sud (sur la Mer du Nord sur l’image ci-dessous). A son avant, un front occlus donne déjà quelques averses hivernales et même orageuses (Ciney, Hautes Fagnes…) dans la soirée du 25 sur le massif ardennais.
 
Source: KNMI

 

Les averses de neige vont parfois se révéler importantes, déposant plusieurs centimètres de neige (localement jusqu’à 10 cm) et compliquant la circulation dans la région de Francorchamps, notamment sur l’E25.
 
Malmedy en fin de soirée (Auteur: R. Piron)
 


26 décembre

Les averses de neige se poursuivent sur l’est du massif ardennais jusqu’en fin de nuit. Au réveil, la snowcam du Mont-Rigi (source: IRM) montre une accumulation d’une petite dizaine de centimètres. Cependant, le dégel intervient assez rapidement, réduisant la couche de neige.
 
 
Du côté de la situation atmosphérique, le flux s’est un peu orienté à l’ouest, autorisant quelque entrées d’air plus maritime et un peu plus doux. Le petit creux responsable des averses de neige ardennaises s’est retiré vers le sud de l’Allemagne. A l’ouest de l’Irlande, la dépression nommée Hiltrud et qui va générer l’épisode du 27 s’est bien formée et prend la direction de nos régions.
 
Source: KNMI
 

Dans le courant de la journée, le scénario se précise: la perturbation doit arriver dans de l’air froid, avec de la neige à son avant. Le centre de la dépression drainera de l’air plus doux, et donc de la pluie, avant l’arrivée du froid et des chutes de neige modérées dans l’après-midi et en soirée. L’avis de neige et de coup de vent émis par Info Météo explique la situation attendue:

26/12 18h00 AVIS DE NEIGE ET AVIS DE COUP DE VENT 
 
Avis de neige : toutes les régions à l’est d’une ligne Tournai – Bruges. En vigueur de ce soir 22h00 à demain 23h00.
 
Avis de neige forte : centre et est du massif ardennais et Hautes Fagnes (au-dessus de 500 mètres). En vigueur de demain 1h00 jusque demain 23h00.
 
Vent : ouest du Nord-Pas-de-Calais. En vigueur de ce soir 20h00 à demain midi.
 
Bonsoir à tous ! Malgré les quelques incertitudes qui persistent, il est temps de vous proposer un scénario pour cet épisode, celui-ci vous est expliqué en détail dans cette publication. Nous tenons à insister sur ce point, à savoir que des surprises sont encore possibles par endroits, mais elles ne devraient pas trop s’écarter de la narration qui va suivre.
 
La perturbation va progressivement envahir nos régions dans la soirée de ce 26 décembre. Deux grandes zones sont à considérer.
 
En-dessous de 200 mètres, nous nous attendons à quelques bruines dans les premiers instants, puis une arrivée progressive de neige fondante avec des poches pluvieuses par endroits. L’intensité des précipitations sera modérée, et la neige lourde (gorgée d’eau) pourra parfois s’accumuler temporairement sur quelques centimètres maximum, en dépit des températures légèrement positives. Cette neige humide pourra rendre temporairement les chausses glissantes. Rapidement, dans la deuxième partie de nuit, le cœur de la dépression rempli d’air plus doux entrera sur nos régions, et la pluie envahira le Nord-Pas-de-Calais puis l’ouest de la Belgique, et le centre en fin de nuit et la région de Liège en tout début de matinée. La couche de neige qui aura réussi à s’accumuler sera donc vite résorbée. Seule la Campine verrait la neige tenir plus longtemps sous 200 mètres, étant donné la persistance de l’air froid. La langue d’air doux liée à la dépression n’atteindra pas cette région.
 
Au-dessus de 200 mètres, la neige devrait être plus présente, et accrochera sans doute pendant quelques heures, bien qu’il existe une zone de transition imprécise jusque 300 mètres. Au-delà de 300 mètres, la neige tombera avec abondance pendant plusieurs heures. Combinée au vent soufflant en rafale, elle pourra engendrer des conditions temporaires de blizzard sur le massif ardennais : des congères et une accumulation comprise entre 5 et 10 cm pourra se former. Ensuite, et avec retard sur la zone située sous 200 mètres, la pluie mêlée de neige arrivera. Seuls l’est du massif ardennais et les Hautes Fagnes connaîtront de la neige pratiquement en continu, avec des accumulations qui pourront devenir conséquentes.
 
L’avant de la perturbation, au-devant de la dépression, devrait grosso-modo respecter le timing suivant : ligne Bruges – Lille vers 22h00, ligne Anvers – Namur – Virton vers 1h00, frontière allemande vers 3h00.
 
Demain matin, comme précisé, l’air doux du centre dépressionnaire sera présent sur une bonne partie des régions, entraînant un dégel, sauf sur la Campine, l’est du massif ardennais et les Hautes Fagnes où la neige poursuivra son accumulation.
 
Derrière le centre dépressionnaire se décalant très vite vers l’Allemagne, le front occlus de la dépression et l’air froid débouleront des Pays-Bas et de l’Allemagne, transformant progressivement la pluie en neige fondante puis en neige ferme sur la plupart des régions. Il est difficile de dire exactement quand cela aura lieu, mais nous estimons que la transition commencera par la Flandre vers midi et quelle sera complètement effective vers 16h00, en résorbant les dernières pluies sur la région de Bastogne, d’Arlon et de Virton. Nous aurions alors droit à plusieurs heures de neige qui engendreraient partout sur les régions visées par l’avis une belle accumulation. Elle irait de 5 à 10 cm sur la partie « basse » de la zone concernée (Hainaut sauf Tournaisis, Bruxelles, deux Brabant, nord de Namur et de Liège, et 5 à 15 cm au sud du sillon Sambre-et-Meuse. Sur l’est du massif ardennais et les Hautes Fagnes, la couche de neige de la nuit, épargnée par la pluie, permettra une accumulation totale d’une vingtaine de centimètres.
 
Nous vous attirons sur le fait que le vent risque de rendre la couche de neige irrégulière. Les chiffres que nous avançons sont donc théoriques. Il est très difficile de dire quelle sera l’épaisseur de la couche au final.
 
Par ailleurs, le retrait de la dépression entraînera un épisode de coup de vent sur l’ouest du Nord-Pas-de-Calais où les rafales pourront approcher les 90 km/h sur les côtes.
 
Bonne soirée à tous,
 
H.
 
Le schéma ci-dessous, publié la veille, est toujours d’actualité ce jour et résume bien ce qu’il va se passer:
 
 

En soirée, la perturbation atteint nos régions, comme prévu. Plus pluvieuse dans un premier temps, elle donne progressivement de la neige fondante et du grésil.


27 décembre

La perturbation poursuit sa route et envahit l’ensemble des régions. En-dessous de 200 mètres, les accumulations de neige sont rares, quoique présentes, comme ici à Bruges.

 
Au-dessus de 200 mètres, la neige est généralisée, avec une accumulation observée. L’E411 et l’E25 deviennent difficilement praticables. Sur le massif ardennais, la neige tombe en quantités plus importantes puisqu’on observe environ 15 cm de neige à Wideumont et 10 cm de neige au Mont-Rigi au matin du 27. 
 
Snowcam du Mont Rigi.
 
En-dessous de 400 mètres, le redoux intervient, lié à l’arrivée du coeur de la dépression. Celle-ci prend par ailleurs une morphologie très esthétique sur les cartes satellites. La neige se change en pluie, sauf sur le Massif ardennais où le gel reste bien présent.
 
27/12 6h00 TU (7h00 heure locale)
 
La Belgique se retrouve placée dans le coeur dépressionnaire, comme montré par les analyses de surface. A l’ouest de celui-ci, sur les côtes du Nord-Pas-de-Calais, les rafales atteignent 100 à 110 km/h, cette situation perdurant une bonne partie de la journée.
 
Source: KNMI
 
En fin de matinée, l’air froid en altitude qui était présent au-dessus des Pays-Bas commence à envahir l’ouest de la Belgique. Le même phénomène est observé au sol: l’éloignement de la dépression vers l’est-sud-est entraîne une rotation des vents au nord, et les températures diminuent. Le front occlus alors en travers de l’ouest de la Belgique et du Nord-Pas-de-Calais commence à donner de la neige en transitant vers le centre du Royaume. A son arrivée, la baisse des températures est brutale, avec une transition de la pluie vers la neige s’opérant en quelques minutes.
 
 
Uccle à 13h10.
 
Dans l’après-midi, le front occlus et l’air froid en altitude prennent position en travers du centre de la Belgique, où plusieurs centimètres de neige s’accumulent, tandis que la partie nord de l’occlusion, poussée par l’air froid, descend de l’Allemagne et des Pays-Bas vers la Campine et la région de Liège.
 
Source: Météo Services
 
L’Entre-Sambre-et-Meuse connait pendant plusieurs heures des chutes de neige modérées qui provoquent une accumulation rapide, détériorant grandement les conditions de circulation.
 
Montigny-le-Tilleul vers 17h00 avec 6 cm de neige (source: Info Meteo)
 
La dépression s’éloigne cependant vers le Luxembourg, et progressivement, le front occlus commence à perdre de sa force après 18h00.
 
17h00 – Source: Eumetsat
 
Montigny-le-Tilleul vers 19h00 avec 12 cm de neige (Source: Info Meteo)

 

En soirée, de nouvelles averses hivernales se développent sur l’Ardenne et le Condroz tandis que le front occlus effectue un retour sur la Campine, en descendant vers l’est de la Belgique. Sa partie nord traverse la région de Liège qui, jusqu’ici, avait été épargnée, avant de s’enfoncer vers l’Ardenne puis la France. Sur le centre de la Belgique, le même front continue de perdre en vigueur tout en prenant la direction de la France. L’ouest du Nord-Pas-de-Calais connait des orages de neige qui entraînent une pagaille monstre sur l’autoroute A16, en raison d’une accumulation brutale et très rapide de neige et de grésil.
 
De manière générale, le retour d’occlusion et les averses de l’après-midi et de la soirée ont déposé:
 
  • entre 5 et 15 cm de neige sur l’est du Hainaut, l’ouest de la province de Namur, l’est du Nord-Pas-de-Calais et le nord du département des Ardennes
  • entre 1 et 10 cm sur l’ouest du Brabant Wallon, à Bruxelles ainsi que sur la Flandre,
  • 1 à 2 cm dans la moitié nord de la province de Liège et sur l’est de la province de Namur ainsi que localement sur l’ouest du Hainaut
  • plusieurs centimètres sur le Condroz et l’Ardenne où, pour cette dernière région, ils viennent s’ajouter à l’importante couche de neige tombée la nuit précédente: ainsi, en certains points du massif ardennais, l’accumulation totale de neige avoisine les 20 à 25 cm. En Lorraine belge, plusieurs centimètres sont également tombés, portant la couche totale à une épaisseur de 10 à 15 cm.
 
28 décembre
 

Dès la fin de la soirée du 27, la menace du verglas se fait présente. A l’arrière du front occlus s’évacuant vers la France, de l’air très froid arrive d’Allemagne, transporté par un vent de nord soufflant en rafales. Info Météo a dès lors diffusé un avis de verglas pour toutes les régions (sauf le littoral).

Le matin du 28 est très froid. Le soleil se lève sur une Ardenne complètement blanchie.

Wideumont au matin du 28. Source: IRM

L’ensemble de la journée reste très lumineux, avec des températures qui se maintiennent sous les 0°C en bon nombre de régions.

Les bois de Jamioulx enneigés. Auteur: MN Messina
 
En soirée, ce dégagement du ciel permet au mercure de descendre rapidement. Vers 20h00, il fait -10°C à Elsenborn et -8,5°C à Montigny-le-Tilleul. 
 
Wibrin au soir du 28. Les températures amorcent leur chute. Auteur: B. Heyneman
 
Pourtant, les analyses de surface montrent que le temps calme n’est que de très courte durée. Un reste de dépression a réussi à percer les hautes pressions anticycloniques britanniques et à contourner celles-ci par l’est. Ce reste traîne avec lui un front occlus (en mauve) et un creux d’altitude (en bleu) qui signent l’arrivée d’une nouvelle perturbation pluvio-neigeuse pour la nuit suivante et le lendemain matin. A noter que Hiltrud est désormais loin de nos régions, en transit sur le sud de l’Italie.
 
Source: KNMI
 
 

29 décembre

En fin de nuit du 28 au 29 et en matinée, le front occlus traverse la Belgique – le creux s’y désagrège – et génère des averses de neige, puis de pluie-neige mêlée. Quelques centimètres se déposent sur les provinces de Liège et de Luxembourg. Cependant, l’analyse de surface montre que l’épisode neigeux va prendre fin.
 
Source: KNMI
 
Si les sondages montrent que l’air reste froid en altitude, il en va autrement en basse couche. Le front occlus a permis à un peu d’air maritime débarrassé de sa composante polaire de s’infiltrer. Celui-ci se radoucit davantage en passant au-dessus de la Mer du Nord dont les eaux sont trop douces pour la saison. Résultat: le dégel envahit très vite nos régions, sauf en Haute Belgique. La couche de neige accumulée font rapidement.
 
Les jours suivants, le dégel se confirmera partout, même si quelques gelées seront encore observées pendant les nuits. Le flux se positionnera définitivement à l’ouest, amenant de l’air maritime et de la douceur par la suite.
 

Synthèse

La vidéo ci-dessous et réalisée par Info Meteo fait la synthèse de l’événement du 27 décembre:

 
Cette deuxième vidéo a été composée par Info Meteo avec les différentes photos qui ont été envoyées par les lecteurs:
 


Sources: Google Maps, Wetterzentrale, KNMI, Météo Services, IRM, sat24,

2009 – 2010 : un hiver, trois vagues de froid

L’hiver 2009 – 2010 est un hiver qui entre dans les annales pour avoir offert à la Belgique trois vagues de froid. Pourtant, il a fallu le temps qu’il démarre: novembre, très doux et venteux, n’a laissé à aucun moment entrevoir l’arrivée du froid. Il faut attendre la mi-décembre pour que le général Hiver fasse son entrée sur le pays. Le 14 décembre, un anticyclone a grossi sur la Scandinavie et envoie de l’air sibérien en direction de l’Europe Occidentale. 
Au matin du 15 décembre, s’il ne fait « que » -7,7°C à Montigny-le-Tilleul, Brûly, au sud de Couvin, enregistre un cinglant -11,2°C. Le lendemain, un peu de nébulosité empêche les thermomètres de descendre fort bas. En contrepartie, quelques averses de neige sont observées en provinces de Namur et de Liège.
 
Le 17 décembre, il fait un peu moins froid. La première offensive neigeuse réelle fait son apparition. Une dépression creusée à 1000 hPa descend du nord et passe juste à l’ouest de la Belgique. Son front occlus traverse lentement l’ouest du pays, ralentit et stationne sur le centre avant de repartir vers l’ouest. Ainsi, si on relève environ 10 cm de neige dans la région de Bruxelles et 5 cm à Namur, il ne neige pas du tout à Liège. Cet épisode survient en pleine heure de pointe vespérale, engendrant 513 km de bouchons.
 
17/12/2009 – 19h00.
 
Le théâtre de Namur le soir du 17 décembre.
 
En début de nuit du 18 décembre, la perturbation gagne progressivement la France, et de l’air froid déboule derrière elle. Les températures minimales restent cependant raisonnables, autour de -5°C.
 
Le 19, les effets de l’air sibérien qui gagne à nouveau le pays se font pleinement sentir. La nuit est polaire, avec -20,3°C à Elsenborn, -15,6°C à Melin (Brabant Wallon), -13,2°C à Montigny-le-Tilleul et -10,8°C à Uccle. La journée sera également froide : à Elsenborn, le thermomètre ne remontera pas au-dessus de -15°C.
 
Températures relevées à midi le 19 décembre.
 
Le 20 décembre, une perturbation précédant des courants maritimes polaires atteint la Belgique et traverse le pays du nord-ouest au sud-est. Accompagnée de rafales de vent, elle dépose jusqu’à 10 cm de neige, ceux-ci venant s’additionner à la couche préexistante consécutive à l’épisode de la soirée du 17. On mesure ainsi 13 cm de neige à Montigny-le-Tilleul. Au nord du sillon Sambre-et-Meuse, la perturbation entraîne un dégel temporaire avant le retour de courants plus froids.
 

Le matin du 21 décembre, on relève -7,6°C à Montigny-le-Tilleul, mais le dégel – définitif cette fois – survient en cours de journée. En soirée, une faible perturbation apporte 1 ou 2 cm de neige supplémentaires avant que tout ne disparaisse dans les jours suivants. Pourtant, ce retour des courants maritimes doux ne dure pas longtemps. Une fois le Nouvel An passé, la Belgique replonge dans le froid.

Le 3 janvier, il tombe 10 cm de neige en région bruxelloise. La nuit suivante, les températures descendent très bas : on relève -11,2°C à Montigny-le-Tilleul, -12,7°C au Signal de Botrange et -13,4°C à Brûly.

Le 6 janvier, une perturbation atteint le Belgique en fin d’après-midi. Il neige légèrement durant la soirée. Le ciel se dégage ensuite, et les températures plongent au petit matin du 7 janvier: -11,7°C à Montigny-le-Tilleul, -12,5°C à Melin. Le Royaume-Uni est frappé par l’une des plus fortes vagues de froid de son histoire et reçoit une trentaine de centimètres de neige.

 
Le matin du 7 janvier à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 9 janvier, une nouvelle perturbation traverse nos régions. L’est de la Belgique reçoit environ 10 cm de neige. La vague de froid prend fin le 13 janvier, avec un dégel généralisé.
 
L’hiver revient à partir du 25 janvier, et les conditions vont devenir sensationnelles à la fin du mois : le 30 janvier, une dépression très creuse est centrée sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, et un front occlus bien organisé descend de mer du Nord. Les provinces de Liège et de Luxembourg reçoivent 30 cm de neige, provoquant la fermeture de l’autoroute E25 en y bloquant environ 700 véhicules. Les autres régions sont relativement épargnées : il ne tombe « que » 5 cm de neige à Charleroi.
 
30 janvier 2010 1h00.
 
Le lendemain, on mesure jusqu’à 56 cm de neige dans les Hautes Fagnes.
Les Hautes Fagnes croulent sous la neige ce 31 janvier. Source: Météo Belgique.
 
Le 3 février, il neige à nouveau au sud du sillon Sambre-et-Meuse. A force d’épisodes, la couche de neige dépasse les 70 cm dans les Hautes Fagnes.
 
Les jours suivants, le temps se radoucit, mais pas pour longtemps. Le 10 février, une faible perturbation neigeuse concerne le pays en matinée, essentiellement à l’ouest d’une ligne Beauraing – Hasselt. Bien que les quantités de neige déposées soient limitées, elles sont suffisantes pour semer une pagaille monstre sur le réseau routier qui comptabilise 920 km de bouchons.
 

Le temps reste froid les jours suivants, et la neige concerne la Wallonie une dernière fois le 21 février, avec une accumulation de quelques centimètres.

                                            
 Le lac de l’Eau d’Heure le 13 février.
La fin du mois se fait douce, pluvieuse et surtout venteuse. Le 28 février, la tempête Xynthia frappe une bonne moitié sud-est de la Belgique avec des rafales proches des 100 km/h (rafale maximale : 107 km/h à Ernage, près de Gembloux). Quelques heures plus tôt, elle touche durement les côtes atlantiques françaises où elle provoque une marée de tempête meurtrière en Vendée et en Charente-Maritime.
 
Animation satellite montrant Xynthia traversant l’Europe Occidentale. Source: Eumetsat.

D’un point de vue climatologique

Au final, c’est un hiver froid qui s’est produit sur la Belgique, avec fréquemment des températures minimales sous les -10°C.

Décembre 2009 est un mois légèrement plus froid que la normale 1971-2000, avec un déficit de -1,2°C à Uccle.

Janvier 2010 est exceptionnellement froid, avec un déficit thermique de -3,0°C à Uccle.

Février 2010 est également un mois froid, avec un déficit thermique de -1,0°C.

Source des informations : données personnelles, Météo Belgique, Wetterzentrale.

2012 – 2013, un hiver sans fin

 

 

Après décembre 2010 (voir article ici: Lien), l’hiver 2012-2013 est également une période bien neigeuse. Mais c’est surtout la longue durée de cette dernière qui va marquer les esprits, avec d’importants épisodes hivernaux jusque fin mars. Dans cet article, nous repassons en revue les grands moments de cette saison.

Un début lent mais très ponctuel
 
En fait, le Général Hiver débarque en Belgique pile à l’heure du début de l’hiver météorologique, le 1er décembre. L’image ci-dessous le montre : un vague flux de nord froid – mais pas trop – commence à se mettre en place sur nos régions, après plusieurs semaines de flux maritime d’ouest. Ce jour, une première petite perturbation descend du nord et apporte de la neige. Les températures un peu trop douces l’empêchent d’accrocher en Basse et en Moyenne Belgique, si ce n’est temporairement. En Haute Belgique par contre, elle s’accumule jusqu’à former le lendemain une couche de 5 cm à Libramont et de 10 cm en Hautes-Fagnes.
Situation le 1er décembre à 1h00 heure locale. 
 
Le 3 décembre, le flux tourne à l’ouest et une perturbation venant de l’Atlantique se heurte à l’air froid présent sur nos régions. Résultat, il neige pendant plusieurs heures en matinée, rendant la circulation routière particulièrement difficile. Cette neige est ensuite remplacée par de la pluie, accompagnée d’une remontée des températures. Mais à l’arrière de la perturbation, le flux vire de nouveau au nord-ouest.

Le 5 décembre, de nouvelles averses de neige parcourent la Belgique, du nord-ouest au sud-est. Une nouvelle fois, l’accumulation de quelques centimètres qui se forme en Basse et Moyenne Belgique n’est que temporaire. Seule la Haute Belgique voit la neige persister et former une bonne couche. Cette situation se répète le 6 décembre.
 
sarttilman.png
Le Sart-Tilman (Liège) sous une forte averse de neige le matin du 6 décembre.
 
Le 7 décembre, une dépression creusée à 995 hPa descend de mer du Nord et traverse la Belgique. Elle s’accompagne d’une perturbation qui donne des chutes de neige faibles à modérées sous un vent soufflant en rafales (60 à 80 km/h). Elle concerne d’abord l’ouest du pays en fin de nuit, le centre en début et milieu de matinée et l’est dès midi. Les accumulations sont comprises entre 0 et 10 cm selon les régions. Il tombe par exemple 3 à 5 cm le long du Sillon Sambre-et-Meuse, 4 à 5 cm en région bruxelloise et environ 10 cm en Haute Belgique. Dans les Hautes-Fagnes, cette neige tombe sur la couche issue des précédents épisodes, portant l’accumulation à 30 cm.
 
                          
Situation le 7 décembre à 1h00 heure belge.
 
La semaine qui suit, le temps reste froid suite à l’influence de masses d’air polaire. Certaines nuits, les températures minimales plongent sous les -10°C dans l’est de la Belgique. On observe également quelques averses de neige ça et là, donnant une petite accumulation. 
 
Un intermède doux et humide long de plusieurs semaines
 
Le 13 décembre, l’air doux revient en force, engendrant dans un premier temps quelques pluies verglaçantes de faible intensité. Leur impact est dès lors limité. L’air doux va nous concerner pendant plusieurs semaines. Ainsi, Noël se déroule sous un temps absolument pas hivernal. Durant cette période, nos régions sont soumises à des courants maritimes subtropicaux amenant des températures élevées pour la saison. Sur le coup de minuit le 25 décembre, il fait 11°C à Montigny-le-Tilleul. Les pluies abondantes entraînent des situations parfois critiques sur le réseau hydrographique. Ainsi, le village de Londerzeel (Brabant Flamand) est partiellement inondé.
 
Le retour en force de la neige et du froid
 
A partir du 11 janvier, la masse d’air change. De l’air polaire continental envahit nos régions. Il amène avec lui quelques chutes de neige le 12. Le 14 et le 15 et de manière assez analogue au 7 décembre, une dépression arrive du nord et passe sur l’ouest de la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais. La majeure partie de nos régions reste à l’est de celle-ci, et donc dans l’air froid. Le front occlus de la dépression dépose plusieurs centimètres de neige. L’accumulation la plus épaisse est relevée à Florennes avec 13 cm, de laquelle il faut retrancher les 5 cm présents avant l’arrivée de la perturbation.
 
Situation le 15 janvier à 1h00 heure belge.
 
La nuit du 15 au 16 janvier est glaciale, avec des températures sous les -10°C en de nombreux endroits, y compris à la côte : -11,3°C à Middelkerke, -11,9°C à Ernage, -12,0°C à Zaventem, -12,8°C à Chièvres.
 
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Vue du Benelux et du nord de la France sous la neige au matin du 16 janvier.
 
Paysage enneigé le 16 janvier à Limal (Brabant Wallon).
 
Le 20 janvier, le flux d’air continental concernant nos régions est heurté par de l’air maritime arrivant de France, à la faveur d’une dépression s’y trouvant. Le front occlus séparant les deux masses d’air stationne sur la Belgique et donne des chutes de neige pendant plusieurs heures entre le milieu de la nuit et le début de l’après-midi. Il tombe ainsi entre 3 et 6 cm de neige selon les régions.
 
Situation le 20 janvier à 1h00 heure belge.
 
Lever de soleil hivernal au matin du 22 janvier à Sautin, dans la Botte du Hainaut (Source: Météo Belgique)
 
Bois sous la neige le 23 janvier à Limal (Brabant Wallon).
 
Retour temporaire de la douceur
 
La fin janvier connait le passage de perturbations très actives, accompagnées de pluies importantes et de fortes rafales de vent. Les températures dépassent allègrement les 10°C, y compris la nuit.
 
A la Chandeleur, l’hiver… reprend vigueur
 
Après cet intermède doux, le flux vire à nouveau au nord, et des masses d’air polaire atteignent la Belgique à la suite d’une dépression passant le 5. La nuit précédente, le front de la dépression engendre des rafales destructrices en Flandre Occidentale. Il tombe quelques centimètres de neige (4 cm de neige relevés à Namur en fin d’après-midi). La nuit du 5 au 6, les averses de neige se poursuivent, ajoutant quelques centimètres supplémentaires. 
 
Situation le 6 février à 1h00 heure belge.
 
Le 7, le flux d’air polaire est toujours bien présent et continue de déverser des averses de neige sur la Belgique. Elles sont parfois très intenses (2 cm de neige en quelques minutes) et accompagnées d’orages. Cette situation se poursuit la nuit suivante et le lendemain, avant de s’estomper le 9 février. L’accumulation totale de neige atteint alors les 30 cm en Hautes-Fagnes.
 
Défilement des averses hivernales sur la Belgique au soir du 7 février (19h20). Source: IRM.
 
Le Sart-Tilman (Liège) au matin du 8 février, sous environ 8 cm de neige.
 
Spa sous la neige le 9 février.
 
Le 14 février, une perturbation atlantique vient se heurter à l’air froid stationnant sur l’Europe Occidentale. Il pleut sur des sols gelés, ce qui provoque la formation de verglas. La circulation sur les réseaux ferroviaires et routiers devient difficile.
 
La fin du mois de février reste froide, avec de fréquentes gelées et averses de neige. Le 24, un retour d’occlusion repris dans un flux d’air continental en provenance de la Sibérie provoque de nouvelles chutes de neige. Elles sont cependant assez légères, ne déposant que 1 à 4 cm de poudreuse selon les régions.
 
Début mars: l’arrivée du printemps…
 
Durant les premiers jours de mars, la situation change du tout au tout: de l’air chaud atteint la Belgique, et amène les premières belles journées de l’année 2013. Le 5 mars est le plus chaud depuis le début des observations à Bruxelles en 1833: on relève 17,5°C comme température maximale dans l’après-midi. Cette douceur se poursuit les jours suivant dans un contexte plus humide. Le printemps semble s’être installé définitivement. Cependant, plus au nord, l’air sibérien commence une nouvelle fois à bousculer l’air doux. Un important conflit marqué par un front très organisé se dessine alors…
 
Avant le retour fracassant de la neige et du froid
 
La nuit du 9 au 10 mars, ce front descendant du nord arrive en Belgique, poussé par l’air continental polaire. Les températures s’effondrent d’une dizaine de degrés en quelques heures, et la pluie qui avait commencé à tomber en soirée est rapidement remplacée par de la neige au-dessus de 150 mètres. Quelques centimètres se déposent au passage de la perturbation.
 
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Situation le 10 mars à 1h00 heure belge. L’immense conflit entre les deux masses d’air antagonistes se marque par un double front qui court depuis la Russie jusqu’à l’Atlantique. Au nord, l’air sibérien, au sud, l’air doux.
 
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Légère couche de neige au matin du 10 mars à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 11 mars, le front s’arrête sur le nord de la France, bloqué par l’air doux. Le contraste de températures est saisissant: alors que les deux tiers sud de l’Hexagone sont au printemps, le nord de celui-ci et la Belgique replongent en plein hiver. Sur 150 km, la différence de températures est parfois de 10°C. Cette différence est encore plus importante en altitude. Ainsi, à 850 hPa (+/- 1550 mètres), il fait -11°C au-dessus de la côte sud des Iles britanniques et +1°C au-dessus du Mont-Saint-Michel. Au nord du front, la neige tombe en rafales de nord-est, rendant le ressenti particulièrement désagréable.
 
hydrometeo-11-mars.png
Différence de températures au sol le 11 mars à midi.
 
En parallèle, une dépression nommée Xaver arrive de l’Atlantique et vient se heurter à la limite stationnant sur le nord de la France. Elle renforce ainsi le contraste de températures mais aussi l’activité de la perturbation. Une offensive neigeuse de longue durée se déclenche en soirée du 11 mars et va concerner le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et une partie de l’Allemagne pendant près de vingt-quatre heures. C’est l’épisode neigeux le plus important de l’hiver en beaucoup de régions. En prévision de cet événement, l’IRM émet une alerte rouge pour la Wallonie.
 
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Situation le 12 mars à 7h00 heure belge.
 
La neige est soufflée par le vent d’est à nord-est, ce qui engendre la formation d’importantes congères. Les températures enregistrées en matinée sont de plus fort basses, comprises entre -3 et -6°C. Il n’en faut pas plus pour bloquer les réseaux de transports: de nombreuses lignes du TEC ne sont pas desservies, tandis que beaucoup de trains sont retardés ou supprimés. L’aéroport de Liège-Bierset est fermé à tout trafic. A l’heure de pointe matinale, on compte 1600 km d’embouteillages à travers toute la Belgique. A 10h00 le 12 mars, hors congères qui atteignent parfois le demi-mètre, on mesure 13 cm de neige à l’aéroport de Charleroi. A la côte, l’air brutalement aspiré vers la dépression Xaver transitant alors sur la France déclenche un épisode tempétueux: les rafales atteignent 100 km/h le long du littoral. Dans les terres, les plus fortes rafales sont comprises entre 60 et 80 km/h.
 
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Image radar de la perturbation le 12 mars à 10h00 (source: IRM).
 
C’est en France que l’on retrouve les images les plus spectaculaires, avec par exemple 20 cm de neige dans les rues de Amiens:
 
amiens.jpg
 
Dans le département du Nord, c’est la tempête de neige:
 
(Source: Météo Paris).
 

Dans l’après-midi, la perturbation commence à s’affaiblir et ne concerne plus que la Haute Belgique. Là où la neige s’arrête de tomber, les épaisseurs de neige (desquelles il faut retrancher la couche initialement présente) établissent parfois des records pour un mois de mars, comme les 13 cm mesurés à Uccle sur le site de l’IRM. On mesure également 8 cm de neige à Bierset, 13 cm en périphérie de Namur, 15 cm à l’aéroport de Charleroi. Localement, hors congères, la couche de neige frôle parfois les 20 cm d’épaisseur. Néanmoins, ces épaisseurs auraient pu être encore plus importantes si le vent n’avait pas soufflé la neige.

Limal sous la neige en soirée du 12 mars.

Au soir, le ciel se dégage et les températures entament une chute vertigineuse. C’est la nuit la plus froide de l’hiver, avec -17,1°C relevés à Ciney au matin du 13. Ailleurs, le thermomètre affiche également des valeurs bien basses: -15,9°C à Melin (Brabant Wallon), -15,6°C à Namur, -14,3°C à Mons, -14,0°C à Cour-sur-Heure (Hainaut), -13,9°C à Montigny-le-Tilleul, -11,8°C à Bierset, -10,1°C à Uccle et à l’aéroport de Charleroi. A Lille, la valeur de -10,5°C enregistrée constitue un record pour un mois de mars. Il en va de même à Charleville-Mézières avec -14°C.

Wanfercée-Baulet au matin du 13 mars (Source: Météo Belgique).

Le 15 mars, il fait parfois encore plus froid au petit matin, avec -17,9°C relevés dans les Hautes-Fagnes. Cependant, l’air doux gagne progressivement nos régions, et le dégel s’amorce…

Le 24 mars, une dernière offensive neigeuse concerne la Belgique. On relève 5 cm d’accumulation à Montigny-le-Tilleul. Dans le sud de la Belgique, une langue d’air doux s’intercale en altitude, et entraîne la formation de pluie qui tombe sur des sols gelés (-4°C à Libramont), formant du verglas. La situation est préoccupante, mais pas catastrophique.

Il faudra encore deux semaines avant que l’hiver ne lâche complètement prise. Le 7 avril au matin, on relève encore -5°C à Montigny-le-Tilleul. De l’air doux envahira nos régions les jours suivants, et déjà le 12 avril, des orages se produiront.

Et au niveau climatologique?

Si nous prenons en compte les relevés effectués à Uccle, nous constatons que:

– décembre a été un peu plus doux que la moyenne, tout ceci restant normal. Les frimas du début du mois ont été largement compensés par l’importante douceur de la fin de ces trente-et-un jours ;

– janvier a été plus froid que la normale, avec un déficit de 1,2°C. Le nombre de jours de neige fut de plus assez élevé avec 13 jours, contre 4,2 en temps normal ;

– février a été anormalement plus froid que la normale, avec un déficit de 2,3°C ;

– mais c’est surtout le mois de mars qu’il faut marquer d’une pierre blanche. Avec un déficit de 3,8°C, il est un mois très exceptionnellement froid. Il faut remonter à mars 1962 pour retrouver une similitude. Ceci montre bien à quel point l’hiver s’est éternisé dans nos régions. Le fait que les températures minimales aient réussi à plonger sous les -10 voire les -15°C au milieu du mois est tout à fait remarquable.

Écarts aux températures moyennes (référence 1981-2010) pour le mois de mars 2013 (Source: Météo Belgique).

Pourquoi un hiver si long?
 
Il est toujours délicat de chercher une cause à une déviation de la météo par rapport à la normale. Néanmoins, dans le cas présent, un phénomène survenu dans la stratosphère a probablement facilité la mise en place récurrente des courants polaires et continentaux. Le vortex polaire stratosphérique, pleinement formé, a subi en janvier 2013 un Sudden Stratospheric Warming (SSW). Ce terme barbare exprime simplement que l’air contenu à l’intérieur du vortex polaire s’est brutalement réchauffé en l’espace de quelques jours. Ceci diminue le contraste thermique avec l’air extérieur au vortex. Suite à cela, les courants atmosphériques circulant de manière cyclonique autour du vortex se sont affaiblis. Celui-ci a été déséquilibré et s’est déplacé hors de sa position polaire en direction de l’Europe, tandis que la circulation des vents stratosphériques a été fortement perturbée. A la mi-janvier, le SSW a fini par faire éclater le vortex en deux lobes, l’un d’entre eux s’établissant sur l’Europe Occidentale et l’Atlantique. Ces événements se sont répercutés sur le vortex polaire troposphérique qui, à son tour, a éclaté, s’effondrant à plusieurs reprises en direction de l’Europe. L’ensemble de ces éléments a modifié l’orientation du flux, celui-ci s’établissant fréquemment au nord ou à l’est, amenant de l’air froid, et donc un hiver particulièrement rigoureux. Ce phénomène s’est fortement renforcé en février et en mars, coïncidant avec les périodes les plus hivernales.
 
Ces phénomènes de déstabilisation du vortex polaire ne sont pas exceptionnels, mais ils sont capables, comme vu ici, de modifier le climat pendant plusieurs semaines ou mois.

Décembre 2010 – De la neige à ne plus savoir qu’en faire

Peut-être vous souvenez-vous de décembre 2010, cette période durant laquelle une grande partie de la Belgique avait été couverte de neige parfois pendant plus de 25 jours d’affilée… Si oui, vous avez une bonne mémoire. Si cela ne vous rappelle rien, cet article – assez long – vous propose un retour en arrière pour passer en revue ce qui restera pendant encore longtemps l’un des mois les plus extraordinaires pour les amateurs de neige… et sans doute l’un des plus compliqués pour les navetteurs. Un mois qui commencera doucement, ira crescendo avant de finir en apothéose la veille de Noël. Il vous est relaté sur base des observations personnelles de l’auteur, ce qu’il a vécu et les informations qu’il en a tiré. C’est pourquoi vous verrez souvent apparaître deux lieux: Montigny-le-Tilleul (près de Charleroi) et Namur. L’article s’épanche cependant sur toute la Belgique et les régions limitrophes.

L’automne 2010 avait déjà eu, à de maintes reprises, l’occasion de s’exprimer avec véhémence: des épisodes venteux à répétition, de la pluie en quantité, et surtout des inondations catastrophiques les 14 et 15 novembre (peut-être encore une idée de rétrospective pour plus tard). En fait, décembre 2010 ne fut qu’un mois parmi les autres qui ont vu le temps s’acharner avec courroux sur l’Europe Occidentale. A la seule différence que ce fut un mois blanc, très blanc.

Tout cela débute le 22 novembre 2010, lorsque le temps commence à devenir petit à petit hivernal. Un coup d’œil jeté à la carte ci-dessous nous montre le pourquoi. Un anticyclone sur le Groenland et une advection de hauts géopotentiels (zone jaune-orange marquant des anticyclones d’altitude) sur l’Atlantique font barrage au flux d’ouest classique. Une dépression sur l’Europe Centrale commence à amener de l’air de plus en plus frais vers nos régions. Plus au nord, le vortex polaire (en bleu) se prépare à descendre sur l’Europe. Ce jour, il tombe juste quelques flocons en province de Liège et du Luxembourg.

 

Le 25 novembre, il neige un peu partout en Belgique. Par endroit, on observe la formation d’une légère accumulation. La nuit suivante, il tombe entre 2 et 5 cm de neige en provinces de Liège et du Luxembourg. Le mois de décembre se prépare de manière très progressive.

Au matin du 28 novembre, les températures relevées sont relativement basses. On observe – 5,3°C à Montigny-le-Tilleul, – 4,6°C à Quaregnon, – 6,5°C à Melin, – 3,9°C à Floriffoux, – 7,4°C à Bovigny, – 10°C à Elsenborn, – 5,5°C à St-Libin, – 5,1°C à Virton-St-Mard et – 9,2°C à Brûly.

29 novembre

Le temps continue de rester froid, en raison d’un anticyclone situé sur l’Europe du Nord et deux dépressions prenant place sur l’Europe de l’est et au large de la péninsule ibérique. Une petite ligne de convergence arrivant d’Allemagne fusionne avec une zone neigeuse stationnant sur la Haute Belgique en fin de nuit et en matinée, avant de gagner vers le Centre en cours d’après-midi. Cela entraîne de faibles chutes de neige continues de plusieurs heures accompagnées de températures variant entre 0 et -5°C (Elsenborn). On observe entre 5 et 10 cm de neige en Lorraine, 3 cm à Bierset (Liège) et 1 à 2 cm à Namur et à Charleroi.

 
La citadelle de Namur sous la neige
 

Le 30 novembre, le temps reste très froid et localement faiblement neigeux. Les températures minimales relevées sont de – 3,5°C à Floriffoux et – 5,8°C à Bovigny et au signal de Botrange. Ces températures n’évolueront que peu durant la journée, puisque au meilleur de celle-ci, on relève – 0,3°C à Floriffoux et – 4,5°C au signal de Botrange comme températures maximales.

 

1er décembre

Ce premier jour de l’hiver météorologique est très froid et marque réellement le début de l’offensive du Général Hiver: les températures, déjà faibles au matin, baisseront encore en cours de journée. De l’air très froid en provenance de Sibérie envahit peu à peu nos régions. En fin d’après-midi, une zone neigeuse « surprise » se forme en travers de la Belgique (sur un axe Hautes-Fagnes – Brabant – côte) au niveau d’un front occlus d’altitude et donne plusieurs centimètres de neige fraîche et poudreuse. Alors que ce premier front se déplace vers la Flandre en faiblissant, un deuxième se forme sur la province de Namur en fin de soirée, apportant de nouvelles chutes de neige.
 
La place de la station à Namur sous la neige en début de soirée.
 
On observe 3 à 4 cm supplémentaires à Namur et parfois jusqu’à 6 ou 7 cm par endroit, s’ajoutant à la couche de neige déjà tombée les jours précédents. Ces chutes de neige survenant sous des températures très basses (entre -5 et -9°C de manière générale) entraînent de gros embarras de circulation sur le réseau routier à l’heure de pointe: plus de 500 km de bouchons sont répertoriés. 
 
Cette perturbation s’accompagne d’un vent glacial de nord-est qui fait baisser la température ressentie à -15°C! Pour l’avoir vécu, la Saint-Nicolas des étudiants à Namur s’est déroulée sous un ciel sombre, neigeux et dans une froideur difficilement supportable, avec en prime de la « glace à la bière », le breuvage gelant à même le verre!
 
La carte ci-dessus donne les températures enregistrées par les stations de Météo Belgique en fin d’après-midi.
 
Le 2 décembre, il continue de neiger sur bon nombre de régions, suite à l’arrivée d’une nouvelle perturbation depuis la France, de moindre intensité que celle de la veille. Par endroit, la couche totale de neige accumulée dépasse les 10 cm. Dans le Namurois, l’épaisseur du manteau blanc est d’environ 5 cm. Les températures restent très basses: ainsi à Uccle, la température maximale observée pour ce jour est de -4,5°C.
 
 
La citadelle de Namur vue depuis le Grognon
 
3 décembre
 

Les températures minimales relevées sont très basses. Une fois n’est pas coutume, la côte enregistre des valeurs inférieures à bon nombre de stations de l’intérieur du pays. On observe -13,0°C à Coxyde et Ostende. Ailleurs, on relève, -11,3°C à Botrange, -11,0°C à Gand, Anvers et Kleine-Brogel, -10,7°C à Courrières,-9,3°C à Montigny-le-Tilleul et -8,8°C à Floriffoux. Dans la soirée, les températures baissent à nouveau très fort.

 

4 décembre

La nuit a été à nouveau très froide avec par exemple – 9,2°C enregistré à Montigny-le-Tilleul. En fin de nuit, les températures entament une remontée suite à l’arrivée de courants maritimes: une perturbation en provenance de l’Atlantique génère de nouvelles chutes de neiges sur la Belgique dans l’après-midi, l’épisode dure une à deux heures. De l’air plus doux s’intercale en altitude, entraînant des pluies verglaçantes surtout sur l’ouest du pays. Sur Montigny, la perturbation dépose seulement 1 cm de neige, portant l’épaisseur totale de la couche à 4,5 cm. En Hautes-Fagnes, la couche de neige excède les 15 cm.

 
Carte d’analyse de surface du 4 décembre à 12h00. Le front chaud responsable du premier épisode arrive sur le pays. Si l’air froid n’avait pas été présent, cette configuration n’aurait rien d’hivernal…
 
En soirée, une deuxième perturbation (durée: une heure) glisse rapidement à travers la Belgique du sud-ouest au nord-est: elle amène de la pluie et/ou de la neige fondante sur l’ouest du pays, et de la neige sur l’est. A Montigny, 1,5 cm se déposent, la couche de neige est maintenant de 6 cm.
 
Image radar de la deuxième perturbation à 17h00. Elle arrive seulement en Belgique. Ci-dessous, passage de la perturbation sur Montigny-le-Tilleul.
 
 
Plus tard dans la soirée, le front froid de la perturbation approche du pays, amenant de nouvelles précipitations. Mais de l’air doux circule devant lui, ce qui entraîne des pluies sur beaucoup de régions du pays, elles sont accompagnées par un dégel marqué. La couche de neige fond en de nombreux endroits.
 
5 décembre – Premier gros épisode neigeux
 
En début de matinée, alors que le front froid reste bloqué sur le pays, l’arrivée d’air froid en altitude permet à la pluie de se changer à nouveau en neige au-dessus de 100 mètres d’altitude (où les températures sont comprises entre -2 et +1°C). Il neige donc sur une bonne partie de la Wallonie, excepté sur le Hainaut occidental et l’ouest du Brabant Wallon. La neige ne va cesser de s’accumuler tout au long de la matinée.
 
Image radar du front froid le 5 décembre à 8h45. Ci-dessous, analyse de surface pour le même jour à 1h00 heure belge. On voit bien le front froid s’approcher du pays.
 
 
Sur le temps de midi, l’intensité des précipitations hivernales tend à faiblir quelque peu sur la région de Charleroi, la perturbation se déplaçant lentement vers le sud-est en gagnant l’Ardenne. La situation sur les routes devient difficile, le réseau secondaire restant complètement enneigé. Même les routes nationales ne sont pas sûres…
 
 
Au final, cette perturbation aura apporté 10 à 20 cm de neige supplémentaires. Ajoutés au manteau de neige préexistant, la couche de neige atteint des épaisseurs impressionnantes: 
 
– A Montigny-le-Tilleul, où la quasi-totalité de la couche de neige des jours précédents avait fondu durant la nuit, on observe 13 cm de neige à la fin de l’épisode.
– Dans le Namurois ainsi que dans les Hautes-Fagnes, on observe environ 30 cm de neige.
– Mais c’est le sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse qui collecte les plus grosses épaisseurs de neige: on y observe une accumulation comprise entre 20 et 40 cm.
 
Voici les observations que l’auteur de l’article postait ce jour-là sur Météo Alerte.
 
6 décembre
 
Dans la nuit du 5 au 6, il continue de neiger sur le sud du pays. Ailleurs, le temps se dégage, de l’air polaire envahit nos régions en altitude, et la nuit se fait froide: on relève -4,5°C à Montigny-le-Tilleul. Il ne dégèle pas de la journée, permettant à la couche de neige de persister.
 
7 décembre
 
La nuit est froide sur le pays de Herve (-6,8°C à Mortroux) et dans le Condroz (-9,1°C à Pessoux). Ailleurs, les températures minimales oscillent entre -2 et -5°C.
 
8 décembre
 
Une perturbation arrivant de France concerne le sud du pays et donne parfois près de 10 cm de neige. Temporairement, cette neige se transforme en pluie verglaçante et provoque de gros embarras de circulation. Le veille au soir et la nuit qui suit, l’Ile-de-France est durement touchée par ces chutes de neige, entraînant une situation apocalyptique sur les routes.
 
10-12 décembre 
 
Les températures remontent parfois jusqu’à +5°C pendant ces trois jours. La couche de neige fond en de nombreux endroits. L’anticyclone présent depuis plusieurs jours sur l’Atlantique a fait un pas de côté vers l’ouest de la France, permettant à des courants maritimes plus doux d’arriver jusqu’à nous, mais pas pour très longtemps…
 
13 décembre
 
L’hiver est de retour sur la Belgique. L’anticyclone français est devenu anglais, et de l’air polaire direct atteint le pays. La nuit est froide: on observe comme températures minimales les valeurs suivantes: -9,9°C au signal de Botrange, -9,8°C à Bovigny, -6,3°C à Limelette, -6,0°C à Virton-St-Mard et -5,7°C à Floriffoux.
 
16 décembre – brèves mais très fortes averses de neige
 
Une perturbation descend du nord, accompagnée de fortes précipitations et d’air un peu plus doux en altitude. Il pleut en basse et moyenne Belgique, mais il neige fortement en Haute Belgique où une alerte rouge est déclenchée par l’IRM et Météo Belgique. De l’air très froid en altitude suit immédiatement la perturbation  (-8 à -9°C à 1500 mètres d’altitude contre -2 dans le cœur de la perturbation) et est rabattu vers le sol par les précipitations, amplifiant le front froid et le rendant très intense: le neige arrive brutalement sur le nord du pays vers 17h00, sur Bruxelles vers 18h00 et sur Namur peu après 19h00. Sur Namur et ses environs, un orage de neige déclenche une véritable tempête de neige d’environ 15 minutes. L’intensité diminue un peu par après. Le front froid est très marqué: à Namur, la température passe de 2,5°C à -0,5°C en une vingtaine de minutes.
 

Carte d’analyse de surface à 13h00: le front froid, suivi par une déferlante d’air polaire, est aux portes du pays.

Au final, ce sont 3 à 4 cm de neige qui se déposent sur bon nombre de régions (notamment à Namur et à Charleroi), mais parfois 15 à 20 cm en certains points de la Haute Belgique.
 
Le Grognon et le parlement wallon (en arrière plan) sous la neige à Namur.
 
17 décembre
 
En soirée, une nouvelle perturbation arrive de France (elle a donné parfois 15 cm de neige en Normandie) et dépose 3 à 4 cm de neige supplémentaires sous des températures très froides (avoisinant les -5°C).
 
18 décembre
 
En soirée, une troisième perturbation arrive de France et donne 5 à 10 cm de neige en Ardenne. A Montigny-le-Tilleul, il tombe seulement 1 cm, portant la couche de neige totale à 7 cm. D’autre part, l’IRM annonce qu’un record a été battu: depuis le début du mois de novembre, on a observé 18 jours de neige à Uccle. Jamais ce nombre n’a été atteint depuis que les observations météo existent à Uccle.
 
19 décembre – deuxième gros épisode neigeux
 
Tout juste deux semaines après l’épisode du 5 décembre, la Belgique fait une nouvelle fois face aux intempéries. Une dépression de tempête (110 à 120 km/h sur les côtes ouest françaises) se dirige de la Bretagne vers le Luxembourg. Elle véhicule une impressionnante et intense perturbation qui provoque de très fortes chutes de neige sur le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne qui restent dans la partie froide de la dépression. (Ci-dessous, carte d’analyse de surface à 13h00 heure belge).
 
Cette perturbation entre en Belgique vers 10h00 sous forme d’un front chaud. La neige se dépose rapidement sur l’accumulation préexistante, et enneige le réseau routier. Les aéroports belges ferment les uns après les autres, bloquant des milliers de passagers. 
 
La perturbation est énorme, comme le montre l’image radar suivante. Pendant le début de l’après-midi, c’est le front chaud qui concerne la Belgique, avec des intensités parfois soutenues:
 
 
En milieu d’après-midi, la circulation routière devient très difficile à tel point que les services d’épandage sont dépassés. Les bus du TEC rentrent aux dépôts les uns après les autres. Les routes sont enneigées et très dangereuses. La couche de neige devient par endroit impressionnante. Ci-dessous, une image d’ensemble de la perturbation à 14h30.
 
 
Plus l’heure avance, plus la neige s’accumule, et plus la situation sur les routes devient apocalyptique: à 17h00, on répertorie plus de 500 km de bouchons, ce qui est exceptionnel pour un dimanche. Nul doute que si cet épisode s’était produit en semaine, ce chiffre aurait été plus élevé encore. La carte suivante venant du site Infoclimat/Météo Alerte montre la situation en fin d’après-midi, avec les observations encodées par l’auteur de l’article, tout au long de la journée:
 
 
En fin d’après-midi, la zone neigeuse s’éloigne vers l’est après avoir déposé entre 10 et 20 cm de neige selon les régions, et l’influence du secteur chaud de la perturbation se fait sentir: les températures entament une remontée fulgurante, et le dégel s’amorce partout au sud d’une ligne Mons – Liège. En Gaume, il fait jusqu’à 4°C! La couche de neige commence à fondre en de nombreux endroits, et l’on observe de la pluie.
 
Mais c’est sans compter sur l’arrivée du front froid plus tard en soirée. Celui-ci s’accompagne d’une nouvelle zone de neige soutenue, précédée d’un peu de pluie et même d’orages (signalés à Dinant et Ciney). Cette zone suit le sillon Sambre-et-Meuse, et marque la frontière entre l’air froid au nord et l’air chaud au sud. Les températures redescendent rapidement sous la barre des 0°C sous les chutes de neige. 
 
 
La neige gagne à nouveau en épaisseur et les conditions routières se font encore plus difficiles. Cette deuxième salve dure entre trois et quatre heures selon les endroits et dépose à nouveau 5 à 10 cm de neige en plus sur le sillon Sambre-et-Meuse.
 
Mais si la neige cause pagailles et soucis, elle offre également de magnifiques paysages. Montigny-le-Tilleul est à ce titre très bien servi. 
 

 

Cela est par contre beaucoup moins gai sur le réseau routier national…
 
 
 
 
L’Ardenne prend des airs de Laponie ou de Sibérie, comme ici à Vresse-sur-Semois (photo: R. Courtois):
 
 
A Montigny-le-Tilleul, les événements peuvent être résumés comme suit: avant l’arrivée de la perturbation, on observe 7 cm de neige. Le passage du front chaud donne 14 cm de neige, ce qui porte la couche totale à 20 cm. Un dégel de deux heures ramène l’épaisseur à 18,5 cm. Le front froid apporte 7 cm supplémentaires. Il est donc tombé 20 cm de neige sur tout l’épisode. La couche totale de neige est comprise entre 25 et 26 cm.
 
Namur reçoit une vingtaine de centimètres de neige, parfois une trentaine dans sa périphérie (voir ici de très belles photos de la citadelle enneigée: Neige Namur). En Ardenne, l’épaisseur du manteau neigeux avoisine les 40 à 60 cm selon les endroits, et atteint même 70 cm en Hautes Fagnes.
 
De très nombreux accidents sont à signaler. Une personne décède à Bertrix, écrasée par l’effondrement du toit de sa grange sous le poids de la neige.
 
20 décembre
 
Les chutes de neige se sont arrêtées, mais les ennuis continuent. A l’heure de pointe matinale, on relève 670 km de bouchons sur les routes rendues dangereuses par le verglas. Il ne dégèle pas de la journée.
 
 
Toute l’Europe Occidentale vit au rythme des chutes de neige. En plus de la Belgique, le nord de la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et le Royaume-Uni sont également concernés.
 
21 décembre
 
Il tombe à nouveau plusieurs centimètres de neige sur Bruxelles et le Brabant wallon, un peu moins ailleurs. Les routes restent très dengareuses sur tout le pays. Heureusement, le dégel commence, et la situation s’améliore dans l’après-midi.
 
22 décembre
 
La situation commence à nouveau à se compliquer et devient assez étrange. Alors que l’air froid envahit une nouvelle fois la Basse et la Moyenne Belgique avec des températures de ou sous 0°C, un dégel assez conséquent se manifeste en Haute Belgique. Ainsi, on observe de la pluie en bonne quantité à Spa, mais aussi temporairement à Bierset. Cependant, une baisse progressive des températures amène le thermomètre à 0°C, entraînant des pluies verglaçantes.
 
Au fil de la journée, la perturbation progresse vers le nord-ouest, et vient se heurter à de l’air bien froid à tous les étages: il neige ainsi à Zaventem et à Gosselies, alors que l’on observe de la pluie (verglaçante) respectivement à Beauvechain et à Florennes, de manière temporaire. Cela montre bien que la limite du dégel en altitude se trouve alors le long d’une ligne Campine – Entre-Sambre-et-Meuse. Tout cela se rapproche de Montigny-le-Tilleul, mais les précipitations y restent bien de neige. Elles apportent une couche supplémentaire de 4 cm, soit une épaisseur totale de 16 cm.
 
La carte ci-dessous résume clairement la situation atmosphérique. Une vaste dépression située sur l’Espagne puis en Méditerranée envoie de l’air doux en direction de la Belgique où il entre en collision avec de l’air polaire en provenance de Scandinavie. Au contact entre les masses d’air se forme un puissant front chaud (certaines cartes le représentent comme un front double). Il va stationner sur la Belgique pendant environ 36 heures.
 


Situation le 23 décembre à 1h00.

 

23 et 24 décembre – Troisième gros épisode neigeux + pluies verglaçantes = pagaille monstre
 
Durant la matinée du 23, le front chaud joue au yoyo et se rétracte sur le sud de la Belgique. Le contraste de températures devient encore plus important en altitude, renforçant l’activité du front. Une nouvelle pulsion d’air chaud venant de Méditerranée le renvoie lentement vers le centre de la Belgique, où il va s’arrêter pour plusieurs heures, et entraîner de fortes précipitations hivernales. La carte ci-dessous représente la situation à 19h00, et montre toujours ce puissant front chaud pratiquement immobile.
 
A ce moment-là, la perturbation est déjà bien calée au-dessus de la Belgique. Il neige en abondance sur le centre et l’est du pays. Dans le sud, la stagnation d’air plus doux en altitude maintient la pluie, qui tombe sur des sols gelés (-2 à -3°C, voir même -5°C comme à Saint-Hubert vers 17h-18h!). Ceci entraîne l’apparition d’un épais verglas. De temps à autre, un intermède neigeux survient, mais très vite, la pluie reprend le dessus. La couche de glace mesure plusieurs centimètres. On note 1380 km de bouchons sur les routes belges à l’heure de pointe vespérale. Les bus du TEC rentrent une nouvelle fois aux dépôts et les vols au départ des aéroports de Charleroi et de Liège sont retardés voire supprimés. Bruxelles suivra plus tard. La ligne SNCB Namur – Luxembourg est fermée à tout trafic suite à une rupture de l’alimentation électrique à Libramont, les trains venant de Bruxelles sont limités à Jemelle.
 
 
 
A Montigny-le-Tilleul, la RN 579 est déserte et enneigée.
 
Les deux images radars ci-dessous montrent l’immobilisme de la perturbation:
 
 
Dans le courant de la nuit du 23 au 24 décembre, l’intensité des précipitations faiblit. En altitude, l’air froid commence à se répandre vers le sud-est. Les pluies verglaçantes qui concernaient le sud du pays sont remplacées par de la neige. La perturbation se déplace lentement vers l’Allemagne et la France. Au niveau de la situation synoptique, le front chaud commence à faiblir, comme montré sur la carte ci-dessous (à 1h00 le 24):
 
Au matin du 24, il neige toujours en de nombreuses régions, mais plus faiblement, excepté sur l’Ardenne et les Hautes-Fagnes. De fortes rafales de vent entraînent la formation de congères.
 
A l’heure de pointe matinale, la situation sur les routes est catastrophique: plus de 500 km de bouchons sont répertoriés, en prenant en considération que beaucoup de travailleurs sont restés chez eux. A nouveau, aucun bus du TEC ne sort des dépôts, et la circulation des trams à Charleroi et à Bruxelles est très perturbée. La situation se normalise lentement dans l’après-midi avec l’arrêt des chutes de neige sur le centre du pays.
 
La perturbation quitte le sud de la Belgique en soirée, après avoir apporté 15 à 25 cm de neige sur les régions les plus touchées (Hainaut oriental, Namur et à l’ouest de Liège surtout). Si ces quantités sont remarquables, c’est surtout l’épaisseur de la couche de neige totale qui frappe l’imaginaire: elle va de 20 cm à Bruxelles à 60-70 cm en Hautes Fagnes, en passant par 25 à 35 cm dans la région de Charleroi (officiellement 25 cm à Gosselies, dont 13 tombés pendant cet épisode) et Liège (officiellement 32 cm à Bierset), 40 à 50 cm en Entre-Sambre-et-Meuse et dans le Condroz (à Florennes, le vent a formé des congères, empêchant une mesure exacte). Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. 
 
A Montigny-le-Tilleul, la couche de neige au 22 au soir était de 12 cm. Durant la nuit du 22 au 23, il est tombé 4 cm, portant la couche de neige totale à 16 cm. Entre midi le 23 et minuit le 24, la neige tombe abondamment, puis faiblit jusqu’à s’arrêter complètement en milieu d’après-midi. Il est tombé 20 cm de neige durant cet épisode, portant la couche de neige totale à 36 cm.
 
 


36 cm de neige sur Montigny-le-Tilleul au matin du 24.


Il y avait une rue à cet endroit…

Quelques courageux tentent de rejoindre leur lieu de travail. Beaucoup renoncent après quelques centaines de mètres.
 
Normal en Haute Belgique, mais stupéfiant dans la région de Charleroi.
 
25 décembre
 
La neige offre à la Belgique le plus beau Noël blanc qu’elle n’ait jamais eu depuis 1964: 16 cm de neige mesurés à Uccle, encore plus de 30 cm à Montigny-le-Tilleul (la neige s’est tassée pendant la nuit). En soirée, les températures chutent: il fait -10,4°C à Montigny-le-Tilleul vers 18h00, le temps se « radoucit » par la suite.
 
Fin décembre – début janvier
 
La neige persiste pendant les jours suivants. Il en faudra plusieurs pour que tout rentre dans l’ordre sur les routes et le rail, et de nouvelles faibles chutes de neige et du verglas perturbent à plusieurs reprises l’heure de pointe, mais moins que le 24 décembre.
 
Ce mois de décembre 2010 restera longtemps comme celui qui a complètement pété les plombs en mode hiver. Les décrochages récurrents d’un vortex polaire instable et baladeur en direction de l’Europe y sont pour beaucoup. Pendant une bonne partie de ce mois, le front polaire sera systématiquement repoussé au sud de nos régions, alors qu’il a plutôt tendance à se retrouver au nord de celles-ci. Ceci est responsable d’un déficit thermique très exceptionnel si on considère comme normale la moyenne 1971-2000. A Uccle, ce déficit a atteint -4,8°C.
 
Écarts des températures moyennes mensuelles par rapport aux normales (1981-2010).
 
Il sera rare de revoir tomber tant de neige pendant autant de temps durant les prochaines décennies. Quoique…

Cet article a été repris des chroniques que je publie sur Hydrométéo et retravaillé pour Info Météo.

Sources: Wetterzentrale, Meteox, Météo Belgique, Météo Services, IRM, photos personnelles…

Lien vers un article de Météo Belgique résumant en détail le déroulement de ce mois: décembre 2010 – le mois de la neige.

Sur tous les fronts

Cet article fait suite à celui publié il y a quelques jours au sujet des anticyclones et des dépressions, puisqu’il s’agit de deux séries de phénomènes fortement liés. Il explique les différents mécanismes menant à la formation de ces fronts.
 
Par front, il faut entendre une limite, plus ou moins nette, entre deux masses d’air de températures différentes. La température utilisée pour distinguer ces masses n’est pas la température que mesure nos thermomètres, mais une température fictive que l’on appelle température potentielle équivalente. On l’obtient en imaginant une condensation totale de toute l’humidité de l’air, qui dégage de la chaleur. Cette température est donc très élevée (autour de 60°C), mais rappelons-le, elle n’est que théorique (heureusement, d’ailleurs).

Les fronts marquent des perturbations. L’image ci-dessous vous illustre la gamme d’éléments d’une perturbation complète pilotée par une dépression (cercle bleu avec un D) et à travers lesquels nous avons représenté des coupes (lignes noires). Les flèches représentent la direction du vent. Nous allons vous expliquer brièvement les différents termes.

 
Front chaud
 

Il désigne un front par lequel une masse d’air plus chaude bouscule une masse d’air plus froide située devant lui. Pour diverses raisons d’ordre dynamique que nous n’expliquerons pas ici, l’air chaud a tendance à passer par-dessus l’air froid, de telle sorte que la limite entre ces masses d’air est oblique, avec une altitude augmentant au fur et à mesure que l’on s’éloigne à l’avant du front. Ainsi, si nous réalisons une coupe horizontale à travers le front chaud en suivant la ligne A dans la première image, nous obtenons ceci:

Le front chaud s’accompagne de différents types de nuages. Un observateur sur la trajectoire du front verra progressivement le ciel se voiler de cirrus, puis de cirrostratus, puis d’altostratus et enfin, de stratus et nimbostratus porteurs de pluies longues mais régulières en hiver, passant souvent inaperçues en été. Le front chaud est souvent stable, d’où les nuages stratiformes venant d’être cités. Cependant, il existe des cas en été où le front chaud est instable: il peut ainsi donner naissance à des cumulonimbus, et donc à des orages.

 
Front froid
 

Le front froid est l’inverse du front chaud: il se forme à la limite entre une masse d’air froid déboulant derrière une masse d’air plus chaud. L’air froid, toujours pour des raisons dynamiques, a tendance à vouloir passer sous l’air chaud. La limite entre ces deux masses d’air et plus abrupte, plus verticale, expliquant pourquoi les précipitations sont moins longues mais plus intenses que dans le cas d’un front chaud. Si nous réalisons, selon B, une coupe à travers un front froid, nous obtenons ceci:

Un observateur placé sur la trajectoire d’un front froid verra ainsi arriver assez brutalement des masses nuageuses cumuliformes, parfois précédées de quelques altostratus. En été, le front froid peut-être le siège d’orages, mais ceux-ci tendent le plus souvent à se former à quelques centaines de kilomètres au devant du front (nous le verrons plus loin).
 
Front occlus
 

Suite à différentes propriétés dynamiques, l’air froid s’écoule plus vite dans l’air chaud que l’inverse. Il a plus de facilités à déloger de l’air plus chaud et à le forcer à s’élever. Dès lors, un front froid avance plus vite qu’un front chaud. Or, ces deux fronts font souvent partie de la même perturbation et sont liés à la même dépression née à leur jonction. Il vient un moment où le front froid finit par rejoindre le front chaud. Au sol, la transition se fait entre deux masses d’air froid, dominées en altitude par un coin d’air chaud qui se trouvait entre le front chaud et le front froid avant ce qu’on appelle l’occlusion, soit la fusion des deux fronts. Le front occlus ainsi formé est souvent accompagné de pluies continues et intenses en hiver, voir même de neige. En été, il peut se révéler être orageux. Si nous réalisons une coupe selon la ligne C, nous obtenons ceci:

Front de surface et front d’altitude
 

A l’instar des dépressions et des anticyclones, il existe des fronts qui ne se marquent pas sur toute la hauteur de la troposphère. Certains ne sont présents que dans les premières centaines de mètres, ou premiers kilomètres de l’atmosphère. D’autres ne touchent pas le sol: le changement de masses d’air se fait en altitude, bien que les effets (pluies, orages, neige) puissent se ressentir par tout un chacun sur le plancher des vaches. Au sol, le changement de température, et plus précisément de température potentielle équivalente, sera imperceptible dans le cas de ces fronts d’altitude. L’image ci-dessous représente une coupe, selon la ligne D, à travers un front froid d’altitude à droite, suivi par un front froid principal à gauche:

Front froid secondaire
 

Il sépare de l’air froid à l’avant d’un air encore plus froid à l’arrière. C’est pourquoi on ne le retrouve que dans la traîne, c’est-à-dire la zone froide d’averses et d’éclaircies s’étalant sur plusieurs centaines de kilomètres à l’arrière d’un front froid principal. Il est responsable d’averses parfois fortes mais plutôt brèves, pouvant être de neige en hiver, mais aussi d’orages locaux. La coupe selon la ligne E illustre un front froid secondaire:

Ligne de convergence
 
Ce n’est pas un front à proprement parler, mais les effets sont assez proches. Il s’agit d’un axe le long duquel les vents convergent avant de s’élever. En été, on en retrouve presque toujours une ou plusieurs à l’avant d’un front froid. C’est sur de telles lignes que prennent place une grande partie des orages que nous connaissons.
 
 
Sources: Connaissances personnelles.

Toutes les illustrations ont été réalisées par Info Météo.