Evénements 2018 – Janvier à avril

 

Retrouvez ici tous les événements météorologiques s’étant produits en Belgique entre janvier et mars 2018. Les autres périodes peuvent être atteintes via les liens à la droite de cet article ou dans la rubrique « Faits météo en Belgique ».

3 janvier – tempête Eleanor

En soirée du 2 janvier, la dépression Eleanor se creuse sur l’Irlande y apportant des rafales de plus de 140-150 km/h. Le lendemain 3 janvier, elle se trouve en mer du Nord. Son front froid très violent balaie la Belgique en deuxième partie de nuit, engendrant une véritable tempête. On relève 101 km/h à Chièvres, 105 km/h à Ernage, 112 km/h à Uccle, 115 km/h à Humain, 116 km/h à Zeebrugge et 126 km/h à Florennes. Des coupures de courant sont signalées tandis que de nombreuses chutes d’arbres et des dégâts aux toitures sont enregistrés dans de nombreuses régions. En matinée, le vent reste très présent (rafales de 70 à 90 km/h), tandis qu’un orage modéré est observé en province de Liège. Dans le nord de la France, on relève 147 km/h à Cambrai, 135 km/h au Cap Gris Nez. Aux Pays-Bas, des rafales de 140 km/h sont enregistrées sur les côtes zélandaises.

 
La tempête Eleanor au petit matin du 3 janvier (source: Wokingham Weather).
 

Dans le même temps, les cours d’eau du sud de la Wallonie sont en crue par endroits, en réponse aux précipitations abondantes tombant depuis plusieurs semaines.

 
Le 4 janvier, un nouvel épisode venteux, cependant moins intense, concerne la Belgique, au passage de la dépression Christine. Les rafales sont généralement comprises entre 70 et 80 km/h, mais une pointe de 94 km/h est observée à Florennes. 
 
En soirée du 16 janvier et la nuit suivante, de multiples giboulées (grésil et neige) sont observées au-dessus de 150 mètres, parfois accompagnées d’une faible activité orageuse. La neige accroche temporairement sous les averses, plus durablement dans l’est de l’Ardenne. Ces giboulées sont également observées le 17 janvier.
 
Averse de neige en début de nuit du 16 au 17 janvier sur les hauteurs de Namur (auteur: Info Meteo).

 

18 janvier – tempête David le matin et orages en soirée
 
En fin de nuit et en matinée, une dépression de tempête se creuse en traversant la mer du Nord, elle est nommée David par Meteo France. Aux Pays-Bas, les rafales atteignent 140 km/h sur les côtes. En Flandre, on relève 119 km/h à Deurne, 112 km/h à Zeebrugge et 90 km/h à Zaventem. En Wallonie, les rafales atteignent 101 km/h au Mont Rigi, 97 km/h à Ernage et Gosselies et 94 km/h à Humain. Dans le nord de la France, les rafales atteignent 120 km/h à Lille et 136 km/h au Cap Gris-Nez. La tempête frappe ensuite le nord de l’Allemagne avec des pointes à 120 km/h en plaine. Une personne décède dans le Brabant wallon suite à la chute d’un arbre.
 
La tempête David vers 11h00 le 18 janvier, alors centrée sur les Pays-Bas (source: Wokingham Weather).
 
En soirée, à la faveur d’une branche puissante de Jet-stream et d’un creux au-dessus de la Belgique, une ligne d’orages se forme sur la côte – une maison est incendiée par la foudre – puis traverse tout le pays jusqu’en province de Liège en prenant la forme d’un bow echo. Les orages sont modérés sur la Flandre et Bruxelles, donnant des chutes de grêle parfois importantes et pas mal de vent (une rafale de 76 km/h est mesurée à Uccle au passage du système). En Wallonie, l’activité électrique est plus sporadique. Des foyers orageux plus isolés sont signalés du côté de Bastogne.
 
Activité électrique observée en soirée du 18 janvier et la nuit suivante (source: Lightningmaps).

 

Au milieu de l’hiver climatologique, le nombre remarquablement faible de gelées depuis le début de la saison pose question. 
 
Le 20 janvier, il neige en Ardenne et temporairement un peu plus bas (jusque 200 mètres d’altitude). La couche de neige dépasse 10 cm au-dessus de 500 mètres. 
 
Quelques jours plus tard, c’est un coup de douceur qui concerne notre pays, en lien avec l’arrivée d’air d’origine tropicale maritime. Les maximales du 24 janvier sont remarquablement élevées: 13,4°C à Beauvechain, 13,1°C à Chièvres, 12,9°C à Uccle, 12,4°C à Bierset, 12,0°C à Gosselies… 
 
Après un décembre extraordinairement sombre, l’ensoleillement est à nouveau exceptionnellement bas pour ce mois de janvier. A cela s’ajoute une douceur persistante qui le fait sortir des normes.
 
Bilan pour Uccle (source: RTBF, données de l’IRM).

 

La Chandeleur est par contre, comme le dit l’adage, une période charnière: l’Hiver (re)prend enfin vigueur, et de la neige est observée les 1er et 2 février en Ardenne, avec localement plus de 10 cm d’acumulation. Le Condroz et le sud de la Hesbaye blanchissent légèrement à la faveur des plus fortes averses poussées dans un flux de nord-ouest à nord. Les jours suivants restent froids mais parfois beaux.

Coucher de soleil sur les Hautes-Fagne le 5 février (auteur: A. Papapanayotou).

 

Le 6 février, un front chaud se coince sur le sud du pays. Une zone neigeuse subsiste pendant toute la journée le long du sillon Sambre-et-Meuse, donnant de 5 à 10 cm de neige (7-8 cm dans l’est du Namurois par exemple) sous des températures négatives tout au long de la journée. La nuit suivante, les températures descendent localement jusqu’à -5°C. 
 
Le front bloqué sur la Wallonie (source: IRM).
 
 

La nuit du 7 au 8 février est froide. Au petit matin, on relève -16,1°C à Elsenborn, -10,4°C à Dourbes, -9,9°C au Mont-Rigi, -9,1°C à Humain et à Florennes.

Le 9 février au soir et la nuit suivante, une nouvelle perturbation apporte quelques centimètres de neige, essentiellement au sud du sillon Sambre-et-Meuse.

En fin de nuit et en début de matinée du 16 février, le verglas consécutif à la mise en gel de l’eau tombée la veille pose des problèmes par endroits.

24 février au 1er mars – vague de froid

Entretemps, début février, le vortex polaire a éclaté dans la stratosphère. En l’espace de deux semaines, ses effets se communiquent à la troposphère et le temps se refroidit nettement à partir du 24 février, avec l’établissement d’un puissant anticyclone sur le nord de l’Europe et un flux d’est continental bien froid sur nos régions. Les minimales tombent sous -10°C à plusieurs reprises en Ardenne, une ou deux fois sur le centre du pays et selon les stations. C’est le 28 février qu’il fait le plus froid en de nombreuses stations du pays, avec des minimales de -14 à -18°C en Ardenne.

 
 
Le 26 février, une zone neigeuse inattendue se déplace du Limbourg au Hainaut sur un couloir étroit: il tombe entre 5 et 10 cm de neige sur la Hesbaye alors que Bruxelles et Namur sont épargnés.
 
Situation du 28 février au soir. On note l’énorme front chaud annonciateur du redoux sur la Méditerranée (source: KNMI).

 

Le mois de février qui se termine marque une rupture complète avec décembre et janvier: très anormalement ensoleillé, anormalement sec et anormalement froid. Le soleil aura en effet été le roi de la météo belge durant ce mois.

Le 2 mars, le redoux atteint la Belgique sous la forme d’un front chaud. L’air devient plus doux en altitude, surplombant de l’air toujours bien froid dans les basses couches. Des pluies verglaçantes gagnent ainsi la Belgique depuis la frontière française en matinée, causant des embarras de circulation. Par la suite, un front froid rejoint le front chaud sur notre pays, formant ainsi une occlusion et refermant de fait le secteur chaud. L’air redevient progressivement froid à tous les étages, et la pluie verglaçante se change en granules de glace puis en neige dans l’après-midi, menant à une accumulation de quelques centimètres.

Schéma illustrant la situation particulière de ce 2 mars (auteur: Info Meteo).

 

Dans les jours qui suivent, la douceur marque le début du printemps météorologique. A la faveur d’un flux de sud au-devant d’un front froid qui ondule sur la France et la mer du Nord, un orage fort pluvieux mais peu actif électriquement se déplace du Hainaut jusqu’à la Zélande la nuit du 10 au 11 mars. Quelques inondations locales sont signalées en Wallonie picarde. Le 11 mars, les maximales atteignent les 15°C en de nombreuses régions.

Du 18 au 21 mars, alors qu’il faisait bien doux les jours précédents, le temps redevient remarquablement froid, avec de temps en temps un peu de neige. La nuit du 19 au 20, il fait -9,2°C à Elsenborn. Le 20 au matin, il ne tombe qu’un centimètre de poudreuse grand maximum sur la province de Liège, mais ça suffit à générer pas mal de problèmes de circulation.

Le mois de mars qui s’achève a été un peu plus frais que la normale (à la limite de l’anormalité).

Le 8 avril est très chaud pour la saison. On relève 24,0°C à Uccle et à Gosselies.

Le 14 avril, des orages modérés éclatent sur la région lilloise et le Brabant wallon. Sur la province brabançonne, on observe quelques chutes de grêle.

A partir du 18 avril, la chaleur fait son retour. Le 19, on frôle les 30°C par endroits – il fait 28,1°C à Uccle. Le 22 avril, plusieurs foyers orageux faibles à modérés sont observés ça et là. Pour plus d’information, voire l’article de notre partenaire Belgorage.

29 avril – Première dégradation orageuse d’envergure

La situation météo du dimanche 29 avril est particulière. Un thalweg d’altitude sur l’ouest de la France guide une dépression de surface en creusement vers nos régions. Son secteur chaud lèche à peine l’est du pays; sur le centre cette masse d’air chaud est décollée du sol par une pellicule d’air maritime frais où souffle un vent de nord à nord-est. Ainsi dans le Namurois, le temps avant les orages était relativement frais, très humide, avec de la brume par endroits (maximales autour de 15°C à Namur). Le cisaillement des vents est de plus bien marqué, tandis qu’une convergence très nette se dessine le long du pseudofront chaud (représenté sur la carte par une plume rouge), au devant du noyau dépressionnaire. Ainsi, ce sont surtout ces éléments dynamiques forçant l’ascension des masses d’air qui ont expliqué l’intensité des orages (surtout sur le centre du pays), et ce alors que l’instabilité est restée modérée. C’est une situation typique de pointe d’air chaud, comme nous l’avions expliqué récemment.

Carte des fronts du 29 avril 20h00 (source: KNMI).

Ce pseudofront est le siège d’un premier orage modéré sur la province de Namur en fin d’après-midi. Puis en début de soirée, un puissant système orageux arrive de France par la pointe de Givet et fonce jusque l’est de la Flandre via le Namurois et l’est du Brabant wallon. L’activité électrique est impressionnante sur fond de ciel livide (jusqu’à un éclair toutes les 2 à 3 secondes) et de très fortes rafales sont localement observées. Ce système hybride présente les caractéristiques d’un echo en arc mais aussi une possible supercellule en son sein. Cette cellule particulière déclenche une tornade qui se déplace entre Dion (Beauraing) et Crupet (Assesse), atteignant une force F2-F3 près de Waulsort. Côté français, l’écho en arc a engendré d’énormes dégâts entre Aube et Ardennes (source: Kéraunos).

Evolution du système orageux sur le Namurois de 20h15 à 20h45 (source: Kachelmann).

En soirée, d’autres forts orages multicellulaires remontent du sud au nord sous la forme d’un rail de foyers à travers l’est de la province de Liège, le Luxembourg et l’ouest de l’Allemagne. Des grêlons de 2 à 3 cm sont observés localement sous ces cellules. Dans l’ensemble, cette dégradation d’ampleur est assez précoce pour la saison.

Les précipitations récoltées sur 24 heures sont localement remarquables (et pas uniquement dues aux orages du soir): entre le 29 8h00 et le 30 8h00, on relève 47 mm à Schaffen, 40 mm à Wartet (source: Info Meteo), 39 mm à Spa et 38 mm à Ernage. Aucune rafale de vent de plus de 90 km/h n’a été mesurée sur le réseau officiel, toutefois des dégâts portés aux bâtiments et à la végétation laissent penser que cette vitesse a été largement dépassée localement sur les communes de Beauraing, Hastière, Onhaye, Dinant, Yvoir et Assesse.

Lien vers l’article de Belgorage à ce sujet: ICI

Le lendemain 30 avril, le temps est d’abord calme, puis devient pluvieux et très frais dans l’après-midi (6°C sur le Namurois vers 18h00). Le vent se fait très présent avec des rafales jusqu’à 80 km/h localement.

Le mois d’avril a été très anormalement chaud, affichant un excédent thermique de +3,1°C à Uccle.

 

1989 – 1990 – L’hiver des tempêtes

Certains d’entre vous s’en souviennent, d’autres non. En janvier et février 1990, l’Europe Occidentale – et donc la Belgique – voient défiler une exceptionnelle série de tempêtes, certaines d’une force inouïe. C’est au passage de l’une d’entre elles que fut fixé le record de la plus grande vitesse de vent jamais atteinte en Belgique. Nous vous proposons, au cours de cet article, de revenir sur ces sinistres événements.

 
Une circulation d’ouest à pleine puissance
 
Lorsque l’on prend la peine de regarder les cartes de la situation atmosphérique durant ces mois de janvier et de février 1990, on se rend compte qu’elle sont pratiquement toutes semblables. Voici par exemple celle du 25 janvier 1990 à 1h00 heure belge (0h00 heure universelle), alors que la première tempête s’apprête à ravager l’Europe de l’ouest.
 
 
A peu de choses près, les mêmes éléments sont présents pendant plus de trente jours:
 
– Un vortex polaire vaste et puissant (couleurs froides), baladeur sur l’Europe du Nord. Il marque des dépressions dynamiques très organisées. Sa présence n’est pas anormale, mais cet hiver-là, il se développait sous une version débridée et au comportement assez aléatoire.
– Un anticyclone des Açores complètement écrasé à des latitudes subtropicales: sa forme oblongue en témoigne. Il est complètement repoussé au large de l’Afrique par les dépressions consommatrices d’espaces plus au nord.
– Entre les deux, les isobares (lignes d’égale pression, en blanc), sont resserrées: elles indiquent un régime de vent rapide d’ouest. Au contact entre le vortex et l’anticyclone des Açores souffle un très puissant Jet-Stream, rectiligne et « tempêtogène ». 
 
La persistance de ces éléments explique la survenue de plusieurs tempêtes de grande intensité. Habituellement, ces conditions ne sont pleinement rencontrées que pendant quelques jours consécutifs. La longévité de cet épisode est dès lors assez remarquable.
 
25 janvier 1990 – Daria envoie l’anémomètre de Beauvechain à 169 km/h.
 
A partir du 24 janvier, dans le cocktail détaillé ci-dessus et fraîchement mis en place, une petite dépression nommée Daria fonce sur l’Atlantique d’ouest en est, et explose alors qu’elle s’approche de l’Europe. Le 25 janvier en deuxième partie de nuit, c’est une tempête pleinement formée, à 975 hPa et en creusement rapide, qui atterrit sur l’Irlande. Les images satellites de l’époque (ici tirées d’un bulletin de la BBC) montrent clairement la structure nuageuse de la tempête au fil des heures:
 
 
 
 
A 13h00 heure belge, la dépression est en plein sur le Royaume-Uni. Des rafales de plus de 160, voire 170 km/h balaient tout le sud de l’Angleterre et le nord de la France. En Belgique, le vent se lève… La pression au centre du système est incroyablement basse: 953 hPa.
 
 
Derrière le centre dépressionnaire, le front occlus se trouve pris dans la violente circulation atmosphérique, et se transforme en un back-bent occlusion, un front occlus de retour, très instable et turbulent. Ce front va allonger la durée de la tempête, et se révéler être aussi puissant que le front froid. Front froid qui entre par ailleurs en Belgique vers 14h00, alors que le vent y souffle déjà très fort.
 
 
Daria entre sur la mer du Nord en milieu d’après-midi.
 
A 16h00, le cœur de la dépression passe sur Édimbourg qui enregistre la pression minimale absolue de toute la durée de vie de la tempête: 949 hPa. C’est un véritable ouragan des régions tempérées qui entre sur la mer du Nord, où le vent atteint l’échelon 12 et maximal de l’échelle de Beaufort.
 
Plus au sud, dans l’après-midi puis en pleine heure de pointe vespérale, le duo formé du front froid et du fameux front back-bent occlusion entame sa progression à travers la Belgique et déclenche la « tempête du siècle » belge. A leur passage, les rafales de vent explosent, et sont aussi fortes sur les terres qu’à la côte: 136 km/h à Gosselies, 139 km/h à Bierset, 145 km/h à Ostende, 152 km/h à Saint-Hubert, 160 km/h à Uccle, 167 km/h à Koksijde et un époustouflant 169 km/h à Beauvechain à l’est de Bruxelles. A Lommel, on suspecte une tornade. Le terrifiant passage du front occlus de retour se note aussi dans les températures: à Spa, on passe de 9,5 à 8°C en moins d’une minute.
 
Des portions entières de forêts sont dévastées, l’Ardenne paie ainsi un lourd tribu à la tempête. La forêt de Soignes en sort défigurée. Des toits entiers décollent, les réseaux de transports et d’électricité sont mis hors service, piégeant des milliers de navetteurs sur leur lieu de travail. Le relais RTBF d’Anlier se brise à mi-hauteur, privant toute la province de Luxembourg de télévision. Les côtes françaises exposées à l’ouest se prennent les pires bourrasques: dans le Pas-de-Calais, on mesure 178 km/h au cap Gris-Nez. Une centaine de personnes à travers toute l’Europe (une dizaine en Belgique) perdra la vie au passage de cette tempête qui part ensuite se fracasser sur la Scandinavie et le Danemark la nuit du 25 au 26.
 
Une tempête tellement impressionnante que, dans son édition du lendemain, Le Soir parodie la célèbre chanson de Jacques Brel:
 
«Avec des cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne où des diables en pierre décrochent les nuages, avec le vent d’ouest, écoutez-le vouloir…
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler, avec le vent du nord, écoutez-le craquer…»
Hier, c’était bien plus plus fort que d’habitude sur une bonne partie du plat pays, Jacques. Le vent soufflait en brusques rafales d’ouest, du sud-ouest. Il giflait les gens, leur bridait les yeux, les décoiffait, gonflait leurs impers, dénouait leurs écharpes, déséquilibrait leurs pas. Il a fait tomber le clocher de Rhode, arraché des toits, déchiré les câbleries de trois caténaires entre Bruges et Gand, entre Jette et Denderleeuw, entre Hal et Braine-le-Comte. Dans la ville et tout autour, l’électricité manquait par à-coups, plongeant les bureaux dans l’obscurité sous un ciel bousculé, plombé, qui charriait dans le bleu ses nuages aux bords argentés.
Les trains qu’on attendait d’Ostende, de Gand, d’Alost, de Mons, La Louvière, Binche, de Charleroi n’arrivaient plus au Midi, plus au Nord. Même entre les gares de Bruxelles cela circulait difficilement. Les tableaux des horaires étaient constellés de rouge, annonçant des retards généralisés. Les navetteurs de Flandre et de Wallonie faisaient la file devant les téléphones. On entendait dehors le vent siffler, mugir. On attendait sur les marches des perrons avec un sand-wich et une cannette de bière.
A Bruxelles, place de Brouckère, devant le centre administratif, le vent avait replié des panneaux indicateurs et arraché une grande enseigne. Trois policiers tenaient quand même debout, réglant la circulation au carrefour balayé par des sacs de plastique ballonnés comme des montgolfières folles. Une vieille carpette a quitté sa poubelle et traversé le boulevard comme une plie emportée dans une mer déchaînée.
Au bois de la Cambre, au parc Royal, au square Ambiorix et ailleurs des arbres sont tombés, ont paralysé des lignes de trams. Les grandes avenues et les boulevards de ceinture étaient embouteillés comme aux plus beaux soirs. Les voitures, pare-chocs contre pare-chocs, se dandinaient sur leurs suspensions et encaissaient des tourbillons de brindilles et de papiers gras.
On l’écoutait tenir, vouloir, craquer, le pays…

28 janvier – Un clone moins puissant
 
Trois jours après « l’ouragan », une deuxième tempête emprunte le même chemin, de l’Irlande à la Norvège, et engendre de violentes rafales sur la Belgique: 111 km/h à Middelkerke, 100 à Beauvechain. Elle a tout pour ressembler à Daria: même trajectoire, même front occlus de retour… mais cette dépression est heureusement nettement moins importante, avec une pression centrale de 975 hPa.
 
3 février 1990 – un « rat de Manche » dévaste le nord de la France
 
Rat de Manche, ou Kanaalrat en néerlandais, désigne de petites mais virulentes dépressions qui naissent et explosent sur la Manche avant de dévaster l’Europe du Nord-Ouest. Un tel Kanaalrat au doux nom de Herta prend naissance dans la nuit du 2 au 3 février, et annonce la troisième tempête de cet épisode. La pression au centre du système n’est pas particulièrement basse, mais elle chute rapidement: de 1003 hPa le 2 février à 18h00, on passe à 985 hPa le 3 février à 6h00, au moment où la dépression se trouve sur la pointe de la Bretagne. Un gradient de pression très resserré déclenche un couloir de vents violents sur à peine 200 km de large. L’image satellite de 12h00 montre la signature nuageuse caractéristique des tempêtes en intensification rapide.
 
 
En début d’après-midi, des rafales de 140 à 150 km/h balaie l’Ile-de-France. En fin d’après-midi, le centre de la tempête se trouve sur la côte belge. Celle-ci, dans « l’oeil », ne connait qu’un vent modéré (à peine une pointe à 93 km/h à Middelkerke), alors qu’au même moment, le massif ardennais se fait défigurer par des rafales à 130 km/h (131 km/h à Saint-Hubert). Juste après, la province de Liège est touchée avec des pointes à 122 km/h à Bierset.
 
 
Carte des pressions le 3 février à midi. La tempête se trouve à l’est de Cherbourg, et les vents les plus violentes s’organisent juste au sud-ouest de son centre, là où les différences de pression sont extrêmes. Source: Météo Paris.
 
7 – 8 février – Grand vent et douceur remarquable
 
Une nouvelle profonde dépression passe au nord de la Belgique, et entraîne un brutal afflux d’air doux. Alors que le vent dépasse 100 km/h, les thermomètres enregistrent des valeurs de 15°C en pleine nuit hivernale. Au nord, les dégâts sont assez limités, et on relève 113 km/h à Middelkerke. L’Ardenne à l’inverse est durement frappée avec 130 km/h relevés à Saint Hubert aux premières heures du 8.
 
Du 11 au 14 février – Tempêtes de longue durée
 
A nouveau, de puissantes dépressions traversent le Royaume-Uni ou stationnent entre celui-ci et l’Islande. En quatre jours, ce sont trois tempêtes qui concernent la Belgique. Les intensités sont cependant assez limitées, avec des rafales à peine supérieures à 100 km/h. La Grande-Bretagne est plus sévèrement frappée.
 
Du 14 au 26 février – Coup de chaleur en plein hiver
 
L’anticyclone des Açores reprend ses droits, offrant au pays un peu de répit. Le temps est pratiquement estival alors que des courants d’origine tropicale nous atteignent. Situation exceptionnelle: le 24, on mesure 20°C en province de Liège!
 
26 février – Vivian débarque
 
Le 25 février à 1h00, une large dépression creusée à 985 hPa quitte le continent américain par Terre-Neuve et fonce sur l’Atlantique. La tourmente va signer son grand retour sur l’Europe.
 
 
A l’instar des tempêtes précédentes, son interaction avec le Jet-Stream la fait exploser et s’intensifier avant son atterrissage sur les îles Britanniques la nuit suivante. Le centre traverse l’Ecosse et finit par atteindre son paroxysme en Mer du Nord à la mi-journée, avec une pression centrale sous 950 hPa. 
 
 
L’image satellite, au même moment, montre l’impressionnant tourbillon nuageux faire rage au-dessus de l’Europe du nord-ouest.
 
 
Une nouvelle fois, le champ de vent qui s’organise au sud de ce centre est vaste et puissant. Des rafales de plus de 150 km/h sont mesurées en de nombreux endroits d’Europe occidentale. Très souvent, les vents les plus violents surviennent au passage du front froid. Chez nous, c’est la province de Liège qui déguste les plus fortes bourrasques avec 159 km/h enregistré à Bierset. Ailleurs, on relève 140 km/h à Zaventem, 139 km/h à Koksijde, 137 km/h à Middelkerke, 124 km/h à Chièvres et 117 km/h à Beauvechain. Des orages accompagnés de grêle sont observé à de très nombreux endroits et renforcent l’impression de tempête. Quatre personnes perdent la vie en Belgique. Les dégâts sont énormes et similaires à ceux provoqués par le passage de Daria fin janvier: portions de forêts complètement couchées, toitures arrachées, réseaux d’électricité gravement endommagé… Les vents poussent les eaux d’une Manche déchaînée à l’assaut des côtes françaises entre le Havre et Dunkerque. Certaines villes côtières sont submergées. Au Cap de la Hève, près du Havre, on relève 167 km/h.
 
Le lendemain 27 février, un ciel de traîne très actif poursuit l’offensive tempétueuse, avec des rafales dépassant régulièrement les 100 km/h.
 
28 février – Wiebke ferme la marche
 
Alors que l’Europe se remet à peine de Vivian, une nouvelle dépression se creuse et se rue à travers l’Atlantique, en direction d’un énorme champ dépressionnaire sur la Scandinavie, formé notamment des restes de la tempête précédente. Wiebke traverse les îles Britanniques dans la journée du 28, et se retrouve en Mer du Nord la nuit suivante. Si les pressions sont moins impressionnantes en son centre (970 – 975 hPa), le gradient de pression entre celui-ci et les anticyclones plus au sud est très resserré. L’image satellite de 22h00 témoigne de cette moindre organisation. Au contraire des grandes virgules nuageuses dessinées par Daria et Vivian, Wiebke a davantage la forme d’un gros tas de masses nuageuses déstructuré. 
 
 
Des vents très violentes balaient la France, le Benelux et l’Allemagne, avec chez nous, des pointes jusqu’à 151 km/h à Bierset et 144 km/h à Chièvres. On relève aussi 133 km/h à Saint Hubert, 130 km/h à Zaventem et 126 km/h à Middelkerke. Cette dernière tempête achève de ravager les forêts qui ne l’étaient pas encore, et démolit encore un peu plus de toits. Cette fois, la Wallonie écope davantage que la Flandre.
 
L’énorme champ dépressionnaire scandinave absorbe Wiebke dans la journée du 1er mars, alors qu’à l’arrière, le vent atteint encore 135 km/h à Bierset et 122 km/h à Saint Hubert et 120 km/h à Florennes. A son arrière, l’anticyclone des Acores étire une dorsale vers le nord, coupant enfin le flux d’ouest tempétueux braqué sur l’Europe depuis plus d’un mois. A cette occasion, on observera la seule neige de tout cet hiver exceptionnellement doux et venteux.
 
Sources: Météo Belgique, Met Office, KNMI, Meteoman.webplaza.eu, Wetterzentrale, Belgorage, Météo Paris, Technische Universiteit Eindhoven.