L’Islande : paradis des hivernophiles

Terre de glace, d’air frais et pur, de feu et de volcans, l’Islande est sans aucun doute le pays des amateurs de nature sauvage et sans limite… C’est avec plaisir que je me suis rendu dans ces contrées lointaines et que j’écris aujourd’hui ce billet essentiellement axé sur le climat et la météo locale particulièrement sauvage de ce pays, à l’image de ses paysages ! 

On ne va pas en Islande pour chercher la chaleur et le beau temps fixe pendant des semaines certes. Mais pour ceux qui étaient en manque de soleil après les semaines de grisaille que l’hiver belge peut fournir, ce n’est pas une mauvaise solution non plus ! En effet, les crêtes anticycloniques et dépressions se succèdent dans l’Atlantique nord et puisque l’Islande se trouve en plein milieu de celui-ci, au niveau du cercle polaire arctique, c’est l’endroit rêvé pour observer différents éléments se déchaîner. Cependant après la pluie (ou la neige) vient le beau temps, c’est bien connu et l’Islande n’échappe pas à cet adage. C’est d’ailleurs plus vrai encore dans ce pays où les anticyclones ne restent pas coincés pendant une semaine entière dans une position défavorable. Cela évite la formation de nuages bas persistants comme chez nous en novembre/décembre. Tout ça pour dire que le soleil fait partie intégrante de la vie des Islandais et que si jamais il n’est pas au rendez-vous, attendez quelques minutes ou une journée tout au plus et il se montrera. 

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Juin 2016 : un mois très humide … et chaud !

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup plus en Belgique, et plus généralement en Europe Occidentale, durant la dernière semaine de mai, et pendant tout le mois de juin 2016. Cet article n’a pas pour but d’aller forcément à contre-courant de cette constatation, et de venir dire que juin 2016 fut un mois agréable. Par contre, il nous paraît intéressant et fondamental d’expliquer quelques singularités de ce mois plutôt hors-normes en le replaçant dans le cadre plus vaste de la climatologie des mois de juin depuis une soixantaine d’années, et d’ainsi montrer que juin 2016 fut un mois très humide, peu ensoleillé, normal pour les températures, mais en réalité chaud !

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Parions à Paris sur les +1.5°C…

Introduction

L’accord signé par l’ensemble des pays de ce monde en Décembre 2015 à Paris s’était donné pour objectif de limiter le réchauffement à +2°C au-delà du niveau de température du 19ème siècle (dite période « préindustrielle ») et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à +1,5°C. Nous savions déjà que c’était une promesse d’ivrogne, mais la planète Terre vient de le confirmer en apportant un démenti cinglant à ces belles promesses creuses. En effet, le mois de Février 2016 vient de franchir cette barre des 1.5°C d’après les données des stations de surface. Retour sur ce mois à nouveau des plus exceptionnels.

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Et le climat s’est effectivement détraqué en 2015 …

En avril 2014, notre équipe avait écrit un article qui peut paraître aujourd’hui prophétique au vu du bilan établi conjointement par la NOAA et la NASA. Cet article se terminait par la phrase suivante : « Cependant, nous pouvons noter que la tendance serait d’avoir une année 2015 exceptionnellement chaude, probablement record, au niveau global. » Nous vous proposons donc de revenir sur quelques chiffres de cette année folle où le climat s’est effectivement détraqué.

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De la Californie à l’Alaska : un climat totalement déréglé

Pour nombre de personnes, l’image que l’on a de la Californie, c’est celle d’un Etat de l’Union où foisonnent acteurs, mer, et soleil, et où la vie semble agréable, mis à part les tremblements de terre. Le climat y est doux et sans excès apparent, bien à l’écart des descentes arctiques en hiver, et des ouragans en été. Pourtant, depuis plusieurs mois, la Californie vit un véritable calvaire dont l’issue semble bien catastrophique.

Climatologie californienne

Commençons d’abord par un rappel climatologique : la Californie est à ranger dans le climat de type « méditerranéen » avec donc des étés assez chauds et secs, et des hivers doux mais plus humides. La carte des pressions mondiales pour janvier montre bien la distribution des climats et la position de la Californie :

L’Etat de la côte Ouest se trouve bien sur le flanc Nord de l’anticyclone Pacifique, de la même manière que les pays méditerranéens sont moins protégés par l’anticyclone des Açores, de telle sorte que les dépressions peuvent s’infiltrer plus facilement dans ces régions. Ajoutons à ceci la carte des courants marins :

Classiquement, les climats de façade Ouest sont largement influencés par des courants marins froids, comme c’est le cas en Californie, mais aussi sur la côte du Nord-Ouest de l’Afrique (courant des Canaries), les côtes péruviennes et chiliennes (courant de Humboldt), et les côtes du Sud-Ouest de l’Afrique. Ces phénomènes ont 3 conséquences : ils refroidissent la masse d’air, ils empêchent tout développement convectif car les différences de température entre océan et haute atmosphère s’en retrouvent amoindries, et provoquent des brumes ou brouillards persistants. Ainsi, tout le monde a déjà vu des images du Golden Gate de San Francisco sous une chappe de nuages bas :

En chiffres très concrets, cela donne ceci pour la station de San Francisco (Sources : NOAA et Wikipedia)

 
Relevé météorologique de San Francisco (Californie), normales 1981-2010
Mois jan. fév. mar. avr. mai jui. jui. aoû. sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 7,9 8,9 9,5 9,9 10,8 11,8 12,6 13,1 13,2 12,4 10,4 8,2 10,7
Température moyenne (°C) 11,2 12,6 13,3 13,9 14,7 15,8 16,3 16,9 17,5 16,8 14,1 11,4 14,6
Température maximale moyenne (°C) 14,4 16,2 17,2 17,9 18,6 19,9 20,0 20,8 21,8 21,3 17,9 14,6 18,4
Ensoleillement (h) 185,9 207,7 269,1 309,3 325,1 311,4 313,3 287,4 271,4 247,1 173,4 160,6 3 061,7
Précipitations (mm) 114,3 113,0 82,6 37,1 17,8 4,1 0,0 1,5 5,3 28,4 80,3 115,8 600,2
Record de froid (°C) -2 -1 1 4 6 8 8 8 8 6 3 -3 -1
Record de chaleur (°C) 26 27 30 34 38 39 39 37 38 39 30 24 39

On notera d’abord la faible amplitude thermique annuelle (de 5 à 7°), typique des façades Ouest influencées par les courants marins froids. La Californie subit aussi donc le passage de perturbations en hiver alors qu’en été, la présence de l’anticyclone et du courant marin froid inhibe grandement le développement des précipitations. C’est donc pour cela que la saison des pluies se situe essentiellement de novembre à mars. 84% des précipitations annuelles sont enregistrés durant ces 5 mois. Et c’est précisément là que se trouve le problème.

Des précipitations et des réserves de neige ultra-déficitaires.

A l’heure où nous écrivons ces lignes (30 janvier 2014), la station de San Francisco a enregistré 0.76mm de précipitations alors que le total de janvier est de 114.3mm. Il faut en réalité remonter au 7 décembre 2013 pour retrouver la dernière pluie significative avec 9mm. Le total du dernier mois de l’année 2013 s’est finalement élevé à 9.90mm alors que la normale est de 115.8mm. Novembre a vu précipiter 32mm contre 80 de normales. D’une manière générale, l’année 2013 a enregistré 142mm contre 600 pour une année moyenne, soit un déficit de 77% ! 
On définit une année hydrologique par une période qui va du 1er Juillet au 30 Juin. Elle permet de mettre en évidence si la Californie entre en pleine forme ou pas durant l’été. L’année hydrologique la plus sèche est celle de 1850-1851 avec 188 mm de précipitations. Actuellement, San Francisco n’a recu que 38mm sur son année hydrologique, soit 1.50 inch sur le graphique suivant :

 
Nous pouvons constater à quel point nous sommes en-dessous de la normale qui est la courbe en vert kaki.

Une autre préoccupation est l’absence d’un manteau neigeux constitué. Celui-ci sert de réservoir l’été venu. Si il est amoindri, l’été va faire mal. Le graphique suivant montre l’épaisseur du manteau neigeux dans la Sierra californienne à différents points :

Nous pouvons constater à quel point la situation actuelle, la ligne rose, se trouve dans le bas de l’échelle, à égalité avec la courbe de l’hiver 76-77 (ligne bordeau). Si les précipitations continuent à être marquées par leur absence durant les prochaines semaines, c’est même vers un record d’épaisseur minimale de neige qu’on se dirige. Inutile de dire qu’une absence de pluie vers la côte combinée à une très faible épaisseur de neige dans les montagnes n’augurent de rien de bon pour le futur.

Même plus au Nord, la situation reste très sèche. Eureka a cumulé 19mm, soit un déficit de 85% pour un mois de Janvier. L’année hydro est là aussi ultra-déficitaire :

En réalité c’est pratiquement toute la Californie qui subit un déficit extrême de précipitations :

 
 

L’image montre à quel point seul l’extrême Sud-Est subit des précipitations supérieures aux normales alors que tout le reste a vu tomber moins de 25% des précipitations annuelles normales, corroborant le chiffre de 77% de déficit enregistré à San Francisco mentionné plus haut.

Précipitations ultra-déficitaires dans le Sud, records de températures pulvérisés dans le Nord

L’élément le plus important de cette analyse est que cette forte anomalie n’est pas limitée à la seule Californie, comme en témoigne cette carte de tout l’Ouest des Etats-Unis :

Bien que la Californie soit l’Etat de l’Union le plus frappé par cette sécheresse sans précédent, l’Oregon et le Washington doivent aussi subir des déficit d’environ 50%, ce qui est loin d’être anodin. Plus vers le Nevada, les Montagnes Rocheuses, et le MidWest, les choses s’équilibrent pour même devenir supérieures aux normales.
En remontant encore plus vers le Nord, vers l’Alaska, on découvre des statistiques de températures maximales absolument ahurissantes. Ainsi, à Iliamna, sur la côte Sud de l’Etat du Nord-Ouest des Etats-Unis, la température est montée à 13.9° le 28 janvier, pulvérisant l’ancien de record de janvier (10.7°) et par la même occasion celui de décembre (aussi 10.7°). Les minimales, s’élevant jusqu’à 6.7° le 28 janvier, pulvérisent aussi l’ancien record de 2008 avec 3.3°. Notons que cette valeur surpasse aussi les records de février (4.4°), mars (2.2°), et même avril (3.3°). Signalons que les maximales normales de cette station sont de -5° alors que les minimales de -11°. Nous nous situons donc de 17 à 19° au-dessus de ces références. Appliquée en Belgique, cette anomalie donnerait 25° en hiver !
A Nome, sur la côte Ouest de l’Alaska (détroit de Béring), de mêmes anomalies sont enregistrées, preuve que ce n’est pas un cas isolé. Ainsi, on releva 10.6° le 28 janvier, pulvérisant là aussi l’ancien record de janvier (7.8°). Ceux de février (8.9°), de mars (6.7°), de décembre (6.1°), et surtout de novembre (10.0°) sont aussi suplantés. Les normales maximales pour cette station sont de -11°, réalisant ainsi une anomalie de presque 22° !
Ces températures extrêmement élevées vont de pair avec une pluviosité tout aussi remarquable. Ainsi, à Valdez (lieu connu pour sa marée noire), il est tombé en date du 26 janvier 351mm de pluies pour le premier mois de l’année, soit 200mm de plus qu’un mois normal. Cette douceur et cette grande humidité provoquent des avalanches dans la région, bloquant et inondant ainsi des voies d’accès comme le montre cette video :

La Nina et réchauffement climatique

Ne pas voir de lien entre tous ces événements sur la côte Ouest du continent nord-américain serait un manque de discernement. Le premier lien est celui de La Nina. La petite soeur de El Nino est son contraire : au lieu de voir les eaux du Pacifique Equatorial Oriental se réchauffer sous El Nino, celui-ci se refoidit et voit les eaux chaudes se concentrer sur l’Indonésie, y provoquant d’importantes pluies dans ces régions. Ce n’est pas l’unique dérèglement mondial. Ainsi, on observe aussi une grande sécheresse dans le Sud et l’Ouest des Etats-Unis. La carte suivante montre la situation du Pacifique en cette fin janvier :

Nous voyons bien que les zones bleues, correspondant aux anomalies froides se concentrent sur l’Est du Pacifique, alors que l’Ouest reçoit les eaux chaudes. Le décor est donc bien planté pour voir une sécheresse sur l’Ouest des Etats-Unis.Cependant, l’événement extrême actuel ne peut pas s’expliquer uniquement par la présence de La Nina. En réalité, pour avoir sécheresse, il faut présence permanente d’un anticylone sur l’Ouest des Etats-Unis. Le schéma suivant explique bien la situation de la Californie et de l’Alaska :

En situation normale, l’Ouest des Etats-Unis se situe entre l’Anticyclone du Pacifique et les dépressions du Nord, un peu comme chez nous. C’est pourquoi San Francisco reçoit plus de 110m pour chaque mois de l’hiver. La situation actuelle est totalement différente Une anomalie de haute pression s’est développée sur l’Est du Pacifique, protégeant la Californie des dépressions. Celles-ci sont alors obligées de se déplacer vers l’Alaska où elles apportent cette année des précipitations records et un temps très doux dans le flux de Sud-Ouest. Cette carte d’anomalie montre très bien la situation :

On voit très bien une très forte anomalie de hautes pressions remontant vers l’Ouest du Canada alors qu’une anomalie de basse pression sévit sur le Pacifique. Tout ceci prouve bien que le mur de hautes pressions force les dépressions à migrer vers l’Alaska, y déversant leur lot de pluies abondantes. La connexion entre la sécheresse de la Californie et la douceur humide de l’Alaska est donc bien établie. Il faut ajouter à cela le froid qui descend côté Est des hautes pressions depuis l’Arctique vers les plaines du MidWest. Nous avions d’ailleurs pu expliquer tout cet effet de « balancier atmosphérique il y a quelques semaines :

A cette démonstration, il faut rajouter un élément non-négligeable : le comportement de la banquise arctique dans le détroit de Béring. En effet, celle-ci a un impact majeur sur le climat de l’Alaska. Comme on le sait, la glace et la neige ont un pouvoir de réflexion extrêmement puissant, de l’ordre de 90% quand elles sont jeunes. C’est pour cette raison qu’on doit mettre des lunettes de soleil lorsqu’on va faire du ski et que les nuits d’hiver enneigées sont particulièrement froides. C’est ce qu’on appelle l’Albedo et il refroidit les régions concernées par son effet. Or, la courbe de la banquise dans la région de Bering est tout simplement sans précédent :

Ce graphique montre d’un côté l’anomalie avec la rouge, de l’autre la progression de la superficie absolue en noir. La première constatation qui saute aux yeux est que la ligne rouge descend alors que nous sommes en hiver et que la ligne noire, certes progresse, mais avec des palliers. En d’autres termes, la banquise fond à certains endroits et à certains moments alors que nous sommes au coeur de l’hiver ! Le flux de Sud-Ouest doux, humide, et venteux, n’y est pas étranger. Evidemment, cette rupture de la banquise a une conséquence majeure : la perte de l’Albédo et de son pouvoir de réflexion. Ainsi, la chaleur normalement perdue par réflexion lors de la présence de la banquise est récupérée par la Terre à cause de son absence, et un forçage immédiat fait exploser les températures avec des anomalies d’environ 20° ! Si cela n’est pas un symbole du réchauffement climatique, alors rien ne le sera !

Conclusion

La première réflexion qui nous vient à l’esprit pour conclure cette analyse, c’est que nous sommes étonnés du manque de couverture de ces événements extrêmes dans la presse généraliste. En tout cas, nous n’avons rien vu de tel dans la presse écrite. Il est probable qu’elle se rattrapera dans quelques mois lorsque d’inévitables incendies se déclareront. Au lieu de cela, elle s’attarde sur les vagues de froid aux Etats-Unis et des voyageurs du froid pris dans les glaces, comme pour tenter de nous faire croire que le réchauffement climatique n’existerait pas. Il faut croire que vu l’augmentation des températures à travers le monde, des températures de -25° sont devenus « étranges » alors qu’en réalité elles étaient banales il y a 25 ans.
Pourtant, ce qu’il se passe en Californie et en Alaska est infiniment plus anormal que le froid du MidWest, et bat tous les records de sécheresse d’un côté, et de pluviosité et de douceur de l’autre. Pour l’Etat du Sud, il reste 2 mois de bonne pluviosité en février et en mars (110mm chacun) avant de voir arriver la saison sèche. Il faudra absolument que le mur de hautes pressions explose dans les prochaines semaines pour voir arriver les pluies. La première semaine de février semble rester sèche. Par après, ce pourrait être le retour des précipitations, mais cela est à confirmer, et rien ne dit que cela sera suffisant pour rééquilibrer les choses. Quant à l’Alaska, l’explosion des températures dépasse l’entendement et montre à quel point la Nature réagit directement et violemment à des changements auxquels elle n’est pas habituée. L’Alaska n’est qu’un petit bout de terre à l’échelle mondiale et ne réagit qu’à une perte de banquise encore « limitée » par rapport à ce qu’il pourrait arriver dans les prochaines années. On est en droit de se demander ce qu’il se passera le jour où toute la banquise aura disparu en été.
Au final, le drame californien et alaskain dépasse de loin notre canicule de 2003. Il y a fort à parier que nous entendrons parler des conséquences de cette sécheresse californienne dans les prochains mois. N’oublions pas que la Californie est un Etat riche. Que se passera-t-il le jour où de tels extrêmes climatiques se généraliseront à des territoires plus sensibles et deviendront plus monnaie courante ? La Californie asséchée ne sera alors qu’un souvenir d’une époque où les événements étaient encore un tant soit peu contrôlables.

Le courant Jet, moteur du temps dans les zones tempérées

En météorologie, il est difficile d’expliquer le temps et les phénomènes extrêmes sans passer par le courant Jet, cette rivière atmosphérique circulant aux latitudes tempérées et séparant l’air froid du Pôle et l’air chaud des Tropiques.

Son mécanisme est simple : plus le contraste de températures entre le Nord et le Sud est grand, plus le courant Jet est violent. A l’inverse, si le contraste est moins grand, le courant Jet est plus faible. Or, le record de faible surface de glace dans l’Arctique l’année dernière a tout chamboulé dans la bataille que se livrent les 2 grandes masses d’air : la glace étant moins présente, l’énergie solaire a été moins réfléchie dans l’atmosphère, l’Arctique s’est réchauffé plus que les Tropiques, et le contraste est devenu moins grand. Dès lors, le courant Jet est devenu moins puissant. Etant donné qu’une rivière méandre lorsqu’elle ralentit, le courant Jet a adopté le même comportement et nous arrivons là à l’explication concrète des phénomènes extrêmes enregistrés ces derniers temps dans l’Hémisphère Nord : si le courant Jet méandre, il ondule beaucoup plus vers le Nord et vers le Sud, en allant chercher donc respectivement des masses d’air plus froides au Nord et des masses d’air plus chaudes au Sud. De plus, lorsque le changement de masses d’air a lieu, il est plus violent que d’habitude.

Ces fortes ondulations sont enregistrées en ce moment même aux Etats-Unis : deux crêtes (« ridge ») anticycloniques sont positionnées sur les façades Ouest et Est du continent américain alors qu’un creux, une dépression d’altitude s’enfonce au milieu (« trough »).

Entre ces 3 structures circule le courant Jet et nous pouvons voir combien les ondulations sont très prononcées, plongeant depuis le Canada jusqu’au Golfe du Mexique et remontant. Cette configuration assez particulière explique bien des choses dans les températures actuellement relevées aux Etats-Unis. Ainsi, dans l’Ouest, sous les hautes pressions situées au Sud du Jet, une température de 54°C a été relevée dans la Vallée de la Mort ce dimanche 2 juillet 2013. La température minimale approcha même les 40° ! Ces 2 températures sont les 2 plus chaudes jamais enregistrées à cette station ! Des records ont été battus dans l’Arizona, le Nevada, l’Utah, et d’autres Etats de l’Ouest des Etats-Unis. Sur l’Est des Etats-Unis, une remontée d’air chaud et humide combinée à un puissant Jet ont provoqué d’intenses précipitations comme l’indique cette carte :

Entre les deux, une dépression d’altitude s’enfonce au Nord du Jet, provoquant un temps particulièrement frais sur le centre des Etats-Unis. Ainsi, la ville de Waco, Texas a enregistré seulement 14° ce 2 juillet, alors qu’on est plus accoutumés de températures dépassant allègrement les 30° dans cette région du Sud des Etats-Unis. Cette température est en réalité un record de froid pour Waco pour le mois de juillet ! Nous avons donc une différence de 40° entre le Texas et la Vallée de la Mort alors qu’ils se trouvent â la même latitude et à une distance encore limitée.

Plus près de nous, ces variations inhabituelles du courant Jet ont provoqué un blocage anticyclonique sur la Scandinavie avec des températures de plus de 30° en Laponie. Ces hautes pressions bloquant les perturbations sur l’Europe Centrale, des pays comme l’Allemagne ont vu se déverser des dizaines de litres de d’eau dans leurs fleuves, avec une facture s’élevant à une vingtaine de milliards d’euros suite à des inondations. De la même manière, des hautes pressions ont enflammé l’Alaska avec des températures proches de 35° et ont bloqué des perturbations sur l’Alberta, au Canada, avec des dégâts estimés à 3 milliards de dollars.

Ces variations du courant Jet nous ont réservé beaucoup de (mauvaises) surprises ces derniers mois, et j’aimerais revenir sur une expérience dont vous vous rappelez sans doute puisqu’elle a eu lieu début mars.
En effet, le 6 mars, nous pensons être sortis de l’hiver : la température atteint 19° à la station de Charleroi, sous un vent de Sud bien organisé depuis le Nord de l’Afrique. Sur Biarritz, nous observons 20°, et 15° sur les Balkans. En fait, le courant Jet passe au Nord de nos régions et nous sommes sous la protection d’un anticyclone centré sur le Sud-Est du continent. Cependant, le Jet descend fortement jusqu’au détroit du Gibraltar, position très méridionale, et ce même en hiver. Dès lors, l’air frais s’engoufre sur le Sud-Ouest de l’Europe alors que nous sommes encore du bon côté du Jet. Plus au Nord, il fait 2° sur Oslo, et -10 sur Moscou. Malgré la sensation très printanière, l’air arctique est en embuscade quelques centaines de kilomètres au Nord :

Le 8 mars, le courant Jet continue à onduler du Sud vers le Nord, avec de l’air frais sur le Nord-Ouest de la Péninsule Ibérique. Chez nous, il fait encore 15°, mais la température est passé en négatif à Oslo avec -2°. Il gêle à Varsovie, et il fait 6° dans le Nord des Pays-Bas, preuve que le froid gagne du terrain, avec le courant Jet passant sur le Danemark et la Pologne. Les isobares sont orientés du Sud-Ouest vers le Sud-Est chez nous, mais à l’Est dans le Nord de l’Allemagne :

 

Le 10 mars, le changement s’opère : le courant Jet passe au Sud de nos régions avec une dépression glissant au Sud de nos frontières. Dès lors, le vent passe plus au Nord-Est, draînant une masse d’air bien plus froide. Nous enregistrons 6° dans nos régions. Le vrai froid arctique se rapproche et s’intensifie au Nord, avec 0° sur Hambourg et 6° sur Oslo. L’air printanier a été rejeté sur la Roumanie avec 16°. On fera donc remarquer que c’est la même dépression qui est à l’origine des 2 aspirations : l’air très doux sur son flanc Est, et l’air arctique sur ses flancs Nord et Ouest :

Le 12 mars, toutes les masses d’air se sont déplacées d’Ouest en Est : l’air très doux s’est déplacée de Bruxelles vers Istanbul où on enregistre des températures de 17°. Chez nous, il fait -3°, avec donc une chute de 22° en 6 jours ! Cette carte finale montre bien comment le Jet s’est déplacé de telle manière que nous sommes largement au Nord de la limite qui atteint maintenant le Maghreb. Sur l’Atlantique, une nouvelle ondulation remonte jusqu’au Sud du Groenland avec une autre advection douce sur l’océan. Cette carte ressemble très forte à la première sur les Etats-Unis, où la plongée arctique est coincée entre 2 remontées chaudes avec le Jet qui ondule fortement :

Elle montre donc très bien que la translation des ondes du Jet génère d’importantes variations de températures et qu’être en quasi-permanence du mauvais côte de cette rivière atmosphérique provoque un temps frais et humide sur de longues périodes. Elle montre aussi que le renforcement de ces ondes par la déstabilisation du climat arctique ayant pour origine une fonte record de sa banquise est une source de problèmes pour les régions tempérées et sub-arctiques. Et ce n’est peut-être qu’un début … 

Sources :

Dr. Jeff Masters’ WunderBlog
Wetterzentrale