Evénements 2018 – Janvier à avril

 

Retrouvez ici tous les événements météorologiques s’étant produits en Belgique entre janvier et mars 2018. Les autres périodes peuvent être atteintes via les liens à la droite de cet article ou dans la rubrique « Faits météo en Belgique ».

3 janvier – tempête Eleanor

En soirée du 2 janvier, la dépression Eleanor se creuse sur l’Irlande y apportant des rafales de plus de 140-150 km/h. Le lendemain 3 janvier, elle se trouve en mer du Nord. Son front froid très violent balaie la Belgique en deuxième partie de nuit, engendrant une véritable tempête. On relève 101 km/h à Chièvres, 105 km/h à Ernage, 112 km/h à Uccle, 115 km/h à Humain, 116 km/h à Zeebrugge et 126 km/h à Florennes. Des coupures de courant sont signalées tandis que de nombreuses chutes d’arbres et des dégâts aux toitures sont enregistrés dans de nombreuses régions. En matinée, le vent reste très présent (rafales de 70 à 90 km/h), tandis qu’un orage modéré est observé en province de Liège. Dans le nord de la France, on relève 147 km/h à Cambrai, 135 km/h au Cap Gris Nez. Aux Pays-Bas, des rafales de 140 km/h sont enregistrées sur les côtes zélandaises.

 
La tempête Eleanor au petit matin du 3 janvier (source: Wokingham Weather).
 

Dans le même temps, les cours d’eau du sud de la Wallonie sont en crue par endroits, en réponse aux précipitations abondantes tombant depuis plusieurs semaines.

 
Le 4 janvier, un nouvel épisode venteux, cependant moins intense, concerne la Belgique, au passage de la dépression Christine. Les rafales sont généralement comprises entre 70 et 80 km/h, mais une pointe de 94 km/h est observée à Florennes. 
 
En soirée du 16 janvier et la nuit suivante, de multiples giboulées (grésil et neige) sont observées au-dessus de 150 mètres, parfois accompagnées d’une faible activité orageuse. La neige accroche temporairement sous les averses, plus durablement dans l’est de l’Ardenne. Ces giboulées sont également observées le 17 janvier.
 
Averse de neige en début de nuit du 16 au 17 janvier sur les hauteurs de Namur (auteur: Info Meteo).

 

18 janvier – tempête David le matin et orages en soirée
 
En fin de nuit et en matinée, une dépression de tempête se creuse en traversant la mer du Nord, elle est nommée David par Meteo France. Aux Pays-Bas, les rafales atteignent 140 km/h sur les côtes. En Flandre, on relève 119 km/h à Deurne, 112 km/h à Zeebrugge et 90 km/h à Zaventem. En Wallonie, les rafales atteignent 101 km/h au Mont Rigi, 97 km/h à Ernage et Gosselies et 94 km/h à Humain. Dans le nord de la France, les rafales atteignent 120 km/h à Lille et 136 km/h au Cap Gris-Nez. La tempête frappe ensuite le nord de l’Allemagne avec des pointes à 120 km/h en plaine. Une personne décède dans le Brabant wallon suite à la chute d’un arbre.
 
La tempête David vers 11h00 le 18 janvier, alors centrée sur les Pays-Bas (source: Wokingham Weather).
 
En soirée, à la faveur d’une branche puissante de Jet-stream et d’un creux au-dessus de la Belgique, une ligne d’orages se forme sur la côte – une maison est incendiée par la foudre – puis traverse tout le pays jusqu’en province de Liège en prenant la forme d’un bow echo. Les orages sont modérés sur la Flandre et Bruxelles, donnant des chutes de grêle parfois importantes et pas mal de vent (une rafale de 76 km/h est mesurée à Uccle au passage du système). En Wallonie, l’activité électrique est plus sporadique. Des foyers orageux plus isolés sont signalés du côté de Bastogne.
 
Activité électrique observée en soirée du 18 janvier et la nuit suivante (source: Lightningmaps).

 

Au milieu de l’hiver climatologique, le nombre remarquablement faible de gelées depuis le début de la saison pose question. 
 
Le 20 janvier, il neige en Ardenne et temporairement un peu plus bas (jusque 200 mètres d’altitude). La couche de neige dépasse 10 cm au-dessus de 500 mètres. 
 
Quelques jours plus tard, c’est un coup de douceur qui concerne notre pays, en lien avec l’arrivée d’air d’origine tropicale maritime. Les maximales du 24 janvier sont remarquablement élevées: 13,4°C à Beauvechain, 13,1°C à Chièvres, 12,9°C à Uccle, 12,4°C à Bierset, 12,0°C à Gosselies… 
 
Après un décembre extraordinairement sombre, l’ensoleillement est à nouveau exceptionnellement bas pour ce mois de janvier. A cela s’ajoute une douceur persistante qui le fait sortir des normes.
 
Bilan pour Uccle (source: RTBF, données de l’IRM).

 

La Chandeleur est par contre, comme le dit l’adage, une période charnière: l’Hiver (re)prend enfin vigueur, et de la neige est observée les 1er et 2 février en Ardenne, avec localement plus de 10 cm d’acumulation. Le Condroz et le sud de la Hesbaye blanchissent légèrement à la faveur des plus fortes averses poussées dans un flux de nord-ouest à nord. Les jours suivants restent froids mais parfois beaux.

Coucher de soleil sur les Hautes-Fagne le 5 février (auteur: A. Papapanayotou).

 

Le 6 février, un front chaud se coince sur le sud du pays. Une zone neigeuse subsiste pendant toute la journée le long du sillon Sambre-et-Meuse, donnant de 5 à 10 cm de neige (7-8 cm dans l’est du Namurois par exemple) sous des températures négatives tout au long de la journée. La nuit suivante, les températures descendent localement jusqu’à -5°C. 
 
Le front bloqué sur la Wallonie (source: IRM).
 
 

La nuit du 7 au 8 février est froide. Au petit matin, on relève -16,1°C à Elsenborn, -10,4°C à Dourbes, -9,9°C au Mont-Rigi, -9,1°C à Humain et à Florennes.

Le 9 février au soir et la nuit suivante, une nouvelle perturbation apporte quelques centimètres de neige, essentiellement au sud du sillon Sambre-et-Meuse.

En fin de nuit et en début de matinée du 16 février, le verglas consécutif à la mise en gel de l’eau tombée la veille pose des problèmes par endroits.

24 février au 1er mars – vague de froid

Entretemps, début février, le vortex polaire a éclaté dans la stratosphère. En l’espace de deux semaines, ses effets se communiquent à la troposphère et le temps se refroidit nettement à partir du 24 février, avec l’établissement d’un puissant anticyclone sur le nord de l’Europe et un flux d’est continental bien froid sur nos régions. Les minimales tombent sous -10°C à plusieurs reprises en Ardenne, une ou deux fois sur le centre du pays et selon les stations. C’est le 28 février qu’il fait le plus froid en de nombreuses stations du pays, avec des minimales de -14 à -18°C en Ardenne.

 
 
Le 26 février, une zone neigeuse inattendue se déplace du Limbourg au Hainaut sur un couloir étroit: il tombe entre 5 et 10 cm de neige sur la Hesbaye alors que Bruxelles et Namur sont épargnés.
 
Situation du 28 février au soir. On note l’énorme front chaud annonciateur du redoux sur la Méditerranée (source: KNMI).

 

Le mois de février qui se termine marque une rupture complète avec décembre et janvier: très anormalement ensoleillé, anormalement sec et anormalement froid. Le soleil aura en effet été le roi de la météo belge durant ce mois.

Le 2 mars, le redoux atteint la Belgique sous la forme d’un front chaud. L’air devient plus doux en altitude, surplombant de l’air toujours bien froid dans les basses couches. Des pluies verglaçantes gagnent ainsi la Belgique depuis la frontière française en matinée, causant des embarras de circulation. Par la suite, un front froid rejoint le front chaud sur notre pays, formant ainsi une occlusion et refermant de fait le secteur chaud. L’air redevient progressivement froid à tous les étages, et la pluie verglaçante se change en granules de glace puis en neige dans l’après-midi, menant à une accumulation de quelques centimètres.

Schéma illustrant la situation particulière de ce 2 mars (auteur: Info Meteo).

 

Dans les jours qui suivent, la douceur marque le début du printemps météorologique. A la faveur d’un flux de sud au-devant d’un front froid qui ondule sur la France et la mer du Nord, un orage fort pluvieux mais peu actif électriquement se déplace du Hainaut jusqu’à la Zélande la nuit du 10 au 11 mars. Quelques inondations locales sont signalées en Wallonie picarde. Le 11 mars, les maximales atteignent les 15°C en de nombreuses régions.

Du 18 au 21 mars, alors qu’il faisait bien doux les jours précédents, le temps redevient remarquablement froid, avec de temps en temps un peu de neige. La nuit du 19 au 20, il fait -9,2°C à Elsenborn. Le 20 au matin, il ne tombe qu’un centimètre de poudreuse grand maximum sur la province de Liège, mais ça suffit à générer pas mal de problèmes de circulation.

Le mois de mars qui s’achève a été un peu plus frais que la normale (à la limite de l’anormalité).

Le 8 avril est très chaud pour la saison. On relève 24,0°C à Uccle et à Gosselies.

Le 14 avril, des orages modérés éclatent sur la région lilloise et le Brabant wallon. Sur la province brabançonne, on observe quelques chutes de grêle.

A partir du 18 avril, la chaleur fait son retour. Le 19, on frôle les 30°C par endroits – il fait 28,1°C à Uccle. Le 22 avril, plusieurs foyers orageux faibles à modérés sont observés ça et là. Pour plus d’information, voire l’article de notre partenaire Belgorage.

29 avril – Première dégradation orageuse d’envergure

La situation météo du dimanche 29 avril est particulière. Un thalweg d’altitude sur l’ouest de la France guide une dépression de surface en creusement vers nos régions. Son secteur chaud lèche à peine l’est du pays; sur le centre cette masse d’air chaud est décollée du sol par une pellicule d’air maritime frais où souffle un vent de nord à nord-est. Ainsi dans le Namurois, le temps avant les orages était relativement frais, très humide, avec de la brume par endroits (maximales autour de 15°C à Namur). Le cisaillement des vents est de plus bien marqué, tandis qu’une convergence très nette se dessine le long du pseudofront chaud (représenté sur la carte par une plume rouge), au devant du noyau dépressionnaire. Ainsi, ce sont surtout ces éléments dynamiques forçant l’ascension des masses d’air qui ont expliqué l’intensité des orages (surtout sur le centre du pays), et ce alors que l’instabilité est restée modérée. C’est une situation typique de pointe d’air chaud, comme nous l’avions expliqué récemment.

Carte des fronts du 29 avril 20h00 (source: KNMI).

Ce pseudofront est le siège d’un premier orage modéré sur la province de Namur en fin d’après-midi. Puis en début de soirée, un puissant système orageux arrive de France par la pointe de Givet et fonce jusque l’est de la Flandre via le Namurois et l’est du Brabant wallon. L’activité électrique est impressionnante sur fond de ciel livide (jusqu’à un éclair toutes les 2 à 3 secondes) et de très fortes rafales sont localement observées. Ce système hybride présente les caractéristiques d’un echo en arc mais aussi une possible supercellule en son sein. Cette cellule particulière déclenche une tornade qui se déplace entre Dion (Beauraing) et Crupet (Assesse), atteignant une force F2-F3 près de Waulsort. Côté français, l’écho en arc a engendré d’énormes dégâts entre Aube et Ardennes (source: Kéraunos).

Evolution du système orageux sur le Namurois de 20h15 à 20h45 (source: Kachelmann).

En soirée, d’autres forts orages multicellulaires remontent du sud au nord sous la forme d’un rail de foyers à travers l’est de la province de Liège, le Luxembourg et l’ouest de l’Allemagne. Des grêlons de 2 à 3 cm sont observés localement sous ces cellules. Dans l’ensemble, cette dégradation d’ampleur est assez précoce pour la saison.

Les précipitations récoltées sur 24 heures sont localement remarquables (et pas uniquement dues aux orages du soir): entre le 29 8h00 et le 30 8h00, on relève 47 mm à Schaffen, 40 mm à Wartet (source: Info Meteo), 39 mm à Spa et 38 mm à Ernage. Aucune rafale de vent de plus de 90 km/h n’a été mesurée sur le réseau officiel, toutefois des dégâts portés aux bâtiments et à la végétation laissent penser que cette vitesse a été largement dépassée localement sur les communes de Beauraing, Hastière, Onhaye, Dinant, Yvoir et Assesse.

Lien vers l’article de Belgorage à ce sujet: ICI

Le lendemain 30 avril, le temps est d’abord calme, puis devient pluvieux et très frais dans l’après-midi (6°C sur le Namurois vers 18h00). Le vent se fait très présent avec des rafales jusqu’à 80 km/h localement.

Le mois d’avril a été très anormalement chaud, affichant un excédent thermique de +3,1°C à Uccle.

 

L’incroyable avril 2007: chaleur, sécheresse et orages estivaux

Alors que l’Europe Occidentale sort d’un automne 2006 surchauffé et d’un hiver complètement détraqué, voici qu’arrive le printemps. Celui-ci ne manque pas de s’installer dans la continuité des mois précédents: avril 2007 est le mois d’avril le plus chaud jamais enregistré. Il est aussi le plus sec et le plus ensoleillé. Il est et restera sans doute pour un moment le mois le plus extraordinaire que notre pays ait connu récemment.

15 avril 2007
Avril 2007 a des airs de juillet. Les magnolias en fleur rappellent cependant la réalité: c’est le printemps… mais quel printemps! (Source : R. Vilmos)


Une météo anticyclonique

La cause de l’établissement de ces records est à chercher en altitude. Les analyses effectuées à 500 hPa, soit environ 5500 mètres d’altitude, montrent tout au long du mois plusieurs advections chaudes sous la forme de dorsales anticycloniques se succédant au-dessus de l’Europe Occidentale. Celles-ci ont maintenu à distance toutes les perturbations actives qui tentaient de s’approcher. Le ciel est donc resté la plupart du temps bien dégagé et la répétition des courants continentaux a achevé la mise en place d’une situation exceptionnelle. Elle l’est d’autant plus que les dorsales ont été générées depuis la ceinture subtropicale d’anticyclones qui, à cette époque de l’année, est censée se trouver bien plus bas en latitude. Une telle situation en été aurait mené à une canicule et une sécheresse sans doute extrêmes et historiques.

Le mois avait pourtant commencé relativement normalement : températures maximales légèrement inférieures à 20°C dans des courants continentaux pas encore trop chauds. La semaine suivante voit se succéder un flux polaire, puis à nouveau un flux continental mais cette fois froid et enfin un flux maritime. Ces régimes entraînent une diminution des températures, mais il ne pleut pas. Certaines nuits, des gelées sont encore observées localement.

Un copier-coller à faire pour la plupart des jours de ce mois complètement fou. Ici Laeken le 21 avril (Source : A. Dufour sur Météo Belgique).

A partir du 10, le temps change. Un anticyclone de surface s’installe sur la Scandinavie et envoie de l’air continental chaud vers l’Europe Occidentale. Celle-ci connait alors un temps magnifique, ensoleillé et surtout chaud. Le 15 avril, Uccle relève 28,7°C, tandis que les 30°C sont atteint à Kleine-Brogel. Pour cette station, c’est le jour de canicule le plus précoce depuis que les observations y sont menées. A Neder-Over-Heembeek, la température maximale du jour s’établit à 30,1°C. Le 16 avril, le mercure atteint 30,7°C à Kleine-Brogel, constituant un record.

Du 16 au 20, une petite incursion d’air polaire entraîne une diminution des températures, surtout la nuit, avant que de l’air continental à teinte tropicale ne gagne à nouveau l’ouest de l’Europe. Les 25 et 26 avril, des températures supérieures à 27°C sont observées en de nombreux endroits. Il en sera de même le 28. Ce jour-là, le temps devient suffisamment instable pour déclencher une dégradation orageuse tout ce qu’il y a de plus estival. Les orages intenses en avril sont plutôt rares et pourtant, tout y est : vent, pluie, grêle et surtout importante activité électrique.

Coup de foudre sur Montigny-le-Tilleul au cours du spectaculaire orage du 28 avril 2007 (Source : Info Météo).

L’orage qui a alors frappé le sud-ouest de la province de Namur et le Hainaut en fin d’après-midi a tout fait à l’envers : il s’est déplacé de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest en s’attardant au passage sur le sud de la région de Charleroi, y engendrant des inondations. Un cumul de 41 mm de pluie a été observé en une heure à Montigny-le-Tilleul, dont une trentaine tombés en moins de 40 minutes.

Eclair internuageux au-dessus de Montigny-le-Tilleul au cours du spectaculaire orage du 28 avril 2007 (Source : Info Météo).
 
La carte ci-dessous montre la situation le 28 avril à 20h00, environ deux heures et demi après le paroxysme de l’orage. Une ligne de convergence (ligne rouge en épi) stationne à la frontière franco-belge. Elle sépare deux zones où les vents ont des orientations différentes: origine sud-est sur la France et origine nord-est sur la Belgique. Ces vents convergent et se heurtent le long de la convergence, forçant l’air à s’élever. De plus, cet air était chaud dans les basses couches, surplombé par un air plus froid en altitude, provoquant de l’instabilité. Sur le nord de la France, de l’énergie potentielle se trouvait emmagasinée et la masse d’air était propice à s’élever. Ensuite, un peu de cisaillement a sans doute permis à l’orage de se développer et subsister.
 

28 avril 2007

Des paramètres aux valeurs épiques

Avril 2007 explose le record de la température moyenne pour un mois d’avril avec 14,3°C à Uccle. Le précédent record datait de 1987 avec 11,9°C. La moyenne mensuelle s’établit ainsi à 5,3°C au-dessus de la référence alors utilisée (1971-2000), ce qui est énorme. Cette valeur est très exceptionnelle.Des records de température maximale journalière pour avril sont battus, avec 28,7°C à Uccle et 30,7°C à Kleine-Brogel. A Uccle, le nombre de jours d’été (t° max > 25°C) pour un mois d’avril, à savoir neuf, est tout bonnement incroyable.

Mais le paramètre présentant les valeurs les plus ahurissantes est la pluviométrie. En de nombreux endroits, comme à Uccle, il ne tombe aucune goutte de pluie durant tout ce mois d’avril ! Ce mois absolument sec s’inscrit dans une sécheresse qui dure du 30 mars au 5 mai. A Bruxelles, c’est la première fois qu’un mois sans aucune précipitation est observé depuis que les observations ont débuté en 1833. D’une manière générale, c’est une grande partie de l’Europe qui connait un déficit marqué des précipitations comme l’indique la carte ci-dessous.

Ecarts aux moyennes de référence des précipitations, ramenées en base 100 (Source : Météo Belgique)

Il faut néanmoins apporter une nuance à cette carte. Celle-ci est construite sur base d’interpolations et ne fait pas ressortir les particularités locales. Ainsi, l’orage du 28 avril et ses 40 mm de pluie déversés au sud de Charleroi n’apparaît pas. Cependant, une grande partie de la Belgique est restée totalement au sec durant ce mois.Enfin, l’ensoleillement à Uccle présente également un excédent très exceptionnel avec 126,2 heures de plus que la moyenne de référence. Le ciel est resté dégagé pendant pratiquement tout le mois, permettant au soleil de briller sans interruptions autres que les nuits pendant 284,1 heures. A Saint-Hubert, l’astre a encore brillé plus longtemps avec un total de 314,2 heures. Seul un mois a été encore plus ensoleillé : septembre 1959 avec 287 heures de soleil.

Le mois le plus extraordinaire de tous

Parler du mois le plus fou de la récente histoire de la météo en Belgique n’est pas usurpé. Les trois paramètres principaux utilisés pour caractériser la climatologie mensuelle (température moyenne, pluie et ensoleillement) présentent tous des valeurs très exceptionnelles. Ceci est extrêmement rare. Une telle situation en été aurait engendré une canicule sans précédent. Rien que les températures moyennes représentent la rareté d’une telle situation : avril 2007 a en effet présenté des paramètres thermiques dignes d’un juillet ou d’un août normal!

Ce temps exceptionnellement beau a eu un impact considérable sur la végétation. A la fin du mois, on a observé une avance de trois semaines du développement de celle-ci par rapport à la norme. Les premiers pics de concentrations en pollens ont également débuté bien plus tôt que ce qui était attendu.

Sources: Météo Belgique, IRM, Hydrométéo.

Les orages du 7 avril 2014, un QLCS précoce

Ce lundi en après-midi et en soirée, des orages localement intenses pour un début avril ont concerné le Nord-Pas-de-Calais et les deux tiers nord-ouest de la Belgique, ainsi que le nord-ouest du département des Ardennes. Ces orages se sont organisés en ligne et ont sévi en plusieurs étapes au sein d’un MCS que l’on peut qualifier de QLCS, soit Quasi Linear Convective System. Il s’agit d’une grande structure de méso-échelle au sein de laquelle les foyers orageux, interagissant entre eux, sont pratiquement alignés.
 
La dynamique se prêtait assez bien au développement d’orages à caractère estival. Un catafront froid* s’avançait au-devant d’un autre front froid arrivant de l’ouest. Il était lié à une forte diffluence du jet en altitude qui jouait le rôle de « tirage » (situation analogue à une cheminée), forçant l’air à s’élever à son niveau. Derrière, un thalweg d’altitude prononcé, suivi d’une anomalie basse de tropopause (abaissement de l’air stratosphérique) accentuait les différents forçages de déclenchement et d’entretien des orages. Plus bas, les éclaircies ont permis un échauffement des basses couches (températures maximales de 20 à 22°C), suffisant pour générer une énergie potentielle CAPE de 1000 J/kg d’air. Ce chiffre est loin d’être exceptionnel, mais au printemps, il peut permettre le déclenchement d’orages organisés.
 
 
*En réalité, ce « front » hybride présentait à la fois les caractéristiques d’une ligne de convergence et d’un splitting cold front. 
 

Déroulement de l’épisode

 
Les premiers orages traversent le nord-ouest du département du Nord en milieu d’après-midi et poursuivent leur course à travers la Flandre Occidentale. Mais derrière, une ligne s’organise. Les intensités pluviométriques sont déjà bien importantes dans la région de Rouen.
 
 
La ligne s’organise en QLCS en traversant le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie durant les deux heures suivantes. Généralement, les intensités restent modérées. Elle se fait précéder d’un arcus parfois impressionnant, accompagné de bonnes rafales de vent: ainsi, une rafale de 88 km/h est mesurée à l’aéroport de Lille. La partie sud de la ligne renferme une cellule qui se renforce de plus en plus et qui, plusieurs fois, va présenter un bow echo (signature radar en forme d’arc, signalant de potentielles fortes rafales).
 
 
Rapidement, l’intensification de la cellule à la pointe sud du QLCS est prise au sérieux par Info Météo, qui émet un avis spécial d’orage intense peu avant 19h00 pour la région de Cambrai et de Maubeuge.
 
 
L’avis se confirme puisque dans l’heure suivante, l’orage balaye l’est du département du Nord, accompagné de rafales de vent estimées entre 70 et 100 km/h. L’avis spécial d’orage intense d’Info Météo est étendu à tout l’est du département du Nord et à la région de Mons vers 19h30, puis à l’ensemble de l’Entre-Sambre-et-Meuse par la suite.
 
 
Rapidement, la cellule fait son entrée en Belgique par Beaumont et se dirige vers le sud de Charleroi, avec un bow echo marqué (flèche jaune). A son arrière, une cellule très active s’est organisée et entre à son tour en Belgique (flèche rouge). Plus au sud, près de Hirson, une autre cellule se dirige vers Couvin. Au nord, le QLCS commence à se désorganiser en une masse pluvio-orageuse d’allure plutôt faiblarde.
 
 
Le QLCS se désorganise franchement après 21h30, perdant toute activité électrique vers 22h00 au devant de la province de Liège. La masse pluvieuse restante s’évacue en fin de soirée vers les Pays-Bas et l’Allemagne. Un dernier orage se forme à l’arrière de la ligne vers 23h00 et concerne la Famenne puis le Condroz oriental dans les deux heures suivantes.
 
 
Observations sur le terrain par Info Météo
 
Un membre d’Info Météo s’est rendu dans l’Entre-Sambre-et-Meuse pour assister au passage des orages. Voici ce qui a pu être observé.
 
La journée, commencée sous un ciel couvert, a été assez belle avec de larges éclaircies entre 11h00 et 17h00. Puis le ciel se couvre, et montre vers 19h00 des signes préorageux, avec des altocumulus undulatus en « filets d’orage » observés ici depuis Montigny-le-Tilleul.
 
 
Premier arrêt au sud-est de Ragnies (Thuin) vers 19h45 pour observer l’approche du bow echo accompagné d’un arcus (flèche jaune sur l’image radar de 20h30, exposée plus haut). Le vent souffle depuis l’est en rafales modérées, en direction de l’orage. C’est l’inflow, qui est dû aux ascendances au-devant de la ligne orageuse, provoquant un appel d’air dans sa direction.
 
 
 
Direction Donstiennes (nord-est de Beaumont), où l’arcus passe, accompagné d’une bonne averse. Cependant, aucune activité électrique n’est visible, l’orage marquant une pose. Un gros noyau pluvieux (accompagné de grêle?) se trouve au sud, au delà de Beaumont. 
 
 
A l’est de Donstiennes, plus rien n’est observable dans les environs immédiats. Quelques éclairs intranuageux se manifestent, plus loin, dans le bow echo vers Nalinnes et Gerpinnes. Mais à l’horizon sud-ouest, une cellule active (flèche rouge sur l’image radar de 20h30) fait son approche rapide, avec un éclair toutes les 1 à 3 secondes! Beaucoup d’éclairs sont intranuageux, mais quelques internuageux et surtout de puissants coups de foudre agrémentent la scène. Les structures nuageuses sont plutôt intéressantes.
 
 
 
 
 
 
 
Les coups de foudre se rapprochent, rendant le site de Donstiennes de plus en plus exposé aux décharges. 
 
Retour à Montigny-le-Tilleul. Quelques éclairs jaillissent de la cellule en démantèlement, alors que celle-ci s’éloigne vers Namur.
 
 
 
 
D’autres photos
 
La photo ci-dessous a été réalisée par un autre responsable d’Info Météo, lors du passage de l’arcus puis de la deuxième cellule orageuse à Berzée:
 
 
Les images ci-dessous ont été réalisées par H. Vicenzi qui a les a aimablement transmis à Info Météo. La première image montre l’approche de l’arcus à Neuville (Philippeville). Les trois images suivantes, prise depuis Florennes, montrent l’avancée de la cellule orageuse observée par Info Météo depuis Donstiennes et Montigny-le-Tilleul.
 
 
 
 
 
Les deux dernières photos montrent de longs éclairs horizontaux, typiques d’une cellule en phase d’affaiblissement.
 
La photo ci-dessous a été prise à Petit-Enghien par C. Bogemans, alors que le QLCS s’éloignait.
 
 
 
Synthèse
 
Les orages ont souvent présenté des intensités faibles à modérées selon la classification de Kéraunos. La cellule formant le sud du QLCS et qui a été l’objet de l’avis spécial d’orage intense peut être classifiée comme un orage fort selon cette même classification, en raison des rafales estimées supérieures à 90 km/h.
 
Peu de dégâts sont à signaler. Côté quantités de pluie, elles sont généralement inférieures à 10 mm compte tenu du déplacement rapide du QLCS.
 
Source des données: Météo France, Kéraunos, Météo Services, KNMI