La vague de chaleur de fin août 2016

Fin août 2016 a vu survenir une vague de chaleur assez particulière. Elle fut particulièrement intense pour cette période de l’année, à une période où le déclin progressif de la longueur du jour commence à limiter l’envolée des températures. Et pourtant, la vague de chaleur que nous avons connu avait tout d’un coup de chaud de sommet de saison estivale. Plusieurs causes sont à mettre en exergue pour illustrer une occurrence si tardive et si importante.
 

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27 août 2016: furie électrique sur le sud et l’est

Les orages de ce samedi 27 août étaient attendus, mais pas à ce degré de violence. Violence électrique surtout. Ceux qui ont eu l’occasion d’observer le passage des foyers qui se sont développés ce soir-là retiendront surtout le feu d’artifice électrique qui s’est joué au-dessus des collines du Condroz et de la dépression de Famenne notamment. Car c’est en premier lieu l’élément « foudre » qui dominait, avec des séquences de plusieurs éclairs par seconde par moments. S’en suivent le vent et localement la grêle. La pluie, bien qu’intense, fut cependant assez brève.
 

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Orages intenses du 13 août 2015

Autant le début de la saison orageuse (et juillet surtout) fut pauvre, autant ce mois d’août semble se plaire à nous rappeler que cette saison des orages est loin d’être finie. Après le 3 août sur l’ouest, le 7 août sur le centre et l’est, ce jeudi 13 août voit se produire une dégradation orageuse sévère, qui sera peut-être la plus importante de cette année avec celle du 5 juin. L’IRM a annoncé avoir détecté environ 30 000 éclairs au-dessus de la Belgique. Ce chiffre, bien qu’assez loin des records, reflète une dégradation intense et constitue le plus haut score de cette année.
 
Situation météorologique
 
C’est une situation à laquelle on commence à être habitué qui déclenche ces orages. Une dépression assez creuse plonge sur le Golfe de Gascogne, provoquant une brutale remontée d’air chaud vers nos régions. Il a effectivement fait très chaud l’après-midi du 13 août avec 31,9°C à Gosselies, 32,2°C à Uccle, 33,2°C à Dourbes et 33,6°C à Buzenol. Il est intéressant de voir que cette augmentation des températures est liée à l’ensoleillement mais aussi à l’invasion brutale d’une masse d’air très chaud arrivant du département des Ardennes où des températures jusqu’à 35°C ont été enregistrées.
 
Autre élément aggravant, la présence d’une forte humidité dans l’air des basses couches. Ainsi, vers 14h00, des taux d’humidité relative supérieurs à 60% étaient constatés dans l’Entre-Sambre-et-Meuse et le Namurois. Ceci rendait d’ailleurs l’air très insupportable. Sur le coup de 17h00, Ernage enregistrait un humidex de 40,6. En d’autres termes, l’air était tellement moite que le corps humain ressentait la même chose que s’il avait fait 40,6°C par temps sec. Cet air bien moite et chaud a persisté jusqu’à l’arrivée des orages, servant de carburant à ceux-ci.
 
 
L’analyse de surface ci-dessus (à 14h00 heure belge) montre que nos régions sont dans un marais dépressionnaire dominé par un léger flux d’est. Sur le centre de la France par contre, le vent est de sud. Il se crée entre les deux une zone de convergence de ces vents, formant une ligne de convergence sur le nord de la France et remontant vers la Belgique (trait rouge gras). Elle y parvient en fin d’après-midi en butant sur l’air chaud et moite possédant une forte énergie potentielle pour la convection (CAPE supérieure à 2000 J/kg d’air). En altitude par contre, la dynamique reste modérée, avec un courant Jet de sud présent mais pas exceptionnel. S’il avait été plus présent avec des noyaux de divergence bien organisés, les orages auraient été bien plus violents encore.
 
Déroulement de l’épisode
 

Les premiers orages ont commencé à se déclencher aux alentours de 15h00 au sud de nos régions. L’un ou l’autre foyer s’est développé à l’avant comme sur la région de Thuin, mais ces derniers furent brefs. C’est vraiment le long de la ligne de convergence remontant de France qu’a commencé à se mettre en place la majeure partie de l’activité.

A 16h10, un axe bien actif s’est déjà formé au sud du Pas-de-Calais. A noter que l’activité électrique est déjà très intense: chaque rond rouge entoure un impact se produisant au moment où l’image a été enregistrée. Plus à l’est par contre, les cellules ne sont pas encore soudées entre elles, mais certaines sont déjà fortes.

Activité électrique dans les deux heures précédant l’enregistrement de l’image à 16h10. Les impacts blancs sont les plus récents.
 
L’activité va en se renforçant, et à 16h30, c’est un début de QLCS qui entre sur le département du Pas-de-Calais. Le QLCS est un système convectif de mésoéchelle (MCS) qui se traduit en français par Système convectif quasi linéaire. Ce type d’organisation orageuse prend donc pratiquement la forme d’un axe, souvent très intense. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article écrit par Info Meteo à ce sujet: MCS et QLCS. Plus à l’est, une organisation en orages multicellulaires est observée, mais leur puissance reste modérée.
 
Radar des précipitations à 16h30.
 
Vers 17h15, les choses ont déjà bien évolué: le QLCS sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais ne cesse de se renforcer. En plus d’une activité électrique qui devient impressionnante (une moyenne de 250 éclairs par minute), le système est générateur de pluies diluviennes, de grêle et de puissantes rafales de vent provoquant des dégâts, notamment autour de Lens dans les instants suivants. Plus à l’est, les cellules jusque là alignées mais non soudées entre elles commencent à resserrer les rangs tout en se renforçant rapidement. Ainsi, un orage est en train d’exploser sur le nord-ouest du département des Ardennes, au sud de Chimay.
 
Image de l’activité électrique enregistrée à 17h15.
 
Vers 17h40, une section violente du QLCS balaye donc Lens, tandis que plus à l’est, les cellules commencent à entrer en Belgique. Une autre touche le Cambresis, avec les mêmes effets. On note aussi l’apparition de petits mais très intenses noyaux orageux à l’avant de l’axe, au sud de Charleroi et près de Mons. A partir de ce moment-là, tout va aller très vite.
 
Radar des précipitations à 17h40.
 
L’image suivante montre la situation environ une demi-heure plus tard, et souligne un net renforcement de l’axe orageux avec l’allongement du QLCS jusqu’à la région de Charleroi. Les conditions se dégradent effectivement très rapidement sur le nord de l’Entre-Sambre-et-Meuse avec l’explosion brutale de multiples cellules orageuses qui adoptent immédiatement un caractère très intense en provoquant des dégâts dus au vent et des grêlons de plusieurs centimètres de diamètre. La même modification de morphologie est observée autour de Mons. L’ensemble prend ainsi la forme d’un bow echo, mais la persistance de cette structure étant brève, nous ne pouvons en être totalement sûrs.
 
Radar des précipitations vers 18h15.
 
L’enregistrement de l’image des impacts de foudre à 18h45 illustre très bien ce déplacement du maximum d’intensité vers la Belgique, avec une violente activité électrique sur le Hainaut et l’ouest de la province de Namur. A ce moment-là, le QLCS s’est donc étendu jusqu’à la capitale wallonne par formation et agglomération de nouvelles cellules orageuses.
 
Image de l’activité électrique enregistrée à 18h45.
 
Une heure plus tard, le QLCS atteint la région de Bruxelles. A l’est, des cellules orageuses nouvellement formées ont continué à s’y agglomérer, de telle sorte que le système s’étend désormais jusqu’à Liège. Par contre, sa partie ouest se dilue complètement au-dessus de la Mer du Nord en un paquet pluvio-orageux sans réelle intensité. Quelques orages parfois assez intenses se produisent à l’arrière, notamment au sud de Tournai.
 
Radar des précipitations à 19h45.
 
Vers 20h30, nous retrouvons le QLCS sur la Flandre, où il commence à rétrécir en taille. Dans l’heure suivante, il s’évacue en direction des Pays-Bas tout en continuant à faiblir.
 
Radar des précipitations à 20h30.
 
Plus tard cependant, des orages se reformant sans cesse sur la région de Liège engendrent des pluies diluviennes sur la région de Genk ainsi que des dégâts liés au vent. D’autres foyers débordent en fin de soirée sur le sud de la province de Liège et un petit système multicellulaire concerne la région de Arlon et de Bastogne, avant la fin de l’épisode en début de nuit.
 
 
 
Synthèse
 
Les orages ont été très pluvieux avec des lames d’eau importantes observées localement, la plus haute étant Diepenbeek (56 mm). De même, de la grêle a été reportée, avec parfois des grêlons de taille significative (jusqu’à 3-4 cm) comme dans la région de Thuin, le nord du Hainaut et l’ouest de la Flandre. Des grêlons de belle taille sont aussi tombés en plusieurs endroits du Nord-Pas-de-Calais, ainsi que dans l’ouest de la province de Liège. Des dégâts dus au vent ont été largement signalés dans le Hainaut et dans le Nord-Pas-de-Calais, correspondant au passage des segments les plus violents du QLCS. Plus à l’est, des dégâts liés aux fortes rafales ont également été signalés, mais plus sporadiquement. Les relevés montrent de fortes rafales, mais pas excessives. Cependant, vu leur dispersion, il est certain qu’ils n’ont pas enregistrés les plus violentes bourrasques.
 
Grêlons récoltés à Lobbes, dans l’est du Hainaut. Auteur: C. Tournay.
 
 
 

L’activité électrique n’a pas été en reste, comme le montre la carte ci-dessous qui reprend les impacts enregistrés entre le 13 à midi et 14 à midi. L’IRM a comptabilité environ 30 000 éclairs au-dessus de la Belgique. Ce chiffre est important, mais pas extrême. A titre d’exemple, le 28 juin 2011 a connu environ 80 000 éclairs belges.

Observations Montigny-le-Tilleul (sud-ouest de Charleroi)

Vers 14h30, les premiers cumulus bourgeonnent dans un air étouffant de moiteur. Néanmoins, ils ne parviennent pas à évoluer jusqu’au cumulonimbus. Il semble manquer un peu de dynamique et, de fait, la ligne de convergence n’est pas encore là. Mais vers 15h15, l’un d’entre eux finit par évoluer en orage, mais très faible vu qu’il ne dure qu’un gros quart d’heure en ne donnant que quelques coups de tonnerre. Le ciel s’éclaircit et l’air se réchauffe à nouveau.Aux alentours de 17h30, des cumulus s’élèvent à vue d’oeil vers le sud-est, en direction de Walcourt, et le ciel s’assombrit rapidement. Un orage finit par se déclencher à une dizaine de kilomètres et adopte très vite un caractère intense: le tonnerre est continu et bruyant et le radar montre de très fortes précipitations. L’orage passe ensuite à quelques kilomètres au sud-ouest, en restant intense et en donnant une bonne averse. Par contre, aucun éclair ne se montre.Tandis que celui-ci s’éloigne, le ciel devient noir à l’horizon sud, et un semblant d’arcus se forme à quelques kilomètres. Le vent commence à souffler avec insistance tandis que ce qui arrive du sud se renforce violemment et forme un véritable barrage de précipitations dans lesquelles scintillent des flashes d’éclairs en continu.

 
Peu après 18h00, l’orage est très proche et le vent souffle en violentes rafales. L’activité électrique est impressionnante, surtout vers Thuin où le ciel prend des teintes livides (vert et gris), aspect renforcé par la violence de l’activité électrique intranuageuse qui éclaire de violet cet ensemble. La séquence suivante est tirée d’une vidéo, la qualité n’est pas optimale. Mais l’on remarque bien l’arrivée de l’orage avec surtout le noyau de très fortes précipitations (pluies et grêle) qui tombent vers Thuin et Lobbes.
 
 
 
 
Durant son passage au zenith, l’orage se fait très intense avec de fortes pluies soufflées en rafales violentes. L’activité électrique est presque entièrement composée d’intranuageux qui éclairent brillamment les nuées au zénith, à raison d’un par seconde, parfois plus! Les précipitations sont à ce point intense que des accumulations d’eau commencent à se former, faute de pouvoir être évacuées par les égouts qui saturent. Heureusement, le QCLS ne s’attarde qu’un petit quart d’heure, et commence à s’éloigner vers le nord-ouest. C’est à son arrière que les éclairs commencent à se montrer, soit sous la forme de violents coups de foudre positifs, soit sous la forme d’internuageux:
 
 
 
Passé 18h45, l’orage quitte définitivement la région.
 
Profondsart
 
La Province du Brabant Wallon, qui semblait en première phase en bordure de l’axe orageux, profita d’une dynamisation de la ligne de convergence au fur et à mesure du début de soirée. En effet, un foyer orageux se constitua dans la région de Charleroi et permit à l’axe orageux présent sur les Flandres et l’Ouest du Hainaut de s’étendre vers l’Est. Parallèlement, des cellules orageuses de prime abord isolées se formèrent à l’Est de Namur. Au milieu, une simple masse pluvieuse, un « trou » dans la dynamique orageuse. Cette situation ne pouvait perdurer.
 
En effet, au fil minutes, l’axe hennuyer tendit un « pont » vers les cellules namuroises et c’est finalement tout un axe qui se forma depuis le Westhoek jusqu’à l’Est de Namur, avec différents foyers de plus grande activité. L’un d’entre eux se constitua sur le Namurois, et remonta vers le Nord-Nord-Ouest. Depuis ma position, le ciel s’obscurcit mais c’est surtout le vent qui commença à se lever. L’axe orageux, tel qu’il fut détecté par le radar, semblait d’abord mince. Tout au plus quelques kilomètres. L’offensive devait donc être courte. Le tonnerre se fit progressivement entendre et les premiers éclairs furent visibles. Cependant, comme l’indique bien la capture de l’application Blitzortung, la plus grosse activité électrique se concentra sur l’Est du Brabant Wallon, à l’Est de ma position. Dans la vidéo ci-dessous, cette tendance est assez nette : peu de coups de foudre autour de ma position, mais des flashs plus nombreux dans la direction Est.
 
 
 
Au passage de l’axe orageux, ce sont évidemment de fortes pluies qui s’abattent sur ma position, mais le vent, bizarrement, se calme. Aucune grêle n’est enregistrée. Les flashes continuent longuement, et ce passage dure plus longtemps que pressenti. A la fin de celui-ci, alors que j’avais précautionneusement éteint mon ordinateur, je le rallume et constate un brutal élargissement de l’axe orageux sur ma position, s’étendant à une trentaine de kilomètres. Il est donc remarquable que la ligne de convergence, d’abord concentrée sur les départements français de l’Ouest, les Flandres belges, et le Hainaut Occidental, a vu sa dynamique s’étendre vers le pays de Charleroi et a, grâce à la naissance de cellules orageuses namuroises, pu se refermer sur le centre du pays, avec des dégâts aussi enregistrés dans la région bruxelloise.
 
 
Vos photos
 
Vous avez été quelques-uns à nous faire parvenir vos photos.
 
Arrivée d’un acus à Westende. Auteur: A. Fetteke
 
Eclair internuageux à Ramillies. Auteur: F. Nicolas.
 
Coup de foudre à Villers-le-Bouillet. Auteur: G. Schroeders.
 
Cellule orageuse en développement à Gourdinne. Auteur: H. Vicenzi
 
Séquence d’éclairs à Horion-Hozemont. Auteur: A. Roland.
 
Coup de foudre à Chênée. Auteur: J. Gauthier.
 
Coup de foudre à Crisnée. Auteur: P. Lottin.
 
Sources: Meteo France, IRM, Keraunos, Blitzortung, KNMI…
 

Double salve orageuse du 7 août 2015

Comme indiqué dans le titre, les orages ont frappé nos régions en deux fois: la première dans la nuit du 6 au 7 et la seconde en soirée du 7, après une journée du 6 très estivale (températures maximales de 26 à 30°C).
 
Nuit du 6 au 7 août
 
Les orages étaient attendus, mais les modélisations prévoyaient des intensités raisonnables. Au final, ce sont de forts orages qui ont concerné un axe allant de Chimay au nord-ouest de Liège via le Namurois. Aussi bien les cumuls de précipitations que les cartes d’impacts de foudre montrent l’étroitesse de cet axe. Les quantités de pluie relevées varient parfois fortement sur de petites distances, notamment dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Un deuxième axe formé en fin de nuit a léché les Hautes Fagnes en concernant l’ouest de l’Allemagne.
 
 
 
Ces orages ont été initiés par l’apparition d’une petite ligne de convergence en travers de la Belgique. Les différences de température de part et d’autre étaient suffisamment marquées pour que nous puissions la considérer comme un pseudofront ondulant. En effet, dès la fin de l’après-midi, le vent de nord-ouest puis de nord a poussé de l’air plus frais depuis les côtes vers l’intérieur des terres, jusqu’à rejoindre le centre de la Belgique. En plus de cela, l’arrivée d’une petite dépression thermique par le sud a fait tourner le vent au nord-est sur le sud-est de la Belgique, ramenant ainsi de l’air chaud et forçant la collision des deux masses d’air, d’où la formation de la ligne de convergence/pseudofront. La limite ainsi formée sert de « rail à orages », ceux-ci se déplaçant en suivant le front, guidés par le flux en altitude qui était alors de sud-ouest. De plus, un noyau de divergence dans ces courants d’altitude a provoqué un forçage, soit un appel d’air ayant entraîné l’ascension de l’air. L’analyse de surface de 2h00 montre le pseudofront en travers de la Belgique, ainsi que la petite dépression sur le nord-est de la France.
 
 
C’est entre minuit et 1h00 du matin que tous les facteurs se mettent en place, et la réaction ne se fait pas attendre avec la rapide apparition de foyers orageux.
 
 
Une heure et demi plus tard, un axe orageux s’est constitué le long de la convergence, de telle sorte que les cellules défilent sur les mêmes régions. Ainsi, l’Entre-Sambre-et-Meuse est concernée par des orages multicellulaires intenses accompagnés d’une forte activité électrique (parfois un éclair toutes les deux à trois secondes). De la grêle est également signalée du côté de Chimay. D’autres orages plus sporadiques sévissent plus à l’est, sur le nord du massif ardennais, la Famenne et le Condroz.
 
 
A 3h25, l’axe est toujours sur les mêmes régions, et se met également en place vers le nord-est. 
 
 
Le déplacement du système reste très lent puisque à 6h00 du matin, il vient à peine de quitter le sud-est de l’Entre-Sambre-et-Meuse en faiblissant. Par contre, il continue de donner de bonnes intensités sur la province de Liège.
 
 
Quelques photos ont été prises par Info Meteo depuis Montigny-le-Tilleul. La plus grande part de l’activité électrique était intranuageuse.
 
 
 
Certains de nos lecteurs ont eu par contre plus de chance!
 
Coup de foudre à Ramillies (F. Nicolas).
 
Eclair internuageux à Villers-le-Gambon (O’Neill Keegan).
 
Soirée du 7 août
 
Cette deuxième salve était vue plus intense par les différents modèles, dont le français Arome récemment rendu libre d’accès et dont il faut souligner la très bonne prévision! Sur base de cela, Info Meteo émettait en fin d’après-midi un avis d’orages intenses pour une grande partie du sud-est de la Belgique ainsi que le nord-est du département des Ardennes.
 
 
Les cumuls de précipitations permettent de constater que les zones les plus touchées furent globalement celles qui avaient été pointées dans l’avis.
 
 
Il en va de même pour les impacts de foudre. Les concentrations ont été très importantes là où on sévit les plus gros orages: d’une part sur un axe Rocroi – Dinant – Andenne et d’autre part sur l’est du département des Ardennes et la région de Bouillon. L’activité électrique fut de fait très importante avec par moment des phases de successions ininterrompues de décharges.
 
 
Par rapport à la situation de la nuit précédente, peu de choses ont bougé. Une dépression se trouve toujours sur le nord-est de la France où stagne de l’air très chaud (30-35°C), et le pseudofront est maintenant représenté comme un vrai front ondulant sur le sud-est de la Belgique, jouant le rôle de convergence des vents. La zone de conflit se trouve donc là, et est de plus surplombée par des diffluences du Jet.
 
 
Lors du lancement de l’avis à 18h30, deux zones orageuses se présentaient aux portes de nos régions: une à l’ouest du département des Ardennes (faible à modérée) et une autre bien au sud-sud-est de ce même département (forte). Pourtant, c’est la zone entre ces deux orages qui nous intéressaient puisque c’est là que devaient s’initier les cellules les plus intenses. A 20h20, c’est ce qui commence à être observé avec une multiplication des orages sur le département des Ardennes.
 
 
A 21h15, des orages très entraînés occupent ainsi le sud de la zone soumise à l’avis. Deux orages se font particulièrement remarquer: un entre Couvin et Dinant et l’autre, violent, entre Sedan et Bouillon. Plus tôt, un autre fort orage concernait la région de Gedinne.
 
 
Vers 22h00 l’activité électrique générée par deux orages (sud de Liège et ouest de Bastogne) est particulièrement impressionnante. Dans le même temps, un axe très actif se maintient plus à l’ouest, entre Rocroi et Dinant, tandis qu’une autre orage éclate sur le Namurois. Il est possible que l’orage près de Bastogne ait à ce moment pris la forme d’un bow echo, mais cela reste à confirmer.
 
 
Une heure plus tard, le gros de l’activité commence à migrer vers l’Allemagne, tandis que l’orage venant de Bouillon s’affaiblit sur la région de Vielsalm. On note toujours cet axe Rocroi – Dinant – Andenne, avec débordements vers Beauraing.
 
 
Une région n’avait jusque là pas été touchée: la Lorraine belge. C’est chose faite avant minuit avec l’apparition d’orages sur et au sud de cette zone. L’axe Rocroi – Andenne persiste encore, mais dans l’ensemble l’activité est en baisse, surtout que les plus gros orages se trouvent alors sur l’ouest de l’Allemagne.
 
 
La plupart des orages disparaîtront dans les heures suivantes, l’activité devenant pratiquement nulle vers 3h00 du matin.
 
Info Meteo se trouvait au lac de la Plate Taille (Froidchapelle) pour observer le passage lointain des orages de l’axe Rocroi – Andenne.
 
 
 
Dans l’ensemble, cette dégradation orageuse fut assez importante, probablement un peu en-deçà de celle du 5 juin. Néanmoins, elle ressort très bien d’une saison orageuse 2015 assez faible.
 

Orages et tornades du 8 août 2014

Le 8 août, un marais barométrique (faibles différences de pression sur de longues distances) est installé sur nos régions, et entretient un temps moite. Dans l’après-midi, le temps se déstabilise franchement avec l’arrivée de creux, tandis qu’une bonne dynamique se met en place en altitude. Plusieurs orages se déclenchent donc dans ces circonstances. 
 
Double coup de foudre sévissant dans la région de Bleid, le 08 aout 2014. Crédit photo : Samina Verhoeven
Orage en bow echo dans la région de Bleid en soirée (auteur: Belgorage).
 
La dynamique est suffisante pour générer plusieurs supercellules. L’une d’entre elles donne naissance à une tornade à Manhay, dans le nord de la province de Luxembourg. Le phénomène atteint l’apogée de sa puissance à Grandmenil où les dégâts portés à la végétation et aux habitations permettent de le classer à la limite entre les échelons F1 et F2 de l’échelle de Fujita.
 
Une autre probable tornade survient dans l’après-midi sur la commune de Jalhay, dans le sud de la province de Liège, où elle provoque également des dégâts. Le phénomène est photographié à plusieurs reprises. Néanmoins, outre un mesocyclone clairement visible, le tourbillon en lui-même ne se condense pas complètement, rendant son observation difficile. L’intensité du phénomène peut être estimée à F0 – F1 inférieure.
 
Mesocyclone et tornade à Sart-lez-Spa, vus depuis l’autoroute E25.
 
Enfin, une dernière tornade est confirmée dans le Brabant Wallon, à Jauchelette. Le phénomène y provoque également quelques dégâts aux constructions et à la végétation. Là aussi, une intensité F0 – F1 est avancée.
 
Cet épisode sera suivi deux jours plus tard par d’autres tornades: Tornades du 10 août
 
Ces informations sont incomplètes. Nous aurons l’occasion de compléter cette page une fois l’étude de Belgorage publiée, sans doute après octobre.
 

15 – 22 août 2014: Tornades, trombes et tubas en pagaille

Le mois d’août 2014 est sans contexte haut en couleur d’un point de vue phénomènes remarquables: après les tornades du 8 août et surtout l’outbreak tornadique du 10 août, de nouveaux phénomènes se produisent dans les jours suivants.

15 août – Zeebruges (Flandre)
 
Le 15 août, dans un contexte assez dynamique et frais, une cellule convective déclenche une trombe marine au niveau de Zeebruges. Celle-ci s’échoue sur la plage et la digue de la station balnéaire en provoquant quelques dégâts. Elle peut être classée à l’échelon F0 de l’échelle de Fujita.
 
 
La vidéo ci-dessous montre le bas du phénomène (la colonne nuageuse n’étant pas visible) traverser la plage et fracasser quelques cabines avant de terminer sa course sur la digue:
 
 
15 août – Rejet-de-Beaulieu (Nord-Pas-de-Calais)

Le même jour, un tuba très développé (ayant peut-être atteint temporairement le sol) est observé dans le département du Nord. Aucun dégât n’est reporté. Le phénomène dure environ cinq minutes.

Tuba très développé à Rejet-de-Beaulieu, le 15 août 2014. (c) K. SAMIEZ
Source: Kéraunos.
 
 
15 août – Lallaing (Nord-Pas-de-Calais)
 
Toujours le 15 août, un tuba est observé près de Douai.
 
Probable tuba près de Douai (Nord), le 15 août 2014 vers 17h00. (c) Mathieu BECQUET
Source: Kéraunos.
 
 
19 août – Calais (Nord-Pas-de-Calais)
 
Une tornade frappe la ville de Calais. Classée F0, elle commence en mer en tant que trombe marine et traverse très vite la plage et le quartier du port. Quelques légers dégâts sont répertoriés.
 
Tornade à Calais le soir du 19 août 2014. (c) La Voix du Nord
Source: La Voix du Nord.
 
 
20 août – Aire-sur-la-Lys (Nord-Pas-de-Calais)
 
Un tuba est observé près de Saint-Omer. Le phénomène n’atteint pas le sol.
 
Tuba entre Aire-sur-la-Lys et Longuenesse (Pas-de-Calais) le 20 août 2014. © Antoine LAIR
 
 
20 août – Beauvois-en-Cambraisis (Nord-Pas-de-Calais)
 
Un autre tuba très développé est observé le même jour à Beauvois-en-Cambraisis. Le phénomène ne semble pas avoir atteint le sol.
 
Tuba près de Beauvois-en-Cambrésis (Nord) le 20 août 2014. © Johan PLUCHARD
Source: Kéraunos.
 
 
22 août – Wambrechies (Nord-Pas-de-Calais)
 
Une tornade frappe le nord-ouest de l’agglomération de Lille. Elle traverse Wambrechies d’ouest en est sur environ 3,7 km, endommageant légèrement quelques habitations et cassant de nombreuses branches et arbres. Le phénomène s’est déplacé d’ouest en est et peut être classé comme une tornade de F0 sur l’échelle de Fujita.
 
22 août – Malo-les-Bains (Nord-Pas-de-Calais)
 
Un tuba est observé au large de Malo-les-Bains.
 
Tuba au large de Malo-les-Bains (Nord) le 22 août 2014. © Mélanie MARTIN
Source: Kéraunos.
 
 
22 août – Marck (Nord-Pas-de-Calais)
 
Une trombe marine est observée au large de Marck. D’après Kéraunos, le contact avec la mer est quasi certain. 
 
Très probable trombe marine au large de Marck (Pas-de-Calais) le 22 août 2014. © Gabriel Magné
Source: Kéraunos.
 
 
22 août – Strazeele (Nord-Pas-de-Calais)
 
Un tuba est observé à Strazeele vers 15h30.
 
Tuba près de Strazeele (Nord) le 22 août 2014. © Jean-Marc DHAINAUT
Source: Kéraunos.
 
 
22 août – Zwijnaarde (Flandre)
 
Un tuba très développé, voire une tornade, concerne la région au sud-ouest de Gand, à Zwijnaarde.
 
 
 
22 août – Leuze (Wallonie)
 
Une tornade se développe sous une cellule convective marquée vers 18h00, au nord-ouest de Leuze. Elle se déplace sur environ 8,3 km entre Thieulain et Clivemont, mais ne garde pas le contact avec le sol sur l’ensemble de son parcours, légèrement décalé vers le nord par rapport à l’une des tornades survenues le 14 août 1999. Quelques dégâts sont observés, mais ceux-ci restent limités. Le phénomène peut être considéré comme une tornade de F0 ou F1 inférieure sur l’échelle de Fujita. 
 
 
L’image ci-dessous est tirée d’un film transmis à Info Météo. La tornade est filmée depuis la gare de Ath, en direction du sud-ouest:
 
 
Cette autre photo est prise par Notélé:
 
 
Le film ci-dessous montre la tornade filmée depuis le nord de Leuze:
 

Photo transmise à Info Météo de la tornade près de Grandmetz (auteur: P. T. Dereux):

 
Conclusion
 
La Belgique et le Nord-Pas-de-Calais connaissent ce mois un nombre remarquablement élevé de phénomènes tornadiques. Il ne faut cependant pas y voir une conséquence du réchauffement climatique. Le mois d’août 2014 a été marqué par une forte instabilité. Celle-ci explique les nombreux phénomènes s’étant produit.

Bertha et les tornades – analyse approfondie des cas de Gozée et de Ligny-Tongrinne

Le 10 août 2014, l’ancien cyclone tropical Bertha arrive sur les Iles britanniques après avoir erré dans l’Atlantique. Il transporte avec lui une bouffée d’air chaud et humide qui va autoriser la mise en place d’une dégradation orageuse inhabituelle et tornadique sur le nord de la France et la Belgique. Cette offensive orageuse vient s’intercaler parmi d’autres, au cœur d’un été humide et aux situations synoptiques assez bizarroïdes. 
 
15h30 heure belge – source: NOAA.
L’image ci-dessus montre Bertha vers 15h30 ce 10 août. A ce moment-là, le centre de la dépression se trouve toujours sur l’est des Iles britanniques. L’ex-cyclone est suffisamment creux pour déclencher un coup de vent hors saison en Manche et sur les côtes du nord de la France où les plus fortes rafales atteignent 100 km/h (notamment au Cap Gris-Nez). Du sud de la Mer du Nord jusqu’à la Vendée en passant par le nord de la France court le front froid de la dépression, très actif. Une fois n’est pas coutume, c’est sur ce front que la majeure partie de l’activité orageuse prend place. Habituellement, en été, les orages se positionnent à l’avant du front, le long d’un creux ou d’une ligne de convergence. Ce n’est pas le cas ici. Plus au nord, le front chaud de la dépression s’évacue en direction de l’Allemagne et des Pays-Bas, après avoir donné en Belgique des pluies en matinée et en début d’après-midi. Entre les deux, une brutale invasion d’air doux, mais surtout très humide, envahit le pays. Le front froid vient s’écraser contre cet air instable, et déclenche l’apparition de nombreuses cellules orageuses qui adoptent très vite un caractère très intense. Une très forte dynamique d’altitude engendre de puissants cisaillements de vent au niveau du front, celui-ci étant de plus poussé par le Jet-Stream. L’ensemble des éléments entrant en phasage est propice au développement de très fortes rafales et de tornades. Ainsi, c’est un QLCS particulièrement bien formé qui se développe. Une fracture au sein de ce système se forme sur l’est du département du Nord. Au sein de cette fracture, l’accentuation des cisaillements augmente le risque tornadique.
 
Quatre tornades frappent alors le Nord-Pas-de-Calais: une dans la périphérie d’Arras, la deuxième à Landrecies, la troisième à Beaumont-en-Cambraisis et la quatrième à Achicourt. L’axe orageux progresse ensuite en direction de la Wallonie. Au sein de celui-ci, une cellule prend brutalement en vigueur en passant au sud de Mons. La séquence des deux images ci-dessous montre l’évolution de la situation en une demi-heure, entre 17h15 et 17h45.
 
 
Source: Infoclimat.
 
L’orage 1 se trouve sur Landrecies. Vers 17h15, il génère une tornade. Au nord de cet orage, une supercellule (n°2) s’organise brutalement en une demi-heure. A 17h45, elle arrive au nord de Charleroi en passant sur Jumet et Gosselies. Au même moment, l’orage n°1 (également de nature supercellulaire), entre-temps entré en Belgique, est sur le point de générer une deuxième tornade à Gozée. Ajoutons de plus un troisième système très organisé (n°3) au niveau du département des Ardennes. Cet orage génère la probable tornade de Marbay environ une heure plus tard.
 
Un quart d’heure plus tard, à pleine maturité, l’orage n°2 arrive à l’aplomb de Ligny où il engendre une tornade qui traverse le sud du village en question, passe à travers Tongrinne et Bothey avant de disparaître. L’image ci-dessous montre la situation à 18h35. La tornade de Ligny-Tongrinne est dissipée depuis un peu plus de vingt minutes. Le hook echo de la supercellule (marqué par une flèche rouge) reste bien visible, montrant clairement la rotation animant l’orage générateur.
 
Source: Météo France.
 
Au même moment, des reports de phénomènes venteux et de dégâts parviennent à Info Météo, en provenance de Ligny. L’origine tornadique des dégâts est confirmée dans les deux heures grâce à des photos et vidéos partagées par les membres d’Info Météo. Rapidement, d’autres reports parviennent de Gozée où la confirmation de la tornade doit attendre quelques jours de plus, une fois une enquête de terrain et la récolte de témoignages effectuées. Pour Marbay, le statut de tornade probable est conservé étant donné l’absence d’observations directes.
 
Analyse approfondie de la tornade de Gozée
 
Comme précisé, l’orage générateur de la tornade de Gozée a engendré une autre tornade environ trois quart d’heure plus tôt, au niveau de Landrecies. 
 
Deux enquêtes de terrain réalisées par Info Météo et David Gustin, membre d’Info Météo, ont permis de reconstituer la trajectoire de la tornade. Le premier contact avec le sol a été établi au niveau de la rue Baudribut, dans un champ de maïs. Fait particulier, plusieurs couloirs ont été constatés, laissant entrevoir la possibilité d’une tornade multi-vortex relativement instable. Il est probable que le tourbillon alors en formation ait survolé la route de Thuin (N59). Aucun dégât n’a été repéré à ce niveau.
 
Maïs fauché au chemin de Baudribut. La tornade venant du fond vient de se poser. Les épis couchés vers la droite – donc sur la gauche de la trajectoire – indiquent un mouvement de rotation antihorlogique.
 
La tornade maintient le contact avec le sol sur environ 250 mètres. Par la suite, elle semble perdre le contact avec la surface puisque plus aucune trace n’est visible dans les champs. Le bas du cône se maintient toutefois à quelques mètres du sol à peine puisqu’il étête plusieurs arbres d’un petit bosquet situé entre la rue de Baudribut et le chemin de la Taillette, et ce alors que les champs sont absolument intacts tout autour.
 
Bosquet étêté et champs intacts autour. Vue prise depuis le chemin de la Taillette. 
 
Peu avant d’atteindre le chemin de la Taillette, la tornade établit un nouveau contact avec le sol: un couloir d’une vingtaine de mètres de large est creusé dans un champ de maïs où les épis sont couchés vers la gauche de la trajectoire, confirmant la rotation des vents. Un autre couloir moins large et moins long est repéré environ 5 mètres à l’ouest du premier, semblant indiquer une nouvelle fois que plusieurs vortex auraient été actifs. Plus à l’ouest encore, quelques épis couchés vers le sud-est en bordure d’un champ voisin témoignent clairement de l’effet de succion des vents, entraînés vers le tourbillon.
 
Couloir dans les champs de maïs du chemin de la Taillette.
 
Couloir dans les champs de maïs du chemin de la Taillette. La tornade vient du fond, à droite de la voiture.
 
Toute trace disparaît une nouvelle fois après environ 50 mètres de trajet, indiquant une deuxième perte de contact avec le sol. La tornade survole alors la rue Vandervelde, puis atterrit dans la rue Bury où elle endommage des toitures. Elle poursuit son trajet à travers des prairies où elle dépose plusieurs débris et des branches arrachées au niveau des jardins de la rue Bury. Son diamètre semble s’être rétréci en un seul et unique vortex qui sectionne net deux arbres au sein d’une rangée dans laquelle les spécimens voisins sont absolument intacts.
 
Arbres arrachés dans une rangée de sapins le long de la rue Biercque.
 
Au bout de la rue Biercque, la tornade semble s’élargir à nouveau (multi-vortex?) et balaye le hameau du Bout-là-Haut. Plusieurs toits sont endommagés et une véranda est désolidarisée de son socle. 
 
Véranda désolidarisée rue Biercque.
 
Le tourbillon traverse la N53 puis le parking d’une grande surface et continue sa route à l’est de la grand route, à l’arrière des jardins. Il étête de nouveau un bosquet, avant de perdre définitivement contact avec le sol au niveau de la rue de Zone. 
 
Arbres étêtés à l’arrière des jardins de la N53.
 
Compte tenu des dégâts, la tornade semble avoir atteint le niveau F1 inférieur de l’échelle de Fujita, soit des vents légèrement supérieurs à 130 km/h. Le tourbillon a adopté un comportement instable tout au long de sa trajectoire puisque plusieurs couloirs de dégâts parallèles et une largeur variable l’ont caractérisé. La carte ci-dessous retrace la trajectoire de la tornade, d’une longueur d’environ 2,3 km.
 
 
 
Analyse approfondie de la tornade de Ligny-Tongrinne
 
Cette tornade a duré plus longtemps (une dizaine de minutes), ce qui a permis son observation par de nombreux témoins. Son identification et la reconstitution de sa trajectoire ont dès lors été facilitées. Nous en profitons pour remercier les personnes qui nous ont fait parvenir photos, vidéos et témoignages, ainsi que Bastien Lombeau, auteur d’une investigation sur le terrain particulièrement poussée.
 
L’analyse a posteriori des images radars et des cartes d’impacts de foudre montrent que la supercellule entre en phase tornadique (formation du mesocyclone) vers 17h50, à l’aplomb de Gosselies. La tornade est imminente alors que l’orage se trouve juste au nord de l’aéroport de Charleroi-Bruxelles-Sud. Nous pensons que le mesocyclone entame sa prolongation en direction du sol à partir de ce moment-là. La tornade naissante atterrit au nord de Fleurus, où elle provoque les premiers dégâts. Néanmoins, faute d’informations, nous ne pouvons certifier la localisation exacte du premier contact avec le sol. Le tourbillon se renforce, traverse la ligne de chemin de fer Charleroi – Ottignies et atteint la rue du Tienne à Ligny où il balaye un hangar et endommage des toits. C’est sans doute à ce moment-là que la tornade est observée directement pour la première fois, décrite comme un cône renversé et tronqué passant à vive allure. Sur son chemin, elle passe très près d’une station météo amateur qui enregistre une rafale de 134 km/h. Cette information – à prendre avec des pincettes – est toutefois précieuse car elle permet de confirmer l’intensité de la tornade, estimée à F1 sur l’échelle de Fujita.
 
Rue du Tienne ayant été traversée par la tornade de Ligny dans la région du même nom, le 10 aout 2014. Crédit photo : Samina Verhoeven
Dégâts rue du Tienne (source: Belgorage)
 
La tornade continue sa course à travers champs. Elle franchit la rue de la Tombe, très proche d’une ferme et de quelques habitations, avant de se diriger vers le rond-point de Ligny (croisement entre la N29 et la N98) où elle endommage plusieurs structures, notamment un snack passée dans les journaux télévisés. 
 
Trajet rue du Tienne – rue de la Tombe.
 
La tornade poursuit vers l’est-nord-est où elle franchit la rue Matthias et passe juste au nord d’une ferme. Le cône arrive alors sur Tongrinne où il balaye le nord de la rue Pichelin dans sa longueur. Au niveau du carrefour avec la rue de la Ligne, la tornade effectue un saut sur le côté et se retrouve sur la droite de la rue Pichelin. 
 
Trajet rond-point de Ligny – rue Pichelin.
 
C’est à ce moment-là qu’un témoin prend des photos depuis le rond-point de Ligny, après le passage de la tornade. La séquence suivante montre le cône au-dessus du village de Tongrinne et son éloignement en direction de Bothey (photos de J. Pasin). Les deux premières photos montrent de plus le mesocyclone surplombant le tourbillon, confirmant visuellement le caractère supercellulaire de l’orage générateur.
 
 
 
 
 
Un autre témoin filme la tornade depuis la N98, plus ou moins au même moment:
 
 
L’ensemble de la structure orageuse apparaît clairement sur cette photo de la tornade prise depuis la E42 (auteur: J.-H. Chartz).
 
 
Entre la rue Pichelin et la place de Flavigny, il est possible que la tornade ait perdu le contact avec le sol alors qu’elle dévie légèrement vers la droite. Les dégâts ne sont retrouvés qu’au niveau de la place. elle sort de Tongrinne en voyageant parallèlement à la rue de Bothey puis la rue de Tongrinne, en s’éloignant vers Bothey. 
 
Trajet rue Pichelin – rue de Bothey.
 
La tornade franchit la nationale N93 en endommageant les toitures des maisons situés à cet endroit. Elle balaye ensuite la rue de la Ronce à Bothey et s’enfonce à travers champs. Le phénomène est alors filmée depuis la N93, à l’angle avec la rue du Chêne. La tornade en elle-même n’est visible que dans la deuxième moitié de la vidéo, en haut à droite du cadre. Le buisson de débris et de poussière apparaît brusquement lorsque le tourbillon arrive dans un champ.

 

 
La tornade continue encore sur quelques centaines de mètres avant de perdre définitivement contact avec le sol peu après le carrefour entre la rue du Chêne et la rue de la Tombale. Sa dissipation est filmée depuis Mazy:
 
 
 
 
Trajet à travers Bothey.
 
La tornade de Ligny-Tongrinne a parcouru environ 9 km. Sur base des dégâts et des enquêtes de terrain effectuées par Belgorage et Bastien Lombeau, la force du phénomène peut être évaluée à F1 sur l’échelle de Fujita. 
 
Conclusion
 
La Belgique et le nord de la France ont connu un véritable outbreak de tornades, avec six cas confirmés (quatre en France, deux en Belgique), un cas probable (Marbay en Belgique) et un dernier incertain (Waret-l’Evêque en Belgique). Ce phénomène est assez remarquable dans le sens où la survenue de plusieurs tornades en quelques heures en Belgique est assez rare. Néanmoins, deux jours plus tôt, plusieurs autres cas de tornades étaient signalés à Jauchelette, Sart-lez-Spa et Manhay.
 
Un autre outbreak de tornades avait concerné la Belgique et le nord de la France en octobre 2013.

Analyse climatologique d’août 2013

Un mois d’août presque normal mais très bien ressenti par la population.

Comme vous pouvez le lire sur le tableau ci-dessous, ce mois d’août est normal d’un point de vue températures et insolation. 

Mais comme l’ensemble des mois de cet été, il est sec et même très sec ce qui explique les nombreuses pelouses qui commencent à jaunir.

Ce mois d’août aura été ressenti comme estival par la population en partie par les faibles quantités de précipitations, le peu de jour de pluie (8) mais peut-être aussi suite à la moyenne des maxima qui est quand à elle plus élevée de près de 1°C par rapport à la normale.

Il aura donc fait plus « chaud » la journée et en contre-partie plus frais de la nuit.

Les données proviennent de la station météo de Fontaine-l’Evêque, à l’ouest de Charleroi (Belgique). 

Pour consulter l’image en plus grand, cliquez sur ce lien menant à notre page facebook: tableaux août

20 août 2009 : un jour qui aurait pu devenir historique

Lorsque le sensationnalisme des médias a encore frappé le 1er août 2013 en annonçant « la journée la plus chaude du siècle » pour le jour suivant, il est évident que nous avons été sur la brèche pour contre-informer et rappeler que les températures de 2003 avaient dépassé les 38° et étaient donc plus élevées que celles qui allaient être enregistrées ce 2 août 2013. Nous n’étions pourtant que 10 ans en arrière, mais le plus incroyable, c’est que les médias avaient complètement oublié cette journée du 20 août 2009, seulement 4 ans en arrière, alors qu’elle apparaît comme LE moment où le record de chaleur absolu aurait pu être battu en Belgique. Rétro-actes …

En cet été 2009, le temps est très correct : la moyenne de juillet est 1.6° au-dessus des normales. Les hautes pressions sont assez présentes, dans des positions autorisant régulièrement des flux de Sud à Ouest, donc doux voire chauds. 5 jours avant ce 20 août, des réserves d’air chauds commencent à se constituer sur le Sud du continent :

 
Ainsi, la France se retrouve en grande partie sous des températures de 30° et une grande partie de l’Europe baigne dans une température de 20°. En Espagne, des températures de 35° voire plus sont largement observées. Au niveau 850Hpa, vers 1400-1500m, les 20° recouvrent la Péninsule Ibérique et le Sud de la France. Cela n’a rien d’exceptionnel en soit, mais cela autorise des « débordements » à la première advection tropicale. Et c’est ce qu’il va se passer …
 
Sur l’Atlantique, le 17 août, une dépression un peu plus creuse que les autres évolue depuis le continent américain :
 
 
 
La dépression d’altitude qui l’accompagne n’est pas encore très profonde, mais de l’air froid plonge à l’arrière (flèche bleue). A l’avant, sur le Sud de l’Europe, l’air chaud d’altitude autorise des développements anticycloniques sur le continent (flèche verte). L’air saharien présent sur le Nord du Maroc n’attend plus que la mise en place d’un flux de Sud direct pour envahir l’Europe Occidentale (flèche jaune). Sur nos régions, un flux encore fort maritime limite les températures à 24° sur le centre du pays.
 
Le 18 août, les choses évoluent déjà bien vite :
 
 
Les hautes pressions se sont bien développées sur nos régions (cercle vert), dans l’air très chaud s’engouffrant à haute altitude à l’avant de la dépression atlantique en plein creusement sur l’océan (rond noir). En altitude, le creux se renforce. C’est donc tout le balancier atmosphérique qui se met en place avec l’air froid qui descend sur l’Atlantique (flèche bleue) et l’air saharien qui s’avance jusqu’au centre de la France (flèche jaune). 
 
Celui-ci n’attend qu’une seule chose pour envahir notre pays : le décalement des hautes pressions vers l’Est. Le 19 août, c’est chose faite :
 
 
 
La limite des +15° (ligne jaune) au 850Hpa (environ 1500m) se situe sur notre pays. Avec plein soleil, cela autorise des températures au sol largement supérieures à 30°; et de fait, on observe 32.5° à Kleine Brogel à 18h. A Beauvechain, il fait 32.2° à la même heure. La nuit qui arrive s’annonce capitale, car pour avoir des températures très élevées en journée, il faut évidemment partir de très haut au petit matin, grâce notamment à un afflux continu d’air très chaud pendant la nuit. Et c’est ce qu’il va se passer !
 
Le sondage de Beauvechain réalisé à minuit heure GMT (2h du matin heure belge) est éloquent :
 
 

A 262m d’altitude, une couche d’air très chaud est observée avec 29.2° mesurés. Au niveau 850Hpa, à plus de 1500m, les 20° sont presque atteints. Il faut monter à 4000m pour trouver le point de congélation ! Notons que cela ne constitue pas un record car le 19 août 2012 enregistra une température de 31.8° à 2h du matin à la même altitude et il fallut monter à 4400m pour geler ! Dès lors, un élément important va permettre à ce 20 août 2009 de grimper plus haut que le 19 août 2012 : l’apparition de nuages durant la nuit.

L’image satellite de 5h15, en fin de nuit, montre l’arrivée de nuages par le Sud. Ceux-ci vont limiter la baisse de la température. A Beauvechain, le flux continu d’air chaud en provenance du Sud et ces nuages font évoluer la température ainsi : 23.8° à 2h, 24.4° à 3h (en augmentation !), 24.3° à 4h, 23.9° à 5h, et finalement 23.7° à 6h du matin. Pour une région rurale, nul doute qu’une telle température minimale est exceptionnelle ! Uccle, à 7h du matin (18 minutes après le lever du soleil) enregistre 24.0°. Kleine Brogel n’enregistre « que » 18.3° de température minimale à cause de son sol sablonneux. A titre de comparaison, le 19 août 2012 enregistra 16.8°, soit 1.5° de moins. C’est donc bien dans cette différence produite par la présence de nuages en fin de nuit qu’il faut trouver une explication à ces températures très élevées.

Ensuite, l’évolution de la température à Kleine Brogel durant cette journée est tout simplement exceptionnelle, et la fiche d’InfoClimat nous donne beaucoup d’indications :

D’abord, l’évolution de la températures est comparable à celle d’une fusée : elle gagne presque 10° en 2 heures, passant d’un agréable 22.8 à 9h à un étouffant 32.1° à déjà 11h. Peu après midi, on atteint les 35° ! Le 19 août 2012, les 35° ont été atteint à 13h30, soit un peu plus d’une heure plus tard. Le record de Haacht du 27 juin 1947 (38.7°) est en danger. Il ne sera cependant battu.

On peut constater sur la fiche qu’à 15h, la température atteindra 37.8° et même 38.2° vers 15h20. Cependant, une ligne de convergence pré-frontale aborde la Belgique. A l’arrière, le vent vire vers l’Ouest. Des nuages sont bien présents sur la Belgique en début d’après-midi, comme l’indique cette image satellite. Dès lors, la température est obligée de baisser assez tôt en journée. A 20h, des orages frappent l’Est du pays. La chaleur est totalement évacuée de Belgique. A 22h, il fait 18.7° à Kleine Brogel.

Rétrospectivement, puisque le 19 août avait enregistré son maximum à 18h, avec 38.2° à 15h20 le lendemain, le record de 38.7° de Haacht aurait certainement été battu si cette ligne de convergence avec des nuages présents assez tôt en journée n’était pas intervenue à ce moment-là. Il est alors probable qu’on aurait atteint les 39°. Cela montre aussi que pour avoir des températures très élevées en Belgique, il faut des conditions très particulières : un appel d’air très chaud sur au moins 2 jours dans tous les étages de l’atmosphère, une nuit avec des températures d’environ 22°, un soleil suffisamment présent au maximum de l’appel d’air chaud, une présence tardive des nuages avec donc peu d’humidité relative, et d’une manière générale peu ou pas d’éléments perturbateurs. La récurrence de températures de 37° ou plus ces dernières années montre que ces conditions sont de plus en plus souvent rencontrées et qu’il arrivera tôt ou tard où le record du 27 juin 1947 sera battu.