Double salve orageuse du 6 juillet 2017

Les orages qui ont concerné la Belgique ce jeudi étaient loin d’être exceptionnels, mais constituent la première vague que l’on peut qualifier de « généralisée » par son étendue. C’est assez tardif. Les trois autres épisodes significatifs survenus fin février, fin mai et mi-juin n’ont concerné qu’une petite partie du pays, bien que générant des orages localement forts. Ce 6 juillet donc, l’épisode peut être qualifié à la fois de fort et de généralisé, même si certaines régions sont passées au travers, comme le montre la carte ci-dessous. Elle reprend les éclairs enregistrés entre le 6 juillet minuit et le 7 juillet à 6h00. Les impacts les plus anciens sont en rouge et les plus récents en jaune.

Activité électrique relevée entre le 6 juillet minuit et le 7 6h00 (source: Lightningmaps).

Côté atmosphère, nous nous trouvions dans une configuration propice aux orages assez classique. Une petite dépression remonte le long des côtes de la Manche, établissant un flux de sud-est chaud en basse couche. Une série de lignes de convergence (en rouge) ont initié les orages. Sur la carte ci-dessous, celle en rouge gras porte les orages du début de l’après-midi, tandis que ceux de la soirée seront engendrés plus tard par celle se trouvant sur la Normandie à ce moment (14h00). En altitude, on notait quelques divergences des courants, favorables aux orages, sans que cela ne soit très soutenu. Ceci a permis d’éviter des orages généralisés d’une grande violence car l’énergie disponible était très élevée.

Analyse atmosphérique à 14h00 le 7 juillet (source: KNMI).

La première salve d’orages est apparue sur la Manche et la Picardie en cours de matinée. Bien que donnant des structures nuageuses spectaculaires par moments, l’intensité est restée relativement contenue, jusque sur l’est du Hainaut où les orages se sont réellement organisés. Leur évolution s’est poursuivie jusqu’à former un bow echo particulièrement venteux sur la province de Liège (ligne d’orages courbée, souvent associée à de fortes bourrasques). Au sein de ce fort système, l’activité électrique était notoire, avec un éclair toutes les quelques secondes, bien que cette activité fut surtout intranuageuse. La foudre s’est en effet peu souvent manifestée, ou alors sous la forme de puissants éclairs. L’un d’entre eux a par ailleurs incendié le toit d’une église du côté de Hélécine. Le vent a porté quelques dégâts aux arbres et a provoqué l’interruption temporaire du festival « Les Ardentes » à Liège. Bierset a par ailleurs enregistré une rafale de 80 km/h au passage du système, mais localement les vents ont pu avoir été plus forts. Ci-dessous, l’évolution de la première salve orageuse de 13h30 à 14h30 (source: Belgocontrol).

La seconde salve est partie de Rouen, en France, sous forme d’une division en deux supercellules. La première s’est dirigée vers le nord-est et a frappé la Flandre occidentale, accompagnée de gros grêlons en début de soirée. La seconde s’est avancée plein est vers le département des Ardennes puis vers le sud de la Belgique et le Luxembourg, accompagnée entretemps d’autres cellules formant un amas orageux. Au départ très violent, l’ensemble s’est quelque peu amenuisé en approchant de nos régions en milieu de soirée. Les plus fortes activités ont été observées du côté de Arlon et du Grand Duché où des cellules se sont réactivées, donnant un éclair toutes les 2 à 3 secondes par moments. A nouveau, la foudre ne s’est manifestée que sporadiquement, bien que quelques puissantes chutes aient été observées dans le sud du massif ardennais. Le vent, bien que présent, est resté mesuré. Les orages ont quitté nos régions en début de nuit. Ci-dessous, la progression de l’amas orageux vers et sur le sud de la Belgique en soirée (source: Meteoservices).

A noter que dans le même temps, une petite cellule orageuse s’est déplacée de Gembloux à Liège, tandis que d’autres, plus intenses, étaient observées dans le nord de la Flandre et surtout aux Pays-Bas. 
 
Côté relevés, seuls les 80 km/h de Bierset sortent du lot. Aucune autre station n’a enregistré de rafales significatives. Les relevés pluviométriques ne montrent pas de valeurs remarquables étant donné la rapidité du déplacement des orages.
 
Observations par Info Meteo
 
Quelques membres de notre équipe ont pu assister aux passages des différents orages, en premier lieu au nord de Namur lors du renforcement de la première salve en début d’après-midi. Précédé d’un arcus, cet orage a donné de forts vents et des précipitations soutenues. L’activité électrique était bien active, avec un éclair toutes les 3 à 4 secondes. Pour autant, ce n’est qu’à l’arrière que la foudre s’est montrée, sous la forme de puissantes décharges.
 
Arrivée de l’orage sur la région de Leuze, au nord de Namur (auteur: Info Meteo).

 

Coup de foudre à l’arrière du système orageux (auteur: Info Meteo)

Plus tard en soirée, nous avons rejoint nos partenaires de Belgorage dans la région de Léglise pour observer le passage de la seconde salve. Plus modérée que celle du début de l’après-midi, elle a néanmoins donné quelques beaux éclairs et deux-trois chutes de foudre assez proches autour de notre point d’observation. L’activité au zénith était fluctuante et peu intense, mais nous pouvions sans problème observer les noyaux durs très actifs qui concernaient alors le Pays d’Arlon et le Luxembourg, ceux-ci donnant des éclairs toutes les quelques secondes.

Coup de foudre sur la région de Léglise (auteur: Info Meteo)

 

Coups de foudre sous une cellule très active sur l’extrême sud de la Belgique (auteur: Info Meteo)

 

Eclairs internuageux au-dessus de la région de Léglise (auteur: Info Meteo)

 

Orages de la fin mai 2017 : de la difficulté de la prévision locale

La fin du mois de mai 2017 a été marquée par une chaleur inhabituelle à cette période de l’année. Elle s’est accompagnée de manifestations que l’on pourrait qualifier de cas d’école d’orages locaux mais particulièrement actifs. Cet épisode nous permet de développer un peu de pédagogie mais aussi de montrer comment Info Meteo s’est « époumonné » à tenter d’anticiper et de suivre ces orages sur le terrain. Il s’agit ici de bien comprendre à quel point l’orage local peut-être particulièrement sournois, et surtout provoquer l’interrogation d’une partie de la population. Celle-ci, après avoir pris connaissance du risque orageux par la météo, reste interrogative lorsqu’elle ne connait finalement pas la moindre manifestation orageuse, à part les cumulonimbus lointains qui attirent l’attention de la personne avertie.
 
Outre l’évolution de la situation, nous synthétisons ici les échanges entre les membres d’Info Meteo et de Belgorage qui ont été particulièrement riches au cours de cet épisode orageux. Nous avons volontairement mis certains éléments clés en gras, ceux-ci expliquant le comportement des orages observés.
 

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La terre a soif ! A propos du déficit pluviométrique qui s’accentue

Rappelez-vous, déjà fin décembre dernier, la Belgique ressentait les premiers effets d’une sécheresse hivernale, consécutive à un mois de décembre très sec. A ce moment-là pourtant, la situation passait relativement inaperçue au niveau de la végétation. 

Par la suite, l’hiver avait quelque peu corrigé le tir: le creusement du déficit pluviométrique, s’il n’était pas interrompu, avait été sérieusement ralenti. Mais dès février, la courbe reprenait son décrochage, avec une véritable chute entamée au tiers de l’actuel printemps.

Pour avoir une vue précise, passons en revue les relevés de Uccle des douze derniers mois avec le tableau ci-dessous (source des données: IRM). 

Il rappelle ainsi à notre bon souvenir (si on peut parler de bon) le mois diluvien de juin 2016 qui, à la suite d’une répétition peu commune de pluies orageuses, avait terminé sur un record à Uccle: celui du mois de juin le plus arrosé depuis que l’on fait des mesures. En toute logique, cet énorme excédent avait alors permis d’établir une réserve car, dès juillet 2016, commençait une suite de mois sous les normes pluviométriques qui sera uniquement interrompue par novembre.

L’été, malgré ces mois « normalement secs », n’a donc connu aucun problème. Toutefois, septembre 2016 porte un premier coup à la série statistique, en s’affichant comme un mois très anormalement sec. Les bonnes mémoires se souviendront que ce mois avait de fait été très beau et surtout chaud, avec une envolée remarquable des températures au milieu du mois. Seule la petite région du Westhoek a « limité » le déficit à 50% alors qu’ailleurs il se positionnait souvent autour de 75%.

Octobre est lui aussi « normalement sec », avant un novembre enfin « normalement pluvieux », mais avec des disparités plutôt importantes entre la région anversoise (proche de 200% d’excédent) et la « Botte du Hainaut » (déficit de 50%). Il est suivi par un mois de décembre extraordinairement calme et anticyclonique durant lequel il ne tombera pratiquement rien du ciel. 28 mm relevés contre 81 mm en temps normal, c’est exceptionnellement sec. Dans les régions de Bastogne et de Libramont, le déficit atteint même 90% ! Même les Hautes Fagnes ne sauvent pas la mise avec 60% de déficit. Et l’on comprend dès lors pourquoi les premiers problèmes de sécheresse sont apparus ça et là durant ce mois.

S’en suit alors un janvier moins sec, qui limite les dégâts, quoique une large partie Sud-Est du territoire n’enregistre que 80% du total normal, avec même 50% de déficit sur le Sud-Ardennes. Seul le Nord des Flandres a enregistré un léger excédent. Mais par la suite, chaque mois se fera un peu plus sec, avant de finir sur un avril très normalement déficitaire en pluie : aucune région n’excède les 65% du total normal et pratiquement toute la Wallonie a subi 70% de déficit. Le mois de mai qui se termine ne corrigera pas le tir.

Le graphique ci-dessous est également plein d’enseignements. Il montre les cumuls mois après mois des précipitations en bleu, comparé au cumul que nous devrions avoir en temps normal en orange.

Ainsi, juin 2016 a très clairement constitué une réserve en eau importante pour l’été: même si juillet, août, et surtout septembre ont été plus secs, l’avance procurée par les pluies de juin a permis d’éviter tout problème. Par la suite, octobre et novembre ont rétabli un cumul normal, mais décembre 2016 a par la suite entamé un déficit qui n’a depuis dès lors pas été corrigé, et qui mois après mois se creuse davantage.

Nous voici donc à l’aube d’une saison estivale où vont s’affronter deux antagonismes qui dirigent les conversations de météo depuis toujours: « espérons un bel été » ou « on a besoin d’eau ». La situation pluviométrique de nos régions est médiatisée depuis plusieurs mois, et ceci tend à s’amplifier ces dernières semaines, du fait de ces 3 mois printaniers qui creusent d’autant plus le déficit que le soleil se montre régulièrement, asséchant encore plus les sols. Dans ce cadre où certaines professions météo-sensibles commencent à ressentir les effets de cette sécheresse, réclamer « un bel été » paraît à première vue compréhensible, ne fût-ce que pour la bonne humeur. Toutefois, si la belle saison devait poursuivre sur la lancée, les conséquences à long terme, pas toujours visibles alors que nous sommes dans l’instant présent les pieds dans l’eau une glace à la main, pourraient s’avérer néfastes pour n’importe quel quidam. En étant même un peu provocateur, un « été pourri » (c’est-à-dire normal) serait plutôt une bonne nouvelle. Un été à la 2003 ou à la juillet 2006 relèverait alors au final plus de la mauvaise nouvelle que de l’allégresse collective à la vue du Hélios flamboyant.

Pluies verglaçantes du 7 janvier 2017

Il n’a donc pas fallu attendre bien longtemps pour que 2017 nous expédie fissa son premier grand événement météorologique, sous la forme d’un épisode neigeo-pluvieux verglaçant particulièrement contraignant. Dans cet article, nous faisons rapidement le point sur le mécanisme et le déroulé des événements.

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