Les inondations de novembre 2010

Les inondations qui ont concerné la Belgique à la mi-novembre 2010 sont probablement les plus graves depuis plus de quinze ans. Outre les dégâts extrêmement importants, cinq personnes ont perdu la vie au cours de cet épisode. Dans cet article, nous revenons sur les conditions météorologiques qui ont mené à ces événements.
 

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2009 – 2010 : un hiver, trois vagues de froid

L’hiver 2009 – 2010 est un hiver qui entre dans les annales pour avoir offert à la Belgique trois vagues de froid. Pourtant, il a fallu le temps qu’il démarre: novembre, très doux et venteux, n’a laissé à aucun moment entrevoir l’arrivée du froid. Il faut attendre la mi-décembre pour que le général Hiver fasse son entrée sur le pays. Le 14 décembre, un anticyclone a grossi sur la Scandinavie et envoie de l’air sibérien en direction de l’Europe Occidentale. 
Au matin du 15 décembre, s’il ne fait « que » -7,7°C à Montigny-le-Tilleul, Brûly, au sud de Couvin, enregistre un cinglant -11,2°C. Le lendemain, un peu de nébulosité empêche les thermomètres de descendre fort bas. En contrepartie, quelques averses de neige sont observées en provinces de Namur et de Liège.
 
Le 17 décembre, il fait un peu moins froid. La première offensive neigeuse réelle fait son apparition. Une dépression creusée à 1000 hPa descend du nord et passe juste à l’ouest de la Belgique. Son front occlus traverse lentement l’ouest du pays, ralentit et stationne sur le centre avant de repartir vers l’ouest. Ainsi, si on relève environ 10 cm de neige dans la région de Bruxelles et 5 cm à Namur, il ne neige pas du tout à Liège. Cet épisode survient en pleine heure de pointe vespérale, engendrant 513 km de bouchons.
 
17/12/2009 – 19h00.
 
Le théâtre de Namur le soir du 17 décembre.
 
En début de nuit du 18 décembre, la perturbation gagne progressivement la France, et de l’air froid déboule derrière elle. Les températures minimales restent cependant raisonnables, autour de -5°C.
 
Le 19, les effets de l’air sibérien qui gagne à nouveau le pays se font pleinement sentir. La nuit est polaire, avec -20,3°C à Elsenborn, -15,6°C à Melin (Brabant Wallon), -13,2°C à Montigny-le-Tilleul et -10,8°C à Uccle. La journée sera également froide : à Elsenborn, le thermomètre ne remontera pas au-dessus de -15°C.
 
Températures relevées à midi le 19 décembre.
 
Le 20 décembre, une perturbation précédant des courants maritimes polaires atteint la Belgique et traverse le pays du nord-ouest au sud-est. Accompagnée de rafales de vent, elle dépose jusqu’à 10 cm de neige, ceux-ci venant s’additionner à la couche préexistante consécutive à l’épisode de la soirée du 17. On mesure ainsi 13 cm de neige à Montigny-le-Tilleul. Au nord du sillon Sambre-et-Meuse, la perturbation entraîne un dégel temporaire avant le retour de courants plus froids.
 

Le matin du 21 décembre, on relève -7,6°C à Montigny-le-Tilleul, mais le dégel – définitif cette fois – survient en cours de journée. En soirée, une faible perturbation apporte 1 ou 2 cm de neige supplémentaires avant que tout ne disparaisse dans les jours suivants. Pourtant, ce retour des courants maritimes doux ne dure pas longtemps. Une fois le Nouvel An passé, la Belgique replonge dans le froid.

Le 3 janvier, il tombe 10 cm de neige en région bruxelloise. La nuit suivante, les températures descendent très bas : on relève -11,2°C à Montigny-le-Tilleul, -12,7°C au Signal de Botrange et -13,4°C à Brûly.

Le 6 janvier, une perturbation atteint le Belgique en fin d’après-midi. Il neige légèrement durant la soirée. Le ciel se dégage ensuite, et les températures plongent au petit matin du 7 janvier: -11,7°C à Montigny-le-Tilleul, -12,5°C à Melin. Le Royaume-Uni est frappé par l’une des plus fortes vagues de froid de son histoire et reçoit une trentaine de centimètres de neige.

 
Le matin du 7 janvier à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 9 janvier, une nouvelle perturbation traverse nos régions. L’est de la Belgique reçoit environ 10 cm de neige. La vague de froid prend fin le 13 janvier, avec un dégel généralisé.
 
L’hiver revient à partir du 25 janvier, et les conditions vont devenir sensationnelles à la fin du mois : le 30 janvier, une dépression très creuse est centrée sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, et un front occlus bien organisé descend de mer du Nord. Les provinces de Liège et de Luxembourg reçoivent 30 cm de neige, provoquant la fermeture de l’autoroute E25 en y bloquant environ 700 véhicules. Les autres régions sont relativement épargnées : il ne tombe « que » 5 cm de neige à Charleroi.
 
30 janvier 2010 1h00.
 
Le lendemain, on mesure jusqu’à 56 cm de neige dans les Hautes Fagnes.
Les Hautes Fagnes croulent sous la neige ce 31 janvier. Source: Météo Belgique.
 
Le 3 février, il neige à nouveau au sud du sillon Sambre-et-Meuse. A force d’épisodes, la couche de neige dépasse les 70 cm dans les Hautes Fagnes.
 
Les jours suivants, le temps se radoucit, mais pas pour longtemps. Le 10 février, une faible perturbation neigeuse concerne le pays en matinée, essentiellement à l’ouest d’une ligne Beauraing – Hasselt. Bien que les quantités de neige déposées soient limitées, elles sont suffisantes pour semer une pagaille monstre sur le réseau routier qui comptabilise 920 km de bouchons.
 

Le temps reste froid les jours suivants, et la neige concerne la Wallonie une dernière fois le 21 février, avec une accumulation de quelques centimètres.

                                            
 Le lac de l’Eau d’Heure le 13 février.
La fin du mois se fait douce, pluvieuse et surtout venteuse. Le 28 février, la tempête Xynthia frappe une bonne moitié sud-est de la Belgique avec des rafales proches des 100 km/h (rafale maximale : 107 km/h à Ernage, près de Gembloux). Quelques heures plus tôt, elle touche durement les côtes atlantiques françaises où elle provoque une marée de tempête meurtrière en Vendée et en Charente-Maritime.
 
Animation satellite montrant Xynthia traversant l’Europe Occidentale. Source: Eumetsat.

D’un point de vue climatologique

Au final, c’est un hiver froid qui s’est produit sur la Belgique, avec fréquemment des températures minimales sous les -10°C.

Décembre 2009 est un mois légèrement plus froid que la normale 1971-2000, avec un déficit de -1,2°C à Uccle.

Janvier 2010 est exceptionnellement froid, avec un déficit thermique de -3,0°C à Uccle.

Février 2010 est également un mois froid, avec un déficit thermique de -1,0°C.

Source des informations : données personnelles, Météo Belgique, Wetterzentrale.

Décembre 2010 – De la neige à ne plus savoir qu’en faire

Peut-être vous souvenez-vous de décembre 2010, cette période durant laquelle une grande partie de la Belgique avait été couverte de neige parfois pendant plus de 25 jours d’affilée… Si oui, vous avez une bonne mémoire. Si cela ne vous rappelle rien, cet article – assez long – vous propose un retour en arrière pour passer en revue ce qui restera pendant encore longtemps l’un des mois les plus extraordinaires pour les amateurs de neige… et sans doute l’un des plus compliqués pour les navetteurs. Un mois qui commencera doucement, ira crescendo avant de finir en apothéose la veille de Noël. Il vous est relaté sur base des observations personnelles de l’auteur, ce qu’il a vécu et les informations qu’il en a tiré. C’est pourquoi vous verrez souvent apparaître deux lieux: Montigny-le-Tilleul (près de Charleroi) et Namur. L’article s’épanche cependant sur toute la Belgique et les régions limitrophes.

L’automne 2010 avait déjà eu, à de maintes reprises, l’occasion de s’exprimer avec véhémence: des épisodes venteux à répétition, de la pluie en quantité, et surtout des inondations catastrophiques les 14 et 15 novembre (peut-être encore une idée de rétrospective pour plus tard). En fait, décembre 2010 ne fut qu’un mois parmi les autres qui ont vu le temps s’acharner avec courroux sur l’Europe Occidentale. A la seule différence que ce fut un mois blanc, très blanc.

Tout cela débute le 22 novembre 2010, lorsque le temps commence à devenir petit à petit hivernal. Un coup d’œil jeté à la carte ci-dessous nous montre le pourquoi. Un anticyclone sur le Groenland et une advection de hauts géopotentiels (zone jaune-orange marquant des anticyclones d’altitude) sur l’Atlantique font barrage au flux d’ouest classique. Une dépression sur l’Europe Centrale commence à amener de l’air de plus en plus frais vers nos régions. Plus au nord, le vortex polaire (en bleu) se prépare à descendre sur l’Europe. Ce jour, il tombe juste quelques flocons en province de Liège et du Luxembourg.

 

Le 25 novembre, il neige un peu partout en Belgique. Par endroit, on observe la formation d’une légère accumulation. La nuit suivante, il tombe entre 2 et 5 cm de neige en provinces de Liège et du Luxembourg. Le mois de décembre se prépare de manière très progressive.

Au matin du 28 novembre, les températures relevées sont relativement basses. On observe – 5,3°C à Montigny-le-Tilleul, – 4,6°C à Quaregnon, – 6,5°C à Melin, – 3,9°C à Floriffoux, – 7,4°C à Bovigny, – 10°C à Elsenborn, – 5,5°C à St-Libin, – 5,1°C à Virton-St-Mard et – 9,2°C à Brûly.

29 novembre

Le temps continue de rester froid, en raison d’un anticyclone situé sur l’Europe du Nord et deux dépressions prenant place sur l’Europe de l’est et au large de la péninsule ibérique. Une petite ligne de convergence arrivant d’Allemagne fusionne avec une zone neigeuse stationnant sur la Haute Belgique en fin de nuit et en matinée, avant de gagner vers le Centre en cours d’après-midi. Cela entraîne de faibles chutes de neige continues de plusieurs heures accompagnées de températures variant entre 0 et -5°C (Elsenborn). On observe entre 5 et 10 cm de neige en Lorraine, 3 cm à Bierset (Liège) et 1 à 2 cm à Namur et à Charleroi.

 
La citadelle de Namur sous la neige
 

Le 30 novembre, le temps reste très froid et localement faiblement neigeux. Les températures minimales relevées sont de – 3,5°C à Floriffoux et – 5,8°C à Bovigny et au signal de Botrange. Ces températures n’évolueront que peu durant la journée, puisque au meilleur de celle-ci, on relève – 0,3°C à Floriffoux et – 4,5°C au signal de Botrange comme températures maximales.

 

1er décembre

Ce premier jour de l’hiver météorologique est très froid et marque réellement le début de l’offensive du Général Hiver: les températures, déjà faibles au matin, baisseront encore en cours de journée. De l’air très froid en provenance de Sibérie envahit peu à peu nos régions. En fin d’après-midi, une zone neigeuse « surprise » se forme en travers de la Belgique (sur un axe Hautes-Fagnes – Brabant – côte) au niveau d’un front occlus d’altitude et donne plusieurs centimètres de neige fraîche et poudreuse. Alors que ce premier front se déplace vers la Flandre en faiblissant, un deuxième se forme sur la province de Namur en fin de soirée, apportant de nouvelles chutes de neige.
 
La place de la station à Namur sous la neige en début de soirée.
 
On observe 3 à 4 cm supplémentaires à Namur et parfois jusqu’à 6 ou 7 cm par endroit, s’ajoutant à la couche de neige déjà tombée les jours précédents. Ces chutes de neige survenant sous des températures très basses (entre -5 et -9°C de manière générale) entraînent de gros embarras de circulation sur le réseau routier à l’heure de pointe: plus de 500 km de bouchons sont répertoriés. 
 
Cette perturbation s’accompagne d’un vent glacial de nord-est qui fait baisser la température ressentie à -15°C! Pour l’avoir vécu, la Saint-Nicolas des étudiants à Namur s’est déroulée sous un ciel sombre, neigeux et dans une froideur difficilement supportable, avec en prime de la « glace à la bière », le breuvage gelant à même le verre!
 
La carte ci-dessus donne les températures enregistrées par les stations de Météo Belgique en fin d’après-midi.
 
Le 2 décembre, il continue de neiger sur bon nombre de régions, suite à l’arrivée d’une nouvelle perturbation depuis la France, de moindre intensité que celle de la veille. Par endroit, la couche totale de neige accumulée dépasse les 10 cm. Dans le Namurois, l’épaisseur du manteau blanc est d’environ 5 cm. Les températures restent très basses: ainsi à Uccle, la température maximale observée pour ce jour est de -4,5°C.
 
 
La citadelle de Namur vue depuis le Grognon
 
3 décembre
 

Les températures minimales relevées sont très basses. Une fois n’est pas coutume, la côte enregistre des valeurs inférieures à bon nombre de stations de l’intérieur du pays. On observe -13,0°C à Coxyde et Ostende. Ailleurs, on relève, -11,3°C à Botrange, -11,0°C à Gand, Anvers et Kleine-Brogel, -10,7°C à Courrières,-9,3°C à Montigny-le-Tilleul et -8,8°C à Floriffoux. Dans la soirée, les températures baissent à nouveau très fort.

 

4 décembre

La nuit a été à nouveau très froide avec par exemple – 9,2°C enregistré à Montigny-le-Tilleul. En fin de nuit, les températures entament une remontée suite à l’arrivée de courants maritimes: une perturbation en provenance de l’Atlantique génère de nouvelles chutes de neiges sur la Belgique dans l’après-midi, l’épisode dure une à deux heures. De l’air plus doux s’intercale en altitude, entraînant des pluies verglaçantes surtout sur l’ouest du pays. Sur Montigny, la perturbation dépose seulement 1 cm de neige, portant l’épaisseur totale de la couche à 4,5 cm. En Hautes-Fagnes, la couche de neige excède les 15 cm.

 
Carte d’analyse de surface du 4 décembre à 12h00. Le front chaud responsable du premier épisode arrive sur le pays. Si l’air froid n’avait pas été présent, cette configuration n’aurait rien d’hivernal…
 
En soirée, une deuxième perturbation (durée: une heure) glisse rapidement à travers la Belgique du sud-ouest au nord-est: elle amène de la pluie et/ou de la neige fondante sur l’ouest du pays, et de la neige sur l’est. A Montigny, 1,5 cm se déposent, la couche de neige est maintenant de 6 cm.
 
Image radar de la deuxième perturbation à 17h00. Elle arrive seulement en Belgique. Ci-dessous, passage de la perturbation sur Montigny-le-Tilleul.
 
 
Plus tard dans la soirée, le front froid de la perturbation approche du pays, amenant de nouvelles précipitations. Mais de l’air doux circule devant lui, ce qui entraîne des pluies sur beaucoup de régions du pays, elles sont accompagnées par un dégel marqué. La couche de neige fond en de nombreux endroits.
 
5 décembre – Premier gros épisode neigeux
 
En début de matinée, alors que le front froid reste bloqué sur le pays, l’arrivée d’air froid en altitude permet à la pluie de se changer à nouveau en neige au-dessus de 100 mètres d’altitude (où les températures sont comprises entre -2 et +1°C). Il neige donc sur une bonne partie de la Wallonie, excepté sur le Hainaut occidental et l’ouest du Brabant Wallon. La neige ne va cesser de s’accumuler tout au long de la matinée.
 
Image radar du front froid le 5 décembre à 8h45. Ci-dessous, analyse de surface pour le même jour à 1h00 heure belge. On voit bien le front froid s’approcher du pays.
 
 
Sur le temps de midi, l’intensité des précipitations hivernales tend à faiblir quelque peu sur la région de Charleroi, la perturbation se déplaçant lentement vers le sud-est en gagnant l’Ardenne. La situation sur les routes devient difficile, le réseau secondaire restant complètement enneigé. Même les routes nationales ne sont pas sûres…
 
 
Au final, cette perturbation aura apporté 10 à 20 cm de neige supplémentaires. Ajoutés au manteau de neige préexistant, la couche de neige atteint des épaisseurs impressionnantes: 
 
– A Montigny-le-Tilleul, où la quasi-totalité de la couche de neige des jours précédents avait fondu durant la nuit, on observe 13 cm de neige à la fin de l’épisode.
– Dans le Namurois ainsi que dans les Hautes-Fagnes, on observe environ 30 cm de neige.
– Mais c’est le sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse qui collecte les plus grosses épaisseurs de neige: on y observe une accumulation comprise entre 20 et 40 cm.
 
Voici les observations que l’auteur de l’article postait ce jour-là sur Météo Alerte.
 
6 décembre
 
Dans la nuit du 5 au 6, il continue de neiger sur le sud du pays. Ailleurs, le temps se dégage, de l’air polaire envahit nos régions en altitude, et la nuit se fait froide: on relève -4,5°C à Montigny-le-Tilleul. Il ne dégèle pas de la journée, permettant à la couche de neige de persister.
 
7 décembre
 
La nuit est froide sur le pays de Herve (-6,8°C à Mortroux) et dans le Condroz (-9,1°C à Pessoux). Ailleurs, les températures minimales oscillent entre -2 et -5°C.
 
8 décembre
 
Une perturbation arrivant de France concerne le sud du pays et donne parfois près de 10 cm de neige. Temporairement, cette neige se transforme en pluie verglaçante et provoque de gros embarras de circulation. Le veille au soir et la nuit qui suit, l’Ile-de-France est durement touchée par ces chutes de neige, entraînant une situation apocalyptique sur les routes.
 
10-12 décembre 
 
Les températures remontent parfois jusqu’à +5°C pendant ces trois jours. La couche de neige fond en de nombreux endroits. L’anticyclone présent depuis plusieurs jours sur l’Atlantique a fait un pas de côté vers l’ouest de la France, permettant à des courants maritimes plus doux d’arriver jusqu’à nous, mais pas pour très longtemps…
 
13 décembre
 
L’hiver est de retour sur la Belgique. L’anticyclone français est devenu anglais, et de l’air polaire direct atteint le pays. La nuit est froide: on observe comme températures minimales les valeurs suivantes: -9,9°C au signal de Botrange, -9,8°C à Bovigny, -6,3°C à Limelette, -6,0°C à Virton-St-Mard et -5,7°C à Floriffoux.
 
16 décembre – brèves mais très fortes averses de neige
 
Une perturbation descend du nord, accompagnée de fortes précipitations et d’air un peu plus doux en altitude. Il pleut en basse et moyenne Belgique, mais il neige fortement en Haute Belgique où une alerte rouge est déclenchée par l’IRM et Météo Belgique. De l’air très froid en altitude suit immédiatement la perturbation  (-8 à -9°C à 1500 mètres d’altitude contre -2 dans le cœur de la perturbation) et est rabattu vers le sol par les précipitations, amplifiant le front froid et le rendant très intense: le neige arrive brutalement sur le nord du pays vers 17h00, sur Bruxelles vers 18h00 et sur Namur peu après 19h00. Sur Namur et ses environs, un orage de neige déclenche une véritable tempête de neige d’environ 15 minutes. L’intensité diminue un peu par après. Le front froid est très marqué: à Namur, la température passe de 2,5°C à -0,5°C en une vingtaine de minutes.
 

Carte d’analyse de surface à 13h00: le front froid, suivi par une déferlante d’air polaire, est aux portes du pays.

Au final, ce sont 3 à 4 cm de neige qui se déposent sur bon nombre de régions (notamment à Namur et à Charleroi), mais parfois 15 à 20 cm en certains points de la Haute Belgique.
 
Le Grognon et le parlement wallon (en arrière plan) sous la neige à Namur.
 
17 décembre
 
En soirée, une nouvelle perturbation arrive de France (elle a donné parfois 15 cm de neige en Normandie) et dépose 3 à 4 cm de neige supplémentaires sous des températures très froides (avoisinant les -5°C).
 
18 décembre
 
En soirée, une troisième perturbation arrive de France et donne 5 à 10 cm de neige en Ardenne. A Montigny-le-Tilleul, il tombe seulement 1 cm, portant la couche de neige totale à 7 cm. D’autre part, l’IRM annonce qu’un record a été battu: depuis le début du mois de novembre, on a observé 18 jours de neige à Uccle. Jamais ce nombre n’a été atteint depuis que les observations météo existent à Uccle.
 
19 décembre – deuxième gros épisode neigeux
 
Tout juste deux semaines après l’épisode du 5 décembre, la Belgique fait une nouvelle fois face aux intempéries. Une dépression de tempête (110 à 120 km/h sur les côtes ouest françaises) se dirige de la Bretagne vers le Luxembourg. Elle véhicule une impressionnante et intense perturbation qui provoque de très fortes chutes de neige sur le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne qui restent dans la partie froide de la dépression. (Ci-dessous, carte d’analyse de surface à 13h00 heure belge).
 
Cette perturbation entre en Belgique vers 10h00 sous forme d’un front chaud. La neige se dépose rapidement sur l’accumulation préexistante, et enneige le réseau routier. Les aéroports belges ferment les uns après les autres, bloquant des milliers de passagers. 
 
La perturbation est énorme, comme le montre l’image radar suivante. Pendant le début de l’après-midi, c’est le front chaud qui concerne la Belgique, avec des intensités parfois soutenues:
 
 
En milieu d’après-midi, la circulation routière devient très difficile à tel point que les services d’épandage sont dépassés. Les bus du TEC rentrent aux dépôts les uns après les autres. Les routes sont enneigées et très dangereuses. La couche de neige devient par endroit impressionnante. Ci-dessous, une image d’ensemble de la perturbation à 14h30.
 
 
Plus l’heure avance, plus la neige s’accumule, et plus la situation sur les routes devient apocalyptique: à 17h00, on répertorie plus de 500 km de bouchons, ce qui est exceptionnel pour un dimanche. Nul doute que si cet épisode s’était produit en semaine, ce chiffre aurait été plus élevé encore. La carte suivante venant du site Infoclimat/Météo Alerte montre la situation en fin d’après-midi, avec les observations encodées par l’auteur de l’article, tout au long de la journée:
 
 
En fin d’après-midi, la zone neigeuse s’éloigne vers l’est après avoir déposé entre 10 et 20 cm de neige selon les régions, et l’influence du secteur chaud de la perturbation se fait sentir: les températures entament une remontée fulgurante, et le dégel s’amorce partout au sud d’une ligne Mons – Liège. En Gaume, il fait jusqu’à 4°C! La couche de neige commence à fondre en de nombreux endroits, et l’on observe de la pluie.
 
Mais c’est sans compter sur l’arrivée du front froid plus tard en soirée. Celui-ci s’accompagne d’une nouvelle zone de neige soutenue, précédée d’un peu de pluie et même d’orages (signalés à Dinant et Ciney). Cette zone suit le sillon Sambre-et-Meuse, et marque la frontière entre l’air froid au nord et l’air chaud au sud. Les températures redescendent rapidement sous la barre des 0°C sous les chutes de neige. 
 
 
La neige gagne à nouveau en épaisseur et les conditions routières se font encore plus difficiles. Cette deuxième salve dure entre trois et quatre heures selon les endroits et dépose à nouveau 5 à 10 cm de neige en plus sur le sillon Sambre-et-Meuse.
 
Mais si la neige cause pagailles et soucis, elle offre également de magnifiques paysages. Montigny-le-Tilleul est à ce titre très bien servi. 
 

 

Cela est par contre beaucoup moins gai sur le réseau routier national…
 
 
 
 
L’Ardenne prend des airs de Laponie ou de Sibérie, comme ici à Vresse-sur-Semois (photo: R. Courtois):
 
 
A Montigny-le-Tilleul, les événements peuvent être résumés comme suit: avant l’arrivée de la perturbation, on observe 7 cm de neige. Le passage du front chaud donne 14 cm de neige, ce qui porte la couche totale à 20 cm. Un dégel de deux heures ramène l’épaisseur à 18,5 cm. Le front froid apporte 7 cm supplémentaires. Il est donc tombé 20 cm de neige sur tout l’épisode. La couche totale de neige est comprise entre 25 et 26 cm.
 
Namur reçoit une vingtaine de centimètres de neige, parfois une trentaine dans sa périphérie (voir ici de très belles photos de la citadelle enneigée: Neige Namur). En Ardenne, l’épaisseur du manteau neigeux avoisine les 40 à 60 cm selon les endroits, et atteint même 70 cm en Hautes Fagnes.
 
De très nombreux accidents sont à signaler. Une personne décède à Bertrix, écrasée par l’effondrement du toit de sa grange sous le poids de la neige.
 
20 décembre
 
Les chutes de neige se sont arrêtées, mais les ennuis continuent. A l’heure de pointe matinale, on relève 670 km de bouchons sur les routes rendues dangereuses par le verglas. Il ne dégèle pas de la journée.
 
 
Toute l’Europe Occidentale vit au rythme des chutes de neige. En plus de la Belgique, le nord de la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et le Royaume-Uni sont également concernés.
 
21 décembre
 
Il tombe à nouveau plusieurs centimètres de neige sur Bruxelles et le Brabant wallon, un peu moins ailleurs. Les routes restent très dengareuses sur tout le pays. Heureusement, le dégel commence, et la situation s’améliore dans l’après-midi.
 
22 décembre
 
La situation commence à nouveau à se compliquer et devient assez étrange. Alors que l’air froid envahit une nouvelle fois la Basse et la Moyenne Belgique avec des températures de ou sous 0°C, un dégel assez conséquent se manifeste en Haute Belgique. Ainsi, on observe de la pluie en bonne quantité à Spa, mais aussi temporairement à Bierset. Cependant, une baisse progressive des températures amène le thermomètre à 0°C, entraînant des pluies verglaçantes.
 
Au fil de la journée, la perturbation progresse vers le nord-ouest, et vient se heurter à de l’air bien froid à tous les étages: il neige ainsi à Zaventem et à Gosselies, alors que l’on observe de la pluie (verglaçante) respectivement à Beauvechain et à Florennes, de manière temporaire. Cela montre bien que la limite du dégel en altitude se trouve alors le long d’une ligne Campine – Entre-Sambre-et-Meuse. Tout cela se rapproche de Montigny-le-Tilleul, mais les précipitations y restent bien de neige. Elles apportent une couche supplémentaire de 4 cm, soit une épaisseur totale de 16 cm.
 
La carte ci-dessous résume clairement la situation atmosphérique. Une vaste dépression située sur l’Espagne puis en Méditerranée envoie de l’air doux en direction de la Belgique où il entre en collision avec de l’air polaire en provenance de Scandinavie. Au contact entre les masses d’air se forme un puissant front chaud (certaines cartes le représentent comme un front double). Il va stationner sur la Belgique pendant environ 36 heures.
 


Situation le 23 décembre à 1h00.

 

23 et 24 décembre – Troisième gros épisode neigeux + pluies verglaçantes = pagaille monstre
 
Durant la matinée du 23, le front chaud joue au yoyo et se rétracte sur le sud de la Belgique. Le contraste de températures devient encore plus important en altitude, renforçant l’activité du front. Une nouvelle pulsion d’air chaud venant de Méditerranée le renvoie lentement vers le centre de la Belgique, où il va s’arrêter pour plusieurs heures, et entraîner de fortes précipitations hivernales. La carte ci-dessous représente la situation à 19h00, et montre toujours ce puissant front chaud pratiquement immobile.
 
A ce moment-là, la perturbation est déjà bien calée au-dessus de la Belgique. Il neige en abondance sur le centre et l’est du pays. Dans le sud, la stagnation d’air plus doux en altitude maintient la pluie, qui tombe sur des sols gelés (-2 à -3°C, voir même -5°C comme à Saint-Hubert vers 17h-18h!). Ceci entraîne l’apparition d’un épais verglas. De temps à autre, un intermède neigeux survient, mais très vite, la pluie reprend le dessus. La couche de glace mesure plusieurs centimètres. On note 1380 km de bouchons sur les routes belges à l’heure de pointe vespérale. Les bus du TEC rentrent une nouvelle fois aux dépôts et les vols au départ des aéroports de Charleroi et de Liège sont retardés voire supprimés. Bruxelles suivra plus tard. La ligne SNCB Namur – Luxembourg est fermée à tout trafic suite à une rupture de l’alimentation électrique à Libramont, les trains venant de Bruxelles sont limités à Jemelle.
 
 
 
A Montigny-le-Tilleul, la RN 579 est déserte et enneigée.
 
Les deux images radars ci-dessous montrent l’immobilisme de la perturbation:
 
 
Dans le courant de la nuit du 23 au 24 décembre, l’intensité des précipitations faiblit. En altitude, l’air froid commence à se répandre vers le sud-est. Les pluies verglaçantes qui concernaient le sud du pays sont remplacées par de la neige. La perturbation se déplace lentement vers l’Allemagne et la France. Au niveau de la situation synoptique, le front chaud commence à faiblir, comme montré sur la carte ci-dessous (à 1h00 le 24):
 
Au matin du 24, il neige toujours en de nombreuses régions, mais plus faiblement, excepté sur l’Ardenne et les Hautes-Fagnes. De fortes rafales de vent entraînent la formation de congères.
 
A l’heure de pointe matinale, la situation sur les routes est catastrophique: plus de 500 km de bouchons sont répertoriés, en prenant en considération que beaucoup de travailleurs sont restés chez eux. A nouveau, aucun bus du TEC ne sort des dépôts, et la circulation des trams à Charleroi et à Bruxelles est très perturbée. La situation se normalise lentement dans l’après-midi avec l’arrêt des chutes de neige sur le centre du pays.
 
La perturbation quitte le sud de la Belgique en soirée, après avoir apporté 15 à 25 cm de neige sur les régions les plus touchées (Hainaut oriental, Namur et à l’ouest de Liège surtout). Si ces quantités sont remarquables, c’est surtout l’épaisseur de la couche de neige totale qui frappe l’imaginaire: elle va de 20 cm à Bruxelles à 60-70 cm en Hautes Fagnes, en passant par 25 à 35 cm dans la région de Charleroi (officiellement 25 cm à Gosselies, dont 13 tombés pendant cet épisode) et Liège (officiellement 32 cm à Bierset), 40 à 50 cm en Entre-Sambre-et-Meuse et dans le Condroz (à Florennes, le vent a formé des congères, empêchant une mesure exacte). Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. 
 
A Montigny-le-Tilleul, la couche de neige au 22 au soir était de 12 cm. Durant la nuit du 22 au 23, il est tombé 4 cm, portant la couche de neige totale à 16 cm. Entre midi le 23 et minuit le 24, la neige tombe abondamment, puis faiblit jusqu’à s’arrêter complètement en milieu d’après-midi. Il est tombé 20 cm de neige durant cet épisode, portant la couche de neige totale à 36 cm.
 
 


36 cm de neige sur Montigny-le-Tilleul au matin du 24.


Il y avait une rue à cet endroit…

Quelques courageux tentent de rejoindre leur lieu de travail. Beaucoup renoncent après quelques centaines de mètres.
 
Normal en Haute Belgique, mais stupéfiant dans la région de Charleroi.
 
25 décembre
 
La neige offre à la Belgique le plus beau Noël blanc qu’elle n’ait jamais eu depuis 1964: 16 cm de neige mesurés à Uccle, encore plus de 30 cm à Montigny-le-Tilleul (la neige s’est tassée pendant la nuit). En soirée, les températures chutent: il fait -10,4°C à Montigny-le-Tilleul vers 18h00, le temps se « radoucit » par la suite.
 
Fin décembre – début janvier
 
La neige persiste pendant les jours suivants. Il en faudra plusieurs pour que tout rentre dans l’ordre sur les routes et le rail, et de nouvelles faibles chutes de neige et du verglas perturbent à plusieurs reprises l’heure de pointe, mais moins que le 24 décembre.
 
Ce mois de décembre 2010 restera longtemps comme celui qui a complètement pété les plombs en mode hiver. Les décrochages récurrents d’un vortex polaire instable et baladeur en direction de l’Europe y sont pour beaucoup. Pendant une bonne partie de ce mois, le front polaire sera systématiquement repoussé au sud de nos régions, alors qu’il a plutôt tendance à se retrouver au nord de celles-ci. Ceci est responsable d’un déficit thermique très exceptionnel si on considère comme normale la moyenne 1971-2000. A Uccle, ce déficit a atteint -4,8°C.
 
Écarts des températures moyennes mensuelles par rapport aux normales (1981-2010).
 
Il sera rare de revoir tomber tant de neige pendant autant de temps durant les prochaines décennies. Quoique…

Cet article a été repris des chroniques que je publie sur Hydrométéo et retravaillé pour Info Météo.

Sources: Wetterzentrale, Meteox, Météo Belgique, Météo Services, IRM, photos personnelles…

Lien vers un article de Météo Belgique résumant en détail le déroulement de ce mois: décembre 2010 – le mois de la neige.

Les violents orages du 14 juillet 2010 – retour sur un épisode destructeur

Voici quelques temps, je prenais connaissance d’une publication de Kéraunos, institut français spécialisé dans l’étude des orages et des tornades. Ce document proposait une classification standardisée et internationale de la puissance des orages en cinq niveaux (un prochain article pourrait, pourquoi pas, présenter en détail cette classification). M’attardant sur l’échelon 4/5 qui décrit un orage qualifié de violent, je me faisais la réflexion de savoir quel était le dernier grand épisode que l’on puisse qualifier comme tel pour la Belgique. Fouillant un peu dans mes archives, j’ai remis au jour un dossier créé à l’époque par mes soins sur Hydrométéo, relatant les événements du 14 juillet 2010. L’occasion se présente ainsi pour lui apporter de nouveaux éléments et vous le représenter ici.



Analyse de la situation atmosphérique
La carte ci-dessous nous montre la situation synoptique telle qu’elle se présentait à 14h00 ce 14 juillet, juste avant l’arrivée des premiers orages sur notre pays.
 
Le premier élément qui saute aux yeux est la présence d’une dépression plutôt creuse pour la saison sur le sud de l’Irlande. Elle amène un flux d’air très chaud sur nos régions. Deuxièmement, un front froid situé sur l’ouest de la France entraîne la déstabilisation de ces masses d’air: une ligne de creux et une dépression thermique se créent à l’avant de ce front. 

Ces éléments interagissent avec une anomalie de tropopause: il s’agit d’un abaissement abrupt de la limite entre la troposphère et la stratosphère, et qui joue le rôle d’accélérateur sur les orages ou les tempêtes en favorisant de fortes ascendances des masses d’air. Sur les sondages atmosphériques effectués ce jour-là, on note la présence d’un fort cisaillement de vent entre le sol et l’altitude: au sol, les vents viennent de l’est, en altitude, ils viennent du sud. De surcroît, le Jet-Stream, puissant ce jour-là, se trouvait justement axé au-dessus de nos têtes. Et enfin, le fort contraste de températures entre l’avant des orages et l’arrière a parachevé la mise en place d’une situation très critique. L’image ci-dessous l’illustre clairement: alors que l’est de la Belgique fond sous des températures caniculaires, l’ouest du pays et le Nord-Pas-de-Calais baignent dans une ambiance bien rafraîchie. Ainsi, à 15h30, alors qu’on relève 32°C à l’aéroport de Bierset (Liège), les températures ne dépassent pas 19°C à Lille. Entre les deux, une différence de 14°C sur 200 km, là où les plus violents orages sévissent.
 
Les différentes institutions météorologiques ont bien cerné le risque orageux extrême. Météo Belgique a placé la quasi totalité du pays en alerte rouge Orages. C’est la première fois que cette alerte est utilisée. Cela illustre bien le caractère exceptionnel de la situation:
Estofex est un organisme européen spécialisé dans la prévision des phénomènes violents et émet notamment des avertissements concernant les orages selon trois échelons: le premier fait référence à une situation d’ampleur modérée, le second à une situation d’ampleur forte et le troisième à une situation anormalement violente. Or, en ce 14 juillet, Estofex place la Belgique au niveau 3, l’alerte maximale. C’était à ma connaissance la première fois que je voyais nos régions placées sous ce régime. Il y avait donc lieu d’être sur le qui-vive.
 
Déroulement de l’épisode
Les orages concernent déjà le nord de la France en matinée du 14 juillet, mais dans un premier temps assez modérément. C’est seulement sur le temps de midi qu’ils commencent à sérieusement s’organiser en un système convectif de méso-échelle (MCS). Une ligne d’orages très virulents, que Kéraunos qualifiera même de Quasi Linear Convective System (QLCS) se met en place à l’avant du système, et fonce vers la Belgique. Elle prend les caractéristiques d’un Bow Echo (orage en arc), signe d’un orage puissant et organisé. 

A noter que la littérature plus récente (IRM, Belgorage…) qualifie le système de derecho. Ce terme ne remplace pas les autres énoncés ci-dessus, mais leur est complémentaire. 

L’image radar ci-dessous nous montre clairement ce bow echo en train de s’organiser sur le nord de la France à 14h00 (la couleur rouge indique des intensités de pluie très élevées): 
Les orages sont clairement visibles depuis l’espace, sous la forme de grosses boules blanches, comme le montre cette image satellite prise à 14h40. Ces boules blanches correspondent aux enclumes des cumulonimbus qui s’étalent dans le bas de la stratosphère. Le sommet des cumulonimbus culmine à près de 16 km d’altitude, ce qui est remarquablement élevé pour un orage sous nos contrées. Cette hauteur excessive est un autre signe d’orages très organisés: 
A 15h00, c’est un système orageux très entraîné qui se trouve aux portes du Hainaut. La ligne orageuse génère de violents downbursts: une rafale de 146 km/h est mesurée à St Hilaire-sur-Helpe, dans le département du Nord.
 
A 15h30, l’orage s’engouffre sur la Belgique par les régions d’Erquelinnes et de Chimay. Quelques kilomètres plus loin, les villages de Merbes-Ste-Marie et de Peissant subissent un très violent downburst qui arrachent de nombreux arbres et emporte des toits parfois entiers. Plusieurs lignes électriques sont jetées à terre par les rafales. Au vu des dégâts, le vent a pu dépasser localement les 150 km/h. Un phénomène similaire s’abat quelques minutes plus tôt sur le Borinage. Par la suite, c’est tout le Hainaut Oriental et le Brabant Wallon qui plongent dans les ténèbres auxquelles succèdent un déluge de pluie et de vent. En altitude, les éclairs intranuageux sont incessants, mais le car wash qui se déchaîne dilue le clignotement frénétique des décharges. Seuls les radars observent le brasier d’électricité qui entame sa progression à travers la Belgique.
A l’avant de l’orage, le ciel prend des aspects parfois extraordinaires, comme cet arcus multicouches photographié près de Merbes-Ste-Marie justement, quelques minutes avant que le downburst ne s’y déchaîne. Un tel ciel imposant, limite effrayant, est le signe ultime du déchaînement de violence. Ce sont les courants très rapides circulant au sein du système orageux qui sont capables de produire de tels structures. La vue d’un tel ciel doit avertir du danger imminent et de la nécessité de trouver rapidement un abri, surtout si cela se passe en pleine campagne.
A 16h00, la ligne d’orages atteint la région de Charleroi et l’Entre-Sambre-et-Meuse, sans avoir perdu de sa force. C’est au tour du village de Pont-à-Celles de payer un lourd tribu à la tempête. Sur l’A54 toute proche, des dizaines d’arbres sont arrachés et bloquent plusieurs voies de circulation. Plus au sud, sur le R3 et sur l’A 503 entre Charleroi et Marcinelle, des branches et des inondations perturbent la circulation. Le parc de Strepy, près de La Louvière, est méconnaissable. Dans Charleroi même, plusieurs toits sont fortement endommagés. L’anémomètre de la base militaire de Florennes enregistre des vents à 130 km/h.
A 16h30, la ligne orageuse qui se démantèle en orages multicellulaires concerne l’est du Brabant Wallon et la province de Namur. Jodoigne et Ciney sont les villes les plus sérieusement touchées: la première voit une partie du toit de son hall omnisport s’arracher, et l’autre perd le clocher de sa collégiale, qui s’effondre en contrebas. Bruxelles est également touchée, mais moins sévèrement. Bon nombre de tunnels de la capitale seront cependant fermés pour cause d’inondations.
 
 Dégâts à Ottignies:
 
L’orage poursuit sa route: à 17h30, il frappe Liège et sa région. A Bierset, une pointe de vent à 122 km/h est mesurée. Mais c’est plus au sud, vers St-Vith, qu’il se révèle plus intense. A ce moment-là, le système orageux prend une nouvelle forme, celui d’un LEWP (échelons orageux décalés). Il balaie Elsenborn qui enregistre la plus grosse rafale mesurée par un instrument belge: 137 km/h.
A 18h30, la ligne orageuse a quitté la Belgique et se restructure: elle frappe violemment les Pays-Bas et l’Allemagne. En Belgique, l’heure est au bilan. Ci-dessous, la carte des éclairs délivrés par cette offensive. L’IRM a comptabilisé près de 60 000 éclairs. C’est énorme:
Passage de l’orage sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi)
Les photos ci-dessous ont été prises par mes soins au passage de l’orage, et relatent les événements.
15h40: le ciel s’assombrit en direction du sud-ouest, alors que l’air reste encore très lourd et chaud, mais surtout, et c’est ce qui me frappe à ce moment-là, absolument calme. Une très belle illustration du fameux « calme avant la tempête ».
 
15h50: l’orage se rapproche, mais aucun coup de tonnerre n’est entendu. Seuls les radars me renseignent sur la proximité du système orageux. L’ambiance reste absolument calme.
16h00: L’énorme arcus, si typique des orages organisés, apparaît à l’horizon et avance à une vitesse effrayante en roulant sur lui-même. Il ne lui faudra même pas cinq minutes pour arriver au zénith.
Par la suite, le déroulement des événements est semblable à ce que s’est passé à l’échelle de la Belgique. L’arcus est arrivé, accompagné d’un downburst cependant assez modéré comparé à ceux qui frappèrent Ciney, Merbes-Sainte-Marie ou Pont-à-Celles. Il fut précédé d’un grondement impressionnant qui n’était rien d’autre que le bruit généré par les rafales accourant vers ma position. 
 
Durant 20 minutes, une pluie intense soufflée par les bourrasques est tombée sur Montigny-le-Tilleul, tandis qu’au zénith, le ciel clignotait faiblement mais continuellement, témoignant de la puissante activité orageuse se déroulant en altitude, au sein des cumulonimbus. Les seuls éclairs qui se montrèrent eurent lieu dans la partie stratiforme du MCS, après le passage de la zone la plus active. Mon pluviomètre récoltera en tout 20 mm de pluie sur une demi-heure. Plus tard en soirée, le ciel se dégagera, laissant le soleil revenir dans une ambiance très fraîche. Je pus encore observer, aux alentours de 23h00, les éclairs d’un orage modéré et isolé dans l’air froid, se produisant en France.
En fin de compte, ce sont des orages particulièrement violents qui ont traversé le pays ce 14 juillet 2010. Depuis le début de ce siècle, on retrouve peu de phénomènes tout aussi intenses et d’aussi grande étendue. Cette fois-ci, ce fut surtout le vent qui a provoqué des dégâts. 
Quelques vidéos pour terminer:

La première ci-dessous a été prise à Grez-Doiceau, dans le Brabant Wallon:


 

Cette deuxième vidéo a été prise à Jeumont, dans le département du Nord, tout près de la frontière belge:

 

Enfin, une vidéo réalisée par moi même et montrant l’arrivée de l’arcus sur Montigny-le-Tilleul (région de Charleroi). Le downburst fut bref et moins important qu’ailleurs dans le pays: ICI


De nouvelles constatations

Une étude menée par l’IRM a démontré que quatre couloirs de très gros dégâts ont concerné la Wallonie (vents supérieurs à 150 km/h):

– Le premier selon un axe Erquelinnes – Pont-à-Celles
– Le second selon un axe Gendron – Ciney – Hamois
– Le troisième au départ de Jodoigne vers la Flandre
– Le quatrième au sud-ouest de Liège, terminant sa course sur la ville.

L’analyse fine des radars à haute résolution a permis de mettre en évidence l’existence de turbulences de la ligne d’orages, allant jusqu’à former des virgules rétrogrades. Ces organisations trahissent l’existence de mésovortex (zones en rotation) au sein de la ligne. Une petite dizaine de ces structures ont été trouvées au sein du MCS. Ces vortex, en interagissant avec un très violent courant en altitude arrivant derrière la ligne et habituel des MCS (Rear Inflow Jet), auraient engendré les terribles rafales descendantes à l’origine des plus gros dégâts, ces rafales se trouvant être les plus fortes à la droite de l’axe du vortex, là où la ligne d’orages est organisée en bow echo. Le bow echo est tout simplement une portion de ligne orageuse poussée en avant par les violents vents qui arrivent derrière.

L’existence de ces vortex a été confirmée pour l’axe Erquelinnes – Pont-à-Celles, pour Liège et pour l’axe Jodoigne – Hamois. Dans le cas de Ciney, la rafale descendante n’était à premier vue pas due à l’un de ces vortex, mais au Rear Inflow Jet particulièrement violent à l’aplomb de cette zone où un bow echo très marqué est visible. Cependant, un vortex a été identifié un peu plus loin, et il est possible que celui-ci ait été en formation près de Ciney. Il s’agit du même vortex que celui qui a concerné Liège par après.

Sources: observations personnelles, Youtube, Infoclimat, IRM, Wetterzentrale, Météo Belgique, Estofex.