Juillet 2006: le mois où l’omega fit fondre la Belgique

L’été 2003 – et surtout son mois d’août – avait atteint un tel degré d’exceptionnel que l’on n’envisageait pas que cela puisse se reproduire de si tôt. Et pourtant, trois ans plus tard, juillet 2006 décroche le titre du mois estival le plus fou que l’on ait pu voir durant ces dernières décennies. Ces trois décades verront la mise en place et surtout la répétition de placement d’un anticyclone subtropical sur l’Europe, sous une forme connue sous le nom de « blocage Omega » dans le jargon météorologique.
 

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La tornade de Braine-le-Comte

Parmi les quelques tornades de bonne intensité qui ont concerné la Belgique durant ces dernières décennies, celle qui concerne Petit-Roeux-lez-Braine et ses environs l’après-midi du 1er octobre 2006 mérite une place dans le palmarès. Elle est de plus un phénomène qui fut fortement médiatisé car photographié et filmé par de multiples témoins sous différents angles de vue. Elle restera assurément une des plus belles tornades qu’ait connu la Belgique.

 

Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.


Situation atmosphérique du jour

Le 1er octobre s’inscrit au sein d’un automne exceptionnellement chaud et sec (voir dossier : automne 2006). Septembre a eu tout d’un mois d’été. Depuis plusieurs jours déjà, les courants maritimes ont gagné nos régions, mais tout en gardant une composante très douce dans les basses couches de l’atmosphère. Plus en altitude, une forte dynamique s’est mise en place. Un fort courant Jet entretient de puissants forçages susceptibles de faire dégénérer les orages les plus costauds. Les différences de direction de vent selon l’altitude, appelées cisaillement, achèvent de rendre la situation critique.

Une supercellule tornadique transite sur le Hainaut

L’orage à la base de la tornade est une supercellule parmi plusieurs autres orages du même type transitant sur la Belgique ce jour. Ainsi, une autre de ces supercellules donnera une brève tornade à Duffel, dans la périphérie d’Anvers.

L’orage supercellulaire responsable de la tornade de Braine-le-Comte transite à travers le Hainaut, puis traverse le Brabant Wallon, le Brabant Flamand et le Limbourg avant d’achever son parcours sur le Limbourg néerlandais. Il est particulièrement bien organisé sur le Hainaut où sa rotation est clairement mise en évidence sur base des radars Doppler, notamment lorsqu’il se trouve au-dessus de la région de Braine-le-Comte vers 18h00.

Source: vinch.be

Un parcours d’une dizaine de kilomètres

La tornade prend naissance au nord-ouest de Soignies, près de la Chaussée de Lessines, au lieu-dit « Cerisiers ». Elle prend une direction nord-est qui lui fait éviter les zones densément bâties. Néanmoins, des fermes se localisent le long de sa trajectoire. Le phénomène en atteint ainsi plusieurs, notamment à la rue de la Corbétière à Petit-Roeulx-lez-Braine où les bâtiments sont gravement endommagés. C’est à ce niveau que la tornade atteint son paroxysme, avec une intensité correspondant à la limite entre les échelons F2 et F3 de l’échelle de Fujita. Le tourbillon oblique régulièrement en direction du nord-est en se dirigeant vers le lieu-dit « Flament » qu’il atteint en se dissipant.

Trajectoire approximative de la tornade. Source: Belgorage.

Une tornade très médiatisée

La tornade de Braine-le-Comte a fait l’objet de multiples photos et vidéos qui ont été reprises dans les médias belges mais aussi internationaux. Le fait que les conditions de visibilité étaient optimales ont permis son observation depuis différents points de vue. Enfin, la force de la tornade a frappé les esprits. Un phénomène de cette puissance est relativement rare en Belgique. Il s’agissait ainsi de l’une des tornades les plus fortes depuis celle de Léglise (province du Luxembourg) en 1982.

La sélection suivante reprend quelques images de cette tornade mémorable. Elles sont présentées dans l’ordre supposé chronologique.

Source: gamerz
Vue depuis Rebecq. Source: N. Hugo via Météo Nature
Source: Weerwoord
 
Source: Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.
 
Les deux dernières photos ci-dessous montrent la dissipation progressive de la tornade.
 
Source: C. De Keyser sur Météo Belgique.
Source: Vinch2.be

Ci-dessous, quelques vidéos du phénomène.

Extrait du journal télévisé de LCI.
 
Extrait du journal télévisé de la RTBF.

Automne 2006 – Un arrière été extraordinaire

Habituellement, l’automne dans nos régions est une saison assez mitigée où l’on rencontre un peu de tout : dernières belles journées, épisodes pluvieux importants, coups de vent, parfois des tempêtes et de temps en temps les premières neiges. Les longues périodes de beau temps sont assez rares. Pourtant, l’automne 2006 sort complètement des normes: très exceptionnellement chaud et sec, il laisse un souvenir d’un quasi été indien (même si ce terme canadien ne peut être transposé à l’Europe, rappelons-le) avec de la chaleur, un temps lumineux et peu de pluie. Il est à ce point exceptionnel que la probabilité de retour d’un tel événement dépasse les 500 ans! Portrait d’une saison incroyable.
 

 
En prologue, un été extrême à deux facettes
 

Les vacances d’été ont été coupées en deux: un mois de juillet exceptionnellement chaud et sec et un mois d’août frais et très pluvieux, avec de nombreux orages et des cas de tornade. Ainsi, juillet a fini avec un excédent thermique de 5,9°C au-dessus de la moyenne à Uccle. A l’opposé, août présente un déficit normal de -0,5°C, mais ce sont surtout les quantités de pluie (exceptionnellement hautes) et l’insolation (très exceptionnellement basse) qui feront de août un mois d’été complètement raté. Pourtant, l’été marque son grand retour dès les premiers jours de septembre.

 
Un septembre complètement estival
 

Si une situation atmosphérique peut résumer ces trente premiers jours de l’automne météorologique, c’est le blocage oméga. Ce blocage intervient quand un puissant anticyclone se place à l’est de nos régions, nous amenant des courants continentaux à teinte tropicale. Il maintient de plus les dépressions atlantiques à l’écart du continent européen. Cette disposition des centres d’action est restée très stable tout au long du mois.

Schéma résumant le blocage oméga.

A quelques reprises, le centre de l’anticyclone s’est rapproché de la Belgique, nous plaçant dans des courants d’est moins chauds, mais toujours très secs. Les seules incursions maritimes et donc plus humides sont survenues les 3, 19, 22, 23, 24, 29 et 30 septembre. Ces jours, de faibles perturbations ont amené quelques pluies, mais qui ne permettront d’atteindre les normes. Septembre s’achève sur un déficit pluviométrique exceptionnel, avec à peine 9,1 mm de pluie à Uccle. A Fontaine-l’Évêque, il ne tombe que 18,1 mm de pluie pour une moyenne de référence de 66,0 mm.

 
Coucher de soleil en septembre 2006 (source: Météo Belgique).
 

C’est surtout du côté des températures que l’écart se marque: l’excédent thermique, de 3,9°C au-dessus de la moyenne, est très exceptionnel. C’est le mois de septembre le plus chaud enregistré depuis que les observations ont commencé à Bruxelles en 1833. Dans une autre station météo retenue, celle de Fontaine-l’Évêque, l’excédent est un peu moins prononcé, mais reste très important, avec 2,5°C. La moyenne de référence utilisée est différente (1981-2010), expliquant une part de l’écart moins important par rapport à Uccle qui utilisait alors une référence antérieure. Cette même station de Fontaine-l’Évêque montre que ce sont essentiellement les températures maximales qui sont responsables de l’excédent thermique de ce mois. La moyenne mensuelle de ces températures maximales s’établit à 23,4°C, ce qui est 4,3°C au-dessus de la moyenne de référence (1981-2010).

Le 12 septembre, les 30°C sont frôlés à Bruxelles (29,7°C à Neder-Over-Heembeek). La journée du 21 est également chaude avec 27°C. Les températures maximales se maintiennent au-dessus des 20°C tout au long du mois, exception faite de quatre jours entre le 24 et le 28. Seul l’ensoleillement, légèrement supérieur à la moyenne, reste normal. A Fontaine-l’Evêque, l’ensoleillement reste également proche de la moyenne.

 

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

En fin de mois, l’air se déstabilise et des orages concernent notamment le Hainaut et le Brabant Wallon.

Image satellite du 29 septembre à 20h00. La boule blanche sur la frontière franco-belge est un cumulonimbus porteur d’orages. Sur l’Atlantique, l’ex-cyclone tropical Hélène enroule sa spirale nuageuse.
 
Un octobre plus humide mais toujours aussi chaud
 
Le mois d’octobre voit les dépressions atlantiques gagner du terrain sur l’anticyclone. Cependant, le flux d’air est fréquemment orienté au sud-ouest et amène des températures toujours trop élevées. Cette douceur humide est accentuée par l’approche de l’ex-cyclone tropical Hélène qui stationne sur le proche Atlantique. Le 1er octobre, un air doux en basse couche et une très forte dynamique font éclore de multiples supercellules orageuses. Une d’entre elles engendre une brève tornade près d’Anvers. Un autre arrive à maturité près de Braine-le-Comte où elle donne naissance à une forte tornade de F2-F3 qui ravage plusieurs fermes à Petit-Roeulx-lez-Braine.
 
La tornade de Braine-le-Comte vue depuis Enghien (source: L. Mertens).
 

Le mois se termine avec un excédent thermique de 3,7°C, ce qui est très exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 2,2°C par rapport à la moyenne de référence (1981-2010). Contrairement à septembre, ce sont désormais aussi bien les températures maximales que minimales qui contribuent à cet excédent.

C’est surtout durant les quinze derniers jours que l’écart se marque: alors que les températures doivent commencer à décliner avec le raccourcissement du jour, elles restent stables. Le 26 octobre, sous un air maritime tropical, les températures maximales atteignent encore 22°C à Neder-Over-Heembeek. Quelques jours avant, les 23 et 24, la première dépression de tempête de l’automne frappe le nord-ouest de l’Europe, apportant des rafales de vent comprises entre 80 et 100 km/h en Belgique, jusqu’à 140 km/h sur les côtes françaises.

Image satellite du 23 octobre à minuit. La première tempête de l’automne, Xenia, se forme sur l’Atlantique.

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

Le passage de plusieurs perturbations plus actives amènera davantage de pluie qu’en septembre. Le déficit pluviométrique est donc moins important, dans les normes.

 
Novembre toujours très doux, mais aussi très venteux

Les premiers jours du mois de novembre sont nettement plus frais, annonçant peut-être la prochaine arrivée de l’hiver. En effet, le flux a viré au nord et de l’air polaire a atteint nos régions. Il tombe même quelques flocons sur la Haute Belgique, tandis que des averses de grésil et parfois orageuses sont observées à la Toussaint en Basse et Moyenne Belgique. Mais cela ne dure pas. Rapidement, la récurrence des deux précédents mois reprend le dessus: flux de sud-ouest d’origine tropicale faisant décoller les températures et les maintenant à des niveaux exceptionnels. A plusieurs reprises, elles dépassent les 15°C (station de Neder-Over-Heembeek), comme le 16 (17°C) et surtout le 25 (18,6°C) par flux d’air tropical direct. Ce 25, Uccle enregistre un record pour une dernière décade de novembre, avec 18,5°C. Au final, novembre finit avec un excédent thermique de 3,0°C à Uccle, ce qui est exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 1,5°C.La pluviométrie est quant à elle relativement normale : il a en effet plu assez régulièrement au cours de ce mois, les dépressions atlantiques s’approchant très près de nos régions. Certaines d’entre elles entraînent quelques bons coups de vent à la fin du mois, avec des rafales dépassant les 100 km/h à la côte. Les perturbations n’empêcheront cependant pas le soleil de briller en excès, totalisant un nombre d’heure d’ensoleillement anormalement élevé. A Fontaine-l’Évêque, l’astre du jour a brillé 12 heures et 53 minutes de plus que la moyenne de référence (1981-2010).


Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)

Conclusion: un automne extraordinairement doux
 

La température moyenne de cet automne 2006 s’élève à 13,9°C, faisant de lui l’automne le plus chaud enregistré à Uccle depuis le début des mesures en 1833. Il explose ainsi un record vieux de… un an à peine, puisque le millésime 2005 avait affiché une température moyenne de 12,3°C. La probabilité de retour théorique d’un tel événement est supérieure à 500 ans, alors qu’en pratique, il n’a fallu qu’une année pour aligner deux saisons automnales complètement hors normes.

A Fontaine-l’Évêque, l’excédent pour la saison atteint 2°C. La moyenne saisonnière s’établit à 12,6°C par rapport aux 10,6°C de la moyenne de référence (1981-2010).

 
Ce temps doux ne s’arrêtera pas à cet automne. L’hiver 2006-2007 sera également extraordinairement doux et tempétueux. Très peu de jours de gel et de précipitations hivernales seront répertoriés pendant ces trois mois suivants.
 
Source des données: Météo Belgique, Météo Charleroi, documents personnels.

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