Coup de chaleur de la mi-septembre 2016

Le milieu du mois a donc connu une chaleur d’une ampleur exceptionnelle, sinon inédite par endroits. Des records de températures pour une deuxième décade de septembre sont tombés en de nombreuses stations. Cet article fait un rapide point sur ces derniers jours très chauds pour la saison.
 
12 septembre
 
Première journée avec des températures maximales remarquables, même si ces dernières sont rares à franchir la barre des 30°C. On note ainsi:
 
31,4°C à Koersel
30,4°C à Kruishoutem (record pour une deuxième décade de septembre)
30,2°C à Kleine-Brogel et à Aubange
30,0°C à Angleur et à Hastière
27,6°C à Elsenborn (record pour une deuxième décade de septembre).
 
13 septembre
 
La nuit du 12 au 13 a été extraordinairement douce, avec des niveaux qui ne s’observent que rarement, même en plein milieu de l’été. On note deux records de températures minimales pour une deuxième décade de septembre (mesures depuis 33 ans):
 
20,4°C à Bierset
18,8°C à Florennes
 
Avec de telles minimales, il n’est pas difficile d’imaginer que les thermomètres flambent la journée sous un ciel peu nuageux à serein, établissant de nombreux records de maximales pour une deuxième décade de septembre. On note ainsi:
 
33,8°C à Kleine-Brogel
33,1°C à Koksijde (ampleur inédite pour la côte à cette période de l’année)
32,8°C à Angleur
32,2°C à Zaventem
31,6°C à Uccle, Ernage et Gosselies
31,5°C à Bierset
31,4°C à Buzenol
31,2°C à Aubange.
 
14 septembre
 

A nouveau, la nuit du 13 au 14 est extrêmement douce. Ainsi, le thermomètre ne descend pas en-dessous de 21,8°C à Bierset, ce qui en fait la nuit de septembre la plus douce depuis 1949! Avec 19,7°C, Spa établit un nouveau record de température minimale élevée pour un mois de septembre.Sur le centre de la Belgique, on assiste à la formation d’une énorme inversion de température, avec la présence d’une couche d’air chaud à pratiquement 28°C à 300 mètres d’altitude, alors que le minimum à 2 mètres du sol y est de 18,4°C.

L’après-midi du 14 septembre est un peu moins chaude que la veille. On relève ainsi, comme températures maximales:

32,2°C à Kleine-Brogel
31,1°C à Bierset
30,7°C à Ernage
30,5°C à Buzenol
30,2°C à Gosselies
30,0°C à Uccle.

15 septembre

Ce jour met fin au coup de chaleur. Une ligne de convergence traverse rapidement le pays en cours de journée, amenant de l’air maritime derrière elle. Seule la Campine connait encore des températures élevées, avec encore 29,3°C à Kleine-Brogel avant que la convergence ne passe. Il s’en suit un front froid qui progresse en soirée sur la Wallonie. A son avant, de forts orages se déclenchent et balaie la Campine.

Quelles sont les causes?
 
Plusieurs jours avant le début de ce coup de chaleur, Info Meteo avait expliqué son mécanisme. Une dépression plongeant sur le golfe de Gascogne entraînait une torsion du Jet-stream et du flux, l’orientant du sud au nord sur l’Europe occidentale. De plus, une chaleur accablante régnait depuis plusieurs semaines sur la péninsule ibérique et le Maghreb, en ayant donné par ailleurs des températures de 45°C dans le sud de l’Espagne, inédites en Europe pour un mois de septembre. Ainsi, la dépression et le flux associé ont littéralement purgé ce réservoir de chaleur, entraînant cette dernière vers la France puis vers la Belgique.
 
Ceci a de plus été à la base d’un violent conflit de masses d’air, générateurs de violents orages sur l’ouest de la France et d’une dépression à caractère subtropical dans le golfe de Gascogne.
 
Explication du coup de chaleur donnée par Info Meteo le samedi 10 septembre (source du fond de carte: Meteociel).
 
 

Suivi des intempéries et du possible « Gascocane » dans le sud-ouest

Cet article reprend les mises à jour sur la situation courant du 13 au 15 septembre 2016 et qui pourrait voir se former une dépression hybride à caractère subtropical dans le golfe de Gascogne, ce qui serait pratiquement inédit. Nous l’avons surnommé « Gascocane », contraction volontaire de Gascogne et de hurricane, en référence aux « Medicanes » de la Méditerranée, ces pseudo-cyclones qui se produisent de temps à autre et donc le nom est une contraction de Méditerranée et de hurricane.
 

Un des collaborateurs d’Info Meteo est sur place dans le sud-ouest de la France afin d’assister aux orages et à la possible arrivée de ce « Gascocane ».

15 septembre – 12h00

Les dernières valeurs des paramètres confirment que le « Gascocane », aussi appelé « Stéphanie » par l’Université de Berlin, s’est renforcé depuis la nuit dernière en resserrant sa circulation et en développant un coeur chaud bien défini dans les basses couches et qui tend à se propager vers les couches moyennes. Le centre dépressionnaire a de plus acquis une certaine indépendance vis-à-vis du front occlus qui l’entourait, et le mécanisme à la base de son renforcement n’est plus entièrement barocline. De ce fait, la dépression a clairement acquis des caractéristiques subtropicales.

L’image satellite nous montre une convection assez importante à proximité du centre dépressionnaire, ce qui est une autre caractéristique de ces systèmes hybrides.

Source: Infoclimat.
 
Sur l’image ci-dessus, le 91 km/h appartient à la bouée météo « Gascogne » qui, avec un peu de chance, a vu passer « l’oeil » de la tempête, nous fournissant de riches renseignements sur la structure de ce système. Le tableau ci-dessous reprend ses relevés heure par heure. On note clairement l’approche du centre de la tempête dans la nuit, avec un fort vent de sud et une pression en chute rapide. De 4h00 à 7h00, la bouée est dans l’oeil, avec un vent faible et une température qui s’est élevée, confirmant par les observations la présence d’un coeur chaud, ce qui est pour rappel une caractéristique des systèmes subtropicaux et tropicaux. Après 8h00, l’oeil s’éloigne au sud et le vent se met à souffler fortement de l’est, avec une température qui redescend et une pression qui remonte.
 
Relevés de la bouée « Gascogne » (source: Infoclimat).
 
Les données de cette bouée nous donnent aussi quelques indications sur l’intensité de la tempête. Les vents les plus forts étant au sud, on peut affirmer que les plus fortes rafales dépassent les 100 km/h et que la dépression est clairement en train de s’intensifier.
 
Concernant les prévisions, les modèles numériques pataugent encore, mais semblent doucement indiquer une arrivée entre San Sebastian et Arcachon dans le courant de la nuit prochaine. Arpège est le modèle le plus impressionnant, modélisation une structure bien formée avec un oeil en son centre, et des rafales largement supérieures à 100 km/h.
 
Modèle Arpège pour la nuit prochaine (source: Meteociel).
 

14 septembre – 0h00

La violente dégradation orageuse attendue sur l’ouest de la France a bien eu lieu. Des rafales de 100 à 120 km/h ont été mesurées localement. A présent, les noyaux les plus actifs sont du côté de Laval, de Rennes et du Mans. Ce système orageux devrait s’évacuer vers la Manche dans les prochaines heures. A l’arrière, des pluies stratiformes continuent d’arroser toute la façade atlantique, intervenant après des semaines de sécheresse.

La dépression qui nous intéresse est pointée à 1004 hPa et se trouve à environ 100 km au sud-ouest de Quimper. Elle s’éloigne progressivement des côtes et devrait entamer son intensification en cours de nuit, de manière dans un premier temps classique sous nos latitudes. La « subtropicalisation » ne commencerait qu’à intervenir mercredi après-midi.

On surveillera aussi la bouée météo Gascogne, qui se trouve en plein milieu du golfe éponyme. Pour l’instant, elle enregistre un vent moyen de 61 km/h d’ouest-nord-ouest, avec des rafales à 74 km/h.

L’image satellite ne révèle rien d’intéressant pour le moment, ce qui est normal. Le centre dépressionnaire est de toute façon dissimulé sous le panache nuageux des orages éclatant ce soir dans le nord-ouest de la France. Le semblant de rotation près des côtes du nord-est de l’Espagne est lié à la présence du creux d’altitude avec lequel la dépression va interagir dans un premier temps.

Image satellite en fin de soirée du 13 (source: Eumetsat).
 
13 septembre – 17h30

La dégradation orageuse virulente attendue sur le sud-ouest est en place, avec de très grosses intensités sur le département des Landes. Les rafales atteignent entre 90 et 100 km/h.
 
Source: Meteo France.

La dépression qui nous intéresse – le possible futur « Gascocane » donc – se trouve actuellement sur les côtes sud de la Bretagne. Elle n’a que peu évolué par rapport au précédent point, avec une pression centrale de 1005 hPa. A noter également qu’une autre dépression s’est creusée sur le sud-ouest de la France en lien avec la chaleur et les orages qui y sont observés.

13 septembre – 12h30

Actuellement, la dépression qui devrait initier le possible Gascocane commence à se creuser lentement (le L à 1006 hPa), mais selon un processus tout à fait classique à nos latitudes, à savoir l’instabilité barocline. Pour faire simple, ce mécanisme creuse une dépression le long d’un front séparant des masses d’air de températures différentes. Rien d’anormal jusque là, et c’est par ailleurs ce qui est prévu. Dans les prochaines 18 heures, les modèles montrent une formation classique, avec apparition d’un front occlus. Ce n’est que par après que le centre dépressionnaire devrait se creuser davantage et brutalement, selon un processus qui s’approche de celui des cyclones tropicaux, sans l’aide d’un front.
 
Pressions à 12h00 le 13 (source: Meteo Centre). 
 
Rappelons ici pourquoi ce système pourrait être un hybride, ayant quelques caractéristiques subtropicales:
  • Creusement rapide, avec un champ de pression resserré, donc une tempête d’un diamètre assez réduit (200 à 300 km), en opposition à nos dépressions classiques, plus grandes et avec un champ de pression plus lâche;
  • Apparition d’un coeur de dépression chaud, qui est l’une des caractéristiques d’un cyclone tropical. Nos dépressions classiques ont majoritairement un coeur froid;
  • Détachement progressif du front et fonctionnement quasi indépendamment de celui-ci, alors que nos dépressions classiques y sont fortement liées;
  • Convection et orages autour du centre dépressionnaire qui organisent les vents et le creusement de la dépression;
  • Présence des vents les plus forts proches du centre de la tempête, et en basse altitude. Dans nos dépressions classiques, les maximums de vents se trouvent plus hauts en altitude.

Les modèles comme Arpège ou Arôme montrent de telles caractéristiques, avec des vents moyens pouvant excéder les 100 km/h en plein golfe de Gascogne. Le champ de pressions est également très resserré, comme le montre la carte ci-dessous pour demain fin d’après-midi.

 Modèle Arome du 13 à 2h00, pour demain en fin d’après-midi (source: Meteociel). 

A noter que de violents orages sont attendus dès la fin de l’après-midi sur le sud-ouest de la France, en marge de cette dépression. Par ailleurs, quelques foyers orageux circulent déjà sur ces régions ainsi qu’en Bretagne, sans gravité pour le moment.
 

Les orages d’automne: quand Thor joue les prolongations

Traditionnellement, l’automne est une saison colorée durant laquelle les températures se rafraîchissent et les coups de vent sont fréquents. On ne s’attend pas spécialement à y connaître de forts orages, car dans l’imaginaire du quidam, les orages ne se produisent que quand il fait chaud, et donc en été principalement. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Nous avions déjà montré que des orages étaient possibles en hiver pourvu que de l’air très froid soit présent en altitude et que la dynamique y soit turbulente. Il n’est donc pas illogique d’en avoir aussi en automne. Et lorsque l’on s’intéresse à la récente histoire météorologique de la Belgique, nous constatons que chaque automne nous sert un voire deux épisodes orageux d’envergure, et que parfois, la violence de ces orages les fait rivaliser avec leurs plus puissants collègues estivaux.
 
Dans cet article, nous allons ainsi passer en revue quelques épisodes automnaux mémorables et en tirer quelques causes récurrentes. Nous considérons ici l’automne climatologique qui s’étale du 1er septembre au 30 novembre.
 
Arrivée d’un système orageux (MCS) particulièrement actif sur Liège le 22 octobre 2013 (auteur: Info Meteo).
 

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Septembre 2015: un mois… frais

Dans le petit monde de la météo, c’est presque un événement. Dans un océan de mois trop (et parfois beaucoup trop) chauds, voici venir un mois assez frais par rapport à la moyenne. Le fait est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un mois d’automne, et que le dernier mois d’automne frais remonte à bien longtemps. Nous verrons que l’anomalie n’est pas très importante, mais suffisamment pour éveiller l’intérêt d’Info Meteo. L’effet de surprise passé, survient rapidement la question du « pourquoi? ». Nous essayerons d’y répondre.

Septembre fut calme, et propice à l’apparition de brumes, comme ici près de Ramillies (auteur: F. Nicolas)
 

Septembre 2015 en chiffres

En fait, septembre 2015 est un mois très normal d’un point de vue climatologique, en attestent les données de la station de Uccle:

  • Le total des précipitations s’établit à 59,1 mm, contre une moyenne de 68,9 mm. Ceci est considéré comme normal;
  • Le nombre de jours de précipitations est de 21, contre une moyenne de 15,7. Malgré l’écart apparent, ceci est considéré comme normal;
  • La durée de l’ensoleillement, 142h28, contre une moyenne de 143h04, est très normale;
  • Le paramètre intéressant est donc la température. La moyenne du mois de septembre s’établit à 13,5°C, contre une moyenne normale de 14,9°C. L’écart est donc de -1,4°C, ce qui est loin d’être négligeable. Pourtant, le seuil de l’anormalité est situé à… 13,5°C. Statistiquement parlant, notre mois de septembre 2015 doit donc être considéré comme « normalement frais », alors que si nous avions obtenu 13,4°C, nous aurions dû parler d’un mois anormalement frais. Les statistiques et leur rigueur sont ce qu’elles sont…

Pour information, le dernier mois « frais » est celui de mai 2015 avec une déviation de -0,5°C par rapport à la moyenne, considérée comme normale. Si nous recherchons le dernier mois avec -1,0°C d’anomalie ou moins, il faut remonter jusqu’à août 2014 (déviation très anormale de -1,8°C). Enfin, pour trouver un mois automnal avec une anomalie sous -1°C, il faut remonter à septembre 2001. C’était alors un mois très anormalement froid au regard de la norme 81-10.

Le graphique ci-dessous réalisé par nos soins montre l’ensemble des moyennes de tous les mois de septembre jusqu’à 2014. La droite rouge indique le seuil de l’anomalie -1°C par rapport à la norme 81-10. Nous voyons clairement que cette anomalie n’a plus été atteinte depuis 2001, alors que cela arrivait assez régulièrement avant. Les derniers septembres ont même tendance à être trop doux, dans un contexte de réchauffement climatique qui se note surtout sur l’automne depuis une dizaine d’années maintenant.

Evolution de la température des mois de septembre.
 

Quelles sont les causes? 

Ce mois de septembre 2015 a vu se produire quelques bizarreries à l’échelle de l’hémisphère nord. La principale d’entre elles est la persistance anormale et surtout la stabilité d’une ceinture d’anticyclones vers 60° de latitude Nord, donc bien au nord de nos régions. Or, au début de l’automne, les anticyclones sont sensés se déplacer au gré du vortex dépressionnaire polaire se reconstituant. Ce placement d’anticyclones au nord de la Belgique n’a été perturbé que quelques fois, et de manière assez courte. Cette barrière anticyclonique a contribué à limiter les afflux d’air doux vers nos régions.

La carte ci-dessous présente les anomalies de géopotentiels à 500 hPa. Le géopotentiel est la hauteur à laquelle se trouve une pression donnée (ici 500 hPa). Plus ce géopotentiel, et donc l’altitude, est haute, plus les conditions sont anticycloniques. L’anomalie présente donc l’écart entre la hauteur qui est observée et la hauteur moyenne normale que nous devrions avoir. Nous voyons, vers les hautes latitudes, des anomalies positives assez conséquentes (couleur jaune-orange). En d’autres termes, sur ces régions, le géopotentiel dans le courant du mois de septembre a été bien plus élevé que ce que nous aurions dû avoir; la persistance des anticyclones dans ces régions en est responsable.

Anomalie de géopotentiel à 500 hPa.
 

A la fin du mois de septembre, cette barrière anticyclonique a été particulièrement puissante au nord de nos régions, avec une haute pression très stable qui nous a placé dans des courants d’est bien secs, mais aussi assez frais car provenant de la Russie et de la Scandinavie commençant à se refroidir. Vers le 10, l’anticyclone se trouvait sur les îles britanniques et faisait entrer de l’air maritime lui aussi assez frais sur nos régions. Ajoutons à cela des nuits bien dégagée et donc très fraîches, et nous avons là une explication de la fraîcheur constatée pour ce mois de septembre.

Situation le 29 septembre.

Enfin, une autre hypothèse peut être avancée pour aussi expliquer cette fraîcheur. Cette année, l’anomalie froide de l’Atlantique nord, connue depuis longtemps maintenant, s’est encore accentuée. Les eaux de l’Atlantique ont ainsi atteint des records de froid, alors que toute la planète explose des records de chaleur. Les causes de cette anomalie sont encore incertaines (ralentissement régulier et connu du Gulf Stream provoqué par la fonte d’une partie des glaces du Groenland, persistance dépressionnaire sur l’Atlantique cette année, basculement de l’Oscillation Multidécenale Atlantique ou AMO en phase négative), mais il est possible que ce froid se soit transmis aux masses d’air maritime se déplaçant vers l’est en direction de nos régions.
 
En d’autres termes, lorsque le flux n’était pas piloté par les anticyclones anormalement placés au nord de nos régions, des dépressions atlantiques entraînaient avec elles de l’air plus frais que la normale.
 
L’anomalie froide de l’Atlantique nord à la fin septembre.
 
L’ensemble des causes énoncées ici a sans doute une bonne part d’explication de ce mois frais.
 

Des Bermudes à l’Europe: Henri et les orages du 16 septembre 2015

L’année passée, nous avions publié un article s’intitulant « Bertha et les tornades« . Aujourd’hui, c’est Henri et les orages. Le point commun entre les deux dépressions dont nous évoquons ici les noms, c’est leur origine tropicale: ce sont des cyclones tropicaux évoluant dans l’Atlantique qui, en se dirigeant vers l’Europe, perdent leurs caractéristiques tropicales mais véhiculent néanmoins avec eux des masses d’air chaud et bien humide. L’expérience nous apprend que l’arrivée de telles dépressions post-tropicales en Europe est souvent synonyme de grabuge, avec la survenue d’orages et parfois de tornades en série, comme cela fut le cas l’année passée avec Bertha. Ce le fut également cette année avec Henri.
 
Trajectoire de Henri en tant que cyclone tropical, du sud vers le nord.
 

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Septembre 2014

Voici en annexe les chiffres à retenir de ce mois de Septembre 2014, on notera la température aussi bien maximale que minimale anormalement élevée. 



Mais ce qui est le plus remarquable c’est la quantité de précipitation tombée sur le mois qui est considérée comme exceptionnellement basse ( record 9,2mm en 2001). 

Ces données ont été reprise de l’IRM, référence en la matière en Belgique. Des relevés sont collectés par l’institut à peu près sans discontinuité depuis 1833 faisant une base de valeur pour la climatologie, Uccle étant le lieu choisi. 


Si l’on se penche un peu plus sur la position des centres de pression durant ce mois nous comprenons aisément ces écarts par rapport à la normale. En effet, la première moitié du mois à été dominée par un anticyclone ancré sur la Scandinavie drainant une masse d’air assez chaude et sèche continentale de NNE ( flux majeur de ce mois). Au début de la deuxième quinzaine, celui-ci s’est décalé vers la Russie, nous étions alors situés entre la zone de haute pression et une dépression atlantique amenant un flux de sud mou vers nos régions, le mercure continuait de monter. 


A la fin de la période, une dépression qui concernait le nord de l’Europe a étendu son influence vers nos régions pour quelques jours, dans un flux septentrional les températures ont temporairement baissé et quelques perturbations on pu s’infiltrer. 


Juste avant début Octobre l’anticyclone des Açores a étiré une dorsale vers l’Europe de l’ouest asséchant à nouveau la masse d’air.


C’est donc un beau « pied de nez » à ceux qui criaient à l’été pourri, voir l’article de notre blog à ce sujet:http://infometeobelgique.blogspot.be/2014/09/anthologie-de-la-desinformation.html
Surtout qu’Octobre est lui aussi bien parti pour être pourvoyeur d’écarts importants, reste à savoir si cette relative douceur va s’éterniser au-delà de l’hiver ou au contraire si celui-ci va se révéler froid et neigeux, les spéculations peuvent commencer…


 

Les orages du 20 septembre 2014

La mi-septembre a été marquée par quelques orages, dont certains de bonne facture. Ainsi, la journée du samedi 20 septembre a été particulièrement électrique, avec la survenue de cellules très organisées et à la base d’inondations, notamment en Wallonie. Quelques dégâts liés à la foudre et au vent sont également à déplorer.
 
Cet épisode termine une période de temps chaud et relativement sec, avec plusieurs journées au cours desquelles les températures maximales ont dépassé les 25°C. De l’air instable et humide venant du sud-ouest stagnait sur nos régions durant la journée de samedi. Le passage d’un talweg (extension d’une dépression) en altitude a accéléré le flux au-dessus de la Belgique, générant une dynamique propice aux développements orageux.
 
En fin d’après-midi, une première convergence se créée suite à la collision entre un flux d’air descendant du nord-ouest et l’air chaud présent sur le sud de la Wallonie. En réponse, les premiers orages se sont développés sur la province de Liège notamment, mais leur ampleur est restée relativement faible. Les orages se sont ensuite multipliés le long de cette limite au sud du sillon Sambre-et-Meuse. En parallèle, une nouvelle série d’orages s’est organisée sur le nord de la France sur une deuxième convergence – à l’avant d’un front froid arrivant du nord-ouest – mieux formée. Ces cellules orageuses ont alors transité lentement à travers la Wallonie en fin d’après-midi et en début de soirée, tout en prenant un caractère de MCS. Ce lent déplacement explique la durée des orages et des précipitations liées responsables des inondations, notamment à Celles, dans le Condroz. 
 
La première image ci-dessous, en fin d’après-midi, montre, outre les premiers orages sur la province de Liège, l’organisation du MCS sur le nord de la France.
 
Radar de 17h15 (source: IRM)

 

Les images suivantes montrent, d’heure en heure, la progression des orages à travers la Belgique. L’image de 19h00 est très instructive, car elle montre clairement les deux lignes de convergence: la première sur le centre de la Wallonie et la deuxième sur le Nord-Pas-de-Calais. L’organisation de ces convergences explique pourquoi les orages ont été les plus intenses sur le sillon Sambre-et-Meuse, le Condroz et la Botte du Hainaut.
 

 

 

 

 

 

 
L’activité électrique s’est montrée par endroits très intense, avec jusqu’à un éclair toutes les deux ou trois secondes. Le sud du Namurois a à ce titre été très bien servi. L’équipe Belgorage en poste dans la région de Ciney a ramené quelques clichés spectaculaires de son déplacement dans le Condroz:
 
 
A Crupet, non loin de là, la foudre a également été au rendez-vous (auteur: Zolfanello Aoc):
 
 
A Liège aussi, les orages se sont montrés particulièrement intenses (auteur: R. Jamar):
 
 
Comme évoqué plus tôt, l’activité pluviométrique n’a pas été en reste, avec plusieurs cumuls de plus de 30 mm de pluie. De la grêle a également été observée localement. La carte ci-dessous reprend les relevés des stations du réseau Météo Belgique. Celle-ci affiche les cumuls de pluie relevés entre samedi 8h00 et dimanche 8h00. La palme revient à Courrière (sud-est de Namur) avec 47 mm.
 
 
Les orages en septembre ne sont pas rares, mais il est remarquable de les voir atteindre une telle violence à cette époque de l’année. Ceci est la conséquence de la situation atmosphérique particulière détaillée dans cet article et tout à fait particulière.
 
 

Automne 2006 – Un arrière été extraordinaire

Habituellement, l’automne dans nos régions est une saison assez mitigée où l’on rencontre un peu de tout : dernières belles journées, épisodes pluvieux importants, coups de vent, parfois des tempêtes et de temps en temps les premières neiges. Les longues périodes de beau temps sont assez rares. Pourtant, l’automne 2006 sort complètement des normes: très exceptionnellement chaud et sec, il laisse un souvenir d’un quasi été indien (même si ce terme canadien ne peut être transposé à l’Europe, rappelons-le) avec de la chaleur, un temps lumineux et peu de pluie. Il est à ce point exceptionnel que la probabilité de retour d’un tel événement dépasse les 500 ans! Portrait d’une saison incroyable.
 

 
En prologue, un été extrême à deux facettes
 

Les vacances d’été ont été coupées en deux: un mois de juillet exceptionnellement chaud et sec et un mois d’août frais et très pluvieux, avec de nombreux orages et des cas de tornade. Ainsi, juillet a fini avec un excédent thermique de 5,9°C au-dessus de la moyenne à Uccle. A l’opposé, août présente un déficit normal de -0,5°C, mais ce sont surtout les quantités de pluie (exceptionnellement hautes) et l’insolation (très exceptionnellement basse) qui feront de août un mois d’été complètement raté. Pourtant, l’été marque son grand retour dès les premiers jours de septembre.

 
Un septembre complètement estival
 

Si une situation atmosphérique peut résumer ces trente premiers jours de l’automne météorologique, c’est le blocage oméga. Ce blocage intervient quand un puissant anticyclone se place à l’est de nos régions, nous amenant des courants continentaux à teinte tropicale. Il maintient de plus les dépressions atlantiques à l’écart du continent européen. Cette disposition des centres d’action est restée très stable tout au long du mois.

Schéma résumant le blocage oméga.

A quelques reprises, le centre de l’anticyclone s’est rapproché de la Belgique, nous plaçant dans des courants d’est moins chauds, mais toujours très secs. Les seules incursions maritimes et donc plus humides sont survenues les 3, 19, 22, 23, 24, 29 et 30 septembre. Ces jours, de faibles perturbations ont amené quelques pluies, mais qui ne permettront d’atteindre les normes. Septembre s’achève sur un déficit pluviométrique exceptionnel, avec à peine 9,1 mm de pluie à Uccle. A Fontaine-l’Évêque, il ne tombe que 18,1 mm de pluie pour une moyenne de référence de 66,0 mm.

 
Coucher de soleil en septembre 2006 (source: Météo Belgique).
 

C’est surtout du côté des températures que l’écart se marque: l’excédent thermique, de 3,9°C au-dessus de la moyenne, est très exceptionnel. C’est le mois de septembre le plus chaud enregistré depuis que les observations ont commencé à Bruxelles en 1833. Dans une autre station météo retenue, celle de Fontaine-l’Évêque, l’excédent est un peu moins prononcé, mais reste très important, avec 2,5°C. La moyenne de référence utilisée est différente (1981-2010), expliquant une part de l’écart moins important par rapport à Uccle qui utilisait alors une référence antérieure. Cette même station de Fontaine-l’Évêque montre que ce sont essentiellement les températures maximales qui sont responsables de l’excédent thermique de ce mois. La moyenne mensuelle de ces températures maximales s’établit à 23,4°C, ce qui est 4,3°C au-dessus de la moyenne de référence (1981-2010).

Le 12 septembre, les 30°C sont frôlés à Bruxelles (29,7°C à Neder-Over-Heembeek). La journée du 21 est également chaude avec 27°C. Les températures maximales se maintiennent au-dessus des 20°C tout au long du mois, exception faite de quatre jours entre le 24 et le 28. Seul l’ensoleillement, légèrement supérieur à la moyenne, reste normal. A Fontaine-l’Evêque, l’ensoleillement reste également proche de la moyenne.

 

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

En fin de mois, l’air se déstabilise et des orages concernent notamment le Hainaut et le Brabant Wallon.

Image satellite du 29 septembre à 20h00. La boule blanche sur la frontière franco-belge est un cumulonimbus porteur d’orages. Sur l’Atlantique, l’ex-cyclone tropical Hélène enroule sa spirale nuageuse.
 
Un octobre plus humide mais toujours aussi chaud
 
Le mois d’octobre voit les dépressions atlantiques gagner du terrain sur l’anticyclone. Cependant, le flux d’air est fréquemment orienté au sud-ouest et amène des températures toujours trop élevées. Cette douceur humide est accentuée par l’approche de l’ex-cyclone tropical Hélène qui stationne sur le proche Atlantique. Le 1er octobre, un air doux en basse couche et une très forte dynamique font éclore de multiples supercellules orageuses. Une d’entre elles engendre une brève tornade près d’Anvers. Un autre arrive à maturité près de Braine-le-Comte où elle donne naissance à une forte tornade de F2-F3 qui ravage plusieurs fermes à Petit-Roeulx-lez-Braine.
 
La tornade de Braine-le-Comte vue depuis Enghien (source: L. Mertens).
 

Le mois se termine avec un excédent thermique de 3,7°C, ce qui est très exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 2,2°C par rapport à la moyenne de référence (1981-2010). Contrairement à septembre, ce sont désormais aussi bien les températures maximales que minimales qui contribuent à cet excédent.

C’est surtout durant les quinze derniers jours que l’écart se marque: alors que les températures doivent commencer à décliner avec le raccourcissement du jour, elles restent stables. Le 26 octobre, sous un air maritime tropical, les températures maximales atteignent encore 22°C à Neder-Over-Heembeek. Quelques jours avant, les 23 et 24, la première dépression de tempête de l’automne frappe le nord-ouest de l’Europe, apportant des rafales de vent comprises entre 80 et 100 km/h en Belgique, jusqu’à 140 km/h sur les côtes françaises.

Image satellite du 23 octobre à minuit. La première tempête de l’automne, Xenia, se forme sur l’Atlantique.

Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)
 

Le passage de plusieurs perturbations plus actives amènera davantage de pluie qu’en septembre. Le déficit pluviométrique est donc moins important, dans les normes.

 
Novembre toujours très doux, mais aussi très venteux

Les premiers jours du mois de novembre sont nettement plus frais, annonçant peut-être la prochaine arrivée de l’hiver. En effet, le flux a viré au nord et de l’air polaire a atteint nos régions. Il tombe même quelques flocons sur la Haute Belgique, tandis que des averses de grésil et parfois orageuses sont observées à la Toussaint en Basse et Moyenne Belgique. Mais cela ne dure pas. Rapidement, la récurrence des deux précédents mois reprend le dessus: flux de sud-ouest d’origine tropicale faisant décoller les températures et les maintenant à des niveaux exceptionnels. A plusieurs reprises, elles dépassent les 15°C (station de Neder-Over-Heembeek), comme le 16 (17°C) et surtout le 25 (18,6°C) par flux d’air tropical direct. Ce 25, Uccle enregistre un record pour une dernière décade de novembre, avec 18,5°C. Au final, novembre finit avec un excédent thermique de 3,0°C à Uccle, ce qui est exceptionnel. A Fontaine-l’Évêque, l’excédent atteint 1,5°C.La pluviométrie est quant à elle relativement normale : il a en effet plu assez régulièrement au cours de ce mois, les dépressions atlantiques s’approchant très près de nos régions. Certaines d’entre elles entraînent quelques bons coups de vent à la fin du mois, avec des rafales dépassant les 100 km/h à la côte. Les perturbations n’empêcheront cependant pas le soleil de briller en excès, totalisant un nombre d’heure d’ensoleillement anormalement élevé. A Fontaine-l’Évêque, l’astre du jour a brillé 12 heures et 53 minutes de plus que la moyenne de référence (1981-2010).


Écarts des températures moyennes par rapport à la normale (source: Météo Belgique)

Conclusion: un automne extraordinairement doux
 

La température moyenne de cet automne 2006 s’élève à 13,9°C, faisant de lui l’automne le plus chaud enregistré à Uccle depuis le début des mesures en 1833. Il explose ainsi un record vieux de… un an à peine, puisque le millésime 2005 avait affiché une température moyenne de 12,3°C. La probabilité de retour théorique d’un tel événement est supérieure à 500 ans, alors qu’en pratique, il n’a fallu qu’une année pour aligner deux saisons automnales complètement hors normes.

A Fontaine-l’Évêque, l’excédent pour la saison atteint 2°C. La moyenne saisonnière s’établit à 12,6°C par rapport aux 10,6°C de la moyenne de référence (1981-2010).

 
Ce temps doux ne s’arrêtera pas à cet automne. L’hiver 2006-2007 sera également extraordinairement doux et tempétueux. Très peu de jours de gel et de précipitations hivernales seront répertoriés pendant ces trois mois suivants.
 
Source des données: Météo Belgique, Météo Charleroi, documents personnels.

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Altweibersommer ou l’été tardif

L’automne arrive, et avec lui, le vent et la pluie. Les jours deviennent plus courts et plus frais. Pourtant, on peut encore connaître de très belles périodes de temps sec et ensoleillé durant les mois de septembre et d’octobre, voire même jusque la mi-novembre dans certains cas. Voici donc un article sur cet événement très apprécié, appelé à tort « l’été indien », qui n’existe que dans le nord de l’Amérique comme le chantait si bien Dassin. L’expression est toutefois passée un peu faussement dans notre vocabulaire, notamment dans les médias. Les langues européennes sont pourtant particulièrement riches pour exprimer ces quelques jours de temps doux et agréable qui surviennent parfois après des semaines de mauvais temps.

Le graphique ci-dessous, fait maison, vous montre cette richesse linguistique. On y retrouve des nominations venant d’Allemagne, de France, d’Angleterre… mais aussi bien de chez nous.

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