Coup de chaleur de la mi-septembre 2016

Le milieu du mois a donc connu une chaleur d’une ampleur exceptionnelle, sinon inédite par endroits. Des records de températures pour une deuxième décade de septembre sont tombés en de nombreuses stations. Cet article fait un rapide point sur ces derniers jours très chauds pour la saison.
 
12 septembre
 
Première journée avec des températures maximales remarquables, même si ces dernières sont rares à franchir la barre des 30°C. On note ainsi:
 
31,4°C à Koersel
30,4°C à Kruishoutem (record pour une deuxième décade de septembre)
30,2°C à Kleine-Brogel et à Aubange
30,0°C à Angleur et à Hastière
27,6°C à Elsenborn (record pour une deuxième décade de septembre).
 
13 septembre
 
La nuit du 12 au 13 a été extraordinairement douce, avec des niveaux qui ne s’observent que rarement, même en plein milieu de l’été. On note deux records de températures minimales pour une deuxième décade de septembre (mesures depuis 33 ans):
 
20,4°C à Bierset
18,8°C à Florennes
 
Avec de telles minimales, il n’est pas difficile d’imaginer que les thermomètres flambent la journée sous un ciel peu nuageux à serein, établissant de nombreux records de maximales pour une deuxième décade de septembre. On note ainsi:
 
33,8°C à Kleine-Brogel
33,1°C à Koksijde (ampleur inédite pour la côte à cette période de l’année)
32,8°C à Angleur
32,2°C à Zaventem
31,6°C à Uccle, Ernage et Gosselies
31,5°C à Bierset
31,4°C à Buzenol
31,2°C à Aubange.
 
14 septembre
 

A nouveau, la nuit du 13 au 14 est extrêmement douce. Ainsi, le thermomètre ne descend pas en-dessous de 21,8°C à Bierset, ce qui en fait la nuit de septembre la plus douce depuis 1949! Avec 19,7°C, Spa établit un nouveau record de température minimale élevée pour un mois de septembre.Sur le centre de la Belgique, on assiste à la formation d’une énorme inversion de température, avec la présence d’une couche d’air chaud à pratiquement 28°C à 300 mètres d’altitude, alors que le minimum à 2 mètres du sol y est de 18,4°C.

L’après-midi du 14 septembre est un peu moins chaude que la veille. On relève ainsi, comme températures maximales:

32,2°C à Kleine-Brogel
31,1°C à Bierset
30,7°C à Ernage
30,5°C à Buzenol
30,2°C à Gosselies
30,0°C à Uccle.

15 septembre

Ce jour met fin au coup de chaleur. Une ligne de convergence traverse rapidement le pays en cours de journée, amenant de l’air maritime derrière elle. Seule la Campine connait encore des températures élevées, avec encore 29,3°C à Kleine-Brogel avant que la convergence ne passe. Il s’en suit un front froid qui progresse en soirée sur la Wallonie. A son avant, de forts orages se déclenchent et balaie la Campine.

Quelles sont les causes?
 
Plusieurs jours avant le début de ce coup de chaleur, Info Meteo avait expliqué son mécanisme. Une dépression plongeant sur le golfe de Gascogne entraînait une torsion du Jet-stream et du flux, l’orientant du sud au nord sur l’Europe occidentale. De plus, une chaleur accablante régnait depuis plusieurs semaines sur la péninsule ibérique et le Maghreb, en ayant donné par ailleurs des températures de 45°C dans le sud de l’Espagne, inédites en Europe pour un mois de septembre. Ainsi, la dépression et le flux associé ont littéralement purgé ce réservoir de chaleur, entraînant cette dernière vers la France puis vers la Belgique.
 
Ceci a de plus été à la base d’un violent conflit de masses d’air, générateurs de violents orages sur l’ouest de la France et d’une dépression à caractère subtropical dans le golfe de Gascogne.
 
Explication du coup de chaleur donnée par Info Meteo le samedi 10 septembre (source du fond de carte: Meteociel).
 
 

Suivi des intempéries et du possible « Gascocane » dans le sud-ouest

Cet article reprend les mises à jour sur la situation courant du 13 au 15 septembre 2016 et qui pourrait voir se former une dépression hybride à caractère subtropical dans le golfe de Gascogne, ce qui serait pratiquement inédit. Nous l’avons surnommé « Gascocane », contraction volontaire de Gascogne et de hurricane, en référence aux « Medicanes » de la Méditerranée, ces pseudo-cyclones qui se produisent de temps à autre et donc le nom est une contraction de Méditerranée et de hurricane.
 

Un des collaborateurs d’Info Meteo est sur place dans le sud-ouest de la France afin d’assister aux orages et à la possible arrivée de ce « Gascocane ».

15 septembre – 12h00

Les dernières valeurs des paramètres confirment que le « Gascocane », aussi appelé « Stéphanie » par l’Université de Berlin, s’est renforcé depuis la nuit dernière en resserrant sa circulation et en développant un coeur chaud bien défini dans les basses couches et qui tend à se propager vers les couches moyennes. Le centre dépressionnaire a de plus acquis une certaine indépendance vis-à-vis du front occlus qui l’entourait, et le mécanisme à la base de son renforcement n’est plus entièrement barocline. De ce fait, la dépression a clairement acquis des caractéristiques subtropicales.

L’image satellite nous montre une convection assez importante à proximité du centre dépressionnaire, ce qui est une autre caractéristique de ces systèmes hybrides.

Source: Infoclimat.
 
Sur l’image ci-dessus, le 91 km/h appartient à la bouée météo « Gascogne » qui, avec un peu de chance, a vu passer « l’oeil » de la tempête, nous fournissant de riches renseignements sur la structure de ce système. Le tableau ci-dessous reprend ses relevés heure par heure. On note clairement l’approche du centre de la tempête dans la nuit, avec un fort vent de sud et une pression en chute rapide. De 4h00 à 7h00, la bouée est dans l’oeil, avec un vent faible et une température qui s’est élevée, confirmant par les observations la présence d’un coeur chaud, ce qui est pour rappel une caractéristique des systèmes subtropicaux et tropicaux. Après 8h00, l’oeil s’éloigne au sud et le vent se met à souffler fortement de l’est, avec une température qui redescend et une pression qui remonte.
 
Relevés de la bouée « Gascogne » (source: Infoclimat).
 
Les données de cette bouée nous donnent aussi quelques indications sur l’intensité de la tempête. Les vents les plus forts étant au sud, on peut affirmer que les plus fortes rafales dépassent les 100 km/h et que la dépression est clairement en train de s’intensifier.
 
Concernant les prévisions, les modèles numériques pataugent encore, mais semblent doucement indiquer une arrivée entre San Sebastian et Arcachon dans le courant de la nuit prochaine. Arpège est le modèle le plus impressionnant, modélisation une structure bien formée avec un oeil en son centre, et des rafales largement supérieures à 100 km/h.
 
Modèle Arpège pour la nuit prochaine (source: Meteociel).
 

14 septembre – 0h00

La violente dégradation orageuse attendue sur l’ouest de la France a bien eu lieu. Des rafales de 100 à 120 km/h ont été mesurées localement. A présent, les noyaux les plus actifs sont du côté de Laval, de Rennes et du Mans. Ce système orageux devrait s’évacuer vers la Manche dans les prochaines heures. A l’arrière, des pluies stratiformes continuent d’arroser toute la façade atlantique, intervenant après des semaines de sécheresse.

La dépression qui nous intéresse est pointée à 1004 hPa et se trouve à environ 100 km au sud-ouest de Quimper. Elle s’éloigne progressivement des côtes et devrait entamer son intensification en cours de nuit, de manière dans un premier temps classique sous nos latitudes. La « subtropicalisation » ne commencerait qu’à intervenir mercredi après-midi.

On surveillera aussi la bouée météo Gascogne, qui se trouve en plein milieu du golfe éponyme. Pour l’instant, elle enregistre un vent moyen de 61 km/h d’ouest-nord-ouest, avec des rafales à 74 km/h.

L’image satellite ne révèle rien d’intéressant pour le moment, ce qui est normal. Le centre dépressionnaire est de toute façon dissimulé sous le panache nuageux des orages éclatant ce soir dans le nord-ouest de la France. Le semblant de rotation près des côtes du nord-est de l’Espagne est lié à la présence du creux d’altitude avec lequel la dépression va interagir dans un premier temps.

Image satellite en fin de soirée du 13 (source: Eumetsat).
 
13 septembre – 17h30

La dégradation orageuse virulente attendue sur le sud-ouest est en place, avec de très grosses intensités sur le département des Landes. Les rafales atteignent entre 90 et 100 km/h.
 
Source: Meteo France.

La dépression qui nous intéresse – le possible futur « Gascocane » donc – se trouve actuellement sur les côtes sud de la Bretagne. Elle n’a que peu évolué par rapport au précédent point, avec une pression centrale de 1005 hPa. A noter également qu’une autre dépression s’est creusée sur le sud-ouest de la France en lien avec la chaleur et les orages qui y sont observés.

13 septembre – 12h30

Actuellement, la dépression qui devrait initier le possible Gascocane commence à se creuser lentement (le L à 1006 hPa), mais selon un processus tout à fait classique à nos latitudes, à savoir l’instabilité barocline. Pour faire simple, ce mécanisme creuse une dépression le long d’un front séparant des masses d’air de températures différentes. Rien d’anormal jusque là, et c’est par ailleurs ce qui est prévu. Dans les prochaines 18 heures, les modèles montrent une formation classique, avec apparition d’un front occlus. Ce n’est que par après que le centre dépressionnaire devrait se creuser davantage et brutalement, selon un processus qui s’approche de celui des cyclones tropicaux, sans l’aide d’un front.
 
Pressions à 12h00 le 13 (source: Meteo Centre). 
 
Rappelons ici pourquoi ce système pourrait être un hybride, ayant quelques caractéristiques subtropicales:
  • Creusement rapide, avec un champ de pression resserré, donc une tempête d’un diamètre assez réduit (200 à 300 km), en opposition à nos dépressions classiques, plus grandes et avec un champ de pression plus lâche;
  • Apparition d’un coeur de dépression chaud, qui est l’une des caractéristiques d’un cyclone tropical. Nos dépressions classiques ont majoritairement un coeur froid;
  • Détachement progressif du front et fonctionnement quasi indépendamment de celui-ci, alors que nos dépressions classiques y sont fortement liées;
  • Convection et orages autour du centre dépressionnaire qui organisent les vents et le creusement de la dépression;
  • Présence des vents les plus forts proches du centre de la tempête, et en basse altitude. Dans nos dépressions classiques, les maximums de vents se trouvent plus hauts en altitude.

Les modèles comme Arpège ou Arôme montrent de telles caractéristiques, avec des vents moyens pouvant excéder les 100 km/h en plein golfe de Gascogne. Le champ de pressions est également très resserré, comme le montre la carte ci-dessous pour demain fin d’après-midi.

 Modèle Arome du 13 à 2h00, pour demain en fin d’après-midi (source: Meteociel). 

A noter que de violents orages sont attendus dès la fin de l’après-midi sur le sud-ouest de la France, en marge de cette dépression. Par ailleurs, quelques foyers orageux circulent déjà sur ces régions ainsi qu’en Bretagne, sans gravité pour le moment.
 

La vague de chaleur de fin août 2016

Fin août 2016 a vu survenir une vague de chaleur assez particulière. Elle fut particulièrement intense pour cette période de l’année, à une période où le déclin progressif de la longueur du jour commence à limiter l’envolée des températures. Et pourtant, la vague de chaleur que nous avons connu avait tout d’un coup de chaud de sommet de saison estivale. Plusieurs causes sont à mettre en exergue pour illustrer une occurrence si tardive et si importante.
 

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27 août 2016: furie électrique sur le sud et l’est

Les orages de ce samedi 27 août étaient attendus, mais pas à ce degré de violence. Violence électrique surtout. Ceux qui ont eu l’occasion d’observer le passage des foyers qui se sont développés ce soir-là retiendront surtout le feu d’artifice électrique qui s’est joué au-dessus des collines du Condroz et de la dépression de Famenne notamment. Car c’est en premier lieu l’élément « foudre » qui dominait, avec des séquences de plusieurs éclairs par seconde par moments. S’en suivent le vent et localement la grêle. La pluie, bien qu’intense, fut cependant assez brève.
 

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Juin 2016 : un mois très humide … et chaud !

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup plus en Belgique, et plus généralement en Europe Occidentale, durant la dernière semaine de mai, et pendant tout le mois de juin 2016. Cet article n’a pas pour but d’aller forcément à contre-courant de cette constatation, et de venir dire que juin 2016 fut un mois agréable. Par contre, il nous paraît intéressant et fondamental d’expliquer quelques singularités de ce mois plutôt hors-normes en le replaçant dans le cadre plus vaste de la climatologie des mois de juin depuis une soixantaine d’années, et d’ainsi montrer que juin 2016 fut un mois très humide, peu ensoleillé, normal pour les températures, mais en réalité chaud !

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Intense offensive orageuse du 22 au 24 juin 2016

La saison orageuse 2016 est décidément très active, au contraire d’un mois de juin qui n’est pas à la hauteur: bien que les températures moyennes ne soient pas anormales, l’insolation grandement déficitaire et surtout l’excédent pluviométrique exceptionnel font de juin 2016 un mois complètement raté. Seuls les orages sont « à la hauteur », et même bien au-delà. La dégradation qui prend place ce 23 juin s’inscrit donc dans la lignée des autres épisodes orageux qui se succèdent sur nos régions depuis début mai.
 
Pour la première fois de l’année, Info Meteo publie au matin du 23 juin un avis d’orages de niveau D pour la moitié ouest de nos régions. Des orages forts à violents sont donc attendus, constituant une situation particulièrement dangereuse pour les personnes prenant de trop grands risques. Il faut dire que les valeurs des différents paramètres propices aux orages étaient particulièrement élevées.
 

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Orages diluviens de fin mai/début juin : une analyse stratosphérique

L’intense épisode orageux que nous avons vécu en cette fin mai et début juin méritait une première explication et l’équipe d’Info Météo s’est livré au difficile exercice de la pédagogie en environ 4 minutes avec cette vidéo reprenant plusieurs facteurs : El Nino, sa chaleur, et son humidité tropicale d’une part, le réchauffement climatique et la pauvreté de la banquise et de la neige nord-hémisphérique d’autre part.

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5-7 juin 2016: Chaos kéraunique sur la Belgique

Et dire que nous ne sommes qu’au début de la saison orageuse… Une nouvelle fois, le courroux céleste s’est exprimé avec fracas sur bon nombre de régions, moins de trois jours après la fin d’une autre période aux orages réguliers et diluviens. Dans les faits, l’activité orageuse n’a pas réellement cessé depuis près de deux semaines, ce qui en fait l’une des plus longues offensives connues. Voici donc une occasion pour un nouvel article qui détaille l’apothéose de cette période très agitée où les avis d’orages se sont succédés les uns après les autres. Dans un souci de clarté, nous passerons d’abord en revue la situation atmosphérique jour après jour, puis nous nous attarderons sur le déroulement des événements et leurs conséquences.
 

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De Pluviis – Genèse et Histoire d’un déluge

Petite anecdote pour commencer: en écrivant cet article, je cherchais un bon titre pour refléter le caractère remarquable, sinon exceptionnel, de la longue période pluvieuse et orageuse que nous venons de traverser, avec un lot de bizarreries météorologiques conséquent. Je me souvins alors d’un livre écrit voici plusieurs siècles et nommé « De Thermis », soit « A propos des températures » si l’on veut passer du latin au français. Un « De Pluviis » – « A propos des pluies » – m’a dès lors semblé tout à fait à propos comme entame de ce dossier.

Nous sortons donc d’une période très orageuse au cours de laquelle nos régions ont vu défiler une impressionnante série de systèmes météorologiques. La pluie en a été un dénominateur commun, puisque bien présente, et a mené parfois à de graves inondations, notamment en Flandre, dans l’ouest du Hainaut et en Ardenne. Ce mauvais temps est monté en puissance pour culminer avec une première apothéose catastrophique en Flandre le lundi 30 mai, suivie d’une deuxième le jeudi 2 juin dans la région de Nassogne, en Ardenne. Cet article fait office de compte rendu de ces événements et détaille la situation atmosphérique ayant mené à ces orages.

 

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El Nino en déclin, La Nina pointe à l’horizon

Depuis un an, la Terre est en phase El Nino. Cela signifie que la zone de mesure 3.4, c’est-à-dire le Pacifique Central est plus chaud que la normale d’au minimum 0.5° sur une période de 3 mois. Comme nous l’avons détaillé tout au long de cette année, l’anomalie est en réalité monté nettement plus haut, jusqu’à 2.8° environ. Les conséquences ont été mondiales, depuis le Pacifique à l’Europe, et de l’Asie Centrale aux Amériques. Mais toute « bonne » chose a une fin : El Nino a connu son pic de chaleur fin décembre, et les températures actuelles du Pacifique sont déjà revenues au niveau d’août 2015. Durant les prochaines semaines et les prochains mois, nous allons revenir à des conditions neutres, voire même à des conditions La Nina.

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