2009 – 2010 : un hiver, trois vagues de froid

L’hiver 2009 – 2010 est un hiver qui entre dans les annales pour avoir offert à la Belgique trois vagues de froid. Pourtant, il a fallu le temps qu’il démarre: novembre, très doux et venteux, n’a laissé à aucun moment entrevoir l’arrivée du froid. Il faut attendre la mi-décembre pour que le général Hiver fasse son entrée sur le pays. Le 14 décembre, un anticyclone a grossi sur la Scandinavie et envoie de l’air sibérien en direction de l’Europe Occidentale. 
Au matin du 15 décembre, s’il ne fait « que » -7,7°C à Montigny-le-Tilleul, Brûly, au sud de Couvin, enregistre un cinglant -11,2°C. Le lendemain, un peu de nébulosité empêche les thermomètres de descendre fort bas. En contrepartie, quelques averses de neige sont observées en provinces de Namur et de Liège.
 
Le 17 décembre, il fait un peu moins froid. La première offensive neigeuse réelle fait son apparition. Une dépression creusée à 1000 hPa descend du nord et passe juste à l’ouest de la Belgique. Son front occlus traverse lentement l’ouest du pays, ralentit et stationne sur le centre avant de repartir vers l’ouest. Ainsi, si on relève environ 10 cm de neige dans la région de Bruxelles et 5 cm à Namur, il ne neige pas du tout à Liège. Cet épisode survient en pleine heure de pointe vespérale, engendrant 513 km de bouchons.
 
17/12/2009 – 19h00.
 
Le théâtre de Namur le soir du 17 décembre.
 
En début de nuit du 18 décembre, la perturbation gagne progressivement la France, et de l’air froid déboule derrière elle. Les températures minimales restent cependant raisonnables, autour de -5°C.
 
Le 19, les effets de l’air sibérien qui gagne à nouveau le pays se font pleinement sentir. La nuit est polaire, avec -20,3°C à Elsenborn, -15,6°C à Melin (Brabant Wallon), -13,2°C à Montigny-le-Tilleul et -10,8°C à Uccle. La journée sera également froide : à Elsenborn, le thermomètre ne remontera pas au-dessus de -15°C.
 
Températures relevées à midi le 19 décembre.
 
Le 20 décembre, une perturbation précédant des courants maritimes polaires atteint la Belgique et traverse le pays du nord-ouest au sud-est. Accompagnée de rafales de vent, elle dépose jusqu’à 10 cm de neige, ceux-ci venant s’additionner à la couche préexistante consécutive à l’épisode de la soirée du 17. On mesure ainsi 13 cm de neige à Montigny-le-Tilleul. Au nord du sillon Sambre-et-Meuse, la perturbation entraîne un dégel temporaire avant le retour de courants plus froids.
 

Le matin du 21 décembre, on relève -7,6°C à Montigny-le-Tilleul, mais le dégel – définitif cette fois – survient en cours de journée. En soirée, une faible perturbation apporte 1 ou 2 cm de neige supplémentaires avant que tout ne disparaisse dans les jours suivants. Pourtant, ce retour des courants maritimes doux ne dure pas longtemps. Une fois le Nouvel An passé, la Belgique replonge dans le froid.

Le 3 janvier, il tombe 10 cm de neige en région bruxelloise. La nuit suivante, les températures descendent très bas : on relève -11,2°C à Montigny-le-Tilleul, -12,7°C au Signal de Botrange et -13,4°C à Brûly.

Le 6 janvier, une perturbation atteint le Belgique en fin d’après-midi. Il neige légèrement durant la soirée. Le ciel se dégage ensuite, et les températures plongent au petit matin du 7 janvier: -11,7°C à Montigny-le-Tilleul, -12,5°C à Melin. Le Royaume-Uni est frappé par l’une des plus fortes vagues de froid de son histoire et reçoit une trentaine de centimètres de neige.

 
Le matin du 7 janvier à Montigny-le-Tilleul.
 
Le 9 janvier, une nouvelle perturbation traverse nos régions. L’est de la Belgique reçoit environ 10 cm de neige. La vague de froid prend fin le 13 janvier, avec un dégel généralisé.
 
L’hiver revient à partir du 25 janvier, et les conditions vont devenir sensationnelles à la fin du mois : le 30 janvier, une dépression très creuse est centrée sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, et un front occlus bien organisé descend de mer du Nord. Les provinces de Liège et de Luxembourg reçoivent 30 cm de neige, provoquant la fermeture de l’autoroute E25 en y bloquant environ 700 véhicules. Les autres régions sont relativement épargnées : il ne tombe « que » 5 cm de neige à Charleroi.
 
30 janvier 2010 1h00.
 
Le lendemain, on mesure jusqu’à 56 cm de neige dans les Hautes Fagnes.
Les Hautes Fagnes croulent sous la neige ce 31 janvier. Source: Météo Belgique.
 
Le 3 février, il neige à nouveau au sud du sillon Sambre-et-Meuse. A force d’épisodes, la couche de neige dépasse les 70 cm dans les Hautes Fagnes.
 
Les jours suivants, le temps se radoucit, mais pas pour longtemps. Le 10 février, une faible perturbation neigeuse concerne le pays en matinée, essentiellement à l’ouest d’une ligne Beauraing – Hasselt. Bien que les quantités de neige déposées soient limitées, elles sont suffisantes pour semer une pagaille monstre sur le réseau routier qui comptabilise 920 km de bouchons.
 

Le temps reste froid les jours suivants, et la neige concerne la Wallonie une dernière fois le 21 février, avec une accumulation de quelques centimètres.

                                            
 Le lac de l’Eau d’Heure le 13 février.
La fin du mois se fait douce, pluvieuse et surtout venteuse. Le 28 février, la tempête Xynthia frappe une bonne moitié sud-est de la Belgique avec des rafales proches des 100 km/h (rafale maximale : 107 km/h à Ernage, près de Gembloux). Quelques heures plus tôt, elle touche durement les côtes atlantiques françaises où elle provoque une marée de tempête meurtrière en Vendée et en Charente-Maritime.
 
Animation satellite montrant Xynthia traversant l’Europe Occidentale. Source: Eumetsat.

D’un point de vue climatologique

Au final, c’est un hiver froid qui s’est produit sur la Belgique, avec fréquemment des températures minimales sous les -10°C.

Décembre 2009 est un mois légèrement plus froid que la normale 1971-2000, avec un déficit de -1,2°C à Uccle.

Janvier 2010 est exceptionnellement froid, avec un déficit thermique de -3,0°C à Uccle.

Février 2010 est également un mois froid, avec un déficit thermique de -1,0°C.

Source des informations : données personnelles, Météo Belgique, Wetterzentrale.

20 août 2009 : un jour qui aurait pu devenir historique

Lorsque le sensationnalisme des médias a encore frappé le 1er août 2013 en annonçant « la journée la plus chaude du siècle » pour le jour suivant, il est évident que nous avons été sur la brèche pour contre-informer et rappeler que les températures de 2003 avaient dépassé les 38° et étaient donc plus élevées que celles qui allaient être enregistrées ce 2 août 2013. Nous n’étions pourtant que 10 ans en arrière, mais le plus incroyable, c’est que les médias avaient complètement oublié cette journée du 20 août 2009, seulement 4 ans en arrière, alors qu’elle apparaît comme LE moment où le record de chaleur absolu aurait pu être battu en Belgique. Rétro-actes …

En cet été 2009, le temps est très correct : la moyenne de juillet est 1.6° au-dessus des normales. Les hautes pressions sont assez présentes, dans des positions autorisant régulièrement des flux de Sud à Ouest, donc doux voire chauds. 5 jours avant ce 20 août, des réserves d’air chauds commencent à se constituer sur le Sud du continent :

 
Ainsi, la France se retrouve en grande partie sous des températures de 30° et une grande partie de l’Europe baigne dans une température de 20°. En Espagne, des températures de 35° voire plus sont largement observées. Au niveau 850Hpa, vers 1400-1500m, les 20° recouvrent la Péninsule Ibérique et le Sud de la France. Cela n’a rien d’exceptionnel en soit, mais cela autorise des « débordements » à la première advection tropicale. Et c’est ce qu’il va se passer …
 
Sur l’Atlantique, le 17 août, une dépression un peu plus creuse que les autres évolue depuis le continent américain :
 
 
 
La dépression d’altitude qui l’accompagne n’est pas encore très profonde, mais de l’air froid plonge à l’arrière (flèche bleue). A l’avant, sur le Sud de l’Europe, l’air chaud d’altitude autorise des développements anticycloniques sur le continent (flèche verte). L’air saharien présent sur le Nord du Maroc n’attend plus que la mise en place d’un flux de Sud direct pour envahir l’Europe Occidentale (flèche jaune). Sur nos régions, un flux encore fort maritime limite les températures à 24° sur le centre du pays.
 
Le 18 août, les choses évoluent déjà bien vite :
 
 
Les hautes pressions se sont bien développées sur nos régions (cercle vert), dans l’air très chaud s’engouffrant à haute altitude à l’avant de la dépression atlantique en plein creusement sur l’océan (rond noir). En altitude, le creux se renforce. C’est donc tout le balancier atmosphérique qui se met en place avec l’air froid qui descend sur l’Atlantique (flèche bleue) et l’air saharien qui s’avance jusqu’au centre de la France (flèche jaune). 
 
Celui-ci n’attend qu’une seule chose pour envahir notre pays : le décalement des hautes pressions vers l’Est. Le 19 août, c’est chose faite :
 
 
 
La limite des +15° (ligne jaune) au 850Hpa (environ 1500m) se situe sur notre pays. Avec plein soleil, cela autorise des températures au sol largement supérieures à 30°; et de fait, on observe 32.5° à Kleine Brogel à 18h. A Beauvechain, il fait 32.2° à la même heure. La nuit qui arrive s’annonce capitale, car pour avoir des températures très élevées en journée, il faut évidemment partir de très haut au petit matin, grâce notamment à un afflux continu d’air très chaud pendant la nuit. Et c’est ce qu’il va se passer !
 
Le sondage de Beauvechain réalisé à minuit heure GMT (2h du matin heure belge) est éloquent :
 
 

A 262m d’altitude, une couche d’air très chaud est observée avec 29.2° mesurés. Au niveau 850Hpa, à plus de 1500m, les 20° sont presque atteints. Il faut monter à 4000m pour trouver le point de congélation ! Notons que cela ne constitue pas un record car le 19 août 2012 enregistra une température de 31.8° à 2h du matin à la même altitude et il fallut monter à 4400m pour geler ! Dès lors, un élément important va permettre à ce 20 août 2009 de grimper plus haut que le 19 août 2012 : l’apparition de nuages durant la nuit.

L’image satellite de 5h15, en fin de nuit, montre l’arrivée de nuages par le Sud. Ceux-ci vont limiter la baisse de la température. A Beauvechain, le flux continu d’air chaud en provenance du Sud et ces nuages font évoluer la température ainsi : 23.8° à 2h, 24.4° à 3h (en augmentation !), 24.3° à 4h, 23.9° à 5h, et finalement 23.7° à 6h du matin. Pour une région rurale, nul doute qu’une telle température minimale est exceptionnelle ! Uccle, à 7h du matin (18 minutes après le lever du soleil) enregistre 24.0°. Kleine Brogel n’enregistre « que » 18.3° de température minimale à cause de son sol sablonneux. A titre de comparaison, le 19 août 2012 enregistra 16.8°, soit 1.5° de moins. C’est donc bien dans cette différence produite par la présence de nuages en fin de nuit qu’il faut trouver une explication à ces températures très élevées.

Ensuite, l’évolution de la température à Kleine Brogel durant cette journée est tout simplement exceptionnelle, et la fiche d’InfoClimat nous donne beaucoup d’indications :

D’abord, l’évolution de la températures est comparable à celle d’une fusée : elle gagne presque 10° en 2 heures, passant d’un agréable 22.8 à 9h à un étouffant 32.1° à déjà 11h. Peu après midi, on atteint les 35° ! Le 19 août 2012, les 35° ont été atteint à 13h30, soit un peu plus d’une heure plus tard. Le record de Haacht du 27 juin 1947 (38.7°) est en danger. Il ne sera cependant battu.

On peut constater sur la fiche qu’à 15h, la température atteindra 37.8° et même 38.2° vers 15h20. Cependant, une ligne de convergence pré-frontale aborde la Belgique. A l’arrière, le vent vire vers l’Ouest. Des nuages sont bien présents sur la Belgique en début d’après-midi, comme l’indique cette image satellite. Dès lors, la température est obligée de baisser assez tôt en journée. A 20h, des orages frappent l’Est du pays. La chaleur est totalement évacuée de Belgique. A 22h, il fait 18.7° à Kleine Brogel.

Rétrospectivement, puisque le 19 août avait enregistré son maximum à 18h, avec 38.2° à 15h20 le lendemain, le record de 38.7° de Haacht aurait certainement été battu si cette ligne de convergence avec des nuages présents assez tôt en journée n’était pas intervenue à ce moment-là. Il est alors probable qu’on aurait atteint les 39°. Cela montre aussi que pour avoir des températures très élevées en Belgique, il faut des conditions très particulières : un appel d’air très chaud sur au moins 2 jours dans tous les étages de l’atmosphère, une nuit avec des températures d’environ 22°, un soleil suffisamment présent au maximum de l’appel d’air chaud, une présence tardive des nuages avec donc peu d’humidité relative, et d’une manière générale peu ou pas d’éléments perturbateurs. La récurrence de températures de 37° ou plus ces dernières années montre que ces conditions sont de plus en plus souvent rencontrées et qu’il arrivera tôt ou tard où le record du 27 juin 1947 sera battu.