Analyse du risque orageux de la nuit prochaine + prévisions à trois jours – 12/05

Bonjour à tous 🙂 Un certain risque orageux s’affirme pour la soirée de ce samedi et la nuit prochaine. Voici un petit billet pédagogique qui essaie de présenter au mieux les différents mécanismes atmosphériques à l’oeuvre.

Tout d’abord, une carte très générale de la situation actuelle. On note un front froid sur l’ouest de la France, précédé d’une ligne de convergence (trait gras en rouge). Pour rappel, une ligne de convergence est une région dans les basses couches de l’atmosphère où les vents se rencontrent. A ce niveau, les masses d’air sont forcées de s’élever, et peuvent mener à la création de convection ( =formation des nuages orageux).

Position des fronts, des dépressions et des anticyclones ce matin à 8h00 (source: KNMI)

Prenons la même carte pour la nuit prochaine, avec la position des fronts attendue vers 2h00 du matin. On voit que le front froid* a progressé sur le nord de la France, et que la ligne de convergence qui le précède est désormais en plein sur nous. On y voit même la formation d’une petite dépression de surface marquée par un L. Tout ceci renforce la convergence des vents; il s’agit d’un forçage de basse couche qui pousse les masses d’air à s’élever. Nous y reviendrons.

*A noter qu’étant entravé dans sa progression vers l’est, le front froid est dessiné comme un front chaud dans l’entre sens, mais ça ne change rien au raisonnement.

Position des fronts, des dépressions et des anticyclones vers 2h00 la nuit prochaine (source: KNMI).

Il est aussi utile de prendre une carte des géopotentiels à 500 hPa pour comprendre les grands flux en présence. Pour rappel, le géopotentiel est un paramètre qui donne l’altitude à laquelle on va trouver une pression donnée, ici 500 hPa. En effet, également pour rappel, la pression diminue avec l’altitude, vu qu’il y a moins d’air plus on monte. A notre niveau, la moyenne est de 1015 hPa (cette pression varie en fonction du passage des dépressions et des anticyclones), tandis que la pression de 500 hPa se trouve vers 5,5 km d’altitude. Mais là aussi, elle varie en fonction des dépressions et des anticyclones. Mais plutôt que de mesurer les changements de pression, on mesure plutôt l’altitude à laquelle se trouve cette pression de 500 hPa. Plus cette altitude est basse, et plus la masse est dépressionnaire. Plus l’altitude est haute, et plus la masse est anticyclonique.

Ayant ce rappel en tête, observons à présent la carte. Les hauts géopotentiels sont en couleurs chaudes, tandis que les bas sont en couleurs froides. On observe une incursion d’une masse verte vers la France, marquant ce qu’on appelle un talweg: il s’agit d’un coin ou d’un U de masse dépressionnaire qui s’enfonce dans des masses plus anticycloniques. A l’est, le maximum de géopotentiels sur l’Europe du nord-est y marque un solide anticyclone d’altitude. Or, entre les deux, le flux est au sud, et amène donc de l’air chaud et humide sur nos régions. Par contre, le talweg contient de l’air froid. On devine ici que le contact entre les deux va être source de conflit… Et ce contact est à proximité de nos régions.

Carte des géopotentiels à 500 hPa pour 2h00 la nuit prochaine (source: Meteociel).

Pour illustrer le caractère chaud et humide d’une masse d’air, on utilise la notion de theta, calculé à partir de la température réelle. Ici, on voit ces thetas à 850 hPa, soit environ 1500 mètres d’altitude. On voit qu’une masse d’air avec des valeurs de 42-44°C nous concerne, trahissant une masse d’air bien chaude et humide. Rappelons-ici qu’il ne s’agit en aucun cas de la température réelle mesurée avec un thermomètre! C’est une transformation mathématique théorique qui permet de bien individualiser les différentes masses d’air. Autre détail qui a son importance, on voit le contraste très net sur la France, qui marque en fait le front froid.

Carte des thetas E à 850 hPa pour la nuit prochaine (source: Meteociel).

Cependant, si vous vous rappelez du début de cet article (en clair, si je ne vous ai pas déjà perdu dans toutes ces notions), ce n’est pas vraiment le front froid qui nous intéresse, mais la convergence à son avant. Prenons la carte des vents à 10 mètres (soit les vents au sol) à la même heure pour constater un conflit très net en travers de notre pays! A l’avant de la ligne de convergence, les vents viennent de l’est, et à l’arrière, ils viennent de l’ouest, voire du nord-ouest. Cette ligne de convergence est hyper marquée en soirée, puis se déplace vers l’est dans la nuit en se relâchant quelque peu (elle est perturbée par le relief condruzien et ardennais), mais elle existe toujours à ce moment. Or, pour rappel, qui dit convergence dit masses d’air forcées à s’élever à son niveau…

Vent à 10 mètres en soirée (source: Meteociel).

Ajoutons ici une subtilité: en réalité, notre ligne de convergence aura à son avant de l’air toujours bien doux, et à l’arrière de l’air maritime plus frais. En ce sens, elle n’est plus une convergence pure (où les températures doivent être similaires de part et d’autre), mais plutôt quelque chose qui ressemble à une espèce de front froid. Ceci étant, cette différence de températures n’existe que dans les toutes basses couches de l’atmosphère. On l’a vu plus haut avec la carte des thetas, le front froid est encore bien loin en France à ce moment.

En fait, notre ligne de convergence prend plutôt le nom de pseudofront froid qui progresse en avant du vrai front froid. C’est une situation assez classique chez nous où les orages vont plutôt se développer sur ce pseudofront que sur le vrai front froid qui au contraire sera plutôt calme (il ne donnera que des pluies, agrémentées de l’un ou l’autre coup de tonnerre). Si on réalise une coupe, ça donnerait quelque chose comme ceci:

Coupe d’un front et d’un pseudofront, avec l’air doux en rosé et l’air froid en bleu (auteur: Info Meteo).

Et la carte en parallèle:

Position des fronts et pseudofronts au même moment que la coupe (source: Meteociel).

Enfin, ajoutons la présence de cisaillements des vents. Le cisaillement est la différence d’orientation des vents avec l’altitude. Plus cette différence est forte, et plus les orages peuvent être structurés par ces vents. Dans notre cas présent, nous aurons ainsi des vents d’est en surface (juste avant la ligne de convergence) et des vents de sud, puis de sud-ouest plus en altitude.

Venons-en aux orages en eux-mêmes. En journée, le risque est très faible (sauf sur l’extrême ouest de la Flandre où il ira croissant en fin d’apès-midi). En soirée, les conditions deviendront propices comme on l’a vu, et les premiers orages éclateront sur le nord de la France et l’ouest de la Belgique. Plus tard dans la nuit, ce seront les autres régions qui seront concernées.

Attention que ces orages ne seront pas généralisés. En effet, il manque quelques ingrédients en ce sens: en altitude, le Jet-stream est assez mesuré et n’apporte pas un gros appel d’air des basses couches depuis l’altitude. De même, si l’instabilité est présente, elle n’est pas forte non plus. Dès lors, nous nous attendons, en Belgique, à des orages qui garderaient un caractère local. En d’autres termes, certaines régions y échapperont ou ne verront que des éclairs dans le lointain. Concernant leur intensité, au regard de tous les paramètres, nous nous attendons à des orages en général modérés. Toutefois, sur le sud de la Wallonie et à proximité des frontières françaises, on ne peut exclure un orage ponctuellement et temporairement fort, avec chute de (petite) grêle et quelques fortes rafales de vent. Les conditions seront en effet un peu plus propices à la survenue de tels phénomènes sur ces régions. A l’inverse, sur l’est de la Flandre, le risque semble minime à l’heure actuelle.

Pour les jours suivants:

Dimanche, le front aura tendance à trainer sur l’est de nos régions, et nous serons dans une masse d’air forcément plus fraîche, avec un ciel chargé de de temps à autre une ondée locale. Les éclaircies seront fort rares et seul l’est de la Belgique devrait y avoir droit, mais de manière assez restreinte. Les maximales seront comprises entre 13 et 17°C, sauf près de l’Allemagne et des Pays-Bas où la proximité des masses d’air chaud favorisera des maximales d’une vingtaine de degrés.

Dans la nuit de dimanche à lundi, une inversion des flux aura tendance à faire revenir le front sur nos régions, celui-ci progressant vers la France. Des averses seront à nouveau au programme, et pourront être localement orageuses.

En matinée de lundi, on observera encore des averses (éventuellement orageuses) à proximité de la frontière française. Dans les heures suivantes, le ciel alternera entre éclaircies et passages nuageux assez importants par moment, avec à nouveau le risque de l’une ou l’autre ondée dans l’après-midi. Comme nous repasserons du côté chaud du front, les maximales seront comprises entre 19 et 24°C, sauf près de la mer où elles resteront plus fraîches.

Bonne journée!

Hubert

 

 

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