Analyse technique du risque orageux de ce 9 mai

On l’a dit ce matin, le risque reste généralement faible, avec plutôt le développement d’averses orageuses locales. Pourtant, et même avec des dégradations aussi faibles (pour ne pas dire des « non-dégradations »), il y a toujours des choses à raconter au sujet de la mécanique atmosphérique.

Commençons par le commencement. Ce matin, notamment si vous habitez la province de Namur, vous avez peut-être aperçu des nuages cumuliformes en ordre assez dispersé, certains prenant la forme de petites tourelles. Les yeux avertis – comprenez par là, l’acharné de météorologie ou l’amateur de nuages – auront bien enregistré le message délivré par ces formations nuageuses à l’allure apparemment inoffensive. Il s’agissait d’altocumulus floccus et castellanus. Les altocumulus sont des formations cumuliformes dont la base se trouve à quelques kilomètres d’altitude. Les altocumulus floccus (balles cotonneuses en ordre assez dispersé) et castellanus (tourelles sur une base nuageuse commune, rappelant le sommet des remparts des châteaux médiévaux) donnent un indice très intéressant sur l’état de l’atmosphère à quelques kilomètres d’altitude. Ils marquent un état un peu instable de l’air. Mais cette seule (petite) instabilité n’était pas suffisante. Et là, on a besoin de cartes pour aller chercher le coup de pouce.

On remarque sur cette carte des fronts à 8h00 le front froid (assez faible et pas très net) qui bute sur l’ouest du pays, mais surtout une plume rouge sur l’est. Cette plume est une zone de convergence du vent en basse couche, soit une zone où les vents se rencontrent. En effet, dans notre cas, les vents étaient de sud-est à l’avant de cette plume, et d’ouest à l’arrière. L’air au conflit n’a pas d’autre choix que de s’élever, forçant un peu la convection ( =la formation des nuages cumuliformes). Puisqu’il y avait un peu d’instabilité sans plus, nous avons vu apparaître ces altocumulus matinaux. Avec plus d’instabilité, plus d’humidité (l’air est fort sec aujourd’hui) et plus de dynamique, nous aurions eu des orages bien actifs à leur place. Il est à noter qu’ici, il s’agit d’une situation assez classique où le front froid, poussant l’air devant lui à la manière d’un bélier, crée un conflit un peu à son avant, cette cassure dans l’uniformité de la masse d’air étant la convergence.

Au fil des heures de l’après-midi, le soleil va faire augmenter les températures en basse couche. Dès lors, l’instabilité va augmenter aussi, tandis que la plume rouge qui marque la convergence continuera à lézarder pas loin. Mais dans l’ensemble, la dynamique en altitude reste franchement molle : pas de Jet-stream ni d’autres forçages qui permettaient de tirer les basses couches vers le haut à la manière d’une cheminée dont le tirage fait un bon feu. Ce qui déterminera ici le développement des quelques orages de l’après-midi et de la soirée, c’est l’instabilité, l’un ou l’autre embranchement de convergence et quelques poches d’air un peu plus humides. On comprend dès lors pourquoi la formation de cellules sera hasardeuse : instabilité il y a, mais l’air est dans l’ensemble assez sec (sauf localement) et les convergences pas très nettes et disparates.

On comprend aussi pourquoi les modèles montrent des choses assez différentes (ici la situation à 21h00) :

Plus tard dans la nuit, le front froid qui – rappelons-le – restera assez mal dessiné et pas fort net, entrera sur le centre du pays et progressera très lentement vers l’est. Voici la carte des fronts telle qu’attendue pour 2h00 la nuit prochaine.

 

Ce front étant par définition un conflit entre masses d’air (plus chaude à l’avant et plus froid à l’arrière), il est donc lui aussi une zone où des orages peuvent se produire. Cependant à cette heure-là, l’instabilité sera moins forte, mais a contrario l’air sera un peu plus humide. Dès lors, il n’est pas anormal de voir certains modèles envisager à nouveau quelques averses faiblement orageuses en seconde partie de nuit prochaine sur un bon tiers est du pays. Par exemple :

En résumé, une situation orageuse assez sage, si ce n’est par moments des précipitations bien consistantes sous les cellules qui se formeront en fin de journée.

2 réflexions au sujet de « Analyse technique du risque orageux de ce 9 mai »

  1. Mais que voilà des explications claires. Quand j’étais jeune , c’est il y a longtemps, mon père disait en voyant certains nuages :  » ciel moutonné et femmes fardées ne font pas longue durée  » Et On avait de l’orage ! Ce sont donc cela les altocumulus que vous décrivez ??? Bon WE à tous

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