L’Islande : paradis des hivernophiles

Terre de glace, d’air frais et pur, de feu et de volcans, l’Islande est sans aucun doute le pays des amateurs de nature sauvage et sans limite… C’est avec plaisir que je me suis rendu dans ces contrées lointaines et que j’écris aujourd’hui ce billet essentiellement axé sur le climat et la météo locale particulièrement sauvage de ce pays, à l’image de ses paysages ! 

On ne va pas en Islande pour chercher la chaleur et le beau temps fixe pendant des semaines certes. Mais pour ceux qui étaient en manque de soleil après les semaines de grisaille que l’hiver belge peut fournir, ce n’est pas une mauvaise solution non plus ! En effet, les crêtes anticycloniques et dépressions se succèdent dans l’Atlantique nord et puisque l’Islande se trouve en plein milieu de celui-ci, au niveau du cercle polaire arctique, c’est l’endroit rêvé pour observer différents éléments se déchaîner. Cependant après la pluie (ou la neige) vient le beau temps, c’est bien connu et l’Islande n’échappe pas à cet adage. C’est d’ailleurs plus vrai encore dans ce pays où les anticyclones ne restent pas coincés pendant une semaine entière dans une position défavorable. Cela évite la formation de nuages bas persistants comme chez nous en novembre/décembre. Tout ça pour dire que le soleil fait partie intégrante de la vie des Islandais et que si jamais il n’est pas au rendez-vous, attendez quelques minutes ou une journée tout au plus et il se montrera. 

Niveau températures, la normale au moment où je m’y suis rendu est située autour du 0°c dans la capitale Reykjavik, donc à la fin du mois de janvier et début février (-2°c la nuit et 2°c la journée). Reykjavik est située face à l’océan et il s’agit presque d’une île.

L’influence de l’eau de mer se fait donc ressentir et il fait bien entendu plus froid dans les terres à l’abri de cette influence maritime. Cependant, plusieurs facteurs viennent minimiser cette influence. D’abord la température de cette eau de mer n’est que de 5°c à cette période de l’année et donc elle ne réchauffe que très peu les régions côtières, et si la masse d’air est plus froide (par exemple -8°c à 1500m. d’altitude), la température sera à peine positive. D’autre part, l’Islande se trouve tellement au nord que, régulièrement, dans le cas d’une circulation zonale classique d’hiver, l’Islande se trouve au nord des dépressions et le flux est alors orienté à l’est sur le pays et sur la capitale. La conséquence principale est que le vent provient des terres et amène de l’air froid plutôt que de l’air maritime.

Par contre, les conditions deviennent rarement très froides et même si les précipitations neigeuses sont fréquentes en hiver, il est rare que les accumulations de neige dépassent 10 cm dans la capitale. Dans l’arrière pays et lorsqu’on s’éloigne un peu des côtes, cela peut très vite changer et le paysage prend des allures polaires tout à fait splendides à observer mais sans rester dehors trop longtemps… L’Islande est située sur le chemin des courants océaniques chauds du Gulf stream et à l’image du Royaume-Uni le climat y est tempéré par ces eaux « douces » si bien qu’aucun région du globe située à la même latitude ne jouit de températures aussi élevées. Je vous le rappelle, nous sommes situés au niveau du cercle polaire arctique et à ce même niveau au Canada ou en Russie, il n’est pas rare de descendre jusqu’à -50°c en hiver. Le record de froid à Reykjavik n’est que de -19°c et le record d’Islande est de -39°c. A titre de comparaison le record de froid observé à Bruxelles (-20°c) est inférieur à celui de Reykjavik (-19°c). Il pleut un peu plus à Bruxelles qu’à Reykjavik et ce en toutes saisons.

A l’inverse et sans surprise, l’été islandais est bien plus frais que le nôtre. Généralement, les températures moyennes d’un après-midi d’été tournent autour de 15°C, mais elles peuvent épisodiquement atteindre 25°C si la situation atmosphérique est favorable, ce qui reste somme toute assez rare.

En bref, ce qui fait le caractère exceptionnel du climat de ce pays est son côté tempéré à une si haute latitude mais aussi et surtout le fait que la météo est très changeante dans ce pays et il est très rare d’observer deux fois la même journée alors qu’en Belgique cela arrive plus fréquemment. 

 

Une arrivée lumineuse dans une ambiance froide 

Le mercredi 31 janvier 2018, je décolle de l’aéroport de Bruxelles et un phénomène frappant se produit. En effet ce jour-là, il pleut fortement sur toute la Belgique et la couche nuageuse du triple front froid qui nous concerne s’élève jusqu’à la base de la stratosphère (la deuxième couche de notre atmosphère). Avant de se retrouver à l’arrière du front au dessus de l’Angleterre, il n’était pas possible d’observer quoi que ce soit à part du blanc en haut, en bas, à gauche, à droite, etc pendant de longues minutes. 

La photo représente le sommet de la couche nuageuse du front qui s’élevait presque à l’altitude de croisière de l’avion ce jour-là. Au dessus de l’Angleterre, pas mal d’averses dont certaines hivernales ont lieu au même moment à l’arrière du front dans un ciel de traîne orageux et actif. (2ème photo). A l’avant plan, vous pouvez observer une puissante averse aux caractéristiques orageuses (en effet quelques impacts ont été observés à ce moment-là dans le nord de la Grande Bretagne) que l’on peut reconnaître grâce à l’enclume qui surplombe la colonne ascendante du nuage de l’averse. L’enclume est un aplatissement du nuage principal lorsqu’il rencontre la seconde couche de l’atmosphère où la température recommence à augmenter avec l’altitude. Typiquement à l’arrière d’un front froid, cette limite redescend et l’avion se trouvait dès lors bien au dessus mais pas tant que ça non plus. 

Certaines régions sont couvertes d’une fine couche de neige et d’autres pas du tout. Ce saupoudrage aléatoire a lieu au gré des averses et de leur intensité.

Entre le Royaume-Uni et l’Islande, le ciel se dégage et des petits nuages de basse couche recouvrent l’océan quand le soleil ne brille pas. Ce dernier sera bien présent à mon arrivée au large des côtes du sud de l’île. Le soleil se lève vers 10 h du matin et va se coucher vers 17 h fin janvier. Cependant au solstice d’hiver il n’y a que 4 h de luminosité et en juin la lumière ne quitte jamais réellement le pays même la nuit ! Ce qui est commun aux deux saisons est que le soleil n’est jamais bien haut et les chances de coup de soleil sont faibles même en été. Cela a pour effet de faire durer le lever et le coucher du soleil qui durent respectivement 1 h 30 chacun. En tant que voyageur en Islande, surtout si vous venez d’un pays du sud, vous pouvez avoir l’impression que c’est interminable et que le soleil ne fait que se coucher ou se lever… En effet celui-ci ne quitte jamais beaucoup l’horizon surtout en hiver. Cependant, cela donne de magnifiques scènes de lumière basse prolongées. C’est le paradis des photographes. Sur la première photo, vous pouvez observer les îles Vestmann qui constituent la pointe sud du pays et de l’île, derrière ces îles équipées d’un aéroport et d’imposantes falaises, on peut apercevoir la côte sud enneigée. A noter qu’une de ces îles n’est apparue qu’il y a une quarantaine d’années seulement à la suite d’une longue éruption de lave. Sur la deuxième photo, les premiers reliefs toujours au sud du pays.

A l’arrivée à l’aéroport de Keflavik situé à l’extrême sud-ouest du pays il est possible d’apercevoir la capitale Reykjavík au loin avec les montagnes qui surplombent la ville à l’arrière plan.

Dans la capitale, la couche de neige s’élève à 6 cm le 31 janvier et dans le courant de la soirée la température est de -1°c. Le ciel est complètement dégagé au coucher du soleil et la lumière disparaît réellement après 18 h. Les sommets enneigés situés à 900 m d’altitude sont dans la grisaille mais cette seule grisaille est magnifique quand elle veut bien rester cantonnée au loin sans masquer le ciel. L’étang situé près de l’office de tourisme est complètement gelé et les routes sont dégagées efficacement même en dehors de la ville là où on ne croise qu’une voiture toutes les 20 minutes !              

En haut, les monts qui surplombent la ville au nord. En bas à droite le lac du centre-ville complètement gelé.

C’est ensuite une nuit glaciale qui se prépare avec de -5 à -15°c au petit matin le jeudi 1er février. C’est également une bonne nuit pour observer les aurores boréales car celles-ci sont moyennement intenses cette nuit-là et le ciel est relativement dégagé. Un facteur négatif fut la présence d’une pleine lune bleue apportant pas mal de luminosité nocturne. Le vent soufflait particulièrement fort et en continu dans cette ambiance polaire. Malgré tout le spectacle en vaut la peine même s’il ne s’agit pas d’un phénomène météorologique ! 

Le calme avant la tempête 

Le jeudi 1er février au matin, le soleil se lève sous d’épais voiles nuageux qui précèdent l’arrivée d’une tempête qui frappera l’Islande jeudi soir. Le front approche par l’ouest mais le soleil se lève au sud-est et nous éclaire juste pour quelques minutes avant de partir sous l’épais voile. Les couleurs sont irréelles et la température extérieure varie entre -5 et -10°c sous l’influence d’une légère crête anticyclonique qui a pour effet de plaquer l’air froid vers le sol. Le voile nuageux était présent dès jeudi matin mais ce ne fut que le vendredi 2 février dans la nuit que le front traversa effectivement le pays. Tous les circuits touristiques sont donc annulés. 

Approche de la tempête entre l’Islande et le Groenland.

 

Le soleil grimpe progressivement et va se cacher derrière l’épais voile nuageux qui annonce la tempête.


Le gel se fait plus présent dans l’intérieur des terres où l’influence maritime est moins forte et surtout lorsqu’on prend un petit peu d’altitude. Les chutes d’eau ne sont bien évidemment pas gelées mais sur les flancs d’impressionnantes formations de glace peuvent être observées. Rien de comparable avec les chutes du Niagara en hiver par exemple. Les routes prennent elles aussi un aspect dangereux et le vent souffle un peu de neige fraîche sur l’asphalte gelé.

Par endroits, la couche de neige atteint 30 cm. En cours de soirée, des nuages de basse altitude à déplacement rapide commencent à frôler le sommet des montagnes qui ne sont pas si hautes que ça… Le plafond descend incontestablement de plus en bas à l’approche des premières précipitations. Ces dernières commencèrent en soirée vers 18 h avec de faibles chutes de neige dans la capitale et une température de 0°c. A 21 h la température repasse au dessus du 0°c et monte rapidement pour atteindre 3°c à minuit. Le dégel est marqué. Une rafale de 98,2 km/h est observée dans la station officielle de Reykjavik entre 2 h et 3 h du matin. Le vent souffle également jusqu’à 100 km/h à l’aéroport de Keflavik et les 100 km/h sont donc généralement atteints presque partout. Il ne s’agit pas d’une tempête puissante car l’Islande connaît des vents de plus de 100 km/h plusieurs fois chaque hiver et parfois même jusqu’à 150-200 km/h lors des tempêtes extrêmes. Les pluies furent abondantes et la neige dans les terres également mais le dégel fut fatal pour la couche de neige côtière. La température a en effet grimpé jusqu’à 7°c au petit matin à Reykjavik avant de redescendre vers les 2°c à l’arrière du front. 

Une ascension mouvementée 

Le mont Esja sous un large couvercle nuageux

Le vendredi 2 février à la mi-journée, c’est un régime de traîne active qui prend le relais après la tempête de la nuit. Je décide de grimper sur le mont Esja au nord de Reykjavik et de puissantes averses de neige vont m’accompagner durant ce périple. L’ascension commence à 2 m au dessus du niveau de la mer et se termine à 700 m car il n’est pas possible d’aller bien plus haut (900 m) en hiver sans un bon matériel d’alpinisme. Au sol, il reste un peu de glace datant des jours précédents mais en altitude la couche de neige est de 30 cm en moyenne. Un vrai plaisir pour le Bruxellois que je suis. L’humidité a une fâcheuse tendance à rester coincée au sommet de ces monts et il est très rare de les observer dégagés. Cependant, la vue reste splendide et à couper le souffle car l’horizon est incomparable à tout ce que l’Europe occidentale peut offrir. Lors des averses, la neige tombait à l’horizontale à cause d’un vent modéré et du relief. Cependant, celles-ci se déplaçaient dans une dynamique bien présente et le flux était rapide donc la neige ne tombait que sur une courte durée et une averse ajoutait en moyenne un à 2 cm supplémentaires seulement.

Puissante averse de neige en approche

Des cieux extraordinaires  

Le samedi 3 février, retour au calme sur le pays tout entier. Une nouvelle crête anticyclonique a poussé sur l’Atlantique. J’en profite donc pour aller faire un tour sous le soleil jusque dans l’est de l’Islande au pied du plus grand glacier d’Europe, le Vatnajökull. Face au glacier un vent continu soufflant jusqu’à 70 km/h en permanence rend l’ambiance très fraîche malgré le soleil. La température maximale est de 2/3°c ce jour-là. Ce glacier fait la taille de la Corse pour vous donner une petite comparaison et ses points les plus élevés culminent au-delà de 2000 m d’altitude. Il génère donc son propre climat local et ce vent puissant qui descend du glacier et survole le lagon en direction de la mer vient contrer les rafales en provenance de l’océan. Si bien que les vagues plutôt imposantes sont freinées et érodées par les rafales. Un spectacle à couper le souffle…

L’un des nombreux « bras » du glacier Vatnajökull

 

Les icebergs qui descendent du glacier dans le lagon finissent par former des petits blocs de glace qui s’accumulent sur les plages arborant un sable noir aux origines volcaniques récentes.

Un Iceberg et le glacier à l’arrière plan qui est à l’origine des icebergs.

En fin d’après-midi, alors que le soleil descendait à l’horizon, des bancs de nuages stratosphériques commencèrent à illuminer le ciel. C’est l’un des plus beaux spectacles célestes qui soit avec les aurores boréales. Ces nuages d’altitude s’apparentant à des voiles nuageux sont situés bien plus haut dans le ciel et l’atmosphère que les voiles typiques que nous avons l’habitude d’observer. Ces nuages peuvent être aperçus à des latitudes polaires mais ils demeurent très rares. Bien plus que les aurores boréales qui ne sont pas des nuages bien entendu et ont lieu bien plus haut dans l’atmosphère. Avec la bonne inclinaison, le soleil permet au nuage de s’illuminer et d’arborer toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. En voici quelques images. 

C’est ainsi que mon voyage s’est terminé. J’espère que vous aurez voyagé un peu en lisant ces quelques lignes et en voyant ces quelques images. L’Islande est le pays parfait pour les amateurs de sensations hivernales sans excès, c’est à dire que vous n’aurez jamais à subire des températures glaciales mais il faut y aller avec les bons vêtements c’est un fait. 

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