Compte rendu des orages du 15 août 2017

La nuit du 14 au 15 août, de l’air humide d’origine tropicale a atteint nos régions au-devant d’un front froid approchant par l’ouest. Celui-ci est lié à un complexe dépressionnaire entre Islande et Écosse. La présence d’un fort courant Jet induisant des ascendances s’ajoute à la liste des éléments probants pour une dégradation orageuse d’envergure. Comme le montre la carte des fronts, de multiples lignes de convergence ont évolué dans cet air chaud et humide. L’instabilité limitée a cependant laissé planer le doute sur le déclenchement des premiers orages, en ce compris lors de l’émission de l’avis par Info Meteo.
 

Situation atmosphérique à 8h00 le 15 août (source: KNMI).
 
L’heure de déclenchement de ces premiers orages était assez inhabituelle, en fin de nuit. Cela rendait la situation d’autant plus compliquée que les orages auraient à faire face au lever du soleil qui, en général, les affaiblit par réchauffement des sommets nuageux. De même, l’importance de la première dégradation conditionnait la survenue et l’activité de la seconde entrevue pour l’après-midi par les différents modèles. Nous y reviendrons.
  
Un premier système orageux (MCS) s’est constitué en milieu de nuit sur la Manche et a atteint l’extrême nord de la France peu avant 6h00. Cet ensemble s’est cependant désagrégé en approchant de la Belgique. En parallèle, un second amas orageux s’est constitué après 4h00 sur l’ouest de l’Ile-de-France avant de remonter vers la Wallonie. 
 
Radar des précipitations à 8h00 (source: Infoclimat).
 
C’est à partir de ce moment-là que le second amas orageux a commencé à bien se structurer, finissant par donner une activité électrique très intense sur le département des Ardennes. Il s’est progressivement transformé en un écho en arc (ou bow echo en anglais), formation orageuse arquée et sculptée par les courants en altitude. C’est dans ce contexte qu’un spectaculaire arcus était visible sur le sud de la Belgique, au devant du système.
 
Ajoutons que la ligne orageuse s’est brisée en son centre sous l’effet d’un rear inflow jet, vent en altitude très rapide que l’on observe régulièrement juste à l’arrière des grands systèmes orageux. Ce Jet a ainsi balayé les précipitations, donnant une structure particulière à l’écho en arc qui a temporairement évolué en comma echo. Sur l’image radar de 9h00, on voit assez bien l’effet du rear inflow jet en train de courber puis de briser l’écho sur l’ouest de l’Ardenne.
 
Radar des précipitations à 9h00 (source: Meteoservices).

 

Au point de vue phénomènes, cette évolution a quelque peu affaibli le système orageux, qui malgré son arcus impressionnant, n’a conservé qu’un segment très actif à son bord sud. Ce segment s’est déplacé sur une ligne Bouillon – Bastogne, accompagné de grêle et d’une forte activité électrique.

Impressionnante vue de l’arcus sur la commune de Paliseul (photo provenant de RTL).

En seconde partie de matinée, le système s’est déplacé en direction du nord du Luxembourg, tandis qu’une seconde ligne d’orages évoluait à son arrière. Elle renfermait notamment en son sein une cellule très active qui a brièvement donné une forte activité électrique de type foudre et de fortes pluies juste au sud de Marche-en-Famenne vers 10h30. L’activité orageuse s’est estompée sur le temps de midi.

Radar des précipitations à 10h30 (source: Meteoservices).
 
L’étendue de ces orages matinaux n’était pas réellement cernée par les modèles, et a eu une incidence principale, à savoir retarder et limiter le réchauffement des basses couches par le soleil. Ainsi, l’énergie potentielle était plus faible qu’attendu, avec comme conséquence que la seconde vague orageuse de la fin de l’après-midi fut plus classique et généralement modérée. De multiples foyers ont concerné l’Ardenne et la Famenne, avec surtout un maximum sur la région spadoise. En soirée, une ligne d’orages s’est formée sur le Condroz, et a très brièvement présenté un caractère fort avec une activité électrique assez soutenue (un éclair toutes les quelques secondes). L’activité s’est estompée vers minuit.
 
Côté précipitations, on ne note pas de cotes remarquables. A signaler toutefois que la stagnation de la ligne orageuse du soir sur le Condroz a donné 33 mm de pluie à Havelange (total du jour: 35 mm). De la grêle a été observée dans les régions de Bertrix et de Bastogne entre autres. La carte ci-dessous reprend quant à elle l’ensemble des impacts détectés ce 15 août, avec les plus anciens en rouge et les plus récents en jaune.
 
Impacts relevés le 15 août (Source: Lightningmaps)
 
Observations sur le terrain
 
Vers 7h00, nous étions déjà « au poste » dans la région de Erquelinnes pour avoir arriver les orages éclatant sur le nord de la France. Mais comme nous le craignions, le lever du soleil a progressivement affaibli les foyers, de telle sorte que c’est un amas pluvio-orageux sans consistance qui a alors atteint la frontière, à peine agrémenté de quelques décharges.

Toutefois, les radars montraient une augmentation rapide de l’activité électrique sur l’ouest du département des Ardennes. Nous avons alors pris la N40 puis la N97 en direction de l’est. C’est entre Philippeville et Dinant que nous avons pu commencer à apercevoir sur notre droite à l’horizon l’énorme arcus de ce système qui se renforçait.

Arrivée à Waha près de Marche-en-Famenne sur le coup de 9h15. Le spectacle est dantesque.

 
L’avant de l’orage observé depuis Waha (auteur: Info Meteo).

C’est un énorme arcus qui avale progressivement les reliefs de l’Ardenne, tandis que de réguliers coups de tonnerre étouffés roulent à travers la campagne. L’activité électrique est modérée et a diminué de moitié comme nous le signale un de nos collaborateurs effectuant le suivi par téléphone, et surtout concentrée vers Bertrix (qui se trouve à ce moment sous la partie la plus massive de l’arcus, tout à gauche de la photo). Cela n’empêche pas de belles chutes de foudre de se manifester par moments.

Chute de la foudre dans les environs de Waha (auteur: Info Meteo).

La forte impression que faisaient l’arcus et le ciel livide derrière celui-ci nous a un moment laissé nous attendre à quelque chose de costaud, mais l’information reçue sur la baisse de l’activité électrique a quelque peu fait baisser la garde. Effectivement, le passage de l’orage sera rapide et peu intense.

Par après, la volonté d’intercepter la partie sud de cet écho en arc qui passe de Bertrix à Bastogne nous amène du côté de la Barrière de Champlon d’où quelques éclairs sont visibles.

Coup de foudre vers Bastogne (auteur: Info Meteo).
 
En parallèle, nous remarquons quelques éclairs vers l’ouest, mais nous n’y prêtons pas attention. Pensant que l’offensive se termine, nous repartons de toute façon vers Marche-en-Famenne aux alentours de 10h25. Au niveau de Bande, une puissante chute de foudre se manifeste quelques kilomètres devant nous, depuis la zone dont nous observions les quelques éclairs plus tôt à l’ouest. Elle est bientôt suivie par d’autres. En quelques minutes, l’activité électrique devient réellement impressionnante, et nous remarquons immédiatement à notre gauche une épaisse zone de précipitations qui s’approche rapidement de la N4. Tout ceci semble engendré par une petite cellule qui se renforce brutalement au sud de Marche, interprétation qui sera confirmée par l’analyse des radars par après. 
 
Nous sommes alors littéralement bombardé par d’épais coups de foudre très ramifiés qui tombent dans le voisinage à intervalles de 10 à 15 secondes. Près de Charneux, nous rentrons dans un véritable mur d’eau, avec immédiatement la formation d’énormes flaques sur la N4 et une visibilité réduite à 200 mètres tout au plus. Cette concentration d’activité est d’autant surprenante qu’elle semble surgir de nulle part, mais les cartes d’impacts de foudre consultées par après montrent clairement que nous nous sommes retrouvés « au bon endroit au bon moment », lorsque la cellule s’est brutalement renforcée sur le secteur de Charneux.
 
Une grosse centaine d’éclairs détectés entre 10h35 et 10h40 alors que nous passons sur la N4 à Charneux (source: Lightningmaps).
 
Le temps de traverser Marche et de monter jusqu’au point de vue de Bonsin, et la cellule qui se déplace vers Durbuy s’était déjà affaiblie, ce qui met fin à cette première partie de la chasse.
 
En fin d’après-midi, les orages nous auront amenés près de Tenneville, mais le spectacle était loin d’être mirobolant. Ce n’est que dans le Condroz, au retour, que nous assistons à la naissance de la ligne d’orages du soir, dans un ciel fabuleusement chaotique où toutes les nuances d’orange était représentées! Couleurs chaudes du crépuscule au nord-ouest, le ciel qui devient violemment bleu-nuit au sud-est, et voilà les premiers éclairs qui déchirent l’obscurité.
 
Crépuscule sur le Condroz, surplombé par un ciel bien instable et orageux (auteur: Info Meteo).

Nous remontons cependant vers Liège via Ouffet, et c’est en arrivant à Plainevaux que nous remarquons que la fréquence des éclairs a brutalement cru. Un orage intense à venir sur la Cité Ardente? Non, ce sera finalement une ligne d’orages stationnaire qui restera au sud de la ville, permettant aux festivités du 15 août de se dérouler sans incident lié à la météo.

 

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