La terre a soif ! A propos du déficit pluviométrique qui s’accentue

Rappelez-vous, déjà fin décembre dernier, la Belgique ressentait les premiers effets d’une sécheresse hivernale, consécutive à un mois de décembre très sec. A ce moment-là pourtant, la situation passait relativement inaperçue au niveau de la végétation. 

Par la suite, l’hiver avait quelque peu corrigé le tir: le creusement du déficit pluviométrique, s’il n’était pas interrompu, avait été sérieusement ralenti. Mais dès février, la courbe reprenait son décrochage, avec une véritable chute entamée au tiers de l’actuel printemps.

Pour avoir une vue précise, passons en revue les relevés de Uccle des douze derniers mois avec le tableau ci-dessous (source des données: IRM). 

Il rappelle ainsi à notre bon souvenir (si on peut parler de bon) le mois diluvien de juin 2016 qui, à la suite d’une répétition peu commune de pluies orageuses, avait terminé sur un record à Uccle: celui du mois de juin le plus arrosé depuis que l’on fait des mesures. En toute logique, cet énorme excédent avait alors permis d’établir une réserve car, dès juillet 2016, commençait une suite de mois sous les normes pluviométriques qui sera uniquement interrompue par novembre.

L’été, malgré ces mois « normalement secs », n’a donc connu aucun problème. Toutefois, septembre 2016 porte un premier coup à la série statistique, en s’affichant comme un mois très anormalement sec. Les bonnes mémoires se souviendront que ce mois avait de fait été très beau et surtout chaud, avec une envolée remarquable des températures au milieu du mois. Seule la petite région du Westhoek a « limité » le déficit à 50% alors qu’ailleurs il se positionnait souvent autour de 75%.

Octobre est lui aussi « normalement sec », avant un novembre enfin « normalement pluvieux », mais avec des disparités plutôt importantes entre la région anversoise (proche de 200% d’excédent) et la « Botte du Hainaut » (déficit de 50%). Il est suivi par un mois de décembre extraordinairement calme et anticyclonique durant lequel il ne tombera pratiquement rien du ciel. 28 mm relevés contre 81 mm en temps normal, c’est exceptionnellement sec. Dans les régions de Bastogne et de Libramont, le déficit atteint même 90% ! Même les Hautes Fagnes ne sauvent pas la mise avec 60% de déficit. Et l’on comprend dès lors pourquoi les premiers problèmes de sécheresse sont apparus ça et là durant ce mois.

S’en suit alors un janvier moins sec, qui limite les dégâts, quoique une large partie Sud-Est du territoire n’enregistre que 80% du total normal, avec même 50% de déficit sur le Sud-Ardennes. Seul le Nord des Flandres a enregistré un léger excédent. Mais par la suite, chaque mois se fera un peu plus sec, avant de finir sur un avril très normalement déficitaire en pluie : aucune région n’excède les 65% du total normal et pratiquement toute la Wallonie a subi 70% de déficit. Le mois de mai qui se termine ne corrigera pas le tir.

Le graphique ci-dessous est également plein d’enseignements. Il montre les cumuls mois après mois des précipitations en bleu, comparé au cumul que nous devrions avoir en temps normal en orange.

Ainsi, juin 2016 a très clairement constitué une réserve en eau importante pour l’été: même si juillet, août, et surtout septembre ont été plus secs, l’avance procurée par les pluies de juin a permis d’éviter tout problème. Par la suite, octobre et novembre ont rétabli un cumul normal, mais décembre 2016 a par la suite entamé un déficit qui n’a depuis dès lors pas été corrigé, et qui mois après mois se creuse davantage.

Nous voici donc à l’aube d’une saison estivale où vont s’affronter deux antagonismes qui dirigent les conversations de météo depuis toujours: « espérons un bel été » ou « on a besoin d’eau ». La situation pluviométrique de nos régions est médiatisée depuis plusieurs mois, et ceci tend à s’amplifier ces dernières semaines, du fait de ces 3 mois printaniers qui creusent d’autant plus le déficit que le soleil se montre régulièrement, asséchant encore plus les sols. Dans ce cadre où certaines professions météo-sensibles commencent à ressentir les effets de cette sécheresse, réclamer « un bel été » paraît à première vue compréhensible, ne fût-ce que pour la bonne humeur. Toutefois, si la belle saison devait poursuivre sur la lancée, les conséquences à long terme, pas toujours visibles alors que nous sommes dans l’instant présent les pieds dans l’eau une glace à la main, pourraient s’avérer néfastes pour n’importe quel quidam. En étant même un peu provocateur, un « été pourri » (c’est-à-dire normal) serait plutôt une bonne nouvelle. Un été à la 2003 ou à la juillet 2006 relèverait alors au final plus de la mauvaise nouvelle que de l’allégresse collective à la vue du Hélios flamboyant.

Laisser un commentaire