Les orages de juin 2012

Retour sur ce mois de juin 2012, frais, humide, mais surtout très orageux. Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’avoir de la chaleur sur de longues durées pour obtenir de puissants phénomènes, et ce alors qu’à première vue, l’atmosphère n’était pas propice à leur développement. Ceci s’est vérifié à plusieurs reprises au cours de ce mois. Seuls les derniers jours verront survenir des orages pleinement estivaux.

7 juin: une tornade (F1 sur l’échelle de Fujita) frappe la région de Tongres, dans le Limbourg, provoquant quelques dégâts. La supercellule ayant engendré cette tornade est également responsable d’un violent downburst (ou rafale descendante) dans la région de Zutendaal. Elle initiera une deuxième tornade dans la région de Montfort, aux Pays-Bas. Ces orages se forment sur un front froid dans un contexte dépressionnaire. A Kampenhout, dans le Brabant Flamand, la température maximale s’élève à 22,1°C. Compte tenu de la présence d’air froid en altitude, il est compréhensible que de l’instabilité se soit développée. Il semble cependant que ce soit en premier lieu la dynamique (courants, forçages, cisaillement de vent) qui ait généré la supercellule.

12 juin: Un déluge de grêle (grêlons de 1 ou 2 cm) frappe Trivières près de La Louvière en fin d’après-midi, sous une cellule orageuse pourtant peu active d’un point de vue électrique. D’autres orages concernent le pays. Ils se forment dans le cœur d’une dépression, par une atmosphère fraîche et humide (les températures ne dépassent pas les 20°C en de nombreux endroits). Une légère instabilité était présente dans les basses couches. Cette fois-ci, la faible dynamique a permis aux quelques cellules s’étant développées de stagner sur les régions concernées par ces dernières.

L’importante quantité de grêle générée par cet orage est cependant énigmatique, dans la mesure où la dynamique générale pouvait difficilement engendrer les courants nécessaires à la formation de la grêle en quantité. Plusieurs hypothèses peuvent être émises: une humidité importante, un air très froid en altitude, une dynamique faible mais suffisante, les courants animant l’intérieur de l’orage…

Un tel orage, bien qu’impressionnant, est qualifié de « modéré » selon la classification utilisée par Kéraunos.

 

18 juin: Au devant d’une dépression et engendré par de puissants forçages, un système convectif de mésoéchelle (MCS) se rue à travers le centre de la Belgique en fin de nuit et en matinée, depuis la botte du Hainaut vers 6h30 jusqu’au Limbourg vers 8h30. Une structure en arc (bow echo) s’est greffée sur le système lors de sa traversée du pays: elle est particulièrement visible sur l’image radar ci-dessous. Les orages sont forts, très électriques, accompagnés de fortes pluies qui provoquent des inondations à Bruxelles notamment, mais aussi un peu partout sur la trajectoire du système. A son passage sur Namur vers 7h00, l’orage délivre un éclair toutes les trois à cinq secondes.

Ce système orageux s’est formé en fin de soirée sur l’ouest de la France, avant de remonter à toute allure vers l’Ile de France, puis vers la Belgique. Il a par la suite continué sa course à travers les Pays-Bas et le nord-ouest de l’Allemagne.

Ce système orageux, bien que prévu, est toutefois apparu comme un événement surprise pour la personne non-avertie, dans la mesure où aucun signe visible n’annonçait son arrivée. Le temps la veille a été normal, mais non estival: une vingtaine de degrés et de belles éclaircies, les cumulus de beau temps parachevant le tableau. Le temps du lendemain, juste après les orages, est identique. Cependant, l’analyse de la situation atmosphérique révèle la présence de nombreux éléments déclencheurs et aggravants. Outre les forçages énoncés ci-dessus, de forts courants d’altitude étaient présents, mais surtout, une langue d’air chaud se trouvait advectée vers la Belgique, dans un secteur chaud (partie d’une perturbation entre le front chaud et le front froid) qui se refermait aux environs de Bruxelles. L’arrivée brutale de cet air chaud s’est notée dans les stations de la Haute Belgique (notamment à Elsenborn), mais plus bas, en Moyenne Belgique, une couche d’air plus frais de quelques dizaines de mètres d’épaisseur se trouvait intercalée en-dessous de l’air chaud. Dès lors, depuis le sol de la Moyenne Belgique, rien ne pouvait annoncer la possibilité d’orages, le traditionnel air chaud et lourd se trouvant juste un peu plus haut dans l’atmosphère. Ceci ne va pas sans rappeler les orages du 22 août 2011 où l’air chaud s’était retrouvé décollé du sol par une couche d’air plus frais.

Le diagramme ci-dessous, présentant l’état de la troposphère dans l’ouest de l’Allemagne le 18 juin à 8h00, illustre la présence d’une inversion. Il faut suivre la ligne de droite pour le comprendre, elle illustre la température de l’air selon l’altitude: celle-ci part d’environ 12°C au sol, monte jusqu’à 21°C aux alentours de 900 mètres d’altitude, puis décroit régulièrement plus on s’élève. Cet air chaud, non ressenti au niveau du sol, se trouvait cependant juste au-dessus, et a en partie alimenté l’orage.

 
Près de la dépression traversant la Belgique, la rotation des vents accompagnant son passage a provoqué temporairement des cisaillements des vents selon l’altitude, ce qui a contribué au maintien de l’orage, et ce alors que l’atmosphère n’était absolument pas instable et propice.

21 juin: A nouveau des orages localement intenses frappent la Belgique dans l’après-midi. Les deux Flandres et la région de Dinant sont particulièrement touchées. Ces orages sont cependant nettement moins violents qu’en France où deux tornades sont signalées.

28 juin: Un vaste orage à caractère supercellulaire traverse le sud du pays en soirée, au niveau de la province du Luxembourg. L’activité électrique et les précipitations y sont très intenses. De fortes rafales de vent brisent de nombreuses branches et arbres. Selon Belgorage présent sur place, cet orage a généré plus d’un coup de foudre par seconde sur les régions de Bertrix, de Bouillon et de Neufchâteau. Un tel orage entre dans la catégorie « fort » de la classification de Kéraunos.
 
 
Eclairs internuageux à l’arrière de la supercellule. Source: Belgorage.
 
A une centaine de kilomètres de là, le Namurois, baignant sous l’enclume de cet énorme orage, voit son ciel devenir d’un jaune-bronze apocalyptique, alors que d’immenses éclairs internuageux sont visibles dans un arrière-fond mauve – noir à l’horizon sud-est.
 
 
A la différence des orages des vingt premiers jours du mois, cette supercellule se forme dans l’air chaud, au niveau d’un creux précédant l’arrivée d’un front froid depuis l’ouest. Il a en effet fait suffocant, avec une température maximale de 31,2°C à Kampenhout. En Ardenne, lieu où l’orage a éclaté, les températures ont été légèrement inférieures à 30°C. Outre la chaleur, la présence de cisaillements de vent selon l’altitude a sans doute aidé l’orage à se développer.

Ce dossier est issu d’un article écrit à l’époque sur Hydrométéo par le même auteur.

 

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