Edito du 8 mars 2014 : Défis

L’hiver météorologique qui vient de se terminer nous a marqués par sa pauvreté en gel et en neige, et par  l’omniprésence d’un puissant courant Jet développant et propulsant des dépressions de tempête actives vers l’Europe. En Belgique, nous avons été épargnés par ces caprices de la Nature, presque miraculeusement. Malheureusement, la Grande-Bretagne et les côtes françaises n’ont pas été logées à la même enseigne. On y rapporté destructions, pleurs, et pas mal de questions pourraient être posées sur notre capacité à affronter les phénomènes météorologiques sévères, y compris dans des pays dits « développés ». C’est à ce sujet que nous aimerions proposer ici quelques réflexions.
 
 
En effet, déjà depuis plusieurs semaines, cette grande douceur généralisée sur l’Europe Occidentale trouvant probablement sa source dans les anomalies fortement positives situées sur les Açores et les Bermudes soulève des questions sur ce que pourraient nous donner le printemps et l’été. Leur présence a engendré de pair avec les descentes arctiques sur Terre-Neuve (provenant elles-mêmes du continent nord-américain où le froid a été fort médiatisé) un fort contraste thermique sur l’Ouest de l’Atlantique Nord et le développement du puissant courant Jet (jusqu’à 440 km/h avec la tempête Dirk). Sur le flanc Sud, cette douceur humide a engendré de fortes précipitations par endroits. Une grande moiteur règne donc plus bas dans les Tropiques. 
 
On est en droit de se demander ce que tout ceci donnera dans les prochaines semaines et dans les prochains mois, et bon nombre d’entre nous se posent déjà des questions. Ce réservoir de chaleur et d’humidité percera-t-il plus franchement vers le Nord une fois que les descentes froides s’atténueront ? Le beau temps doux actuel avec le développement d’une puissante haute pression d’altitude remplie d’air chaud provenant des Açores en est-il le premier signe ? Cette moiteur se traduira-t-elle par des coups de chaud assez brutaux ponctués d’orages dès les premières températures estivales ? Et quel sera l’impact sur l’Europe d’un probable développement d’El Nino, puissant courant chaud du Pacifique Equatorial ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre actuellement avec toute la certitude qu’on aimerait avoir. Tout au plus pouvons-nous élaborer des modèles saisonniers particulièrement complexes utilisant les machines les plus puissantes conçues par l’être humain. Ceux-ci vont dans le sens de percées douces/chaudes, humides, et instables avec un printemps thermiquement au-dessus des normes et des épisodes orageux. 
 
Evidemment, ces tendances saisonnières sont toujours sujettes à caution, et ne doivent en rien être prises comme des vérités, mais à replacer dans le cadre de la recherche scientifique. L’avenir nous dira si celles de ce printemps qui commence se révéleront exactes. Mais la situation mérite d’être surveillée étant donné l’énergie emmagasinée dans les Tropiques, et ce d’autant plus que cela a provoqué directement ou indirectement des vagues pluvieuses importantes sur le Sud-Ouest de l’Europe. Plus que jamais, la vigilance face aux événements météorologiques extrêmes est de mise.
 
A la fin du printemps, nous ferons assurément les comptes et le bilan de ces tendances saisonnières. Si celles-ci réussissent leur coup, elles marqueront un point et tempéreront les ardeurs de leurs détracteurs qui avancent  « qu’on ne sait pas prévoir le temps 3 mois à l’avance vu qu’on ne sait déjà pas le faire à 12h d’échéance ». Si elles échouent, cela montrera que Dame Nature est décidément bien imprévisible et il nous reviendra à nous de nous remettre en question, de continuer à chercher, progresser, afin de mieux comprendre les mécanismes qui régissent les grands cycles de l’atmosphère. Cela fait à coup sûr partie de notre travail, de notre passion, et des défis que nous devons chaque jour relever.

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